Infos d’Algérie-9

**C’est la marche vers l’inconnu.

A mesure que le rendez-vous présidentiel s’approche, le paysage politique s’enfonce un peu plus dans le brouillard. A seulement six mois de l’élection présidentielle, la confusion est totale au sommet du pouvoir. La visibilité est nulle. A l’incertitude s’ajoute l’inquiétude d’un lendemain peu rassurant. Le pays renvoie une image hideuse.

         Flou politique et désordre institutionnel

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Les responsables politiques désignés pour conduire les affaires publiques se livrent à un spectacle affligeant. L’épisode de l’Assemblée nationale qui a vu des députés de la «majorité» parlementaire se rebeller contre leur propre président, Saïd Bouhadja (FLN), vient renforcer ce flou politique dominant. Il est le révélateur de la dégradation des rapports entre les différents centres du pouvoir.

Par son ampleur et ce qu’il peut produire comme conséquences, il provoque un désordre institutionnel certain. La curieuse fronde des parlementaires des partis de la coalition, l’obstination du président de la Chambre basse du Parlement et l’entrée en ligne du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, en «invitant» le troisième personnage de l’Etat à démissionner ne peuvent être la résultante de la banale et supposée «mauvaise» gestion administrative du l’APN. L’affaire a pris une tournure politique sérieuse.

Le moment dans lequel elle intervient laisse penser qu’elle est en rapport direct avec l’agenda politique à venir. D’évidence, cette tempête qui agite les travées de l’hémicycle révèle un climat de tension, de nervosité et de méfiance qui s’empare de la maison du pouvoir. Elle met en lumière l’équilibre précaire et instable au sein du sérail. La guerre des tranchées qui oppose les «frères ennemis» est-elle l’expression de la véritable crise, celle qui agite les réels détenteurs du pouvoir ? «La forme, c’est le fond qui remonte à la surface.»

Le bras de fer qui oppose le président de l’Assemblée nationale au Premier ministre, Ahmed Ouyahia, par députés interposés peut être perçu comme annonciateur d’un désaccord sur la marche à suivre et sur l’élaboration du scénario final devant présider à l’organisation soit de la reconduction de Abdelaziz Bouteflika – une hypothèse faible – ou de la succession.

Signe que l’étape pré-présidentielle serait laborieuse. Tributaire des rapports de forces changeants, le scénario s’écrit au jour le jour. Manifestement,  toutes les options divisent. La multiplication des incidents peut creuser les clivages. Par effet accumulatif, la crise est devenue inextricable. Ça déborde de partout.

Aucune institution ne donne l’impression de contrôler les événements. Pis encore, aucun responsable ne tient ses troupes. Le pouvoir se retrouve dans la situation d’avant-avril 2014 mais avec des complications encore plus énormes. Sans stratégie sérieuse, les différents cercles du pouvoir recourent à la manœuvre et jouent le pourrissement. Une méthode élevée au rang de vertu cardinale dans l’administration politique du pays.

En plus du fait que c’est un quinquennat à blanc, le 4e mandat présidentiel qui s’achemine vers sa fin n’aura pas servi à mieux préparer l’après-Bouteflika. L’état du délabrement institutionnel a atteint des proportions alarmantes. Et les mécanismes du système et ses fonctions ne sont plus assumés de la même manière.

Les changements intervenus au lendemain de l’élection présidentielle de 2014 ont réduit considérablement les capacités de négociation et d’arbitrage à l’intérieur du régime. Le management des conflits fait défaut et la nouvelle ingénierie politique tarde à prendre forme. Le retrait du président de la République, qui concentre l’essentiel des pouvoirs, a ouvert la porte au désordre. Les scandales impliquant de hauts dignitaires du régime, civils et militaires, s’accumulent, portant des coups supplémentaires au peu de crédit qui reste encore à l’Etat.

Le recul de l’Etat de droit et le non-respect des règles ont permis aux groupes extraconstitutionnels de prendre le dessus, de dicter les conduites à tenir et de fixer le cap. Cette nouvelle équation ne pouvait que multiplier les contradictions et générer des tensions internes. Les forces qui ont accumulés des pouvoirs – politiques et économiques – à l’ombre des années Bouteflika redoutent tout changement politique. Elles se dressent vigoureusement contre la possibilité de passer à une nouvelle étape, alors que l’Algérie en a grandement besoin. Elles ne peuvent prendre en otage tout un pays et compromettre l’avenir de la nation.

