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une nouvelle République à tout prix-20

11022020

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Rendez le pouvoir au peuple

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*une année d’une contestation populaire inédite

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**Bonne année au hirak

À trois  jours  du  premier  anniversaire  du  hirak,  la  mobilisation  de  la communauté universitaire de Constantine était au rendez-vous, hier, à l’occasion du 52e mardi de la contestation, pour un changement radical du système politique en Algérie et l’instauration d’un État de droit.

Étudiants, enseignants et de nombreux citoyens, tous âges confondus, ont, une fois de plus, battu le pavé pour faire entendre leur voix réclamant un État démocratique et pour réitérer leurs revendications exprimées depuis le début du soulèvement populaire. Fidèles à la tradition, les étudiants ont entamé leur marche à  la place de la Pyramide.

Empruntant l’itinéraire habituel, les marcheurs ont marqué des haltes devant la cour et le tribunal où ils ont réaffirmé leur solidarité inconditionnelle avec les détenus d’opinion. Ils ont également dénoncé “une justice aux ordres’’. Pour ce nouvel acte de mobilisation des universitaires de Constantine, les slogans phare du hirak ont résonné tout au long du parcours. “État de droit”, “Presse libre et justice indépendante”, ont notamment scandé les étudiants.

De nombreux riverains et citoyens de passage n’ont pas hésité à grossir les rangs de la procession au fur et à mesure qu’elle progressait vers le boulevard Belouizdad en scandant : “Ô Ali, wladek ma rahoumche habssine, Ô Ali, ala el-houriya m’âawline” (Ô Ali, tes enfants ne céderont pas. Ô Ali, nous sommes déterminés à arracher notre liberté).

La marche d’hier, qui coïncidait avec la célébration de la Journée nationale du martyr, a été également célébrée par les marcheurs qui ont porté des portraits de martyrs de la guerre de Libération nationale.

Enfin, les étudiants ont également anticipé sur la journée de samedi prochain qui coïncidera avec le 22 février, premier anniversaire du soulèvement populaire en scandant “Bonne année hirak”. Les étudiants ont ensuite marqué des haltes pour entonner des chants patriotiques, notamment l’hymne national, avant de se diriger vers la place Dounia-Ettaraïf, où un débat a été organisé. *Ines BOUKHALFA- Liberté- mercredi 19 février 2020

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la révolution qui a ébranlé le système

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**Hirak : les raisons de la colère

La confiscation du pouvoir réel par un cabinet noir a noyé le pays dans un torrent de non-droit, arrogeant à une partie du clan au sommet de l’État le droit de vie ou de mort sur tout un peuple.

Si la localisation géographique du hirak pose certaines interrogations quant à son épicentre, ses origines ne font aucun doute tant elles sont la résultante d’une somme de privations et de dépassements commis par le pouvoir alors en place depuis 2013 notamment. Problèmes socioéconomiques, répression des libertés individuelles, rétrécissement des champs de la libre expression, l’Algérie post-AVC de Bouteflika allait connaître ses années les plus liberticides à l’aune de la fabrication d’une des plus grandes escroqueries politiques — Et Dieu sait si elles sont légion — de l’histoire de l’Algérie moderne.

La confiscation du pouvoir réel par un cabinet noir a noyé le pays dans un torrent de non-droit, arrogeant à une partie du clan au sommet de l’État le droit de vie ou de mort sur tout un peuple. S’en sont suivis un véritable hold-up des ressources du pays et la mise en place d’une économie sur mesure pour des oligarques qui ont bâti des fortunes colossales, fruit de contrats opaques, de prêts bancaires de complaisance et de détournement de l’argent public. À défaut de prétendre à un avenir prometteur, les Algériens ne disposaient que de l’abondance de choix entre les raisons d’une révolte qui s’est pourtant faite, mais de manière sporadique, et isolée dans des régions où les revendications découlaient d’un argumentaire localisé.

À ceux-là, la garde prétorienne du régime était envoyée et la justice actionnée pour les excommunier. Puis vint l’épisode du cadre et de la tenue, le 9 février 2019, d’un meeting populaire convoqué par le FLN à la Coupole pour soutenir le président de la République Abdelaziz Bouteflika, et l’appeler à se présenter à la présidentielle du 18 avril. Le compte à rebours s’est déclenché depuis cette date et la digue, longtemps contenue du ras-le-bol populaire, a fini par céder. Nous sommes à quelques jours du début de la révolution du sourire, mais cela, personne ne pouvait le soupçonner, encore moins le prédire.

De l’avis unanime, cette sortie médiatique des partisans du cinquième mandat a précipité les événements. Les scènes en boucle du cadre honoré, escorté, de cadres offerts au cadre ont définitivement scellé l’avenir de l’homme et, partant, d’une partie du clan au pouvoir. Les langues se sont déliées et le malaise général a soudainement pris la forme d’une manifestation populaire, le 16 février, à Kherrata, à l’est de la wilaya de Béjaïa, pour protester contre le mandat de trop. Trois jours plus tard, les événements de Khenchela allaient ouvrir  les portes à une contestation longtemps chuchotée dans des cercles de réflexion trop “intellectuels”, ostracisée et bâillonnée par la peur de la répression.

Le 19 février, soit dix jours après la Coupole et trois jours avant le premier vendredi du hirak, le poster de 2 mètres de Bouteflika est arraché de la porte de l’état civil de l’hôtel de ville puis piétiné par une population excédée par les provocations de l’édile de Khenchela. La scène surréaliste est postée sur les réseaux sociaux contribuant un peu plus à s’affranchir de ce sentiment de peur qui a paralysé toute une génération. L’an I du hirak, c’est aussi la photo de Ghermoul, le premier à avoir été condamné à de la prison ferme pour avoir dit non au cinquième mandat. Le reste appartient à l’histoire.

Saïd OUSSAD – Liberté-  jeudi 20 février 2020

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     L’heure du bilan

C’est connu, les anniversaires sont des moments propices aux haltes et à l’établissement des bilans. Ce 22 février, la révolution du sourire qui a fait l’admiration du monde entier, par son pacifisme, sa force de mobilisation et sa durée, bouclera une année d’existence et il sera opportun de relever les acquis, mais aussi les insuffisances pour mieux dessiner les perspectives d’avenir. Une année marquée par une mobilisation sans faille des Algériens, notamment les jeunes et les femmes, avec à la clé  l’organisation, chaque vendredi, de pas moins de 53 marches et autant d’actions de rue menées, chaque mardi, par les étudiants.

Bien évidemment, l’acquis le plus important est l’avortement de l’humiliant 5e mandat pour un Président fantôme et grabataire. Ce qui était quelque chose d’impensable quelques jours seulement avant cette date historique du 22 février. Conséquence : la voix du peuple est un peu plus écoutée par les dirigeants même si les autorités ont pu tenir, après deux tentatives avortées, une élection présidentielle contestée et boudée par plus de la moitié des Algériens, selon les chiffres officiels.

Autre “dégât collatéral” de l’irruption volcanique du hirak sur la scène politique, sur l’élite dirigeante : l’incarcération de plusieurs responsables civils dont les Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et des militaires dont de hauts gradés, ainsi que des hommes d’affaires ayant outrageusement prospéré à l’ombre du système Bouteflika.  Abhorrant presque tout ce qui touche à la politique durant le règne de Bouteflika, beaucoup d’Algériens, les jeunes notamment, se sont réconciliés avec la chose publique et se sont mis à débattre des problèmes du pays et de son avenir tout en essayant de proposer des solutions.

Une petite révolution dans la grande révolution ! Mieux, grâce au hirak, les Algériens ont découvert autre chose que les luttes catégorielles en s’engageant dans une action nationale et suprapartisane, essayant d’imaginer une perspective commune à tous les Algériens. Du jamais vu dans l’histoire contemporaine du pays, sauf, bien sûr, lors de la Révolution de Novembre 1954 qui a vu l’ensemble des chapelles politiques se ranger sous la bannière du FLN.  Mais à l’inverse de la guerre de Libération nationale qui avait reposé sur la lutte armée, le hirak a misé sur la lutte pacifique, en s’interdisant tout recours à la violence physique. Une caractéristique qui a forcé l’admiration du monde entier et permis aux Algériens de découvrir la force du combat pacifique. 

Autre acquis et non des moindres de la révolution du sourire : la présence de la femme, voilée ou non, mariée ou non, au cœur de la lutte, tordant ainsi le cou à bien des tabous et autres pesanteurs sociologiques. Il reste que le hirak n’a pas réalisé certaines revendications, notamment celle de la disqualification du système en place qui a réussi, avec la dernière présidentielle, à se donner un sursis. Depuis la présidentielle, nombre d’Algériens se posent des questions sur l’avenir du mouvement. Question : que faire maintenant ? D’aucuns ont mis sur la table la question clivante de la structuration du hirak pour lui insuffler une nouvelle dynamique.

Des forces du Pacte de l’alternative démocratique (PAD) ont proposé, fin janvier dernier, la tenue d’une conférence nationale avec pour finalité l’engagement d’une période de transition démocratique, via un processus constituant souverain. Une chose est sûre, le hirak se doit de prendre des initiatives fortes, afin de démarrer l’an II de la révolution sur de nouvelles bases. **Arab Chih - Liberté-  jeudi 20 février 2020

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Le peuple a sauvé l’Algérie et sa révolution triomphera

La marche d’hier n’a pas dérogé à la règle tant la foule a vu ses rangs grossir au fur et à mesure qu’elle avançait au centre-ville où de nombreux citoyens n’hésitaient pas à la rejoindre.

Les citoyens qui ont pris le relais des marches du mardi ont, à nouveau, investi la rue par centaines, hier, à Tizi Ouzou, pour marquer ce dernier rendez-vous de la première année de la révolution populaire et réaffirmer leur volonté de poursuivre le combat jusqu’au changement radical du système. 

Comme de tradition depuis maintenant un an, la foule a démarré du campus Hasnaoua de l’université Mouloud-Mammeri en scandant un des tout premiers slogans de la révolution à savoir “Chaâb yourid iskat ennidham” (Le peuple veut la chute du régime) et “Madania matchi âaskaria” appelant à l’instauration d’un État civil. Sur une pancarte mise en évidence en première ligne de la marche, un slogan rend hommage au peuple et exprime la conviction profonde des manifestants que la révolution du peuple aboutira tôt ou tard. 

“Le 22 février 2019, le peuple a sauvé l’Algérie et sa révolution triomphera”, lit-on sur ladite pancarte. Sur d’autres encore étaient écrites les revendications du peuple. “Régime de vieillards dégage, le peuple est souverain”, “Bienvenue à la gouvernance des jeunes à travers l’application des articles 7 et 8”, lit-on sur certaines  pancartes brandies par des manifestants qui scandaient à tue-tête “Libérez, libérez l’Algérie”, “Istiklal” et “Abane Ramdane, architecte de la Révolution a laissé une consigne indiscutable : ‘madania, matchi âaskaria’”.

La marche d’hier n’a pas dérogé à la règle tant la foule a vu ses rangs grossir au fur et à mesure qu’elle avançait au centre-ville où de nombreux citoyens, hommes et femmes, n’hésitaient pas à la rejoindre. Sur la place de la Bougie, point de chute de toutes les marches, la foule a, contrairement aux autres mardis, observé un rassemblement au cours duquel, un appel à une grandiose mobilisation vendredi prochain a été lancé par un collectif de manifestants.

“Nous, collectif de militants qui participe à toutes les marches organisées à Tizi Ouzou, appelons la population à rejoindre massivement la marche du vendredi 21 février pour faire du premier anniversaire de la révolution un événement grandiose et surtout pour donner à notre mobilisation un nouveau souffle et une nouvelle force à même d’aboutir au départ du système et à l’instauration d’un véritable État démocratique”, a lancé, à l’aide d’un mégaphone, un jeune, qui a souligné, au passage, que si la mobilisation est devenue une nécessité, c’est parce que, a-t-il dit, “en face, il y a un pouvoir illégitime et affolé qui continue à faire la sourde oreille et à recourir aux mêmes pratiques de répression, d’intimidation et de propagande”.

D’autres intervenants ont dénoncé, entre autres, la répression qui a ciblé les enseignants, lundi à Alger, et appelé à la libération des détenus politiques. *Samir LESLOUS- Liberté- mercredi 19 février 2020

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Chronologie d’une année particulière :

Rétrospective d’un mouvement populaire inédit

Les Algériens ont vécu une année politique particulièrement riche en émotions et en retournements de situation depuis le 22 février 2019. «C’est un peu comme si nous avions fait une formation accélérée en sciences politiques», résume un hirakiste.

Rétrospective d’un soulèvement populaire inédit.

–9 février 2019. Aux prémices du soulèvement

Si l’éruption volcanique du 22 février n’était pas attendue, les premiers bouillonnements sont pourtant apparus quelques semaines plus tôt.

Le pouvoir en place ayant injecté une série d’ingrédients explosifs : il y eut, d’abord, l’appel à un 5e mandat d’un Président malade et absent dans un rassemblement, le 9 février, à la Coupole d’Alger, dans lequel de hauts responsables jouaient des coudes pour être pris en photo avec le «cadre» de celui-ci.

Puis, le 11 février, l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, avec l’impudence qu’on lui connaît, enfonce le clou en affirmant que le peuple était «heureux» de la candidature de Abdelaziz Bouteflika.

La gronde s’est faite entendre, d’abord à Chlef, le 12 février, où des dizaines de personnes se rassemblent aux cris de «Makache ouhda khamsa !», puis à Annaba et à Bordj Bou Arréridj. Un tournant est marqué, mardi 19 février, lorsqu’une foule de manifestants à Khenchela contraignent au décrochage d’un poster géant du président-candidat de la façade de la mairie aux cris de «Nehi teswira o kheli laâlam !» (Enlève la photo et laisse le drapeau).

Les gens s’étaient rassemblés pour accueillir Rachid Nekkaz, qui avait eu une fin de non-recevoir de la part du P/APC ce jour-là. La première grande foule qui s’est rassemblée à Kherrata, dans la wilaya de Béjaïa, le 16 février, brisera définitivement le mur de la peur.

