*Les romancières parlent de foot

**À la veille de la Coupe du monde, Le Figaro Littéraire a composé une équipe de romancières qui pratiquent peu la langue de bois : elles aiment le beau jeu mais manient aussi le tacle verbal.

*Les romancières parlent de foot coeur- 

(Opale)
Laurence Tardieu:«Ca bouleverse tout»

Coupe du monde de foot. Chaque fois, un indéfectible glissement, un mouvement de tectonique des plaques. C’est souterrain, ça gronde, ça bouleverse tout. Pour tous : ceux qui en sont, ceux qui n’en sont pas. Pour les premiers, ce sont les dates de matchs fébrilement inscrites sur les agendas. Interdiction de prévoir quoi que ce soit ces soirs-là. On reçoit un appel catastrophé d’un ami habitant l’étranger, pas vu depuis longtemps : “Mais Laurence, je ne sais pas où j’avais la tête, c’est impossible qu’on se voit le 11 juin !” On n’a aucune idée de ce qui se passe le 11 juin, on raccroche, médusée, fou rire au ventre. On éprouve une fois de plus que l’existence est une suite ininterrompue d’attentes différées, asynchrones. C’est peut-être par cette grâce que, pour les seconds, le temps de la Coupe du monde devient un immense espace de liberté à conquérir:toutes ces soirées de match ! Comme si, soudain, il y avait du temps en plus. Du temps “école buissonnière”, du temps volé, qui aurait pu ne jamais exister, du temps, fichtre ! à faire vibrer. Voilà:il y a ceux (et celles) agglutinés devant leurs téléviseurs, passionnés par le ballon rond, et les autres, pas passionnés par le ballon rond, libres ! On est ailleurs, là où les autres ne sont pas. On est en dehors. Déphasé. On n’a peut-être jamais été aussi en phase. Ce temps-là ressemble un peu à Paris au mois d’août:les autres sont en vacances, nous, on est là. On marche très lentement. On redécouvre l’espace, le battement de la ville. Illusion que tout redevient possible.

Je me rappelle, pourtant:1998, je vis avec un homme fou de foot, je regarde tous les matchs, je hurle devant mon téléviseur, le soir de la finale je marche dans Paris, je jubile. Qu’est-ce qui s’est produit ? Pourquoi le ballon rond, l’épopée d’une équipe n’exercent-ils plus sur moi la même fascination ? La vie serait-elle devenue moins ronde ? Plus libre ?»

 

(Opale)
Alice Ferney:«Je n’aime pas un spectateur qui ne participe pas»

Je me sens plus proche d’Antoine Blondin, qui voyait dans le sport le seul espéranto qui soit, que de Pierre Desproges, qui prétendait haïr les footballeurs. Au bistrot, les lendemains de match, c’est bel et bien un langage:enthousiasme, déception, analyses et pronostics. Je dois à la demi-finale France-Allemagne de 1982 d’avoir bavardé en prison avec des détenus qui préféraient le foot à la littérature.

Une fois tous les quatre ans, beaucoup d’hommes s’installent dans beaucoup de canapés. Je me réjouis pour eux s’ils sont connaisseurs. Le sport de compétition est une école de la vie. Chaque joueur y découvre les limites du corps et de l’esprit, l’expérience de l’effort et celle de la bataille, la victoire et la défaite, la fraternité d’équipe et les souvenirs ineffaçables.

Je n’aimerais pas un spectateur qui n’a jamais participé à rien, et encore moins un supporteur chez qui la violence l’emporte sur la conversation. Au football comme ailleurs, la distinction est requise. Si la bêtise, la brutalité et l’argent pourrissent l’affaire, il faudra éteindre la télévision.»

 

(Opale)
Delphine de Vigan:«Une intensité qui me ravit»

Je n’ai aucun intérêt particulier pour le foot, dont j’ignore à peu près tout (si ce n’est qu’il s’agit de mettre le ballon dans les buts adverses). Je ne connais pas les équipes, ni la couleur de leur maillot, et encore moins le nom des joueurs. Je n’ai jamais vraiment compris ce qu’était un coup franc, j’ignore la différence entre la Ligue des champions et le Championnat de France, et je ne sais jamais quand s’arrêtent les prolongations.

Pourtant, lorsque par hasard je tombe sur un résumé de match à la télévision, quel qu’en soit l’enjeu, je ne peux détacher mon regard. Et je dois l’avouer:j’adore ça. Ce moment juste après le but, ce déferlement de joie, comme si rien d’autre n’existait, comme si l’avenir du monde était contenu dans cette victoire. L’image de ces joueurs, les bras tendus vers le ciel, qui s’embrassent, s’enlacent, se percutent.