Elles sont l’avatar d’un système de gouvernance à bout de souffle. Ses limites objectives atteintes, il n’est plus en mesure d’apporter des réponses aux multiples crises qui cernent l’Algérie. Il ne dispose plus de capacité à relever les défis de demain. S’obstiner à le maintenir c’est faire courir au pays le risque d’effondrement. S’il n’est pas trop tard pour trouver une sortie par le haut, mais le temps presse. *el watan – mercredi 10 octobre 2018

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Il milite pour hâter le départ du régime :

Le mouvement Mouwatana interdit de tenir une conférence à Alger

La conférence nationale sur la citoyenneté, annoncée par le mouvement Mouwatana pour aujourd’hui à la Mutuelle des matériaux de construction de Zéralda, est interdite. Selon un communiqué signé par le porte-parole de ce mouvement, Me Zoubida Assoul, le ministère de l’Intérieur n’a donné aucune suite à la demande introduite le 13 septembre de l’année en cours.

«Le ministère de l’Intérieur n’a pas daigné répondre à la demande d’autorisation pour tenir la conférence nationale de la citoyenneté, que devait organiser le mouvement Mouwatana», est-il écrit dans ce communiqué par lequel ce mouvement dénonce cette interdiction. «La demande officielle qui avait été déposée par Jil Jadid le 13 septembre auprès des services de la wilaya d’Alger est restée sans réponse. Le ‘‘ni oui ni non’’ de l’administration révèle la lâcheté du pouvoir qui ne peut ni ne veut assumer ces actes de déni du droit», affirme Me Zoubida Assoul dans le même communiqué, estimant que «les partis de l’opposition sont ainsi mis en ‘‘résidence surveillée’’».

«Après la matraque et les menottes, le pouvoir passe à l’interdiction de toute activité partisane par voie administrative», dénonce-t-elle. Suite à l’absence d’autorisation du ministère de l’Intérieur, le mouvement Mouwatana a décidé d’annuler cette conférence. «L’instance de coordination tiendra une réunion samedi matin (aujourd’hui, ndlr), qui sera suivie d’une conférence de presse à 12h, au siège de Jil Jadid à Zéralda», ajoute-t-on dans le même communiqué.

Créé en mai dernier, le mouvement Mouwatana milite pour un changement radical de système politique. Il est foncièrement opposé au 5e mandat qu’il considère comme «dangereux» pour le pays. Le mouvement Mouwatana dit agir ainsi sur le terrain pour «hâter le départ de ce régime». S’il a réussi à tenir des rassemblements à l’étranger, notamment en France, en Grande-Bretagne et au Canada, le mouvement Mouwatana a vu toutes ses actions empêchées et réprimées au niveau national.* el watan / MOKRANE AIT OUARABI  / samedi 13 OCTOBRE 2018

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Affaire des généraux-majors emprisonnés : Le démon de la corruption

Une «opération mains propres» qui suscite des interrogations

Comment la classe politique a-t-elle pris la nouvelle de la mise sous mandat de dépôt de cinq généraux-majors parmi les plus influents de l’establishment militaire ? Quelle analyse font nos partis politiques de cette situation inédite ?

Pour Soufiane Djilali, président de Jil Jadid et coordinateur national du mouvement Mouwatana, «le fait par lui-même est assez extraordinaire», faisant remarquer que «les hommes qui ont été incriminés étaient parmi les plus puissants» dans notre pays.

Soufiane Djilali, que nous avons joint par téléphone hier, n’est guère convaincu que cette opération spectaculaire soit le fruit de «la volonté du président de la République de mettre un terme à la corruption». «C’est un argument fallacieux, le Président est totalement absent», martèle-t-il.

Et d’appuyer : «Bouteflika a travaillé à répandre la corruption.» M. Djilali note que le fléau de l’argent sale a gangrené la société sous la gouvernance de M. Bouteflika d’une façon vertigineuse. «La corruption s’est développée presque au même taux de croissance que la Chine», ironise-t-il. «On veut nous faire avaler des couleuvres», lâche le président de Jil Jadid.

Cette affaire est incontestablement «liée à la succession du président Bouteflika et au 5e mandat», affirme-t-il. Soufiane Djilali considère que «l’armée n’est pas la colonne vertébrale de l’Algérie, mais de l’Etat algérien» en raison d’un «processus historique qui s’est imposé». «Comme toujours, l’armée est au centre de décisions opaques en Algérie. Personne ne sait qui dirige, qui manipule» constate-t-il

«Ce qui est certain, c’est que c’est en relation avec les élections.» «Et on sait que c’est au sein de l’armée que les décisions sont prises», estime M. Djilali.