**22 février 2019. «Silmiya», la protestation pacifique réinventée

Répondant à un appel, dont on ne connaît toujours pas l’auteur 12 mois plus tard, des millions d’Algériens battent le pavé vendredi 22 février pour dire non au 5e mandat du président Bouteflika, réinventant la contestation politique.

Car c’est surtout la silmiya, le pacifisme des manifestants, qui a marqué les esprits et désarmé les forces de l’ordre. Partout en Algérie, de Sétif à Oran en passant par Ouargla ou Oum El Bouaghi, les manifestants ont à cœur de donner une bonne image d’eux, appelant les agents de police à les rejoindre.

Ces moments sont empreints d’émotion, liés à la reconquête de l’espace public et au recouvrement de leurs voix. En plus de renouer avec le politique, les manifestations du vendredi ont permis aux Algériens de prouver qu’il était possible de protester tout en faisant la fête.

Preuve en est cet épisode hilarant où face aux jets d’eau de la police pour les disperser, les manifestants chantent : «Djiboulna shampoing nwelou labes !» (Donnez-nous du shampooing et tout ira bien).

«La Révolution du sourire», comme aiment à l’appeler certains, a eu néanmoins ses martyrs : Hassan Benkhedda est ainsi tombé le 1er mars, puis Ramzy Yettou le 19 avril, qui sera suivi par Nabil Asfirane, décédé le 24 mai, avant d’être rejoint par Kamel Eddine Fekhar, mort en détention le 28 mai.

–3 mars 2019. Une farce politique

Lorsque les camions censés déposer les cinq millions d’«istimirate», le 3 mars, au Conseil constitutionnel au profit du président-candidat, celui-ci se trouve, depuis le 24 février, dans un hôpital genevois.

Cela donne lieu à l’un des épisodes les plus mémorables de la contestation, marqué par une série d’appels des Algériens à l’hôpital suisse pour s’enquérir, avec beaucoup d’originalité, de l’état de santé du Président.

La farce politique trouve son point culminant lorsque, le jour du dépôt des dossiers de candidature, le document du candidat Rachid Nekkaz s’avère être celui d’un autre (Rachid Nekkaz présente la candidature de son cousin homonyme, mécanicien de profession, à sa place) et que Saïd Bouhadja, ancien président de l’APN, venu présenter sa candidature peu avant minuit, nie en avoir eu l’intention.

Se sentant insultés, des dizaines de manifestants sortent dans la rue ce soir-là pour crier leur exaspération. Dès son retour de Genève, le Président en exercice apparaîtra à la télévision publique pour recevoir la démission, lundi 11 mars, d’Ahmed Ouyahia.

On le verra également en compagnie du diplomate Lakhdar Ibrahimi, dont le rôle est resté très vague (il s’est dit sans mission officielle) mais qui se révélera un échec cuisant tant il s’est montré dans ses interventions médiatiques en décalage avec les réalités du pays.

Une feuille de route présentée comme émanant du président Bouteflika propose la formation d’un gouvernement technocrate, l’organisation d’une «Conférence nationale inclusive», un référendum sur une nouvelle Constitution, une élection présidentielle… Il annonce, par ailleurs, le report de l’élection présidentielle à laquelle il ne participera pas.

–26 mars 2019. Bouteflika contraint à la démission

Ayant passé plus de 20 ans au pouvoir, celui que les laudateurs nommaient pompeusement «fakhamatouhou», remet, mardi 2 avril, une lettre de démission au président du Conseil constitutionnel en Djellaba, fortement diminué, à moins d’un mois de la fin de son mandat.

Auparavant, mardi 26 mars, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, avait signé la fin du mandat de Abdelaziz Bouteflika en réclamant l’application de l’article 102 de la Constitution, qui prévoit notamment la démission du président de la République.

Cette décision «est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement», explique le chef de l’Etat dans sa lettre de démission publiée par APS.

Ce soir-là, alors que quelques dizaines de personnes se rassemblent place Audin à Alger-Centre, Sofiane, s’incrustant dans le direct d’une chaîne étrangère, livre une lecture qui entrera dans l’histoire du mouvement : «Ils ont enlevé un pion pour en placer un autre. Yetnahaw gaâ, qu’ils dégagent tous !»

–2 avril 2019. La «îssaba» face à la justice

La démission du président Bouteflika a été précédée par une fracassante entrée en scène de la justice. Tout commence par des «fuites», relayées par l’Ordre des avocats, portant sur un «transfert suspect d’argent vers l’étranger».

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, déclare alors, mardi 2 avril, quelques heures avant la démission de Bouteflika, la prise de «décisions préventives à l’encontre de certains individus, leur interdisant le déplacement jusqu’à l’accomplissement des procédures d’enquête».

Il annonce, dans la foulée de cette «opération mains propres», l’ouverture des dossiers de corruption, «comme l’affaire d’El Khalifa, de Sonatrach et du Boucher et autres dossiers relatifs à la corruption qui ont occasionné des pertes considérables au Trésor public».

Très vite, les oligarques, dont l’ascension est indissociable de l’ère Bouteflika, tombent les uns après les autres : Ali Haddad est intercepté alors qu’il tente de fuir par la frontière tunisienne (31 mars), suivi des frères Kouninef puis Mahieddine Tahkout. Plusieurs jours durant, les Algériens ont vécu au rythme des incarcérations.

L’une des arrestations les plus emblématiques fut celle d’Ahmed Ouyahia, dont le nom est inextricablement lié au régime que dénonçaient les manifestants.

Celui qui a été trois fois chef de l’Exécutif, secrétaire général du RND et plusieurs fois ministre, a été attendu le 30 avril par les citoyens, devant le tribunal de Sidi M’hamed, avec des pots de yaourt (on lui prête une citation selon laquelle les Algériens n’étaient pas obligés d’en consommer chaque jour).

Ce sont, à quelques différences près, les mêmes images,  retransmises par les télévisions, de Abdelmalek Sellal, Djamel Ould Abbès, Mohamed Mediène, Atmane Tartag, Abdelghani Zaâlane, Amar Tou, Boudjemaa Talaï, Amar Ghoul, Amara Benyounès, Karim Djoudi, Abdessalem Bouchouareb, Abdelkader Zoukh,  Mohamed Khenfar, Abdelghani Hamel, Tayeb Louh, Baha Eddine Tliba, Hamid Melzi et bien d’autres.

Cela a mis à nu un système de corruption à grande échelle, impliquant des cadres de l’Etat et des hommes d’affaires bien en vue et allant au-delà de l’imagination, pourtant fertile, des Algériens.

–22 avril 2019. Les initiatives du système torpillées

L’image la plus symbolique du désarroi dans lequel se trouve le système face à l’ampleur de la contestation est peut-être de la salle vide de la Conférence nationale du 22 avril, à Club des Pins, organisée par Abdelkader Bensalah, boudée par la classe politique, entraînant l’annulation de la présidentielle du 4 juillet. Les anciens pontes du régime ont tenté, par ailleurs, de se défaire des amitiés encombrantes.

L’une des plus belles illustrations tient dans le lâchage d’Ahmed Ouyahia par son ex-bras droit, Seddik Chihab, dès le mois d’avril. Le sort réservé au secrétaire général du FLN et ex-président de l’APN, Moad Bouchareb, qui, au tout début du hirak, avait souhaité aux opposants de faire de «beaux rêves» n’est guère plus enviable.

Le gouvernement Bedoui (l’un des 3B décriés par la rue) s’est fait très discret, depuis sa formation le 11 mars, par le Président déchu. Les ministres les plus téméraires se font chasser lors des visites officielles.

–21 mai 2019. Le bras de fer entre El Gaïd et le hirak

A mesure que l’espace de la marche à Alger se réduisait, les autorités grignotant progressivement les lieux de rassemblement emblématiques d’Alger, tels que la Grande-Poste ou le tunnel des Facultés (21 mai), le régime imposait sa feuille de route. Immédiatement après la démission du président Bouteflika, le centre de gravité du pouvoir s’est déplacé au ministère de la Défense.

Craignant un glissement autoritaire d’Ahmed Gaïd Salah, dont les discours n’allaient pas dans le sens d’une transition politique apaisée, il devenait la cible privilégiée des manifestants. En parallèle, le régime actionne plusieurs leviers pour neutraliser le mouvement de protestation.

La stratégie consiste en trois points. D’abord, l’attachement, soutenu mordicus par l’ancien homme fort, Ahmed Gaïd Salah, à la solution dite «constitutionnelle». Celle-ci permettait, selon les observateurs, au système de sauver sa peau et protéger ses intérêts. Et devait passer par l’organisation d’un panel de dialogue.

Ensuite, la répression – présente depuis le début du hirak – a de nouveau été enclenchée, dès le vendredi 21 juin, en actionnant des lois liées à «l’unité du territoire» et «l’atteinte au moral des troupes», et déployant une panoplie de mesures de «gestion démocratique des foules» pour «contrôler la rue».

Résultat : le hirak offensif des débuts se transforme en «hirak défensif» faisant de la libération des victimes d’une justice aux ordres une priorité.

Cela renforce néanmoins les hirakistes dans leur volonté de libérer la justice et réclamer le retrait de l’armée dans la gestion des affaires de l’Etat. Et enfin, l’imposition de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019 contre vents et marées.

–23 décembre 2019. La mort du général

Ahmed Gaïd Salah, celui qui incarnait le système depuis la chute du président Bouteflika, décède brutalement le 23 décembre 2019 d’une crise cardiaque.

Pour autant, et alors que le président nouvellement élu, Abdelmadjid Tebboune, débute son mandat présidentiel, glissant quelques promesses pour le hirak d’un côté et maintenant les détenus politiques en prison de l’autre, la mort soudaine du général ne renverse pas la donne.

Les partisans du hirak ne s’y sont pas trompés : 12 mois après un formidable éveil populaire, plein de vicissitudes, ils continuent de crier leur soif d’un changement radical. 

*AMEL BLIDI -  elwatan- jeudi 20 février 2020

***********Les  slogan du hirak

Qui dit quoi dans les manifs ? 

Les chants corrosifs du répertoire «hirakien»

Makache el khamssa ya Bouteflika, djibou el BRI ou zidou essaîqa !» (Pas de 5e mandat, Bouteflika, même si vous deviez ramener la BRI et les Forces spéciales). On s’en souvient : c’était le slogan fétiche des débuts de la Révolution du sourire.

Celui qui faisait vibrer l’Algérie de part en part en ce 22 février 2019, premier «vendredi» du soulèvement populaire contre le «système».

Il faut rappeler, en effet, qu’en ces premiers jours de révolte, c’est Bouteflika et son clan, que la vox populi affublera du sobriquet peu glorieux de «îssaba» (la bande), qui sont frontalement et nommément pris pour cible.

A la tête du «gang» : Saïd Bouteflika, le très influent frère-conseiller, considéré de fait comme la véritable éminence grise du système Bouteflika, notamment depuis la maladie du chef du clan et son AVC qui l’a cloué définitivement sur une chaise roulante.

Et c’est tout naturellement que le nom du frère intrigant fait son apparition dans les manifs aux cris de : «Had echaâb la yourid Bouteflika wa Saïd !» (Ce peuple ne veut pas de Bouteflika et Saïd).

Il y avait aussi ce cri impitoyable : «Bouteflika rabbi yerahmou !» (Bouteflika, paix à son âme). Façon de signifier que le Président et sa petite coterie s’écroulaient, et que la supercherie de la «fiction présidentielle» et l’outrage fait aux Algériens en s’acharnant à «faire élire» un mort, avaient assez duré.

«Makache Raïs kayen tswira»

Dans le répertoire contestataire, il convient de retenir cet autre refrain cinglant sorti tout droit de l’école politique des stades et du génie des supporters : «Makache Raïs kayen tswira» (Il n’y a pas de Président, il y a juste une photo).

Allusion au cérémonial ubuesque du «cadre» iconique qui remplaçait le corps présidentiel dans les rituels d’allégeance, et qui a valu à «Fakhamatouhou» ce détournement féroce de son nom de guerre pour donner «Abdel-Cadre El Mali».

Autre mot d’ordre qui a d’emblée marqué ce moment insurrectionnel où tout a basculé : le slogan «Silmiya» (Pacifique).

A chaque nouvelle charge des forces de l’ordre, à chaque accrochage avec la police, on pouvait ainsi entendre des appels à la raison aux cris de «Silmiya ! Silmiya !» Et c’est devenu l’ADN, la marque de fabrique, de ce mouvement de contestation inédit.

Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de voir des groupes de manifestants s’écrier en chœur pour calmer les ardeurs répressives des forces de sécurité : «Silmiya, silmiya, matalibna char’îya !» (Pacifique, pacifique, nos revendications sont légitimes).

Depuis cette date historique, les slogans de ce qui deviendra le hirak vont donner corps et consistance aux revendications populaires. Le répertoire des chants et mots d’ordre scandés va prodigieusement s’étoffer au fil des semaines.

Parmi ceux qui vont très vite s’installer dans le paysage sonore des manifs : «Klitou lebled ya esserraquine !» (Vous avez pillé le pays, bande de voleurs), «Lebled bledna ou’endirou raïna» (Ce pays est le nôtre et nous ferons ce qui nous plaît), «Y en a marre de ce pouvoir !»«Ya h’na ya entouma, maranache habssine» (C’est nous ou bien vous, on ne s’arrêtera pas), ou encore l’éternel «Djazaïr horra dimocratia !» (Algérie libre et démocratique)…

«Yetnahaw Ga3 !»

Le 11 mars, Abdelaziz Bouteflika annonce, contraint et forcé, sa décision de renoncer à briguer un 5e mandat consécutif.

L’élection présidentielle prévue le 18 avril est annulée. Un jeune pizzaïolo, Sofiane Bara Torki, interrogé par la journaliste Yasmine Messous de Sky News Arabia sur ses sentiments, lâche son fameux «Yetnahaw Ga3 !» (Qu’ils dégagent tous).

