*La décennie noire

**Khaled Nezzar auditionné par la justice suisse

Le général à la retraite Khaled Nezzar a été auditionné par un procureur fédéral suisse, jeudi et vendredi à Genève, suite à une plainte déposée contre lui par deux Algériens pour «crimes de guerre et violation des droits de l’homme».
Selon des informations, il s’agirait de deux anciens responsables du FIS dissous qui résident en Suisse – l’un d’eux serait l’ancien vice-président de l’APC FIS de Meftah (Blida) résidant en Suisse – qui ont déposé une plainte contre les militaires algériens pour «tortures et violations de droits de l’homme» pratiquées durant l’année 1993. Khaled Nezzar était alors ministre de la Défense nationale.

Ainsi, en se rendant dans la capitale helvétique pour des soins, dit-on, l’ancien homme fort du régime a été «interpellé» suite à une demande du parquet puis auditionné par le procureur, pour donner sa version des faits, pendant 48 heures. (El Watan-22.10.2011.)

**La gestion de la décennie noire remise sur le tapis

 Au terme d’une audition, qui aura duré deux jours (jeudi et vendredi passés), en tant que prévenu, le général à la retraite Khaled Nezzar est tenu de rester à la disposition de la justice suisse pour les besoins de «l’instruction qui se poursuit».

Ce qui indique que la procédure va se poursuivre pour décider de la suite à donner à la plainte déposée par Ahcène Kerkad contre le général Nezzar pour «suspicion de crimes de guerre».
Durant quarante-huit heures d’audition, l’ancien ministre de la Défense algérien (1991 à 1993) a eu à répondre à une longue série de questions portant essentiellement sur les aspects politiques et militaires dans la gestion de la crise qu’a connue le pays de 1990 jusqu’en 1999. Sans doute pour situer les responsabilités du prévenu. Ainsi, comme le montre le procès-verbal de l’audition dont El Watan détient une copie, le procureur fédéral Laurence Boillat a demandé à K. Nezzar ce qu’il pouvait dire «au sujet du conflit qui a touché l’Algérie durant les années 1992 à 1999 ?».

L’ancien ministre de la Défense a eu une réponse surprenante : «Je ne suis pas concerné par ce conflit. Pourquoi me posez-vous cette question ? Je ne suis pas celui qui a déclenché ce conflit. J’était ministre de la Défense.» Khaled Nezzar demande au procureur ce qu’on lui reproche : «Je dois savoir ce qu’on me reproche. De la suspicion, c’est un terme bien trop vague. Moi je n’ai pas les mains sales. Est-ce qu’il y a des plaintes contre moi ?» Les débats s’engagent ainsi entre le procureur et le prévenu sur des questions d’ordre politique liées à la crise dans laquelle a sombré l’Algérie une décennie durant. Le procureur fédéral suisse voulait savoir : quelles étaient les fonctions du général avant 1992 ? Son opinion au sujet du Front islamique du salut, de quelle manière il avait participé au coup d’Etat de janvier 1992, ses fonctions durant la période de 1992 à 1999.
K. Nezzar répond qu’il était «commandant des forces terrestres, puis chef d’état-major. J’ai été officier de l’armée française, j’ai déserté l’armée française pendant la guerre d’Algérie en rejoignant les maquis. Le FIS est un parti totalitaire qui prônait une loi que j’abhorrais». Le prévenu récuse l’appellation «coup d’Etat» : «Je ne suis pas d’accord pour l’appeler coup d’Etat (…). Chadli Bendjedid déclare encore aujourd’hui qu’il a démissionné. Personne ne l’a poussé à démissionner. J’ai été ministre de la Défense, pourquoi l’aurais-je poussé à démissionner ? J’ai été parmi ceux qui prônaient l’arrêt du processus électoral, c’est vrai, ceci dans l’intérêt de mon pays, mais je n’ai rien à voir avec la démission de Chadli Bendjedid.» Ensuite, le procureur interroge M. Nezzar sur «le type de décisions qu’a pu prendre le Haut-Comité d’Etat et comment étaient-elles mises en œuvre», avant de poser la question centrale sur «le rôle de l’armée dans le régime politique de 1992 à 1993».
«Les gens mis dans les camps étaient arrêtés dans les rues»
Nezzar prend la défense de l’institution militaire : «Dans une situation de subversion, l’armée a été appelée par le HCE à participer à la contre-subversion, soit à la lutte antiterroriste (…). L’engagement de l’armée était décidé au niveau du HCE. Il a été décidé de créer des camps d’éloignement sous tutelle de la justice, dont certains étaient gérés par l’armée. Il devait y avoir quatre ou cinq camps. Pendant une période, ces gens étaient éloignés parce qu’ils créaient de l’insécurité (…). Les gens mis dans les camps étaient arrêtés dans les rues. C’était la justice qui décidait systématiquement qui devait être placé en détention.» Dans sa longue réponse, le général Nezzar reconnaît l’existence de dépassements «Il y a toujours des dépassements et c’est très difficile de les régler. Je précise qu’un dépassement pouvait aller jusqu’à donner la mort (…). S’il y a eu des dépassements de la part des autorités, ça ne pouvait être que des dépassements d’individus isolés (…).». Mais «comment expliquer que des personnes isolées, alors qu’elles étaient placées sous un commandement, aient pu commettre des dépassements ?» demande le procureur.