Il y a dans le football une intensité dramatique qui me ravit. Cela m’émeut. Et parfois, même, je dois l’avouer, j’ai les larmes aux yeux. (Voire, je sanglote. )

Bref, on l’aura compris, le football me renvoie aux sérieux dysfonctionnements de mon système émotionnel. C’est pourquoi je vois arriver la Coupe du monde avec une certaine appréhension…»

 

(Opale)
Blandine Le Callet:«Je me laisse emporter par l’émotion»

En 1998:perché sur les épaules de son père, il chante “Et 1, et 2, et 3 zé-ro !” Aujourd’hui, il a tout oublié. Je suis un peu déçue, mais après tout, il n’avait que 3 ans et demi…

2002:il remplit avec passion son album Panini. Il porte le maillot de La Lazio de Rome (n° 10, Crespo). Il pleure quand l’Italie se fait éliminer par la Corée, à cause des erreurs d’arbitrage.

2006:c’est la finale de ses rêves. Durant La Marseillaise, il se tient debout, main sur le cœur. Zizou est son dieu. Sa panenka l’éblouit. Son coup de boule le désespère. Quand Trezeguet rate son penalty, il ne pleure pas. Il est seulement très triste.

2010:il s’estime trop vieux pour les albums Panini, mais aide son petit cousin à compléter le sien. Après le coup qu’il a fait à Landreau, Domenech a définitivement perdu son estime. Il demande si, pour la finale, je peux faire des hamburgers maison.

Je n’aime pas la Coupe du monde:l’hystérie des supporteurs, le lyrisme frelaté des commentateurs, l’exaltation des «valeurs du sport» par les sponsors, soucieux d’écouler leurs produits fabriqués par des travailleurs sous-payés.

Pourtant, tous les quatre ans, je me laisse emporter par l’émotion:celle que je vois dans les yeux de mon fils.»

 

(Opale)
Adélaïde de Clermont-Tonnerre:«La séduction de la vulgarité»

Comme ils courent bien ! La Coupe du monde, c’est une sorte d’Alerte à Malibu pour les femmes:un défilé de belles mécaniques que l’on regarde transpirer avec admiration. Les Bleus, ces Pamela Anderson du ballon, ont la séduction de la vulgarité. Ils s’appliquent des louches de gel dans les cheveux, se font des mèches décolorées et prennent grand soin de leur pilosité afin d’enlever négligemment leur maillot, une fois leur travail achevé, sans qu’aucune toison ne masque leurs tatouages ou leurs pectoraux. En les regardant, on se prend à rêver, jusqu’au moment où un journaliste sportif leur met un micro sous le nez et que le fantasme vole en éclats. Dans leurs costards de victimes de la mode, ils ont l’air absent d’un enfant qui raconte sa journée d’école et rarement plus de vocabulaire. Quant aux matchs, je ne dépasse pas la première mi-temps, lassée de voir ces imposés sur la fortune chasser la baballe d’un côté à l’autre de la pelouse tandis que le commentateur se plaint «du manque d’occasions». Mais il est arrivé que je retienne mon souffle, fascinée par le spectacle de l’union, quand les joueurs liés par une énergie commune avancent implacablement vers le but et l’atteignent. Ils nous donnent alors le sentiment qu’il existe, le temps d’une respiration, une harmonie possible entre les hommes tandis que, du nord au sud de l’Hexagone, renaît un bonheur oublié:celui d’être français. »

 

(Opale)
Éliette Abécassis:«La perfection esthétique»

Certains matchs de foot frôlent la perfection esthétique, éthique et spirituelle. Certains buts touchent directement au cœur et à l’âme. Je me souviendrai toujours du but de Trezeguet lors de la finale France-Italie du championnat d’Europe, marqué à moins de deux minutes de la fin. Je me suis dit:rien n’est jamais perdu, il faut se battre jusqu’au bout.