La réplique orageuse de Sofiane, synonyme de dégagisme à l’algérienne, incarnera la «radicalité» du mouvement et deviendra le cri de ralliement des manifestants. La formule reviendra sous différentes déclinaisons : «Echaâb yourid yetnahaw ga3 !»

(Le peuple veut qu’ils partent tous) ; «Hé, viva l’Algérie ! Yetnahaw ga3 !»«Sorry sorry Gaïd Salah, echaâb hada machi djayeh, goulna yetnahaw ga3 !»

(Désolé Gaïd Salah, ce peuple n’est pas dupe, on a dit ils dégagent tous). On a même entendu, par un jour pluvieux, cette adaptation d’un couplet de Guerouabi : «Djat chta djaw leryah, bessah tetnahaw gaâ !» (La pluie et les vents se sont déchaînés, mais vous serez tous virés).

Devant les tergiversations de Abdelaziz Bouteflika et sa «hachia», sa cour, à libérer le plancher, le peuple du hirak va le presser de quitter la scène en martelant «Ma tzidche dqida ya Bouteflika» (Pas une minute de plus, Bouteflika)», «La nourid, la nourid/ El îssaba wa etamdid» (Nous ne voulons plus de la bande ni de prolongation), «Bouteflika barra !»

Après le départ de M. Bouteflika le 2 avril, le «Yetnahaw ga3» acquiert encore plus de force et trouve tout son sens. Les manifestants s’acharnent dès lors contre les autres figures du «système», à commencer par les «4 B» : Bensalah, Bedoui, Belaïz, Bouchareb…

Le chef d’état-major de l’ANP, lui, est provisoirement épargné. Mais à mesure qu’il prend du galon dans la pyramide du pouvoir post-Boutef et, surtout, depuis le moment où il devenu l’incarnation du pouvoir réel, multipliant les sorties publiques et les décisions impopulaires, il devient fatalement la cible privilégiée des manifestants. On assiste alors à un véritable bras de fer hirak-AGS.

Les slogans anti-Gaïd Salah pleuvent : «Djeich-chaâb khawa-khawa, ou Gaid Salah maâ el khawana !» (Le peuple et l’armée sont des frères, mais Gaid Salah est du côté des traîtres), «El yed fel yed, ennehou el îssaba wen zidou El Gaid!» (Main dans la main, on chassera la bande et on ajoute Gaïd Salah

On se souvient aussi de ce chant cocasse, véritable tube du hirak pendant des semaines : «Goulou lel Gaid navigui carte chifa, echaâb rah fayeq nahina Bouteflika…» (Dites à Gaïd Salah de se dégoter une carte Chifa, le peuple est éveillé, on a viré Bouteflika).

«C’est une république, pas une caserne !»

Le tour de vis autoritaire opéré par le vice-ministre de la Défense ne passe pas. Si bien qu’un slogan va s’enraciner définitivement dans le répertoire insurrectionnel du hirak : «Dawla madania, machi askaria !» (Etat civil, pas militaire).

Dans le même registre: «Had echaâb la yourid hokm el askar min djadid !» (Le peuple ne veut pas d’un nouveau régime militaire), «Djoumhouria, machi caserna !» (C’est une République, pas une caserne), «Y en a marre des généraux  !»…

Alors qu’une répression féroce s’abat sur les manifestants, le thème de la libération des détenus s’impose rapidement dans les clameurs populaires : «Harrirou el moataqaline !»

(Libérez les détenus), «Harrirou el massadjine, ma baouche el cocaïne !» (Libérez les détenus, c’est pas des vendeurs de cocaïne), «Makache echantage, libérez les otages !» Il y avait aussi ce cri de défiance : «Eddouna gaâ lel habss, echaâb marahouche habess !» (Jetez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas).

Les élections du 4 juillet sont rejetées avec force aux cris de : «Makache intikhabate maâ el issabate !» (Pas de vote avec les gangs), «Le 4 juillet, wahed ma ivoti !» (le 4 juillet, personne ne votera), «Makache el vote, wellah ma edirou, Bedoui ou Bensalah lazem itirou, loukane beressass alina ettitour w’Allah marana habssine !» (Pas de vote, vous ne le ferez pas. Bedoui et Bensalah doivent déguerpir.

Même si vous deviez nous tirer dessus à balle réelle, on ne s’arrêtera pas). Le 5 juillet 2019 tombe un vendredi. Et lors de la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance, qui coïncide donc avec le 20e acte du hirak, un terrible slogan retentit vigoureusement: «Echaâb yourid el istiqlal !» (Le peuple veut l’indépendance).

Le reste de l’été est rythmé par les rounds de dialogue sous la férule du panel conduit par Karim Younès. Les manifestants s’y opposent mordicus en clamant : «Makache hiwar maâ el issabate !» (Pas de dialogue avec la bande).

Au mois d’août, des appels à l’escalade fusent dans les marches. «Rahou djay, rahou djay, el issyane el madani !» (La désobéissance civile arrive) s’écrient les frondeurs sans que cette option soit traduite en actes. D’autres slogans vont encore enrichir le stock de mots d’ordre du hirak.

Parmi les plus puissants : «Ma tekhawfounache, bel achriya, we h’na rabbatna el miziriya !» (Vous ne nous faites pas peur avec la décennie noire, nous avons grandi dans la misère).

«Ya Aliiii !»

Autre fait notoire : la jonction avec les symboles de la Guerre de Libération nationale dont les héros sont célébrés avec enthousiasme. Le nom de Ali La Pointe est furieusement acclamé aux cris de «Ya Aliii !». Il est constamment invoqué également à travers ce chant vibrant : «Ya Ali Ammar, bladi fi danger.

Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche arrière eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal» (Ali Ammar, mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine.

Main dans la main, on arrachera l’indépendance). Amirouche est également très présent dans les marches, notamment à travers cet hymne : «Ahna ouled Amirouche, marche arrière ma n’ouellouche, djaybine el houria» (Nous sommes les enfants de Amirouche, pas de marche arrière, on arrachera la liberté).

Nous devons mentionner cet autre hymne qui convoque une autre figure tutélaire, celle de Abane Ramdane : «Essemoû essemoû ya nasse, Abane khella oussaya, dawla madania, machi askaria !» (Ecoutez bonnes gens, Abane a laissé un testament, Etat civil pas militaire).

A partir du 15 septembre et la convocation du corps électoral pour la présidentielle du 12 décembre, les principaux leitmotivs de la contestation vont de nouveau converger vers le rejet du scrutin.

«Dégage Gaïd Salah, had el aâme makache el vote !» (Pas de vote cette année), «Makache intikhabate maâ el issabate !» (Pas de vote avec les gangs), «Dirouna les menottes, makache el vote !» (Mettez-nous les menottes, pas de vote ), «Hé Ho, leblad bladna, w’endirou raina, makache el vote !», «12/12 la yadjouz !» (L’élection du 12/12 est illicite), vont saturer le paysage urbain.

Dès la proclamation de la victoire de M. Tebboune aux élections, le nouveau locataire d’El Mouradia devient aussitôt la cible des manifestants, ceci d’autant plus que feu Ahmed Gaïd Salah a brutalement quitté ce monde quatre jours à peine après l’investiture de son protégé.

La Casa d’El Mouradia

Une dernière observation pour finir : les slogans retenus ici sont ceux qui font plus ou moins consensus et qui sont assez réguliers et repris massivement.

A côté de cela, nous avons noté, au cours de cette année effervescente, nombre de slogans et de revendications qui variaient selon les carrés, les quartiers et les groupes sociaux.

Et même si la majorité des marcheurs ne se réclament d’aucun sigle, toujours est-il que ces carrés existent et sont visuellement identifiables.

Parmi les plus réguliers, on peut citer, pêle-mêle le carré de RAJ, les carrés de certains partis (RCD, PST, FFS…), le groupe du CNLD (le Comité national pour la libération des détenus), et avant lui, celui du Réseau de lutte contre la répression. Devant la Fac centrale, à Alger, le carré féministe est incontournable.

Il a entre autres ce chant truculent : «Silmiya, nesswiya, tahya el m’ra el djazariya !» (Pacifique, féminine, vive la femme algérienne).

A noter également le Pôle de l’alternative ouvrière et populaire qui répète à volonté : «Houriya, karama, adala idjtimaiya !» (Liberté, dignité, justice sociale). Autre carré assez visible : celui des proches des détenus des années 1990 réclamant : «Houriya, houriya, massadjine el ouchriya» (Liberté pour les prisonniers de la décennie 1990).

Et il y a bien sûr les islamistes qui scandent inlassablement le nom de Ali Benhadj et entonnent : «Dawla islamiya, machi askaria».

On y trouve principalement des vétérans et nostalgiques du FIS. Dans ce même spectre islamiste, il y a, en outre, les activistes de Rachad.

Sans oublier la mouvance «Badissia-novembaria». Impossible de ne pas remarquer aussi, dans les cortèges, les groupes de supporters et l’ambiance de feu qu’ils mettent dans les manifs, à l’instar de ceux du Mouloudia ou encore ceux de l’USMH qui chantent «Chkoun sbabna, eddoula sbabna !» (L’Etat est la cause de notre malheur), et dont certains trublions s’amusent à claironner : «Harrachia islamiya».

Mais la palme, toutes catégories confondues, revient sans doute à Ouled El Bahdja, réputés proches de l’USMA, et leur pamphlet magistral «La Casa d’El Mouradia» qui sera pendant longtemps l’hymne officieux du hirak.

Une dernière friandise pour la route : ce slogan qui a fait son apparition le vendredi 14 février où, à l’approche du choc MCA-USMA programmé pour le 22 février, les supporters des deux équipes narguaient le clasico et la raison footballistique en martelant : «Makane Mouloudia makane USMA, ederby yetelâab fel Mouradia !» (Il n’y a ni Mouloudia ni USMA, le derby se jouera au palais d’El Mouradia). **MUSTAPHA BENFODIL- elwatan- jeudi 20 février 2020

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Répression : la fausse manœuvre du pouvoir

Le discours du pouvoir fait de déni et de provocations n’a pas résisté au caractère pacifique des manifestations. Face à l’entêtement du pouvoir, la rue a choisi la lucidité et le pacifisme.

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Pensant venir à bout du soulèvement populaire, le pouvoir a usé de manœuvres qui n’ont, au final, abouti qu’au renforcement de la mobilisation. Si au début du soulèvement, les autorités ont choisi la “douceur” pour des raisons qui sont les siennes, cette tendance a vite fait d’emprunter un chemin contraire. Le pouvoir a décidé d’en finir avec la contestation en essayant de reprendre son sport favori : la répression. Si avant le mois de juin, tous les manifestants interpellés ont fini par être relâchés, le mois de juin a donné le coup d’envoi à une opération sournoise et violente d’arrestations. 

Le discours du défunt vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, du 19 juin 2019 depuis une caserne au sud du pays, a ouvert la voie aux interpellations. Les premiers à en subir les affres sont les porteurs de l’emblème amazigh que les forces de répression commençaient à embarquer dès le 21 juin. Ils ont été des dizaines à être arrêtés et condamnés à des peines de prison ferme.

Ahmed Gaïd Salah avait dénoncé les “tentatives d’infiltration des marches populaires, au cours desquelles des drapeaux autres que l’emblème national sont brandis par une infime minorité”. Il avait précisé que “des ordres et instructions fermes avaient été donnés aux forces de sécurité afin de faire respecter strictement les lois en vigueur et de faire face aux individus qui essaient d’attenter à nouveau aux sentiments des Algériens”.

Le prolongement du discours du pouvoir a donc été donné par les forces de sécurité qui ont réagi promptement à ces “directives” et procédé à des arrestations, notamment à Alger. Le même discours a été réitéré par le pouvoir, notamment par le défunt vice-ministre de la Défense, qui s’était quasiment imposé comme la seule autorité “habilitée” à parler de la situation politique du pays, faisant de l’ombre au chef de l’État par intérim et au Premier ministre. 

La répression était donc au rendez-vous chaque vendredi. Bastonnades, arrestations, intimidations … étaient la seule réaction du pouvoir face à la mobilisation de plus en plus importante de la rue qui réclamait et qui réclame toujours le départ du système. Il va sans dire que le discours du pouvoir, à la fois “autoritaire” et “coupé de la réalité”, n’a pas eu l’effet escompté au sein de la société. Ni les arrestations et encore moins les tentatives d’isoler la capitale du reste du pays afin d’affaiblir le mouvement n’ont eu aucune incidence sur la mobilisation. 

Elles ont, au contraire, boosté la mobilisation des citoyennes et des citoyens, afin de maintenir l’endurance du mouvement face aux tentatives répressives du pouvoir. Le discours du pouvoir fait de déni et de provocations n’a pas résisté au caractère pacifique des manifestations. 

Face à l’entêtement du pouvoir, la rue a choisi la lucidité et le pacifisme. En 52 marches, aucune vitre n’a été brisée. En attendant la 53e marche du mouvement populaire, on remarque que c’est le pouvoir qui change de stratégie pour survivre à la déferlante citoyenne, et non la rue, laquelle est restée fidèle à son engagement pour démanteler un régime obsolète à travers des manifestations pacifiques. *Par Mohamed MOULOUDJ - Liberté-  jeudi 20 février 2020

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VERDICTS CONTRADICTOIRES, ABUS DE MANDATS DE DÉPÔT 

-le vrai visage de l’appareil judiciaire 

Depuis l’émergence de la révolution citoyenne contre le régime, le pouvoir judiciaire a fait polémique. Tantôt, il engrange des bons points, tantôt, il est cloué au pilori pour ses collusions —  supposées ou avérées — avec le pouvoir exécutif.