Avec toutes ces affaires qui viennent entacher sa réputation, c’est le «crédit» de l’ANP, son capital moral et symbolique, qui sont en jeu, se désole le président de Jil Jadid.

«S’il y a réellement une opération de nettoyage à l’intérieur de l’armée, on ne peut qu’applaudir», précise-t-il. «Mais on sait que le système Bouteflika s’est construit avec le commandement militaire. Et le 4e mandat a été imposé avec le soutien du commandement militaire», insiste Soufiane Djilali.

Zoubida Assoul, ancienne magistrate, présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP) et porte-parole du mouvement Mouwatana, s’interroge de prime abord : «S’il s’avère qu’on reprocherait des choses à ces généraux, il faut se demander : qui est-ce qui les a nommés ? Le président Bouteflika est là depuis 20 ans, ces gens-là ont été nommés par lui.

Si on les a laissé faire, cela veut dire que les institutions de contrôle de l’argent public ne fonctionnaient pas.» Zoubida Assoul se demande ensuite : «Pourquoi choisir ce timing particulièrement ? Pourquoi, à six mois de l’élection présidentielle, on lance une soi-disant opération mains propres ?» De son point de vue, cette opération est, au demeurant, «très sélective».

«Parce que si vraiment il y avait une volonté politique de lutter contre la corruption, les malversations, la mauvaise gestion, les atteintes à la réglementation dans l’octroi des marchés publics, pourquoi ne le faire que maintenant ?» Mme Assoul semble avoir sa petite idée : «Je pense qu’il y a une volonté délibérée de toucher à l’institution militaire qui reste tout de même la seule institution plus ou moins stable, plus ou moins crédible, à la fois aux yeux des citoyens et de l’opinion publique internationale.»

«Un jeu malsain»

L’armée algérienne, selon elle, est, malgré tout, «assez performante et assez compétente». Elle considère néanmoins que la cohabitation entre l’ANP et M. Bouteflika n’a pas toujours été sereine. «Le Président a essayé de la vider de sa substance en apportant des changements pour mettre fin à l’ancien DRS (…). Du coup, le pays est devenu très fragile», analyse la présidente de l’UCP.

D’après elle, l’affaire des 701 kg de cocaïne «a vraiment mis à nu la fragilité de nos services de sécurité». «Pour moi, c’est presque un schéma machiavélique pour déstabiliser le dernier rempart du pays qu’est l’institution militaire.» Et de lancer : «Je pense qu’il y a un jeu malsain qui est en train de s’opérer.

Une manière de dire : les corrompus, ce sont les gens de l’armée, et le pouvoir politique, Bouteflika et son clan sont des gens propres.» Mme Assoul apporte un bémol à ce récit en citant les récentes déclarations de Bernard Bajolet qui ont fait beaucoup de bruit : «Bajolet dit que la corruption a même atteint la famille du Président (…).

Et Bajolet n’est pas n’importe qui, c’est l’ancien ambassadeur de France en Algérie et l’ancien directeur de la DGSE.

Il parle en connaissance de cause et sur la base d’un certain nombre d’indications sérieuses.» Et de conclure : «Je pense qu’aujourd’hui, le pouvoir est en déliquescence totale. Vous n’avez qu’à voir cette majorité du gouvernement qui soutient un éventuel 5e mandat.

Ils sont en train de se bagarrer à couteaux tirés pour placer leurs hommes.»Pour sa part, Hamid Ferhi, coordinateur national du MDS, observe cette agitation avec perplexité : «Nous sommes quand même étonnés par la décapitation, pratiquement, de l’armée.»

Et de souligner : «C’est comme si l’armée était entre les mains de la mafia.» «Donc cela veut dire que Bouteflika a nommé des gens à la tête de l’armée qui auraient des accointances avec des réseaux mafieux», décrypte-t-il.

«Nous suivons ces événements avec une très grande attention, parce que c’est une première en Algérie. Autour de nous, les gens s’inquiètent. Ils se posent la question : est-ce qu’il ne s’agit pas de règlements de comptes en vue de l’après-Bouteflika ? Il y a plein d’interrogations…» Hamid Ferhi précise encore : «Au MDS, nous pensons qu’effectivement l’Algérie a besoin d’une opération mains propres. Et cela ne peut se faire que par la mobilisation de la société, non par des règlements de comptes.

