Face à la cherté de la vie

**Comment se débrouillent les Algériens….face à la cherté de la vie et la faiblesse du pouvoir d’achat.

*Le «système D» a toujours été une vertu qui caractérise les Algériens

Au pays des 176 milliards de dollars de réserves de change, les citoyens doivent avoir un double métier pour boucler leurs fins de mois.

Vendre des cigarettes, une seconde activité professionnelle pour certains pour boucler la fin du mois

Le «système D» a toujours été une vertu qui caractérise les Algériens. Avec la cherté de la vie et la faiblesse du pouvoir d’achat, cet art de la débrouille s’est transformé en… métier. En effet, de plus en plus d’Algériens cumulent les «petits» boulots pour, tant bien que mal, boucler leurs fins de mois. Un paradoxe donc pour un pays qui dort sur plus de 176 milliards de dollars de réserves de change! Surtout que ces petits boulots sont dévalorisants par rapport au statut original… L’exemple de Aami Ali parle de lui-même. Enseignant d’histoire et géographie dans un lycée de la capitale, ce père de 7 enfants est obligé de vendre, tenez-vous bien, des fruits et légumes pour survivre… «Allah ghaleb, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour survivre», lance t-il d’un air abattu qui ressemble à celui d’un élève qui n’a pas fait ses devoirs.
«J’ai à ma charge une famille nombreuse. Je dois donc trouver un moyen d’élever décemment mes enfants, même si cela doit toucher à mon amour-propre…», ajoute-t-il avec encore plus de dépit. «C’est vrai qu’on a eu des augmentations de salaire conséquentes mais cela ne nous suffit toujours pas pour vivre vu que l’inflation a, elle aussi, augmenté. Les prix ont flambé», explique-t-il. Mais pourquoi Aami Ali a-t-il choisi de vendre des fruits et légumes comme seconde activité professionnelle? «Ce sont les circonstances qui m’y ont poussé», répond t-il. «J’avais une Renault R4 commerciale, l’idéal pour ce genre de commerce ambulant. Un jour, mon jeune voisin vint me demander de la lui vendre pour pratiquer le commerce. Cela m’a donné à réfléchir, surtout que c’était pendant la période des vaches maigres», raconte-t-il avec un sourire nostalgique. «J’ai donc décidé de tenter le coup, bien sûr, loin de mon quartier par peur du regard des gens, et depuis 7 ans, j’exerce ce petit boulot. J’y ai pris goût même si pour un enseignant, vendre des fruits et légumes c’est rabaissant», avoue-t-il avant d’être interrompu par un client qui lui demande le prix du kilo de tomate. Enseignant qui bascule dans la clandestinité…
Ce prof d’histoire et géographie n’est pas le seul enseignant à avoir une double vie professionnelle. Rachid, lui, enseigne la littérature arabe dans un lycée pendant la journée et devient chauffeur de taxi clandestin la nuit. Une vie de «Batman» qui n’est pas un choix mais une obligation! Comme Ali, Rachid s’est vu contraint de trouver un moyen de substitution pour joindre les deux bouts. «Quand la pomme de terre atteint les 100 dinars, la tomate à 120 dinars, les pois chiches 300 dinars… Ce n’est pas avec nos petits salaires qu’on va pouvoir sortir la tête de l’eau», affirme Rachid qui pique un somme sur le siège de sa voiture en attendant de potentiels clients.