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Aux premières semaines du mouvement populaire, le corps de la magistrature a montré les prémices d’un changement au diapason avec les aspirations du hirak. “Merci au peuple d’avoir éveillé nos consciences”, ont asséné, sur le ton d’un mea culpa, des magistrats rassemblés sur le parvis des cours de justice dans plusieurs wilayas du pays, au mois de mars dernier. Dans l’élan de leur ralliement à la révolution, ils se sont engagés à ne pas juger leurs concitoyens pour délit d’opinion ou de “hirak”. Promesses en l’air ? Sans aucun doute.

Dès le 5e mandat avorté dans le sillage de la démission forcée du président Bouteflika le 2 avril, de nombreux juges ont repris du service auprès du nouvel homme fort du pays, Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP, jusqu’à son décès le 23 décembre dernier. Subtilement d’abord en plaçant en détention préventive des Premiers ministres, des ministres, des hommes d’affaires… ayant profité des largesses du clan Bouteflika. L’opération anti-corruption est utilisée néanmoins aussi comme paravent pour régler des comptes avec des opposants.

Dans la confusion, des personnalités, sans accointances avec le régime, ont été incarcérées. Quelques semaines passent. Le discours du chef du commandement militaire devient de plus en plus dur envers les manifestants. Leurs arrestations, jusque-là plutôt discrètes, prennent des allures d’une chasse à l’homme. Les porteurs de l’emblème amazigh sont placés par dizaines sous mandat de dépôt. Ils seront suivis par des activistes et des militants politiques.

Le moudjahid Lakhdar Bouregâa, les généraux à la retraite Hocine Benhadid et Ali Ghediri, Karim Tabbou, Fodil Boumala, Samir Belarbi, des cadres de l’association RAJ… Les prisons se remplissent de détenus d’opinion, pour des chefs d’inculpation génériques : “Atteinte à l’unité nationale” ; “Atteinte au moral de l’armée” ; “Distribution de tracts” ; “Attroupement non armé” ; “Publications tendancieuses sur les réseaux sociaux” … Les avocats, révoltés par le déni de droit et surtout l’abus dans l’ordonnance de mandats de dépôt, font entendre leurs voix dans la rue, à plusieurs reprises.

Une centaine d’entre eux se constitue bénévolement pour défendre les prisonniers du hirak, de plus en plus nombreux. Mes Bekhti, Mouhous, Sidhoum, Assoul, Djerdjer, Badi, Allili, Rouibi, Nabila Smaïl, Salah Brahimi, Benissad, Haboul, Mechri… s’impliquent profondément dans l’insurrection populaire. Le 26 octobre, le Syndicat national des magistrats décrète une grève illimitée, réclamant essentiellement l’annulation d’un mouvement d’affectation ayant touché près de 3 000 magistrats.

Il s’insurge contre l’interférence du ministère de tutelle dans les prérogatives du Conseil supérieur de la magistrature. Le débrayage est émaillé par un incident marquant : des éléments de la Gendarmerie nationale violent la franchise de la Cour d’Oran et de nombreux tribunaux de la capitale, afin d’installer, par la force publique, les présidents des juridictions. Le SNM exige la démission du garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati. Le bras de fer dure plusieurs jours.

Le Syndicat gèle la grève, de manière impromptue, sans satisfaire la revendication principale, mais en obtenant une revalorisation salariale avec effet rétroactif sur une année. Le Club des magistrats exprime son étonnement sur ce dénouement alambiqué du conflit. La rue refuse “la justice du téléphone”. Elle invective les juges. Les procès se transforment souvent en réquisitoire contre le pouvoir judiciaire.

Pourtant, les arcanes des palais de justice sont ébranlés par des tiraillements internes, visibles au regard de l’opinion publique par des verdicts contradictoires rendus dans les affaires des détenus d’opinion. Pour des chefs d’inculpation identiques, certaines juridictions, spécifiquement le tribunal de Sidi M’hamed, condamnent à la prison ferme, tandis que d’autres prononcent des relaxes. Des juges d’instruction ordonnent des mandats de dépôt au moment où des confrères se limitent au contrôle judiciaire ou à l’abandon des poursuites.

Au milieu de ce mois de février, le procureur de la République adjoint près le tribunal de Sidi M’hamed a fait un inattendu plaidoyer en faveur de la relaxe d’activistes du hirak. La tutelle l’a sanctionné en le mutant à la Cour de Guemar. “Beaucoup de magistrats sont intègres”, témoignent les avocats, comme pour préserver l’espoir d’un potentiel sursaut collectif du corps. *Par Souhila HAMMADI - Liberté-  jeudi 20 février 2020

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Les réseaux sociaux, une contribution majeure à la mobilisation

Groupes de discussion, appels anonymes et échanges avec des millions d’internautes… comme lors des “printemps arabes”, les réseaux sociaux ont joué un rôle primordial dans le déclenchement des manifestations contre la candidature, en avril 2019, d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat présidentiel.

Dans cette Algérie du début de l’année 2019, à l’exception de quelques médias indépendants, l’essentiel de la sphère médiatique algérienne sert de relais aux promoteurs de la campagne pour la reconduite d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat. 

Dans les villes et les villages reculés, la colère monte. Les Algériens ont été touchés dans leur orgueil. Mais les médias classiques, en dehors des journaux habituels qui rapportent les voix de l’opposition, passent à côté. Pour ne pas subir le poids de la chape de plomb qui pèse sur les médias, des activistes de ce qui deviendra plus tard le “hirak” emploient alors les réseaux sociaux.

Quelques jours avant la marche historique du 22 février, des citoyens ont créé des groupes de discussion et appelé les Algériens à sortir manifester contre l’éventualité de voir le chef de l’État, vieux et malade, briguer un cinquième mandat. Cela a été payant. La marée humaine à Alger et dans toutes les villes du pays a surpris tout le monde. Les internautes, en majorité fiers du travail accompli, ont partagé des images et vidéos des manifestations sur les réseaux sociaux. Une dynamique venait de naître.

Des images qui ont dopé la mobilisation. Au fur et à mesure de l’évolution de la contestation, les réseaux sociaux deviennent le lieu de “réunions” virtuelles. Si les médias, notamment les chaînes de télévision, commencent à s’intéresser au séisme politique que venait de provoquer le hirak, Facebook, Twitter et d’autres sites deviennent les lieux de prédilection pour l’élaboration des slogans et la programmation des manifestations populaires chaque semaine. La magie de ces réseaux sociaux est tellement impressionnante qu’elle a réussi à déjouer les plans du pouvoir et même à adapter les slogans des manifestations à l’évolution politique du pouvoir.

Le départ d’Abdelaziz Bouteflika et la fermeture de la majorité des médias, notamment audiovisuels, au hirak n’ont pas changé la donne. Les arrestations d’internautes n’ont pas non plus dissuadé les activistes qui redoublent d’ingéniosité pour échapper à la censure et aux arrestations. L’apparition de “mouches électroniques”, faux profils utilisés par les officines du pouvoir pour décourager les manifestants, n’ont pas eu les résultats escomptés. 

Les réseaux sociaux continuent, aujourd’hui encore, à servir de fer de lance à une révolution qui n’en finit pas de surprendre. Et les préparatifs pour la célébration du premier anniversaire du début de la révolution populaire ne déroge pas à la règle. Et tout indique que sur les réseaux sociaux aussi, la marche populaire continue. *Par Ali BOUKHLEF - Liberté-  jeudi 20 février 2020

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Oran au rendez-vous de l’histoire

Le  dernier mardi  de  l’an I  du hirak a  été à  la  hauteur de la mobilisation citoyenne  et  estudiantine  à  Oran   avec  une  participation  de  plus  en  plus importante de manifestants venus de divers horizons sociaux. Ce 52e mardi a été celui de la confirmation des principaux mots d’ordre du hirak à travers la primauté du politique sur le militaire. “Samoôu, samoôu ya ness, Abane khala wsaya, dawla madania machi aâskaria” (Écoutez, écoutez, Abane a laissé une consigne, État civil et non militaire).

La foule a également repris les standards chers au hirak en revendiquant le départ du système. “Goulna el-îssaba trouh, ya hna ya ntouma…, ntouma” (On a appelé au départ de la bande, soit nous, soit eux…, ce seront eux), “Dawha ouled lahram, yasqot nidham” (Ils ont pillé le pays, les salauds, à bas le système). L’éternel “Klitou lebled” (Vous avez ruiné le pays) a résonné derechef sur l’itinéraire classique de la marche hebdomadaire.

Les martyrs n’ont pas été oubliés pour autant par la foule qui a scandé : “Ya chahid artah sanouwassilou el-kifah” (Toi, le chahid, repose en paix, nous continuons le combat) comme pour souligner la détermination des hirakistes à aller jusqu’au bout de leurs revendications. “Tmanit nchouf bladi horra b wladha” (Je souhaite voir mon pays libre avec tous ses enfants).

Hier, la justice a également été au centre des revendications populaires et la foule a dénoncé la mainmise de l’Exécutif sur l’indépendance de la justice. La presse a aussi été vilipendée par les manifestants à travers une référence à une chaîne privée qui se distingue par la désinformation et l’intox. 

La légitimité du président de la République a, encore une fois, été remise en question par la foule qui a scandé : “Tebboune mzawar”. Les manifestants ont exigé de savoir la destination prise par l’argent volé par les anciens responsables du pays : “Win el-malayir ?”, (Où sont passés les milliards ?).

Des pancartes, brandies par les manifestants, dénoncent le recours au gaz de schiste ainsi que le deal du siècle imposé par Trump. D’autres revendiquent le droit au peuple de se défendre et exigent la convocation de Bouteflika, de Bedoui, de Dahmouni et de tous les anciens ministres devant la justice.*Saïd OUSSAD - Liberté- mercredi 19 février 2020

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*Le hirak projette des « marches grandioses» pour son premier anniversaire lors du 53e vendredi

Les Algériens vont boucler, dans quelques jours, une année d’une contestation populaire inédite. Depuis plusieurs jours déjà, les pronostics vont bon train sur le degré de la mobilisation qui sera enregistré lors du 53e vendredi, qui interviendra le 21 février et qui sera l’occasion de fêter le premier «anniversaire» du hirak.

C’est, en effet, un certain 22 février de l’année dernière que ce mouvement populaire est né à travers tout le pays suite à des appels partagés sur les réseaux sociaux. Ce jour-là, les Algériens sont sortis en masse et dans toutes les wilayas pour dénoncer le 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika. Mais avant, le 16 février plus précisément, il y a eu une manifestation à Kherrata.

Sans oublier le rassemblement qui a eu lieu le 19 du même mois devant l’APC de Khenchla, à l’occasion d’un déplacement de Rachid Nekkaz, qui avait annoncé sa participation à la présidentielle annulée du 18 avril. Sur place, et suite à une provocation du P/APC, des manifestants ont arraché un portrait géant du chef de l’Etat et l’ont piétiné.

Ainsi, cette semaine du mois de février 2019, qui s’est donc conclue par ces manifestations grandioses du 22, a été le prélude à un mouvement qui dure depuis une année et qui risque de se poursuivre encore. D’où tout l’intérêt des hirakistes à vouloir faire de ce 53e vendredi un moment de remobilisation de grande envergure.

A cet effet, de plus en plus d’appels sont lancés ces derniers jours pour une marche «nationale» à Alger. A Béjaïa, par exemple, des citoyens ont exprimé, sur les réseaux sociaux, l’idée de se déplacer dans la capitale, la veille du vendredi, afin d’éviter les multiples barrages filtrant l’accès à la capitale les jours des manifestations.

Certains d’entre eux préconisent même de ne pas quitter les lieux jusqu’au «départ du système». En plus de la capitale, dont la symbolique est importante bien évidemment, des appels sont également lancés pour se mobiliser en force dans les autres wilayas en ce 53e vendredi marquant une année de contestation. D’autres encore aspirent à organiser une marche nationale à Kherrata, le 16 février, la ville qui avait accueilli donc la première marche contre le 5e mandat, six jours avant le fameux 22.

S’il y a eu des moments de flottement, durant lesquels la mobilisation s’est réduite pour des raisons objectives, comme se fut le cas par exemple durant l’été ou au mois de Ramadhan, le mouvement populaire est toujours arrivé à se redonner un second souffle à l’occasion de certaines dates importantes. Il n’y a qu’à citer, à cet effet, les fortes mobilisations du 5 juillet ou du 1er novembre. En d’autres occasions, ce sont des événements politiques, comme l’annonce de l’élection présidentielle du 12 décembre, ou des déclarations de hauts responsables de l’Etat, jugées provocantes, qui l’ont galvanisé.

Et il est, par conséquent, fort à parier que ce sera aussi le cas le 21 février.

Depuis le début du hirak, des observateurs et analystes ont prédit à maintes reprises sa fin prochaine, mais celui-ci est toujours arrivé à les démentir. Vendredi dernier d’ailleurs, la mobilisation dans la capitale a été plus importante qu’une semaine auparavant. Dans les autres villes aussi il y a eu une plus forte présence des manifestants. Le mouvement a même repris dans des villes où il s’était arrêté ces toutes dernières semaines, souvent en raison de la répression. Donc il est tout à fait naturel de s’attendre le 21 février à une grande mobilisation, notamment eu égard aux multiples appels lancés sur les réseaux sociaux.

Lors du 53e acte du hirak, les axes routiers menant vers la capitale seront, certainement, et comme d’habitude, filtrés. Kherrata subira probablement la même chose le 16 février. Mais cela va certainement être sans effet puisque, depuis plusieurs mois déjà, les manifestations se déroulent souvent avec les citoyens des régions concernées et ceux qui veulent se déplacer ailleurs trouvent toujours le moyen de le faire. Le 53e vendredi va être ainsi extrêmement particulier.* ABDELGHANI AICHOUNelwatan- lundi 10 février 2020

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Paris, l’autre capitale du hirak

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Plusieurs actions ont été initiées par des collectifs citoyens, tout au long de l’année écoulée, pour soutenir le mouvement populaire en Algérie. Les Algériens de France se sont notamment mobilisés contre la tenue du scrutin présidentiel du 12 décembre. 

Tout est parti du cri de révolte de Dani Yahia Ouaret, diffusé sur sa page Facebook, sous la forme d’un appel à manifester en France contre le cinquième mandat de Bouteflika. 