Nous espérons qu’il y aura un procès équitable et public.» Si ces déballages ont eu l’effet d’un véritable séisme politico-judiciaire, pour autant, le coordinateur national du MDS ne s’inquiète pas pour l’ANP et sa base sociale : «Je ne pense pas que ça touche l’ossature de l’armée.» «L’armée algérienne est beaucoup plus profonde. Elle est très structurée. Elle agit de plus en plus comme une armée professionnelle. La majorité de ses cadres sont des jeunes diplômés. Je ne pense pas qu’en changeant un chef de Région, on change la nature de l’institution militaire.»

Joint par nos soins, le secrétaire national à la communication au sein du FFS, Jugurtha Abbou, nous a simplement indiqué au téléphone : «Nous n’avons pas de déclaration à faire pour le moment, mais nous interviendrons en temps opportun.» Nous avons joint également toutes les autres principales formations politiques pour connaître leur sentiment sur ces événements, en vain.

*MUSTAPHA BENFODIL -elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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Les autorités ont-elles répondu à une exigence américaine ?

Inédit ! D’anciens officiers supérieurs de l’ANP sont présentés devant le tribunal militaire de Blida, le même jour, et placés sous mandat de dépôt. Il s’agit de cinq généraux-majors et ex-hauts responsables de l’armée, en l’occurrence Lahbib Chentouf, Saïd Bey, Cherif Abderrazak, Menad Nouba (ex-commandant de la Gendarmerie nationale) et Boudjemaa Boudouaouar (ex-directeur des finances au ministère de la Défense nationale).

Un colonel, dont l’identité n’est pas encore révélée, fait l’objet aussi de la même décision. Ces anciens responsables sont, selon les premières informations, poursuivis pour «corruption» et «trafic d’influence» en lien avec l’affaire Kamel Chikhi, principal accusé dans le dossier des 701 kg de cocaïne saisis en juin dernier au port d’Oran. Cette rapide réaction de la justice militaire est sur toutes les lèvres depuis avant-hier. Pas du tout habitués à des opérations de telle envergure, les observateurs et l’opinion nationale sont toujours sous l’effet de la surprise. Ils s’interrogent d’ores et déjà sur les motivations de cette réaction spectaculaire.

A-t-elle pour seul but de montrer l’exemple dans la lutte contre la corruption ? La réaction des autorités répond-elle à une exigence internationale, notamment américaine ? Depuis l’éclatement de l’affaire de la cocaïne, l’opinion a assisté à une vague de limogeages sans précédent. Celle-ci a concerné, particulièrement, des hauts responsables au sein de l’armée et des services de sécurité.

Certes, officiellement, on n’a fait aucun lien entre l’affaire «El Bouchi» et ces mises à l’écart. Mais les révélations concernant les liens confirmés ou supposés de ces responsables et leurs progénitures avec le principal accusé dans l’affaire de la cocaïne laissent penser que les hautes autorités du pays auraient été contraintes de réagir de la sorte.

En juin dernier, rappelons-le, des titres de la presse nationale ont même affirmé que les Américains suivent avec intérêt le dossier. Selon certaines sources, citées par les mêmes médias, les Etats-Unis pourraient même intervenir pour poursuivre les personnes impliquées dans l’affaire.

«Aux Etats-Unis, il existe une loi qui habilite différents organismes de sécurité dépendants de la CIA de poursuivre toute personne ou Etat qui utiliserait le dollar américain dans des transactions pour l’achat ou la vente de la cocaïne», soulignent les mêmes sources, précisant que «les réseaux des vendeurs en Amérique latine sont tous noyautés par les agents infiltrés de la CIA et des services secrets des pays sud-américains, notamment ceux de la Colombie, un des plus grands producteurs de cocaïne au monde».

Ainsi, ajoutent les mêmes sources, «les Américains ne se sont pas déplacés à Alger juste pour s’informer – car ils ont les noms des vendeurs et des acheteurs ainsi que leurs réseaux – mais pour mettre en garde les autorités algériennes sur le fait que si parmi les personnes impliquées il y avait des officiels, cela aurait des conséquences sur l’Etat également». Y aurait-il des pressions américaines sur les autorités algériennes ?

*MADJID MAKEDHI - elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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L’ex-DGSN et ses cadres concernés ?