Nezzar répond en racontant une histoire : «Il y avait un barrage sur la route, la plupart des personnes ont été tuées. Le chef de l’unité a pris les gens blessés et les amenés dans un hôpital du village voisin. Mais entre-temps, il a vu une personne vêtue d’un habit islamique en train de rigoler. Il a pris cet homme et l’a abattu d’une rafale !» Sur son rôle dans la lutte antiterroriste en tant que ministre de la Défense et en tant que général-major, Khaled Nezzar répond au procureur : «Comme j’avais un état-major qui fonctionnait, moi je m’occupais du ministère de la Défense, je ne donnais pas d’ordre à l’état-major, il était rodé (…).» Sur la question de la torture, Nezzar répond au procureur qu’en 1988, «une vingtaine de personnes ont été enlevées et torturées. Des mesures ont été prises et des enquêtes menées. Je ne sais pas par qui ces gens ont été torturés, ce n’était, en tout cas, pas l’armée».
Durant la période de 1992 à 1999, K. Nezzar dit : «Je n’ai pas connaissance de cas de torture durant cette période. C’était d’ailleurs l’affaire des services de savoir comment ils obtenaient les informations.» Il récuse l’usage systématique de la torture et d’autres exactions et accuse des partis politiques français : «Je sais d’où ça vient, ça vient de certaines personnes du Parti socialiste, des Verts, et ça a fait le tour de la Terre.» Au terme d’une séance de questions-réponses, le procureur dit à Nezzar : «Ahcène Kerkadi a déposé plainte à votre encontre pour avoir été victime d’exactions de la part des services de sécurité dans la localité de Blida et à la caserne de la sécurité militaire de Bouzaréah en 1993. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?» Curieusement, Nezzar dit ignorer l’existence d’une caserne à Bouzaréah, selon l’organisation militaire.
«Du moins, je n’en connais pas», dit-il. A la fin de l’audition, Nezzar demande au procureur : «Je viens souvent en Suisse pour quelques jours de repos à Evian. Pourquoi ne m’avez-vous pas pris avant ?» (El Watan-23.10.2011.)

**Compte rendu de l’audition des plaignants

«J’accuse Khaled Nezzar d’être responsable des tortures que j’ai subies»

* On m’a enlevé mes vêtements, mis un bandeau sur les yeux et menotté. On m’a allongé sur un banc et on m’a frappé avec une barre de fer sur les orteils, sur les parties génitales et sur le torse.

Pendant que quelqu’un versait de l’eau sur ma bouche couverte par un chiffon. Lorsque j’ai perdu conscience, ils m’ont brûlé avec un chalumeau pour me réveiller.» C’est là un extrait du rapport détaillé de l’audition qui s’est tenue vendredi à l’hôtel de police de Genève dans le cadre d’une instruction ouverte à l’encontre du général à la retraite, Khaled Nezzar, pour un soupçon de crimes de guerre.
Le récit est celui de Daadi Seddik, un des deux plaignants, qui raconte avec précision, lors de cette audition et en présence de l’accusé, les pires moments de la torture subie pendant son arrestation à Alger le 17 février 1993 à 2h du matin.