Publié le 10 février 2019, le post du jeune étudiant en architecture résidant à Paris devient vite viral. Il comporte un slogan, “Non à la honte. L’Algérie ne vous appartient pas”, qui est repris en chœur par des milliers de manifestants lors du premier rassemblement organisé sur la place de la République, quelques jours plus tard, le dimanche 17 février. 

“Nous avons démontré tous ensemble que nous sommes impliqués et soucieux de l’avenir du pays”, commente aujourd’hui Dani. Dimanche dernier, il était dans le défilé parisien entre la place de la République et la place de la Bastille, pour marquer le premier anniversaire du début des manifestations en France. 

Beaucoup d’autres Algériens ont également battu le pavé, encadrés par un certain nombre d’organisations qui ont été créées dans l’Hexagone pour soutenir le Hirak. Le collectif Debout l’Algérie fait partie des premiers-nés. L’une de ses animatrices, Faïza Menaï, se souvient, avec beaucoup d’émotion, d’une réunion tenue dans un café au quartier des Halles, pour préparer le premier rassemblement parisien et aider Dani Yahia Ouaret à obtenir une autorisation de la préfecture.

“Le niveau de participation des manifestants a dépassé nos attentes. Ils étaient encore plus nombreux les dimanches suivants”, dit-elle, comblée par la tournure des événements. En plus des rassemblements dominicaux de la place de la République, d’autres formes d’action ont été engagées par les collectifs de la diaspora tout au long de l’année dernière, dont des marches à Paris et une à Bruxelles, à proximité du siège de la Commission européenne en décembre dernier.

Pendant l’été, la section parisienne du réseau de lutte contre la répression et pour la libération des détenus d’opinion a tenu pendant plusieurs vendredis des sit-in devant les locaux de l’ambassade d’Algérie à Paris pour protester contre l’arrestation de militants politiques et de manifestants. Des collectes de fonds au profit des familles de prisonniers ont été par ailleurs organisées.

Au niveau politique, les animateurs du mouvement de soutien au Hirak dans l’Hexagone ont initié des conférences et des débats pour alerter sur la situation en Algérie et susciter la solidarité au plan international. Des actions coup-de-poing (manifestation devant le siège de Facebook et d’Eutelsat à Paris, perturbation d’une réunion des actionnaires de l’entreprise Total à Strasbourg…) ont été par ailleurs improvisées. Les différents collectifs se sont enfin illustrés en mobilisant nos compatriotes en France contre la tenue du scrutin présidentiel du 12 décembre 2019. 

Des rassemblements ont ciblé tous les consulats qui ont hébergé l’opération de vote. Des actions similaires ont eu lieu dans d’autres pays, induisant un taux d’abstention de la communauté algérienne à l’étranger qui a dépassé les 90%.

*Par Samia LOKMANE KHELIL- Liberté-  jeudi 20 février 2020

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*Le hirak fascine et dérange, un phénomène politique et social unique dans les annales à l’échelle planétaire

Le hirak intrigue, fascine et dérange. A quelques jours de la date anniversaire du déclenchement du hirak, le 22 Février 2019, ce mouvement de colère citoyenne à travers tout le territoire ne donne pas l’impression de vouloir s’arrêter un jour.

C’est là un phénomène politique et social unique dans les annales à l’échelle planétaire. Tous les mouvements de contestation populaire à travers le monde ont été réprimés ou récupérés par les tenants du pouvoir en place. Sauf le hirak en Algérie qui a résisté vaillamment, malgré la répression policière et les multiples tentatives d’intimidation des citoyens.

Le pouvoir a même organisé des contre-manifestations qui ont lamentablement échoué. La manœuvre était pourtant très dangereuse pour la sécurité intérieure du pays. C’est l’image d’un système finissant et désarmé face à un mouvement pacifique d’une écrasante majorité de citoyennes et de citoyens.

La montée en puissance du hirak a fini par faire craindre le pire au pouvoir en place, lequel a pointé du doigt, à travers les médias qui lui sont inféodés, la «main de l’étranger», la France en particulier, le mouvement séparatiste de Ferhat M’henni, le MAK, ou d’autres forces obscures ennemies de l’Algérie.

Là aussi, le pouvoir essuiera un cuisant échec. Le pouvoir a ensuite tenté la carte de la division en s’en prenant de manière inattendue à l’emblème amazigh. Plusieurs centaines de jeunes gens et de jeunes filles ont été arrêtés pour avoir brandi le drapeau identitaire qui pourtant flotte sur plusieurs édifices publics. Encore une fois, les Algériens ont réussi à éviter le piège tendu, en affirmant leur appartenance à la culture plusieurs fois millénaire du peuple amazigh.

Du vivant du général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, tout l’establishment, toutes les institutions de l’Etat algérien ont été mobilisés pour affaiblir le hirak, qui fait parler de lui dans toutes les capitales du monde de par son caractère pacifique. Le mouvement fascine et attire la sympathie des institutions internationales et des médias.

La vigueur du hirak a attiré et attire toujours toutes les convoitises de récupération politique. A commencer par certains leaders islamistes, à l’exemple de Abdallah Djaballah, exclu, dès les débuts du hirak, de la marche du vendredi par des centaines de citoyens en colère. Car, en réalité, le hirak n’est pas un parti politique et ne peut être structuré en tant que tel étant donné qu’il est traversé par tous les courants d’opinion de la société algérienne.

Le mouvement citoyen est appelé à cesser ses manifestations après la satisfaction de toutes les revendications, à savoir la libération de tous les détenus d’opinion, la révision de la Constitution pour mettre fin à l’ancien système corrompu et corrupteur et le jugement des principaux auteurs de détournement et dilapidation des deniers publics. Par ailleurs, la structuration du hirak, quand bien même elle serait voulue par des cadres du mouvement, sera sans doute fortement empêchée par le pouvoir actuel. Ce dernier ne peut laisser naître un «mastodonte» politique qu’il aura à affronter lors des prochaines joutes électorales.

* MOHAMED TAHAR MESSAOUDI- elwatan- 13 février 2020

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 Dialogue de sourds

Le hirak “béni” a été copieusement réprimé ce mardi à Alger. Deux jours plus tôt, le président Tebboune faisait l’éloge de ce mouvement qui exprime “la volonté populaire”, et donc “la volonté de…Dieu”. Ce qui ne suffit pourtant pas à faire céder le régime.
De fait, après un an de soulèvement pacifique, l’inexorabilité du mouvement populaire s’est imposée aux yeux du pouvoir. Le président parle même de son “invincibilité”. Flatterie trompeuse ou conviction réelle, qu’importe : le fait est qu’il constate qu’il n’y a pas moyen de passer outre cette insurrection civique pour un changement de système. On est loin des quolibets de “traîtres, mercenaires” et autres “quelques éléments”…
Mais cette reconnaissance verbale d’un contexte révolutionnaire ne remet visiblement pas en cause le choix résolu pour la sauvegarde du régime, moyennant quelques permutations du personnel politique, et donc de contrer le hirak dans finalité. En attendant que celui-ci s’éteigne par lassitude, par excès d’étouffement et de persécution ou qu’il implose par trop de manœuvres, le pouvoir fait semblant de lui rendre grâce tout en contribuant par la répression et le black-out médiatique à cette fin souhaitée.
Les déférences et ménagements, dont le régime, et ses représentants dans l’Exécutif en particulier, font preuve à l’endroit du mouvement populaire sont des artifices. Car enfin cet Exécutif est né de l’élection rejetée du 12 décembre, élection ayant constitué le moment décisif d’un processus par lequel le pouvoir militaire comptait désamorcer la mobilisation citoyenne pour le changement de système. Le Président et son gouvernement sont là pour servir d’alternative à la revendication de transition de rupture taxée d’”aventurisme”. Et c’est pour pouvoir plus aisément remplir sa tâche de neutralisation de la demande de changement que le pouvoir vient puiser la légitimité qu’il n’a pas eue par les élections dans une sorte d’accordance avec le hirak ! Lui aussi veut piocher dans le subterfuge “khaoua khaoua”.
C’est à peine si on ne lui propose pas une fête nationale du hirak. Il faut avoir une piètre idée de l’intelligence d’un peuple pour lui proposer de sanctifier sa date de déclenchement avant de lui parler de son aboutissement. On lui assure même qu’il peut continuer à battre le pavé pour servir de sonnette d’alarme en veille ! Ce qui voudra alors dire que ce peuple manifeste depuis un an, et sans être ménagé ni “protégé”, en tout cas pas contre la répression, depuis un an pour porter le gouvernement Tebboune aux affaires et…servir de caution pour son programme. Et encore plus, si…dialogue.
Ce déni de sens qui s’exprime contre le mouvement populaire le condamne à la durée et à la peine. Il n’a pas le choix au vu de l’enjeu historique qu’il s’est donné.*par Mustapha HAMMOUCHE - Liberté- mercredi 19 février 2020

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intolérance face au combat pour la démocratie, la liberté, le respect du citoyen.

Depuis le 22 février 2019, une Algérie nouvelle est en train de naître. Une Algérie porteuse d’un immense message d’espoir, un second 1er Novembre qui est un autre combat pour la démocratie, la liberté, le respect du citoyen.

Bref, une Algérie où les citoyens ont récupéré leur droit à la parole, leur droit pour avoir une participation réelle et sans entrave à la gestion de la cité.

Malheureusement, l’obscurantisme continue à faire des ravages dans la société. L’écrivain Amin Zaoui, dans un récent article paru dans Liberté, ne cache pas sa colère face à l’intolérance qui sévit toujours à travers le pays, une intolérance que l’on croyait bannie de nos mœurs depuis que les Algériens ont remporté une victoire magnifique sur le terrorisme islamique. Il cite des exemples qui en disent long sur la persistance de comportements négatifs.

A Biskra, une enseignante a été sommée de quitter la ville parce qu’elle refusait de porter le hidjab. Une jeune fille s’est suicidée en se jetant du balcon de la maison familiale. Motif : une enseignante a menacé de la dénoncer à son père parce qu’elle l’a vue discuter avec un garçon.

A Saïda, le chef du département de droit de la faculté a décidé de faire passer devant le conseil de discipline tout étudiant ou étudiante qu’il attraperait avec un cadeau à la main le jour de la Saint-Valentin.

Des comportements négatifs de ce genre foisonnent malheureusement. Même le hirak n’a pas échappé à des forces qui ont tenté de l’infiltrer pour récupérer son merveilleux combat.

Le drapeau de Daech a même été brandi au tout début des manifestations l’année dernière. Sans parler des autres islamistes qui tentent de profiter de l’occasion pour revenir sur la scène politique.

Certains ont même défilé avec le chantre du terrorisme islamiste, l’homme qui a contribué à mettre l’Algérie à feu et à sang, le nommé Ali Benhadj.

Mais ce qui étonne face à cette tentative de remise sur les rails du FIS-dissous, c’est la passivité des autorités.

Rien n’a été fait contre les individus et les groupes qui violent ouvertement la loi, ce qui les rend de plus en plus arrogants, croyant qu’ils sont assurés de l’impunité. L’absence de réaction est-elle un aveu de faiblesse de l’Etat ?

Est-ce que l’appareil d’Etat est trop gangrené par les islamistes ? De toute évidence, le ministère des Affaires religieuses, par incompétence ou par laxisme, ne fait rien pour juguler le phénomène.

Nous avons également le cas de Naïma Salhi, qui attaque publiquement une partie de la nation, en l’occurrence la Kabylie, appelant pratiquement à la guerre civile.

Cette aventurière continue de développer son discours de haine en toute quiétude, malgré des plaintes de la société civile. L’APN s’est montrée étrangement passive.

Elle ne lui a pas retiré son mandat de députée. Elle croit ainsi qu’elle est encouragée à sévir encore. Le pouvoir est interpellé pour cette affaire qui jette le doute et la suspicion chez les citoyens.

La lutte contre l’intolérance dans tous les secteurs de la vie publique s’impose. D’où la nécessité d’une réaction salvatrice.

*TAYEB BELGHICHE - elwatan- mercredi 19 février 2020

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Amnesty International a recensé 5 cas de détenus victimes de “mauvais traitements”, dont Karim Tabbou, maintenu en isolement.

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Usage “injustifié ou excessif” de la force, blocage des espaces publics ou de l’accès à la capitale, arrestations “arbitraires”, non-respect des garanties du droit à un procès équitable pour les personnes arrêtées et harcèlement des journalistes et de certains sites électroniques : dans son rapport annuel 2019, l’ONG, Amnesty International (AI) n’a pas fait dans la dentelle pour dresser un constat accablant sur la situation des droits humains, dans la région MENA (Moyen-Orient-Afrique du Nord), dont l’Algérie, marquée par une vague de soulèvements massifs.

Présenté concomitamment à Beyrouth, à Rabat et à Alger, le rapport qui concerne 19 pays relève que dans les pays secoués par des manifestations, les autorités, à défaut d’une réponse appropriée à la mesure des aspirations populaires, ont recouru à la “brutalité” et à une “réponse sécuritaire”. “En Algérie, les autorités ont réprimé les manifestations en procédant à des arrestations massives et en engageant de nombreuses poursuites judiciaires.

Dans toute la région, des gouvernements ont arrêté et poursuivi pour leurs commentaires en ligne des militants (es) qui se tournaient vers les réseaux sociaux pour exprimer leur mécontentement”, a déclaré Heba Morayef, directrice régionale pour la région MENA à AI citée dans le rapport. Directrice d’Amnesty International Algérie, Hassina Oussedik qui présentait hier à l’hôtel Sofitel le rapport concernant l’Algérie n’a pas manqué d’observer, pour sa part, que si les manifestations dans tout le pays, y compris Alger, ont été “globalement tolérées”, elles étaient marquées toutefois par de nombreuses violations des droits humains.