Le séisme de forte magnitude qui a frappé avant-hier l’institution militaire après l’incarcération de cinq généraux-majors, limogés de leurs fonctions en août dernier, et un colonel pour «enrichissement illicite» et «abus de confiance» va connaître prochainement de fortes répliques.

En effet, selon des sources proches de cet épineux dossier, de nombreux autres hauts gradés de la même institution sont également dans le viseur des enquêteurs et subiront dans un proche avenir un sort semblable à celui réservé à leurs supérieurs respectifs.

Mieux, un autre corps constitué serait aussi touché par ces répliques. Il s’agit de la Sûreté nationale. Des officiers supérieurs de la Direction générale de Sûreté nationale (DGSN), limogés dernièrement dans le cadre de l’enquête de l’affaire des 701 kilogrammes de cocaïne saisis au port d’Oran, seront présentés prochainement devant la justice civile à Alger pour répondre de leurs actes.

«Enrichissement illicite», «complicités», «négligences» et «abus de confiance» sont, entre autres, les accusations retenues à leur encontre durant les enquêtes, déclenchées au lendemain de la saisie de la cocaïne d’«El Bouchi» au port d’Oran. Avant même d’être convoqués, des officiers de l’institution policière tremblent déjà.

On se souvient encore de la manière avec laquelle le général-major Abdelghani Hamel, alors DGSN en poste, a été limogé, illico presto, quelques instants à peine après ses déclarations, à partir d’Oran, accusant les enquêteurs de la gendarmerie de «dépassements» lors du déroulement de l’enquête. La même secousse tellurique touchera par la suite le monde algérien des affaires.

Plusieurs têtes sont concernées par cette opération mains propres pour les mêmes motifs. Ainsi, plusieurs VIP et leurs proches vont être sérieusement inquiétés prochainement puisque les limiers ont pu établir leur connexion avec l’enrichissement illégal. Faut-il souligner que la mise sous mandat de dépôt des six hauts gradés militaires, dont cinq généraux-majors, a sérieusement secoué, dimanche dernier, les arcanes de la nomenklatura algérienne, tant la police, la justice et même la politique sont directement ou indirectement liées, sinon impliquées dans ce trafic à grande échelle notamment celui de drogue dure ?

Rappelons que le 20 juin dernier, le chauffeur personnel de l’ex-DGSN, le général-major Abdelghani Hamel, deux procureurs de la République – l’un en exercice au tribunal de Boumerdès et l’autre dans celui de Bouadouaou –, le fils de l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, le fils d’un ancien wali à Relizane et l’ex-président de l’APC de Ben Aknoun ont été présentés, par les éléments de la section de recherche et d’investigation du groupement de la Gendarmerie nationale d’Alger, devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger).

Tous les mis en cause ont été placés sous mandat de dépôt. Selon des sources judiciaires, la présentation des accusés est intervenue après la prolongation de quatre jours de la garde à vue dans les geôles du groupement de gendarmerie d’Alger. Les accusés sont présumés impliqués, chacun en ce qui le concerne, dans l’affaire des 701 kg de cocaïne saisis au port d’Oran par les gardes-côtes du commandement des forces navales relevant de la façade maritime ouest (2e Région militaire).

*MOHAMED FAWZI GAIDI -  elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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Nasreddine Lezzar. avocat :

«Nous serons mis sur la liste des États voyous»

Nasreddine Lezzar. avocat : «Nous serons mis sur la liste des États voyous»

L’affaire de la cocaïne prend des proportions inattendues. De hauts gradés de l’armée et de l’appareil sécuritaire sont congédiés, tant dis que certains sont carrément mis sous mandat de dépôt, à l’instar des cinq généraux-majors. Que pensez-vous de la gestion de ce dossier, compte tenu des standards démocratiques en la matière ?

Votre question est pertinente. Il faut se rappeler qu’une réforme du code de la justice militaire a été promulguée en juillet dernier. Les dispositions de ce code donnent des prérogatives très grandes au ministre de la Défense nationale dans la nomination des magistrats et des assesseurs dans les tribunaux militaires.

Il est le décideur final dans la nomination et l’affectation de ceux qui rendront la justice militaire. Ce pouvoir donne au ministre le droit de transformer les juridictions militaires en un département du ministère de la Défense. On ne peut plus espérer une indépendance des juges, seule garante d’une justice protectrice et indépendante. Il faut signaler que cette réforme a été adoptée après l’affaire de la cocaïne. N’y a- t-il pas un lien entre les deux ? Est-ce que cette réforme n’a pas pour objectif de permettre au ministère de la Défense nationale de gérer ce dossier ?