«Après cette première séance de torture, ils m’ont laissé une journée dans un couloir puis ils m’ont placé dans une cellule pour 11 à 12 jours et chaque jour je subissais la même séance de torture qui durait 3 à 4 heures, le dernier jour ils m’ont torturé près de 5 heures puis ils m’ont violé (…)», est-il précisé dans le document dont El Watan a pu se procurer une copie. Pourquoi cette plainte est déposée contre l’ancien membre du Haut Comité d’Etat (HCE) et ministre de la Défense de 1991 à 1993, Khaled Nezzar ? «C’est lui qui dirigeait l’Algérie à cette époque. J’accuse Khaled Nezzar d’être responsable de la torture que j’ai subie en Algérie. S’il dit qu’il n’a pas donné d’ordre, pourquoi n’a-t-il pas jugé ces gens ?» répond Daadi Seddik en présence des avocats, du procureur fédéral assistant et du procureur fédéral suppléant. Ancien employé de daïra, militant au sein de l’ex-FIS, Daadi Seddik, qui était recherché lors des événements d’Octobre 1988, a été emprisonné durant une année après ce fameux 17 février 1993. Après quoi, il a pu quitter le territoire pour fuir le harcèlement policier qui lui a été imposé, raconte-t-il, allant d’arrestation en arrestation après sa libération.
Rentré de Suisse en 1995, il subira une énième arrestation qui finira encore une fois en séance de torture de 43 jours. Il a quitté définitivement le pays quand il a été relâché pour se réfugier une seconde fois en Suisse.
Supplice du chiffon mouillé
«En 1993, j’ai été arrêté trois fois par la police pour des interrogatoires jusqu’au soir où des parachutistes sont arrivés chez moi et fouillé partout. Une dizaine de personnes portant des cagoules m’ont embarqué. (…) On m’a demandé de me déshabiller, on m’a ligoté les pieds et les bras, on m’a mis un morceau de tissu sur le visage et on y a versé de l’eau pour m’obliger à dire que je soutenais des groupes armés. J’ai inventé des réponses fausses pour échapper au supplice après dix jours de torture», raconte pour sa part Ahcène Kerkadi, chirurgien dentiste anciennement installé à Meftah, également sympathisant du FIS et ancien maire adjoint.
Ce deuxième plaignant lors de la même audition, mettant en cause le général à la retraite, Khaled Nezzar, a lui aussi pu quitter l’Algérie après avoir été libéré pour se réfugier en Suisse.
Cette déposition est donc une première étape dans la procédure faisant suite au dépôt de plainte de ce 20 octobre par Daadi Seddik et Ahcène Kerkadi, en qualité de partie plaignante dans le cadre d’une instruction ouverte à l’encontre de Khaled Nezzar par le ministère public de la Confédération, en date du 19 octobre, «pour soupçon de crimes de guerre commis en Algérie durant le conflit armé interne de 1992 à 1999».
L’ancien homme fort du régime a été interpellé suite à une demande du parquet jeudi matin, alors qu’il était en visite dans la capitale helvétique pour des soins.
Il a été auditionné par le procureur après que ces deux plaignants eurent déposé leur plainte. Il a été libéré vendredi soir après avoir garanti qu’il resterait à la disposition de la justice suisse à partir d’Alger. Mais les deux plaignants ne semblent pas avoir dit leur dernier mot. «Je dispose d’éléments contre le général Khaled Nezzar, mais je ne peux pas les dire en sa présence. Il y a des militaires dissidents qui ont beaucoup de choses à dire, si la procédure se poursuit», a précisé Ahcène Kerkadi lors de cette audition. (El Watan-23.10.2011.)

**Trial : A l’origine de l’ «affaire Nezzar»

 Khaled Nezzar a été remis en liberté sur la base de promesses de se présenter durant la suite de la procédure, mais le risque de fuite est élevé.