C’est ainsi que l’ONG a pu noter “un usage excessif” de la force au cours de certaines manifestations. Dans ce contexte, elle rappelle la mort du jeune Ramzi Yettou, une semaine après avoir été “matraqué par la police”, et les manifestants éborgnés. AI a également recensé 5 cas de détenus victimes de “mauvais traitements”, dont Karim Tabbou, maintenu en isolement.

“Un traitement cruel et inhumain au regard des standards internationaux”, observe-t-elle. Il y a aussi le cas du défunt, Kamel-Eddine Fekhar, mort après 50 jours de grève de la faim pour protester contre son emprisonnement arbitraire et illégal en raison de ses publications sur Facebook.

“Les enquêtes ouvertes par les autorités doivent être approfondies, indépendantes et impartiales sur la mort de Ramzi Yettou et de Kamel-Eddine Fekhar ainsi que pour toutes les personnes maltraitées pendant les manifestations ou durant leur arrestation et notamment celles qui en  garderont des séquelles le reste de leur vie.  Elles ont le droit à la justice et à la réparation. Les responsables de ces actes doivent être traduits en justice”, réclame Hassina Oussedik. 

Autres violations répertoriées : des arrestations “arbitraires” ciblant dans un premier temps les porteurs de l’emblème amazigh, puis les activistes associatifs et les opposants à la tenue de l’élection de décembre dernier avant de se poursuivre après le scrutin ; le non-respect des garanties du droit à un procès équitable alors que la Constitution et les traités ratifiés par l’Algérie les garantissent ; des agents en civil qui arrêtent des manifestants ou interpellent des journalistes sans mandat de la justice, le placement de nombreuses personnes en détention provisoire alors que l’article 59 souligne son caractère exceptionnel et l’arrestation d’une dizaine de journalistes et le blocage de certains sites d’infos comme TSA et inter-lignes.

“Tebboune doit absolument écouter les exigences du hirak”
Qualifiant le hirak de mouvement exceptionnel par sa “durée”, son pacifisme et sa maturité politique, Hassina Oussedik soutient que le respect des droits humains est au cœur des exigences du mouvement. Et en dépit de toutes les attaques l’ayant ciblé, le mouvement n’est pas “brisé”. “Tebboune doit absolument écouter les exigences du hirak car il n’est pas près de s’arrêter.

Nous attendons des actes forts qui consacrent la rupture pour redonner confiance aux Algériens en leur justice”, dit Hassina Oussedik qui déplore de ne pas avoir le nombre exact de personnes arrêtées ou poursuivies pour “en faire un suivi régulier”.

Elle a rendu hommage aux avocats et à la CNLD, laquelle a enregistré plus de 1 300 personnes qui sont sous le coup de poursuites judiciaires. Selon elle, les autorités doivent garantir la liberté de la presse, le respect des libertés fondamentales dans la future Constitution et le droit de n’être pas inquiété pour ses idées.

Elle demande aussi au gouvernement de libérer les détenus d’opinion, de cesser les arrestations et de lever les restrictions sur les manifestations ainsi que la garantie de la justice et la réparation pour toutes les personnes arrêtées. “Le hirak a transformé les Algériens et ébloui le monde par son exemplarité, l’État algérien doit être à la hauteur de ses rêves”, conclut-elle. 
 **Karim KEBIR - Liberté- mercredi 19 février 2020

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*un champ de mines et de ruines

L’Etat algérien dans un délabrement total

Le porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, a dénoncé, hier, l’héritage de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, évoquant un «champ de mines et de ruines». «L’Etat algérien est, depuis un an, dans un état de délabrement total (…).

Plus récemment encore, le modèle de représentation politique et démocratique est aggravé par un double facteur. Le premier est un système d’allégeance de type féodal. Il faut avoir le courage de le dire.

Le second facteur, qui a été aussi dénoncé par le président de la République, est l’avènement de l’argent sale sur la scène politique pour acheter de l’immunité. Tout cela a donné, à mon avis, le hirak béni, salutaire, fort opportun et légitime», a affirmé Amar Belhimer, invité de la Chaîne 3 de la Radio nationale, sans citer, à aucun moment, le nom du Président déchu, après 20 ans d’un règne décrié.

Sur le plan économique, le legs laissé par Bouteflika est tout aussi catastrophique. «Malheureusement, là aussi, les mécanismes de concurrence ont été battus en brèche par une oligarchie qui s’est installée dans le monopole, l’abus de position dominante et dans d’autres dérives à caractère économique. Ce à quoi s’ajoute l’instabilité législative, qui a accompagné cette situation économique. Cette instabilité législative se retrouve dans les secteurs fortement rentiers», a-t-il ajouté.

Au plan social, le président Tebboune a hérité, selon lui, de «très fortes inégalités sociales, qui ont cassé le climat de confiance et l’adhésion des Algériens». «Le président de la République a avancé le montant de 1250 milliards de dinars de créances non recouvrables auprès des banques. C’est pratiquement 10 milliards de dollars. On ne pourra pas espérer le remboursement, pour être objectif.

Ces gens pouvaient emprunter par simple coup de fil sans passer par les systèmes classiques d’hypothèques et de garantie de l’endettement», a fustigé le porte-parole du gouvernement. Afin de sortir de ce «champ de mines et de ruines», le gouvernement prévoit un changement du mode de gouvernance politique et des réformes économiques et sociales, a-t-il noté, relevant que «la crise en Algérie est d’essence politique avant d’être économique et financière». «Au premier rang des cinq actions inscrites, il y a la matrice politique, intitulée ‘‘pour une nouvelle République née des aspirations populaires’’, qui vise à réhabiliter les institutions de l’Etat fortement menacées par 20 ans de gabegie.

Cela pase par le suffrage universel et la lutte de manière conséquente contre la corruption», a expliqué le ministre de la Communication, relevant que le nouveau système de gouvernance devrait être «plus représentatif et associer la démocratie représentative et la démocratie participative».

Toujours sur le plan politique, le renouveau de la gouvernance «fait appel à l’exercice des libertés de réunion et de manifestation, à une justice indépendante et moderne, adossée à un système de sécurité des personnes et des biens, et à une presse libre», a souligné l’invité de la Chaîne 3.

Économiquement parlant, le plan d’action du gouvernement prévoit des «réformes financières et un renouveau économique». «Le programme du gouvernement dit qu’il faut sortir du système rentier, du système informel et du système bureaucratique, en créant de la valeur ajoutée, en encourageant les industries de transformation, la transformation des ressources locales, en combattant le lobby des importations», a listé le porte-parole du gouvernement.

A titre d’exemple, la réforme financière prévoit d’élargir l’assiette fiscale, instaurer de nouvelles règles de gouvernance budgétaire, moderniser le système bancaire et financier et développer l’information statistique. Le plan en question ambitionne aussi de lutter contre le chômage et promouvoir l’emploi.

Interrogé sur la récupération de l’argent détourné à l’étranger, une des promesses de campagne de Tebboune, Amar Belhimer reconnaît qu’il sera «difficile de récupérer l’essentiel de cet argent», car «nos oligarques investissent leur argent surtout en France», où la loi «hypocrite» évoque la possibilité de récupérer les capitaux détournés, non pas pour les restituer aux pays d’origine, mais pour les verser dans le Trésor public français ou dans un fonds destiné à financer, éventuellement, l’agence de coopération et d’aide au développement.

Cela dit, l’opération de récupération des fonds détournés sera engagée de manière «résolue et réfléchie», et un dispositif sera mis en place sous l’autorité du ministère de la Justice, selon Amar Belhimer.**elwatan- mercredi 19 février 2020

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*Mauvaise gouvernance -  vingt ans de règne chaotique

Véritable  talon  d’Achille  depuis  toujours  de  la  gouvernance  en  Algérie,  la  gestion  économique semble vouée à le rester encore pour longtemps. Otage d’une vision aussi étroite qu’éculée de la conduite des affaires par un système qui a montré toutes ses limites dans l’administration du pays, l’économie nationale n’est visiblement pas près de connaître ses moments de gloire. Certes, l’Exécutif vient juste de se voir valider son plan d’action qu’il promet de mettre à exécution aussi rapidement que possible.
À sa décharge également, l’héritage des vingt ans de règne chaotique des Bouteflika qu’il faudra savoir transcender, tout en sachant que la tâche est à l’avance ardue. Il est vrai que le gouvernement fait face à de multiples urgences nées des contrecoups d’un règne bouteflikien destructeur pour le pays et dont on ne cessera de recenser les ravages sur les fondements mêmes de la société. Mais cela ne dédouane pas les autorités actuelles d’une responsabilité pleine et entière dans le statu quo politique et économique qui caractérise le pays. En cause, l’absence d’annonces fortes dans les différents domaines qui peuvent bousculer l’immobilisme des institutions. Faute pour le moment d’une vision stratégique claire de développement économique, les responsables de certains départements ministériels donnent une nette impression de navigation à vue et de gestion presque à l’emporte-pièce des affaires de leurs secteurs respectifs. C’est que les tenants du pouvoir sont à l’évidence à court d’un modèle de développement qui puisse constituer la charpente autour de laquelle les différents secteurs d’activité vont, à l’unisson, œuvrer dans le sens de l’épanouissement de l’économie. Les différentes mesures annoncées jusque-là sont à mettre beaucoup plus sur le compte de la gestion des urgences que d’une politique économique aux contours et objectifs clairement définis et qui réponde à des impératifs normatifs en la matière.
On se souvient qu’à un moment, le Président déchu voulait transposer en Algérie le célèbre modèle de développement sud-coréen, en encourageant l’émergence de “champions économiques”. Mais ce n’était, en fin de compte, qu’une promesse sans lendemain, voire une ruse de plus d’un régime aussi malsain qu’incompétent. Un projet sans doute trop ambitieux pour un système grabataire qui n’est intéressé que par sa propre pérennité, quitte à mettre en péril celle de la nation.* par Hamid SAIDANI -  mercredi 19 février 2020

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APRÈS LES ASSISES DÉMOCRATIQUES

Le PAD ouvre les consultations pour la conférence nationale

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Les Forces du Pacte de l’Alternative Démocratique «comptent engager dès maintenant les consultations les plus larges avec toutes les organisations et personnalités qui rejettent le fait accompli des tenants du pouvoir», a fait savoir, ce mercredi, le PAD dans une déclaration partagée sur sa page facebook, précisant que «l’objectif est l’aboutissement pacifique des revendications démocratiques, économiques et sociales».

Le PAD, qui a réitéré, par ailleurs,  «l’exigence de libération immédiate de l’ensemble des détenus politiques et d’opinions avec leur totale réhabilitation», reste «convaincu que seule la résistance paie» et «s’associe aux appels qui prônent à faire des dates du 21 et du22 février 2020, un moment fort de la mobilisation populaire pour disqualifier l’agenda de la régénération du système et jeter les bases d’une nouvelle république».

Pour rappel, le PAD, qui a tenu ses assises démocratiques le 25 janvier dernier, travaille à organiser une conférence nationale pour une transition démocratique. *Liberté- mercredi 19 février 2020

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Des militants de tout le pays célèbrent le premier anniversaire du 16 février 2019 :

       Kherrata capitale du hirak

Grandiose manifestation hier à Kherrata / photo : El Watan
 

17 FÉVRIER 2020 

Il est 9h. Le terrain vague jouxtant le marché communal de la ville de Kherrata, à 60 km à l’est de Béjaïa, est déjà noir de monde. On aperçoit depuis l’autre rive de l’oued Aguerioune, qui travers la localité, une forêt de drapeaux multiples flottant au-dessus des têtes : l’emblème national, le drapeau de l’unité de l’Afrique du Nord et des fanions noirs. C’est l’Algérie qui s’est donnée rendez-vous sur cette place qui portera désormais le nom de place de la Liberté, 16 février 2019.

Des centaines de milliers de manifestants se sont déplacés pour rendre hommage à la population de Kherrata qui a eu le mérite d’ouvrir la voie à une lutte pacifique exprimant le ras-le-bol des Algériens d’un système qui devient de plus en plus étouffant. La ville se remplit de monde à vue d’œil. Des dizaines de manifestants arrivent des deux portes de Kherrata, par la frontière de Sétif et de Draâ El Gaïd.

Impossible de contenir autant de véhicules venant des quatre coins de Béjaïa et des wilayas limitrophes. A quelques heures du lancement de cette journée mémorable, des groupes de jeunes animent de petits rassemblement-débats devant la stèle commémorative du premier anniversaire de la manifestation
anti-5e mandat, confectionnée à cet effet.

Les chants du mouvement populaire et les slogans habituels du hirak ont tonné et sont diffusés à l’aide de haut-parleurs. Le slogan «Pour un Etat civil non militaire !» revient comme un leitmotiv. L’illégitimité des élections du 12 décembre 2019 est également décriée : «Tebboune président illégitime, il est installé par l’armée !» Des mises en scène exprimant le bradage des richesses du pays au profit des Occidentaux ont été présentées. La partialité de la justice, qualifiée de justice aux ordres, est montrée à travers des dessins, comme celui de cette balance inclinée sous le poids des téléphones. La stèle commémorative se situe au centre-ville, sur l’axe principal de la RN09 reliant Kherrata à Sétif. Elle illustre des bras enchaînés qui tendent vers le ciel, comme pour rechercher la lumière de la liberté, et posés sur un socle en marbre.

Elle a été inaugurée par la population de Kherrata qui a fait honneur au moudjahid Lakhdar Bouragaâ et au militant politique Samir Benlarbi pour  baptiser la place. Sur ses parois, sont inscrites les dates du 16 Février 2019, et celle historique du 8 Mai 1945, où la population de Kherrata mais aussi celle de Guelma ont payé par le sang leur soulèvement contre l’Etat colonial français après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, la même région, la même population commémorent le premier anniversaire d’un soulèvement populaire qui a fait tache d’huile dans toute l’Algérie pour barrer la route à un 5e mandat du président déchu, Abdelaziz Bouteflika. Le 16 février 2019, la population de Kherrata a initié la première manifestation contre une autre «forme de colonisation» qui a confisqué au peuple algérien le droit de jouir de son indépendance arrachée en 1962.