Est-ce que cette affaire pourrait être traitée conformément au droit  au regard du contexte politique actuel ? 

Il y a plutôt des risques d’une gestion infrajuridique, un écartèlement entre la raison d’Etat, la raison militaire et des raisons politiques… La vérité se fera peut-être un jour. Mais il me semble qu’il n’y a pas de précédent dans l’histoire, où une affaire de trafic de drogue a suscité autant de bouleversements dans le personnel politique et militaire. Ce film qui se déroule sous nos yeux ressemble, par certains aspects, à un véritable coup d’Etat.

La communication officielle est quasiment inexistante. La transparence n’étant pas au rendez-vous, ne croyez-vous pas que l’action risque d’être entachée de manque de crédibilité ?

Ce dossier aurait dû faire l’objet d’une communication officielle qui s’arrêterait au juste milieu entre le secret judiciaire et le droit de l’opinion à l’information et aussi la nécessité de défense  et de sauvegarde de la moralité des structures de l’Etat.

Une communication officielle est le meilleur rempart contre une rumeur qui engendre les suspicions les plus destructrices. Mais il faut dire que l’absence de transparence me semble naturelle, car toute affaire judiciaire est couverte par le secret de l’instruction. Il y a dans ce cas d’espèce le sacro-saint secret-défense.

L’opinion s’interroge sur les tenants et les aboutissants de cette affaire et se demande s’il ne s’agit pas aussi de règlements de comptes…

L’opinion est désillusionnée et tout est matière à suspicion. Peut-être est-ce aussi une sorte d’opération mains propres destinée à un début de propagande pour le 5e mandat. Le Président s’engagera ou plutôt on l’engagera pour continuer son œuvre purificatrice. On oubliera que ces sanctions tardives touchent ceux qui sont là depuis plus de deux décennies.

Quand on regarde le niveau d’implication présumée de hauts gradés de l’armée et des appareils sécuritaires, quelles peuvent être les conséquences de cette affaire sur le plan international ?

Naturellement, cette affaire fera date.

Les répercussions seront graves et le pays risque de rejoindre la liste des Etats non respectables, relégués au bas de la communauté des nations. C’est regrettable, car au plan international, l’Algérie s’est forgée, au fil du temps, l’image d’un pays respectable et aujourd’hui elle sera classée dans la liste des Etats voyous. C’est un manque total de crédibilité.

Mais beaucoup pensent que l’implication présumée de ces officiers est une opération destinée à la consommation externe et non pour rassurer les Algériens quant à la lutte contre la corruption. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas du tout d’accord. L’image de l’Algérie est vraiment ternie et ce n’est pas en affichant une implication à ce niveau que l’on va réhabiliter le pays.
Cette histoire déclassera le pays beaucoup plus que toutes les affaires de corruption qui ont ruiné le crédit moral du régime.

Les sommets de l’Etat sont touchés et, à différentes latitudes, atteignent même l’appareil judiciaire. Nous vivons une crise de la moralité de l’Etat.

La situation est tragique. Je ne sais quel poète arabe disait que les nations ne peuvent survivre à la disparition de leur morale.  Hélas, le processus de destruction de la morale est en train de laminer le pays.

* NABILA AMIR - elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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Le silence coupable du… narco-Etat

La maison brûle, nos majestueux dirigeants regardent ailleurs. Des têtes, de grosses têtes bien mazoutées, de la toute-puissante Armée nationale populaire (ANP), digne héritière de la glorieuse ALN, sont décapitées, empalées, soigneusement accrochées à la grille de la jeune – mais déjà grabataire – République. Mais pas de réaction officielle. Même pas un murmure et/ou une oscillation de sourcils.

Une partie du haut commandement de l’armée : cinq généraux-majors et pas des moindres, parmi eux d’ex-chefs de Région, un directeur des finances au ministère de la Défense, un ex-patron de la Gendarmerie nationale, un colonel de la sécurité de l’armée tombent, embastillés, car présumés impliqués dans l’affaire de la cocaïne : nos Bokassa se murent dans le silence.