Et que dire de la Coupe du monde en 1998, que je regardais sur les écrans géants dans les bars, avec un sentiment d’exaltation et de fierté patriotiques comme je n’en ai jamais ressenti ? J’aime la persévérance, la performance, l’esprit d’équipe:quelles que soient l’origine, la religion ou la couleur de la peau. On ne peut pas jouer au foot si on ne prend pas en compte l’autre en tant qu’autre:l’autre comme adversaire, et l’autre comme co­équipier. Un but est toujours le fruit d’un travail d’équipe, d’un regard attentif, de cette intelligence qui consiste à se dire ce n’est pas moi mais ce sera lui, car il est mieux placé que moi. Reconnaître cette transcendance-là. Un bon joueur est un joueur qui écoute et qui voit l’autre – qui l’écoute au point parfois d’en perdre son sang-froid. Les grands matchs, ceux qui restent, portent un enseignement, une leçon de vie, le passage d’un flambeau autant que du ­ballon.»

Alix de Saint-André:«Ca me scotche»

Le football fait partie du mystère de l’éternel masculin et peut transformer un philosophe en ludion bondissant sur son canapé et mordant des coussins devant sa télévision. Mes maris (NDLR:voir son dernier livre) sur le chemin de Compostelle se sont scotchés devant un Barcelone-Glasgow où l’Allemand poussait d’aussi grands cris que le Catalan dont l’équipe jouait. Même Paco, qui ne priait qu’en cas d’absolue nécessité, avait invoqué le Sacré-Cœur, un jour où le Real Madrid s’était pris deux buts, et lui avait ainsi permis de remonter le score… Un homme, disait mon ami Rolf, peut avoir plusieurs femmes, mais un seul club de football. Je n’attends jamais rien de la Coupe du monde, mais à chaque fois, il arrive un moment où elle me scotche aussi devant la télévision en hurlant. Un moment où ce jeu universel devient intime et se met à nous concerner tous, comme en 1990, l’épopée des Lions indomptables du Cameroun, emmenés par un Roger Milla de 38 ans, qui s’acheva en quart de finale contre l’Angleterre, et me laisse encore aphone. La finale de 1998 “Et un et deux et trois zéro” contre le Brésil, suivie dans un restaurant en Corse, où le patron allait tirer des coups de fusil dans la montagne à chaque but, et ce déferlement de joie ensuite dans tout le pays… La déception du coup de boule de Zidane, la dernière fois, que tout le monde alla consoler comme un petit garçon, mais à qui j’aurais bien flanqué, moi, une fessée ! L’indignité de notre dernière sélection contre l’Irlande à l’indignation générale… J’espère que nos hommes auront à cœur de nous faire oublier “cette heure de deuil” et se lanceront dans l’aventure avec le panache et la générosité qui leur gagneront, en tout cas, le cœur de toutes les femmes.»

 

(Opale)
Valentine Goby:«C’est pas un jeu pour les enfants»

C’était ce cri énorme, le foot, quand j’étais enfant, et parfois il le poussait seul devant sa télé, ce cri, mon père, il n’avait pas besoin des autres pour éprouver cette joie-là, pas besoin de copains, de nous, et quand parfois je me précipitais à la porte du salon je le voyais, propulsé hors du canapé, debout devant l’écran, la tête entre les mains, furieux du but marqué contre la France, ou exultant, les poings serrés parce qu’on en avait mis un, nous, et ce cri-là n’était pas un cri de guerre, ni de victoire, c’était le même que moi devant la belle rouge, la belle bleue au feu d’artifice du 14 Juillet, un émerveillement radical, innocent, devant la beauté du geste.

C’est ce vacarme énorme, le foot, quand je suis adulte, bouteilles cassées, jets de pierre, coups de boule, centaines de CRS casqués mobilisés avec l’argent public, interdictions de stade et les stades vides aussi parfois, ne pas s’offusquer car le foot est un sport populaire, un sport démocratique, on est choqué par une photo de Mondino qui montre le visage obscène de la société de consommation avec une femme viande nue dans un Caddie mais le foot, pas touche. Tu t’es trompé, papa. Le foot, c’est pas un jeu pour les enfants.»

 

(Opale)
Tatiana de Rosnay:«Le foot ça ne me fait rien»

Je dois venir d’une autre planète. Le foot ne me fait rien. Rien du tout. Ça me passe au-dessus de la tête. Quand je vois mon frère ou quelques bons copains, crispés devant leur écran, arc-boutés, le visage cramoisi, en sueur, la lippe baveuse, le poing levé, je reste de marbre. Quand ils trépignent, jurent, crient, frappent du pied, sanglotent, s’embrassent, affichent des rictus quasi orgasmiques, j’ai pitié d’eux. Peut-être me manque-t-il un chromosome. Je passe certainement à côté de quelque chose de passionnant. J’avais pourtant ressenti un vague frémissement en 1998. La France entière avait les yeux dans les Bleus, même les extraterrestres comme moi. Il y avait eu une véritable magie, cette année-là. Elle n’est jamais revenue me titiller. Va savoir pourquoi. Cette nouvelle Coupe du monde, quel ennui. Les soirs de gros matchs, j’écouterai la rumeur gronder dans la cour, enfler dans la rue. Pas besoin d’avoir la télé allumée pour savoir qui a gagné ou perdu. L’homme de ma vie ? Dieu merci, il s’en foot.»