Le rassemblement de l’inauguration a été suivi d’une marche grandiose qui s’est ébranlée du centre-ville. La procession a parcouru près de 2 kilomètres, en faisant le tour du patelin. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au pouvoir. De nombreux anciens détenus ayant purgé des peines d’emprisonnement pour avoir brandi le drapeau amazigh ou pour avoir exprimé une opinion ont pris part à cette manifestation. Dans la foule, se distinguent également toutes les dynamiques du mouvement, à savoir l’université, la société civile, le mouvement associatif et des organisations politiques et syndicales. Au milieu d’une foule de marcheurs, un petit groupe de barbus, les yeux fardés de khôl et brandissant des portraits de Ali Benhadj, se plaint des barrages des services de sécurité qui ont été dressés sur sa route en venant d’Alger.

Les manifestants ont scandé des slogans en faveur des autres détenus, revendiquant leur libération : «Libérez les détenus !» Des portraits de Karim Tabbou, Abdelwahab Fersaoui et Fodil Boumala, entre autres, sont brandis, respectivement par des militants de RAJ, de l’UDS, parti non agréé, de Tabbou, aux côtés des parents des détenus. «Laissez-nous reconstruire ce que vous avez détruit», exige une banderole des «symboles du système qui ont mis le pays à genoux».

Pour les participants, cette marche commémorative du 1er anniversaire de l’événement qui a donné naissance au hirak du 22 février 2019 a prouvé que «le peuple est déterminé à poursuivre sa révolution jusqu’à la satisfaction de ses revendications, à savoir le changement radical du système, un Etat de droit et de démocratie fidèle aux principes de la Soummam, c’est-à-dire un Etat où le civil doit primer sur le militaire».

De l’avis des nombreux intervenants, à travers cette manifestation, le peuple a tenu à consolider «son unité dans sa diversité», unité qui a été démontrée lors de cette marche qui a drainé des dizaines de milliers d’Algériens venus de nombreuses wilayas du pays. Le système, qui vient de se doter d’un bras politique avec «l’installation» d’un président de la République, s’emploie à se régénérer, dit-on, d’où les appels des marcheurs à la fraternité et à l’unité des rangs pour faire durer le mouvement. *NOUREDINE DOUICI – elwatan- lundi 17 février 2020

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Hirak : déferlante humaine à Kherrata

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Afin d’exprimer leur gratitude aux hirakistes de Kherrata, des manifestants venus d’autres régions du pays ont improvisé ce chant élogieux : “Ya nas Kherrata bravo âalikoum, el-Djazaïr taftakher bikoum !” (Bravo les Kherratis, l’Algérie est fière de vous !).

Une véritable marée humaine a déferlé, hier, sur la ville de Kherrata, à l’occasion de la commémoration du premier anniversaire de la marche historique du 16 février 2019 qui a donné naissance au mouvement de contestation populaire ayant pris une dimension nationale dès le 22 février 2019. C’est un hommage particulier à la population de la ville du 8-Mai-1945 qui a brisé l’omerta en cette date mémorable de 16 février, en descendant dans la rue pour clamer haut et fort : “Non au 5e mandat de la honte !”.

La forte mobilisation citoyenne, qu’a connue la marche nationale d’hier, témoigne de la reconnaissance des Algériens à la population de Kherrata, considérée comme la pionnière de la révolution pacifique dite du sourire. Bien que le coup d’envoi de la manifestation ait été donné à 11h, le centre-ville de Kherrata était envahi par des milliers de manifestants, dès les premières heures de la matinée. Bon nombre d’entre eux, venus de différentes wilayas, ont dû passer la nuit à la belle étoile.

C’est dire que l’ambiance festive, ayant marqué cet événement historique, a régné sur la ville de Kherrata depuis la veille. Comme prévu, le point de départ de la marche a été la place jouxtant le stade communal, baptisée, depuis hier, “place de la Liberté – 16-Février-2019”. Une stèle commémorative, érigée sur ce lieu symbolique – d’où avait démarré la marche historique du 16 février 2019 – a été inaugurée pour la circonstance.

Cette cérémonie a été rehaussée par la présence de trois figures emblématiques du hirak, à savoir le moudjahid Lakhdar Bouregâa, l’activiste politique Samir Belarbi et la militante Samira Messouci, lesquels ont eu droit à un formidable accueil. Outre ces trois ex-détenus du mouvement populaire, les parents de Karim Tabbou, une autre icône du hirak qui croupit toujours dans les geôles du pouvoir, ont été chaleureusement acclamés par les manifestants qui se bousculaient pour prendre des selfies avec les hôtes de Kherrata.

Parmi la foule, on a aussi remarqué la présence de nombreux élus et militants politiques, des membres du Pacte de l’alternative démocratique (PAD), ainsi que des animateurs du Comité national pour la libération des détenus (CNLD). C’est sous les cris de “Djazaïr hourra démocratia” (Pour une Algérie libre et démocratique) et “Dawla madania, matchi âaskaria” (Pour un État civil et non militaire), que les premiers carrés des manifestants ont commencé à s’ébranler depuis la désormais place de la Liberté.

La procession humaine aura à parcourir un long itinéraire s’étendant sur pas moins de trois kilomètres. Après avoir parcouru l’artère principale de la ville, le long cortège empruntera l’échangeur de la sortie est du chef-lieu de daïra, puis la trémie de la nouvelle voie reliant le centre-ville au tronçon de la RN9. Au bout de deux heures de marche, l’immense foule regagnera le centre-ville pour marquer une halte devant le siège de la daïra. 

Brandissant l’emblème national aux côtés de l’emblème amazigh, les manifestants ont repris les slogans chers au hirak, tels que “Khlitou lebled ya sarrakine” (Vous avez pillé les richesses du pays voleurs), “H’na ouled Amirouche, marche arrière ma nwelouche” (Nous sommes les descendants d’Amirouche, nous ne ferons jamais marche arrière), “Sahafa hourra, âadala moustaqila” (Pour une presse libre et une justice indépendante), “Libérez les détenus”, “Libérez Karim Tabbou”. 

Afin d’exprimer sa gratitude aux hirakistes de Kherrata, un groupe de manifestants venus d’autres régions du pays ont improvisé ce chant élogieux : “Ya nas Kherrata, bravo âalikoum, el-Djazaïr taftakher bikoum !” (Bravo les Kherratis, l’Algérie est fière de vous !). Par ailleurs, il est à noter que les manifestants ont insisté sur la nécessité de mettre en place un processus transitionnel devant permettre l’instauration d’un véritable État civil et de droit. *KAMAL OUHNIA – Liberté-  lundi 17 février 2020

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  Le système, entre rupture et décomposition

Deux mondes se chevauchent : alors que des foules de citoyens de divers horizons se retrouvaient hier à Kherrata pour commémorer le début de la révolution  de  février, Tebboune inaugurait, à Club-des-Pins, une rencontre gouvernement-walis centrée sur son “plan d’action”. Le Président ne peut pas ignorer  le  décalage  entre  un mouvement populaire massif en marche pour une Algérie de citoyens et un système ayant permis la privatisation mafieuse de l’Etat et qui se cramponne à son empire.
Les circonstances ayant voulu que lui échoit la mission de représenter un régime  en déchéance, il ne peut pas, non plus, ignorer que, pour ce faire, il n’a que la répression à manier et à assumer. De fait, alors que le pouvoir “débattait” de son action dans son luxueux complexe, il n’a pas omis de faire chasser d’un hôtel des citoyens voulant s’exprimer sur le mouvement populaire auquel ils participent.
Mais  une  révolution,  c’est une  idée ;  et il  n’y a  pas  d’obstacle infranchissable  à  lui   opposer, sinon peut-être une idée plus forte. Or, ce n’est pas avec une accumulation d’effusions anecdotiques sur les dilapidations et la mauvaise gestion passées, pas si passées que cela d’ailleurs, que le Président pourra composer une idée qui rassemble. Son Exécutif, lui aussi bidouillé de ressources par défaut, semble vouloir l’aider à opérer une espèce de dépassement de la situation révolutionnaire par hyperactivité.
Le régime  ne  peut pas se départir de sa naturelle  réaction répressive  à l’endroit  du  mouvement  citoyen : il ne le tolère que là où l’ampleur de la mobilisation l’empêche de l’étouffer. Et il revendique quand même le fait qu’il puise son inspiration programmatique dans le hirak. Histoire de rendre caduque  l a nécessite d’une traduction politique du mouvement.  C’est  fait, dit-il !
Ce hirak, dit-il, “a réclamé un changement radical sous la protection de l’Armée, mais pas d’aventurisme politique qui a failli provoquer l’effondrement de l’Etat national et le retour à la tragédie nationale”. La position émise par le défunt Gaïd Salah est toujours de mise : tout ce qui n’est pas dans le processus électoral prévu par la Constitution de Bouteflika est “aventurisme” et “retour à la tragédie nationale”. Même si les manifestants ont mille fois rejeté l’argument !
Ce déni de réalité révolutionnaire amène le chef de l’Etat à se réfugier dans un discours magique. Comme quand il fait, par exemple, la leçon de “la confiance à rétablir entre le citoyen et les institutions de l’Etat”, les invitant à “rompre avec les anciennes pratiques”.  Il faut un manque de réalisme flagrant pour ignorer que le citoyen n’attend pas du régime et de son personnel politique qu’il change et qu’en revanche, il attend que le pays change de régime. En fait, à travers le mouvement, il s’est déjà attelé à réaliser  ce  changement.
Après un an de soulèvement pacifique et de conquêtes politiques du hirak, le régime résiduel ne conçoit toujours pas l’inéluctabilité de la rupture systémique. Dans ce cas, le mouvement populaire le contraindra tout de même à céder la place, mais à travers un processus plus long et plus coûteux, mais déjà en cours : il disparaîtra par décomposition.*par Mustapha HAMMOUCHE - Liberté-  lundi 17 février 2020

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*Méfiance généralisée des jeunes des pays arabes à l’égard des gouvernements

L’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), Rabah Arezki, estime que peu de réponses ont été apportées par les gouvernements de la région aux aspirations des peuples qui, en Algérie, en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Koweït, au Liban, sont descendus dans la rue, traduisant une méfiance généralisée à l’égard des gouvernements. “Les jeunes des pays arabes ont de faibles perspectives et doutent de la capacité des gouvernements à améliorer les choses”, estime l’économiste de la Banque mondiale, dans une analyse postée hier.

D’après lui, ces protestations indiquent la nécessité de changements économiques et sociaux spectaculaires pour stimuler la croissance économique et créer les centaines de millions d’emplois nécessaires pour employer les jeunes qui entreront sur le marché du travail au cours des prochaines décennies. Pourtant, “peu a été fait pour répondre à ces besoins”, tranche l’expert de l’institution de Bretton Woods. Selon Rabah Arezki, compte tenu de la méfiance qui règne actuellement à l’égard des gouvernements arabes, cette situation plaide pour une approche différente en matière de réformes. “Les principales priorités devraient être d’éliminer la corruption par une transparence radicale au sein du gouvernement et de supprimer les subventions implicites dont bénéficient les producteurs — par opposition aux consommateurs pauvres — y compris les services publics et les copains”.

“Les aspirations croissantes d’une population arabe très instruite et jeune contrastent avec la mauvaise performance des gouvernements et leur incapacité à moderniser leur économie et à créer des emplois”, souligne Rabah Arezki qui alerte sur le fait que cette incapacité des gouvernements arabes à fournir des services publics de qualité et abordables, associée à l’émergence d’une corruption à grande échelle dans les institutions officielles, nourrissant une complicité avec le secteur privé, “exacerbe la méfiance des citoyens”.

L’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région MENA plaide pour un nouveau contrat social dans les pays arabes, étant donné que l’actuel contrat social est décrié par les populations, voire complètement remis en cause. Ce contrat social repose, d’après l’économiste, sur un deal tacite dans lequel les citoyens arabes abandonnent leur voix et tolèrent une faible responsabilité du gouvernement en échange de subventions, d’une éducation et de soins médicaux gratuits ainsi que d’emplois publics. Ce contrat social, pense Rabah Arezki, dure depuis des décennies dans les sociétés arabes, mais il est désormais remis en cause par une population de jeunes. D’où la nécessité, selon lui, de penser un nouveau contrat social en mesure de répondre aux nouvelles aspirations des populations.*Par Ali TITOUCHE -  Liberté-  jeudi 20 février 2020

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*Tribunal de Sidi M’hamed :

L’étonnant plaidoyer du procureur pour l’indépendance de la justice

Le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a fait bonne impression. Dans son réquisitoire, le représentant du parquet, Ahmed Belhadi, a en effet demandé la relaxe au profit des manifestants arrêtés lors des manifestations du 48e vendredi à Alger, et a plaidé, chose rare, en faveur de l’«indépendance de la justice». Aouicha Bakhti, membre du collectif de défense présente dans la salle, ne cache pas son étonnement après un tel réquisitoire dans ce que les prévenus, leurs défenseurs appelaient le «tribunal d’exception». «Nous avons l’habitude d’une justice du téléphone, d’où notre étonnement. Le procureur a commencé par demander l’application de la loi, sous-entendu la relaxe, avant d’entamer une formidable plaidoirie en faveur de l’indépendance justice. Il dira : ‘‘Les Algériens marchent résolument pour une nouvelle Algérie, où la justice sera indépendante. Le peuple ne veut plus subir une justice aux ordres. Et en tant représentant du ministère public, je refuse les injonctions et donc je demande l’application de la loi au profit de ces personnes. Le parquet demande la relaxe.’’» La relaxe a été requise dans le dossier des 16 manifestants du 48e vendredi accusés d’«attroupement». D’ailleurs, «le procureur a remis en cause cette accusation», raconte, très émue, Me Bakhti.