Un silence coupable que rien ne justifie, si ce n’est l’ampleur des dégâts occasionnés par l’affaire des 701 kg de coke, parce qu’elle révèle la maffiocratie au pouvoir ayant propulsé l’«Algérie des martyrs» au rang de narco-Etat. Un narco-Etat avec ses gangs et ses cartels, miné par la corruption et l’incurie, devenant une menace potentielle pour l’équilibre et la stabilité de la région.

Ni la justice militaire (le parquet du tribunal de Blida), qui a ordonné l’arrestation, ni le parquet d’Alger, qui enquête sur l’affaire «El Bouchi», n’ont jugé utile de «communiquer» sur ce scandale à fragmentation. La loi, pourtant, autorise et incite les procureurs à éclairer l’opinion.

Cependant, les «moi, petit juge» (célèbre réplique du juge de l’affaire Sonatrach I) ne peuvent pas et/ou n’osent pas. Vite refermée, la parenthèse Zeghmati Belkacem, ancien procureur général d’Alger qui annonça en conférence de presse le lancement d’un mandat d’arrêt international contre Khelil Chakib, a décidément refroidi les plus ombrageux parmi nos magistrats réputés «vent debout» contre les turpitudes des puissants. Face au silence assourdissant des pouvoirs publics, l’«information» rapportée par Ennahar et par des webmédias, amputée de source, devient pourtant quasi officielle. Le silence des autorités valant confirmation des faits énoncés.

Ni le ministère de la Justice, ni le MDN, ni la primature, encore moins la Présidence – de loin, mais de loin seulement perçue comme «bien vacant» – aucune autorité, aucune institution, aucun pouvoir régalien ne veut, décidément, assumer ces décisions et cette chasse aux «généraux» dont les tenants et les aboutissants échappent à la loi de la gravité. Lutte contre la corruption ? Guerre des clans ? Guerre de succession ? Pression et/ou agenda étrangers ? Aucune grille d’analyse sérieusement étayée ne résistera au flou entourant cette fin de règne annoncée déjà sous le signe du chaos. Un chaos auquel appelle pieusement cette nouvelle (info ou intox) de l’arrestation du quarteron de généraux.

En effet, jamais l’Algérie n’a collé d’aussi près à sa réputation de pays ravagé par sa junte militaire (et sécuritaire). Preuve en est cette sulfureuse affaire mettant en scène des protagonistes de la version nord-africaine de «l’armée mexicaine» – les protecteurs prétoriens de la nation algérienne devenus, par le crime et la terreur, ses bourreaux – et des politiques et hommes d’affaires.  Sous le regard passif d’une galerie comptant une quarantaine de millions de spectateurs.

«Vous voulez que je fasse la révolution tout seul !» haranguait le candidat Bouteflika en septembre 1999. «Parlez-moi des généraux ! Parlez-moi de la clique des 15, des 20, peut-être des 30 (généraux)…», disait-il en guise de promesse (vaine) d’un lavement à l’esprit de sel. «Comment vous faire confiance (…) sachant que comme dans les arènes de Rome, lorsque je serai face au fauve, vous m’applaudirez moi si j’en sors vainqueur, sinon c’est le fauve que vous applaudirez.» Prémonition ?!

*MOHAND AZIRI –  elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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Affaire des généraux-majors emprisonnés :

L’establishment militaire ébranlé

L’incarcération des cinq généraux-majors et d’un colonel, responsable régional (Oran) de la sécurité de l’armée, a fait l’effet d’un séisme. Dans les rangs de la muette, elle constitue le principal sujet de discussion et suscite aussi bien l’inquiétude que l’appréhension, dans une conjoncture très difficile, où l’institution militaire est appelée à plus de mobilisation pour faire face aux dangers qui menacent les frontières du pays.

Il faut dire que les conditions dans lesquelles les hauts gradés ont été poursuivis et placés en détention ont choqué plus d’un, révèlent des sources sécuritaires, même si pour nombre d’entre elles, «le train de vie des mis en cause renvoie à un enrichissement illicite».

En fait, depuis l’affaire de feu le général Beloucif, au début des années 1990 (poursuivi et condamné par le tribunal militaire pour «corruption» et «dilapidation de deniers publics»), la muette a toujours lavé son linge sale en famille. C’est la première fois qu’elle le fait en public.

Y a-t-elle été obligée ? Probablement. Le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, «ne semble pas le seul ordonnateur». Il suffit de s’arrêter sur les généraux-majors incarcérés pour comprendre que la décision d’aller jusqu’à l’incarcération résulte d’un compromis qui tient compte aussi bien de l’équilibre régional que de l’allégeance.