 

(Opale)
Danièle Sallenave:«Une espèce de dégoût»

Je fais partie des femmes qui regardent les grands matchs de football à la télévision. C’est devenu banal… Mais ce goût est aujourd’hui combattu chez moi par une espèce de dégoût. La violence dans les stades, l’hystérie fortement alcoolisée dans les rues au soir d’une victoire… C’est surtout la question de l’argent qui me révulse. Je trouve monstrueux le montant des ventes et reventes de joueurs (qu’on appelle pudiquement des “transferts”) et insultant le train de vie des joueurs en temps de crise. Ça me choque d’autant plus que le football et ses joueurs font rêver des adolescents, particulièrement dans les quartiers difficiles. On entend souvent ça dans les collèges:“Je veux être joueur de foot ! Tu t’entraînes ? Tu aimes jouer, tu es doué ? Non, pas tellement, c’est pour la thune !…” Et tout en sachant à quel point on les admire, ah les belles idoles ! certains joueurs de foot ne se gênent pas pour avoir la vie la plus déplorable qui soit, mêlée à des scandales sexuels ou de proxénétisme…»

Geneviève Dormann:«J’aime le rugby»

Je ne supporte pas le foot. C’est un jeu vulgaire. J’aime le rugby, qui est un vrai jeu dont le public est très différent de celui des stades de foot. Rien que de voir tous ces gens agglutinés dans les tribunes, ça me hérisse. Dans Le Roi Lear, Kent traite Oswald, l’intendant fourbe de Goneril, de “vil joueur de football”. À l’époque de Shakespeare déjà, c’était les voyous qui aimaient le football. Les mêmes qu’aujourd’hui.» (Le Figaro-15.06.2010.)

*********

 

Pas de réponses à “*Les romancières parlent de foot”

  1. 8 08 2011
    6pm coupon code (05:52:46) :

    Hiya, I’m really glad I’ve found this info. Nowadays bloggers publish only about gossips and internet and this is actually irritating. A good website with exciting content, that is what I need. Thank you for keeping this web site, I’ll be visiting it. Do you do newsletters? Cant find it.

    Répondre

  2. 8 08 2011
    fieldrunners hd (06:30:36) :

    I agree with your *Les romancières parlent de foot at ElAyam.5, great post.

    Répondre

  3. 7 11 2011
    a2406894 (17:07:33) :

    I’ve said that least 2406894 times. The problem this like that is they are just too compilcated for the average bird, if you know what I mean

    Répondre

  4. 4 12 2012
    The (22:25:00) :

    I just wanted to thank you once again for the amazing website you have made here. It truly is full of ideas for those who are actually interested in this particular subject, in particular this very post. You really are all really sweet and thoughtful of others in addition to the fact that reading your blog posts is a wonderful delight in my opinion. And such a generous treat! Mary and I will have fun making use of your suggestions in what we should do in the near future. Our listing is a distance long which means your tips will definitely be put to good use.

    Répondre

  5. 21 12 2012
    return man 2 (23:19:43) :

    Nice share, thanks.
    return man 2

    Répondre

  6. 24 12 2012
    mobile phones Nice clothing for your New iPad (00:20:13) :

    YOu can find valuable suggestions on that website.¡­

    Répondre

  7. 4 01 2013
    Wedding party Gown (04:16:54) :

    Thanks for your submission. I also believe that laptop computers are getting to be more and more popular lately, and now are sometimes the only type of computer utilized in a household. Simply because at the same time that they are becoming more and more inexpensive, their computing power is growing to the point where these are as strong as personal computers out of just a few years ago.

    Répondre

  8. 4 01 2013
    Mobile phones (11:05:25) :

    Wow, wonderful blog layout! How long have you been blogging for? you make running a blog glance easy. The full look of your website is excellent, let alone the content material!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




humain, trop humain! |
ACTUBUZZ BY GBA |
Quoi de neuf Cerise? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ActuBlog etc...
| Badro
| ENTV, une Pose Café