Dans le second dossier impliquant le militant du RAJ, Kamel Nemiche, accusé d’«atteinte à l’unité nationale», le procureur a aussi requis la relaxe et plaidé pour une justice indépendante. A un avocat qui a dit que l’Algérie ne voudrait pas retomber dans les affaires des années 1990, le procureur, signale Me Bakhti, a demandé à intervenir à nouveau pour asséner : «Le peuple est conscient et il ne permettra pas cela.» L’avocate Alili Yamina, qui a plaidé plusieurs dossiers de hirakistes au tribunal de Sidi M’hamed, croit savoir que le jeune procureur a été installé à Sidi M’hamed à la faveur du dernier mouvement des magistrats, en novembre 2019. «C’est ce même procureur qui a requis des peines de prison dans le dossier d’un groupe de prévenus qu’on a défendus le 18 novembre 2019. Mais on sentait sa gêne. D’ailleurs, ce jour-là, on a décidé de boycotter l’audience et on a entonné Qassaman. Le procureur, très affecté, s’est levé», raconte l’avocate. Mise en scène ? Le procureur a-t-il reçu des ordres ? Y a-t-il volonté de «mettre dans la gêne» le ministre Belkacem Zeghmati ? Des interrogations ont fleuri sur les réseaux sociaux. Me Bakhti va au fond de sa pensée : «Je pense que le procureur a réagi comme un Algérien, et en son âme et conscience. Il avait les larmes aux yeux quand il a prononcé son réquisitoire. Je ne pense pas qu’il mente… Un prévenu, ému, a même embrassé le procureur.

D’autres ont cherché à avoir son nom pour le défendre s’il subit des représailles», relate-t-elle. Pour Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, le réquisitoire du procureur Belhadi est «une première» dans les annales de la justice algérienne, lorsqu’on apprend qu’un procureur (Bordj Bou Arréridj) a requis 8 ans contre l’activiste Brahimi Laalami. «Au moment où nous attendions de voir les magistrats, qui eux incarnent le pouvoir judiciaire, se libérer du pouvoir exécutif et parfois occulte, c’est un procureur du tribunal de Sidi M’hamed à Alger qui tente apparemment de se libérer et de se débarrasser d’une réputation qui a fait de la juridiction, jusque-là un tribunal ‘‘d’exception’’ avec le recours abusif à la détention provisoire et les condamnations des porteurs de l’emblème amazigh et des activistes du hirak», souligne-t-il. La section correctionnelle du tribunal de Sidi M’hamed a traité, hier, quatre dossiers. «Le premier concerne 16 prévenus accusés d’‘‘incitation à attroupement’’ (article 100 du code pénal) ; le deuxième dossier concerne Kamel Nemmiche, militant du RAJ, accusé d’‘‘atteinte à l’unité nationale’’ (article 79). Il y a le dossier de Bouarissa Rida, militant Rachad et ex-détenu accusé d’‘‘atteinte à l’unité nationale’’. Il y a aussi le quatrième dossier d’El Amri Mohamed. La présentation a été faite le 19 janvier 2020. Les dossiers ont été présentés pour comparution directe», détaille Me Alili. Les verdicts dans les affaires de la vingtaine de prévenus seront connus dimanche 23 février 2020. *elwatan- lundi 10 février 2020

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         La plaidoirie du procureur

Doit-on comprendre que les choses commencent à bouger au niveau de la justice ? On est tenté de le croire même si “la prestation” du procureur du tribunal de Sidi M’hamed, réputé pour son exception dans les procès des détenus du mouvement populaire, peut être considérée comme “un acte isolé”. Mais surprenant. Au lieu de demander le mandat de dépôt pour les hirakistes présentés devant le tribunal comme dans les autres procès, le représentant du ministère public a mis de côté son réquisitoire pour se lancer dans une plaidoirie en faveur de l’indépendance de la justice, une revendication du hirak qu’il a salué pour l’avoir portée depuis bientôt une année. Inédit dans les annales de la justice algérienne, d’autant qu’implicitement, ce magistrat reconnaît l’existence d’ordres venant d’en haut pour influer sur les verdicts. En plus clair, le procureur a publiquement avoué ce que les Algériens pensent et croient de la justice qui est rendue en leur nom. Pour boucler son réquisitoire transformé en plaidoirie, le procureur a “revendiqué” l’application, désormais, de la loi. Et dans le cas du procès d’hier, la relaxe pour les accusés, parce qu’ils sont innocents.
Cette sortie de ce procureur de Sidi M’hamed est toutefois intrigante et demeure entourée de mystère. Car, elle intervient après une année de silence sur les mises en détention préventive de tout détenu du hirak présenté devant cette juridiction, qualifiée d’antichambre de la prison d’El-Harrach. Aussi, elle intervient juste après le scandale ou la polémique, c’est selon, qui a éclaté entre l’inspection générale et le secrétaire général du ministère de la Justice autour de l’instruction envoyée aux magistrats pour dénoncer, y compris sous le couvert de l’anonymat, les verdicts qu’ils estiment “douteux”. Même si le prétexte du procès des hirakistes est audacieux et, à la limite, légèrement osé, dans la mesure où les arrestations et la présentation de manifestants se poursuivent, il est permis de se demander si l’intention de ce magistrat n’est pas d’essayer de recoller les morceaux d’une confiance rompue entre la justice et le peuple. *par Djilali BENYOUBLiberté-  lundi 10 février 2020

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Une dizaine de procès de manifestants et détenus du mouvement populaire ont eu lieu, ce lundi 10 février 2020, dans différents tribunaux à travers le pays.

Au tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, le procureur a requis un an de prison à l’encontre de trois détenus, Said Madi, Ouarab Kamel et Oussaidene Ahmed, arrêtés pendant une manifestation, en novembre 2019. Le verdict sera rendu le lundi 24 février.

Au tribunal de Bab El Oued, le procureur a requis un an de prison ferme assortie d’une amande de 20 000 da contre 21 manifestants, arrêtés lors d’une marche nocturne à Alger en novembre 2019, et qui sont accusés d’« attroupement non armé et trouble à l’ordre public ». Le jugement a été mis en délibéré pour le 24 février.

Au tribunal de Cherchell, à Tipaza, le procès de Kais Oulad Amar, étudiant à l’USTHB, accusé d’« entrave au bon déroulement de l’élection présidentielle du 12 décembre », a été reporté au lundi 17 février.

Au tribunal de Médéa a eu lieu le procès de Chawki Younsi, reporté déjà 3 fois pour absence du maire plaignant. Le procureur a requis 6 mois de prison ferme et une amende de 200 000 da contre l’activiste. Fonctionnaire à la mairie de Médéa, il est accusé de diffamation contre le président de l’APC de Médéa, qui a demandé 100 000 Da de dommages et intérêts. Le verdict est pour le lundi 17 février.

Au tribunal de Ain Temouchent, le procès des 11 manifestants, tous accusés d’ « attroupement non armé », a été reporté pour une troisième fois au lundi 9 mars prochain.

À la Cour d’Oran s’est déroulé le procès en appel de l’étudiant à l’USTO, Merabti Nour Echerif, poursuivi pour « incitation à attroupement ». Le verdict a été mis en délibéré pour la semaine prochaine.

Au tribunal de Bordj Bou Arreridj, le procès du détenu Brahim Laalami et de l’activiste Abdennour est reporté au 2 Mars.

Au tribunal de Sétif, les trois activistes Mourad Hachemi, Raouf Moussaoui et Islam Tabbouche, qui ont été arrêtés dimanche par les éléments de la police pour « avoir publié sur les réseaux sociaux des tracts susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national et outrage à corps constitué dans le cadre de la cybercriminalité », ont été relâchés et placés sous contrôle judiciaire.

À la Cour de Mostaganem, le verdict du procès en appel des 18 manifestants, accusés d’« attroupement non armé, incitation à attroupement et outrage à fonctionnaires », a été mis en délibéré et sera prononcé le 17 février prochain.

En outre, le comité national pour la libération des détenus (CNLD) a annoncé que la police de Bouira a convoqué, ce lundi, l’activiste Nabil Malki, de la commune de M’chedallah, pour ses écrits et publications sur Facebook, ainsi que Nadir Betatache, un universitaire de Bouira convoqué par la gendarmerie nationale.*Liberté-  lundi 10 février 2020

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  Mouvement populaire et processus judiciaire

Les Algériens marchent d’un pied ferme vers l’Algérie nouvelle, une Algérie où la justice sera libre et indépendante. Les Algériens scandent des slogans réclamant une justice libre et indépendante. Pour cela, j’assume mes responsabilités en tant que représentant du parquet. En concrétisation du principe de l’indépendance de la justice, et pour qu’on ne dise pas qu’on fonctionne avec les injonctions d’en haut, le parquet demande la relaxe”.
Si le propos de ce magistrat est fidèlement rapporté, ce n’est pas tant qu’un procureur veuille s’extraire à la pratique de l’injonction politique qui est remarquable ; c’est plutôt le fait qu’il inscrive son attitude dans cette “marche résolue vers l’Algérie nouvelle” qui est à souligner.
À l’échelle individuelle, cela représente certes un moment de révolte, de prise de responsabilité, dans un système judiciaire globalement acquis l’arbitraire politique. Mais de tels sursauts, il doit localement s’en produire souvent. Et dans tous les secteurs institutionnels, en particulier là où le pouvoir impose une forte discipline répressive et prohibitive contre le hirak : on a eu à constater des remises en cause dans le corps des magistrats, dans la presse publique et on en a même, dans de rares cas, chez les policiers dont l’un en particulier a connu une suite…judiciaire.
C’est un hommage à la mobilisation populaire qu’un magistrat proclame que “ces jeunes (…) sont en train de donner une leçon de courage et défendent l’indépendance de la justice et l’intérêt de la nation” et que, pour cette raison, lui, “procureur représentant de la société”, défende le peuple et “ces jeunes”. Il inscrit ainsi son acte d’indépendance individuelle dans le mouvement populaire global, parce que c’est un mouvement en quête d’Etat de droit.
L’état politique d’un pays n’est pas étranger à l’état de sa justice. C’est pour cette raison qu’au déclenchement de la révolution citoyenne, c’est la justice qui a eu à se déterminer, sous pression complexe et multiple. Avec les connivences, les envolées libertaires et les retournements que l’on sait.
Parce qu’il a forcé le régime à donner des gages d’assainissement, le soulèvement populaire pacifique a poussé à l’avènement de son pendant judiciaire : les procès de corruption. Mais le refus de ce même régime d’endosser la revendication populaire de rupture systémique s’est traduit aussi par une réponse judiciaire, répressive.
Dans  ce  double  mouvement  judiciaire, d’un  côté, sont  poursuivis  et emprisonnés des pontes du régime mafieux, le hirak ayant rendu insoutenable le silence sur les vingt ans de pillage passés, et, de l’autre, sont écroués et jugés et des activistes et des manifestants parce que le régime veut empêcher le hirak de parvenir à son objectif de changement. Le même jour où le procureur s’est prononcé en audience pour l’indépendance des magistrats, d’autres procès se tenaient dans la pure tradition d’une justice maison : report du procès de Boumala, confirmation de verdicts contre des hirakistes à Tlemcen et huis clos au procès de Blida. Mais le plus important est que l’évènement de Sidi M’hamed renseigne sur l’état du mouvement populaire : il en confirme la fécondité politique intacte  et, donc, l’utilité de sa patiente poursuite. *par Mustapha HAMMOUCHE - Liberté-  lundi 10 février 2020

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Justice cherche indépendance

12 FÉVRIER 2020 

Jamais les Algériens ne se seront sans doute autant interrogés sur le fonctionnement de la justice que depuis quelques mois, notamment depuis le début de cette contestation populaire pacifique qui s’apprête à boucler une année de manifestations et de marches citoyennes à travers le pays.

Il y a d’abord la libération, en appel, après avoir purgé neuf mois en prison, de Louisa Hanoune qui demeure toutefois sous le coup d’une condamnation de trois ans, dont neuf mois de détention ferme. Une peine nettement moins lourde que celle de 15 années prononcée en première instance, alors que ses coaccusés devant le tribunal militaire de Blida ont vu leurs peines confirmées.

S’il y a une chose qui a été d’emblée inadmissible, au-delà de «l’impénétrabilité» des voies de la justice militaire, c’est la présence de la cheffe du Parti des travailleurs dans le box du tribunal de Blida aux côtés de personnes qui avaient assumé de hautes charges au niveau de l’Etat ou de l’armée, alors qu’elle n’avait qu’une responsabilité politique, qui faisait d’elle une personnalité tout aussi politique.

Mais ce qui inquiète le plus les Algériens, à juste titre d’ailleurs, c’est cet emballement de l’appareil judiciaire qui, tout au long des procès des militants du hirak, voit de simples manifestants arrêtés au cours de marches pacifiques. Un emballement qui cache mal la volonté d’un pouvoir, encore et toujours aussi autoritaire, d’instrumentaliser une justice qui a plus d’une fois eu la main lourde à l’issue de procès expéditifs de citoyens, dont le simple tort est d’avoir exprimé le rejet du système.

Et par la même, la volonté de domestiquer un mouvement de contestation pacifique qui a fait preuve, depuis bientôt une année, d’une détermination à aller vers un réel changement, vers une rupture effective avec les pratiques anciennes du pouvoir basées sur le clientélisme, la division entre les Algériens et la prédation tous azimuts.

Parce qu’il ne peut aller à contre-courant de cet élan populaire, le pouvoir ne cherche pas moins que d’essayer de le «mettre au pas» par le déploiement de dispositifs de sécurité d’intimidation et par le harcèlement judiciaire à l’encontre de ses principaux activistes.

Une façon de faire qui, accompagnée de discours élogieux et flatteurs à l’égard du hirak, n’a d’autre objectif que d’essayer de le maintenir à un certain niveau de tolérance. Malheureusement, dans cette manière de souffler le chaud et le froid, le pouvoir n’arrive pas à admettre qu’il ne peut pas aller très loin tant qu’il n’aura pas reconnu le caractère incontournable du hirak, y compris dans la recherche d’une issue à la crise politique dans laquelle deux décennies de «bouteflikisme» ont plongé le pays.*REDA BEKKAT — elwatan- mercredi 12 février 2020

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