Ainsi, nous retrouvons deux chefs de Région originaires de l’Ouest : Lahbib Chentouf (ex-chef de la 1re Région militaire) et Menad Nouba (ex-patron de la Gendarmerie nationale) ; deux généraux-majors de l’est du pays : Boudjemaa Boudouaouar (directeur central des finances) et Abderrazak Cherif (ex-chef de la 4e RM) et un général-major du Centre, ou plutôt de la Kabylie : Saïd Bey (ex-chef de la 2e Région militaire).

Le deal, c’est aussi de se délester de ses alliés pour pouvoir poursuivre les intouchables qui échappent au contrôle. Ainsi, Lahbib Chentouf est connu de tous comme étant «proche de la famille Bouteflika» et son nom a même été cité comme successeur du chef d’état-major, tout comme l’a été Saïd Bey, présenté d’ailleurs comme «une tête dure».

Les autres – Abderrazak Cherif, Boudjemaa Bouadouaouar et Menad Nouba – font partie des hommes de confiance du chef d’état-major et même de ses protégés. S’ils ont duré aussi longtemps à leurs postes, c’est grâce à lui.

L’affaire Kamel Chikhi, dit «le Boucher», principal accusé dans l’affaire des 701 kg de cocaïne, a été certes une aubaine pour débarquer les deux trublions – Lahbib Chentouf (à la tête de la 1re RM) et Said Bey (à la tête la 2e RM) – d’où l’information sur le magnat de l’immobilier et ses connexions avec les plus hauts responsables de l’administration aurait dû émaner pour anticiper sur les événements. Mais l’enquête ne s’est pas arrêtée là.

Les noms de Boudjemaa Boudouaouar, directeur des finances et président de la commission des marchés ; de Abderrazak Cherif, chef de la 4e RM et de Menad Nouba, patron de la gendarmerie, proches collaborateurs du chef d’état-major de l’ANP, sont cités.

Le rapport de l’enquête est ahurissant. D’abord sur Abderrazak Cherif, qui aurait amassé une fortune colossale grâce à sa proximité avec des entrepreneurs et des hommes d’affaires par l’intermédiaire de son fils ; ce dernier aurait même joué un rôle pour permettre à Kamel «le Boucher» d’obtenir des marchés d’approvisionnement des casernes de Ouargla en viande.

C’est aussi le fils de Lahbib Chentouf que l’on retrouve sur les enregistrements vidéo des caméras de surveillance installées par Kamel Chikhi dans ses bureaux où, souvent, les affaires se traitaient. On évoque dans le rapport les activités suspicieuses des sociétés créées par les enfants de l’ex-chef de la 1re RM.

Les mêmes faits sont reprochés à Saïd Bey (ex-chef de la 2e RM), dont les affaires, notamment avec certains promoteurs immobiliers de l’Ouest, lui auraient permis d’ériger une fortune colossale. Très proche du vice-ministre pour avoir été, durant plus d’une décennie, son directeur financier et président des commissions des marchés au ministère de la Défense, Boudjemaa Boudouaouar aurait été compromis par non seulement les caméras de Kamel Chikhi, mais aussi par un train de vie des plus luxueux. Sa fortune est passée du simple au triple en quelques années seulement et tout son entourage était étonné de cette fulgurante ascension sociale.

La question qui reste posée est de savoir comment ces hauts gradés ont pu commettre autant de délits ­­­– «corruption», «enrichissement illicite» et «trafic d’influence» – durant de longues années sans que leur hiérarchie n’en soit informée ? Peut-on croire que le patron de la sécurité de l’armée ait fermé les yeux ou n’ait rien su ? Difficile à admettre.

On se demande aussi si son limogeage, en août dernier, est lié à cette affaire. En tout cas, c’est à son initiative que le colonel régional de son service à Oran, incarcéré avec les généraux-majors, a été démis de ses fonctions il y a moins d’une année. Est-ce pour les mêmes faits ? On n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que le patron de la sécurité de l’armée n’a pas été inquiété comme l’ont été les hauts gradés placés en détention par le tribunal militaire de Blida.

Cette affaire risque de faire beaucoup de mal et, déjà, certains évoquent des vices de forme. Le tribunal de Blida serait, selon eux, «incompétent» pour mener l’instruction parce qu’au moins trois des mis en cause ont travaillé dans sa circonscription.

*Salima Tlemçani / -elwatan /  mardi 16 octobre 2018

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