Il n’a pas été tenu suffisamment compte de l’énorme souffrance de milliers de victimes algériennes de l’appareil répressif dirigé par M. Nezzar.»
Telle est la déclaration de Philip Grant, directeur de Trial, à la suite de la libération de l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar.
Track Impunity Always (Trial) est une association de droit suisse basée à Genève, fondée en 2002. Elle est à l’origine de l’ouverture de l’instruction judiciaire contre le général Nezzar, arrêté jeudi dernier et auditionné le lendemain par le ministère public de la Confédération (MPC), et ce, après avoir passé une nuit en détention dans les locaux de la police genevoise. L’ex-membre du Haut-Comité d’Etat (1992-1994) se trouvait à Genève pour des soins. Trial est spécialisée dans la lutte contre l’impunité des auteurs de violations graves des droits humains : génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, tortures et disparitions forcées.
Elle milite également «contre l’impunité des responsables, complices et instigateurs de crimes. Elle défend les intérêts des victimes devant les tribunaux suisses, les organes internationaux en matière des droits de l’homme et la Cour pénale internationale. Elle sensibilise les autorités et le public à la nécessité de promouvoir la justice internationale et nationale à l’égard des crimes les plus graves», peut-on lire sur son site web.
Défendant des victimes de torture et de disparitions forcées en Algérie, Trial a soumis 15 affaires devant le Comité des droits de l’homme et celui contre la torture, tous deux organes des Nations unies.
Reconnue d’intérêt public, Trial est une association apolitique et non confessionnelle ; elle jouit du statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU. (El Watan-23.10.2011.)

***Le général à la retraite s’en prend à Aït Ahmed

 Nezzar panique. Vraisemblablement déstabilisé lors de son audition par le procureur fédéral suisse suite à une plainte qui le vise personnellement, le général en retraite Khaled Nezzar, pour se défendre, a porté une accusation aussi bizarre qu’inattendue à l’encontre du chef historique Hocine Aït Ahmed, l’assimilant à «un élément du FIS qui avait commis des carnages».

Accusation grotesque, affabulation ou ce général a-t-il simplement perdu tous ses moyens lors de son audition ? Qu’on en juge ! «S’il y a eu des dépassements de la part des autorités, ça ne pouvait qu’être des dépassements d’individus isolés, qui, une fois portés à la connaissance des autorités, étaient sanctionnés. Tous les autres carnages sont le fait des éléments du FIS qui, eux, ne sont pas sanctionnés. J’ajoute même qu’un de ces éléments se trouve en Suisse, à savoir M. Aït Ahmed !» Telle fut la réponse de Khaled Nezzar au procureur fédéral suisse qui l’interrogeait sur le rôle de l’armée dans le régime politique de 1992 à 1993. Cette déclaration est, le moins qu’on puisse dire, aussi étrange qu’infondée. Figure emblématique de la lutte de libération nationale et de l’instauration de la démocratie en Algérie, M. Aït Ahmed est le leader du Front des forces socialistes (FFS), le plus vieux parti de l’opposition.

Comment peut-il être alors membre d’un autre parti comme l’ex-FIS ? Se pose ainsi la question : qui cherche-t-il à convaincre ? L’ancien ministre de la Défense a-t-il à dessein cité le nom d’Aït Ahmed, qui se trouve depuis son premier exil installé à Lausanne, comme pour le rendre responsable de son interpellation par la justice helvétique ? L’éventail des questions peut en effet s’élargir autant que peuvent le permettre les différends politiques qui opposent les deux hommes sur une gestion très controversée de la décennie noire et de l’interruption du processus électoral. Au demeurant, cette accusation laisse pantois tant elle frise le burlesque. Nezzar est-il seulement capable de se croire lui-même ! (El Watan-23.10.2011.)

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Pas de réponses à “*La décennie noire”

  1. 21 12 2012
    bloons tower defense 4 (21:51:19) :

    With havin so much written content do you ever run into any issues of plagorism or copyright violation? My site has a lot of unique content I’ve either written myself or outsourced but it appears a lot of it is popping it up all over the web without my agreement. Do you know any solutions to help stop content from being stolen? I’d truly appreciate it.
    bloons tower defense 4

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