Enseignant le matin et fraudeur le soir
«Les professeurs des matières essentielles telles que les mathématiques, la physique et les sciences n’ont pas ce problème vu qu’ils peuvent enseigner en cours du soir (Ndlr: les cours supplémentaires privés), mais nous, les profs d’arabe ou autres matières secondaires nous n’avons pas cette chance», rapporte-t-il. Hassan, lui, est journaliste, «un métier très captivant mais qui ne nourrit pas son homme», dit-il avec amertume. «Nos salaires sont dérisoires, ils ne suffisent même pas à acheter de la nourriture. En plus, je ne suis pas d’Alger, je dois donc louer un logement et je ne m’en sors pas!», fait-il savoir en baillant de fatigue. Lui qui n’avait dormi que deux heures avant de rejoindre sa rédaction. Deux heures de sommeil qui s’expliquent par le fait que Hassan passe ses nuits comme opérateur téléphonique dans un call-center. «Je ne peux pas faire autrement c’est ça ou me retrouver à la rue. C’est malheureux mais c’est la dure réalité…», lance-t-il avec un sourire qui cache le désespoir de ce journaliste. Désespéré de ne voir aucun avenir se profiler à l’horizon, désespéré d’être obligé de cumuler les emplois alors qu’il est célibataire mais qu’il est surtout journaliste… «Déjà comme ça je ne m’en sors pas. Alors qu’est-ce que ça sera quand j’aurais une famille!», peste-t-il les larmes aux yeux. Sa situation fait qu’il excluait de fonder une famille! La double casquette de Hamid est à la fois drôle et malheureuse. Agent immobilier ou plutôt comme il se décrit «homme à tout faire d’une agence immobilière», Hamid ne touche aucune commission sur les transactions qu’il fait. «Le propriétaire de l’agence immobilière refuse de nous donner des commissions sur les transactions que l’ont fait. On est donc salariés sans plus…», atteste-t-il. Cette situation l’a contraint à s’improviser… ouvrier du bâtiment: maçon ou peintre. «Je n’ai pas le choix, je ne peux pas quitter l’agence vu que je n’ai aucune formation. Alors, je propose aux clients de leur faire les petits travaux des biens immobiliers que je leur vends», explique t-il en substance. «Les clients trouvent cela au début bizarre, puis ils acceptent pour la plupart, ma proposition. Cela leur enlève des tracas en plus», poursuit-il en nous révélant qu’il est même devenu le «bricoleur» attitré de certains de ses clients. Etre instruit ou pas, c’est «kif, kif» Le «nomadisme» professionnel est donc un fléau qui atteint même les personnes instruites. Mais alors qu’en est-il de ceux qui n’ont pas de diplôme? «Etre instruit ou non, c’est kif kif dans ce pays», réplique Azzeddine qui, lui aussi, se voit obligé de cumuler les emplois pour sortir la tête de l’eau. «Mes journées, je les passe comme receveur dans un bus, tandis que la nuit, je suis le gardien du parking de mon quartier. Deux de mes amis et moi on surveille les voitures de nos voisins qui nous paient à la fin du mois», relate ce trentenaire à l’air juvénile. «Ya Kho (mon frère) je n’ai pas choisi cette double vie professionnelle, tu crois que je n’aurais pas aimé être bien au chaud chez moi au lieu de passer mes nuits dans la rue?», s’insurge-t-il avant d’allumer une cigarette et prendre son verre de café. «Je dois cumuler les emplois pour subvenir aux besoins de ma famille. Je n’ai pas de père, j’ai 3 soeurs et deux frères qui étudient encore. Je suis le seul qui travaille à la maison et un seul salaire ne peut absolument pas suffire…Déjà comme ça, c’est très difficile», rétorque le jeune homme aux nuits «froides». Halim qui est chauffeur dans une société privée fait parler ses talents de bricoleur pour arrondir ses fins de mois. «Ce n’est pas pour me vanter mais j’ai des mains en or, tout ce que je touche, je le répare. C’est ce qui a fait de moi, l’homme à tout faire de mon quartier», se vante-t-il. «Si quelqu’un a une panne mécanique, eh bien il va chez Halim. Même chose pour les petites bricoles. Je leur fait tout. Je répare les appareils électroniques, je fais office de peintre, maçon…enfin tout. Et pendant l’Aïd, c’est encore moi qui égorge les moutons», lance fièrement «M. Bricolage».

Les diplômes n’y changent rien
Cependant, malgré la fierté affichée, il admet que s’il avait les moyens, il ne se serait jamais adonné à ce supplément professionnel. «J’aurais bien aimé rentrer tranquillement à la maison pour me reposer et passer plus de temps avec ma famille. Mais que voulez-vous, la croûte de mes enfants est en jeu…», confie-t-il. Qui a dit qu’il n’y avait pas d’égalité des sexes?
Dans la double vie professionnelle, il y a une égalité entre hommes et femmes. Même si les femmes prennent le dessus avec les tâches ménagères. Le cas de Zohra est le meilleur exemple. Couturière de métier, Zohra s’est retrouvée obligée d’ajouter une nouvelle ligne dans son CV, à savoir-femme de ménage. «Mon mari qui travaillait dans une société nationale s’est retrouvé au chômage après que cette entreprise ait fermé ses portes. Mes revenus en tant que couturière ne suffisaient plus pour nourrir notre famille», avoue-t-elle. «Une cliente très sympathique à laquelle je m’étais confiée m’a alors proposé de m’engager pour l’aider dans les tâches ménagères. Au début, j’étais très réticente, même vexée, mais en y réfléchissant bien je n’avais pas le choix. Et depuis, je suis devenue couturière-femme de ménage», soutient-elle. Même chose pour Khalti Fatma qui elle, en plus, d’être femme de ménage dans une école, travaille comme aide ménagère à domicile et cuisine des gâteaux et pains traditionnels que ses enfants revendent. Cette femme de 46 ans qui en fait 60, a le visage et le corps marqués par la misère. «Je suis diabétique et hypertendue mais je suis dans l’obligation de cumuler ces métiers, l’un plus dur que l’autre, pour faire vivre ma famille», rapporte cette veuve et mère de 4 enfants. Que dire alors du cas de Samia qui est médecin de formation mais que le chômage a poussée à travailler comme vendeuse en pharmacie.
«Les diplômes ne changent rien à la misère, médecin ou pas, on est contraint de survivre en Algérie», dénonce cette jeune fille à l’air angélique. Et comme son salaire de 20.000 dinars ne suffit pas pour nourrir sa famille, Samia qui, par ailleurs, n’a ni père ni frère, est contrainte de jouer à la nounou. «Comme je travaille les matinées seulement, je passe mes après-midi, enfin le reste de la journée, à m’occuper de petits anges. Cela me permet, un tant soit peu, de diminuer les charges qui pèsent sur ma mère qui ne peut subvenir, avec son salaire d’institutrice, aux besoins de 4 filles qui sont toujours étudiantes (mes autres soeurs)», explique en larmes Samia qui regrette le fait que cette situation de précarité l’empêche de fonder une famille. «J’ai plus de 30 ans et je ne peux pas me marier car sans mes deux salaires, ma famille ne survivra pas…», se lamente-t-elle. Les cas de Samia, Halim, Fatma, Zohra, Hassan…ne sont pas des cas isolés. Beaucoup d’Algériens se retrouvent dans la précarité. Il y a même des cas plus inquiétants que cela car ils n’ont même pas eu la chance de trouver ne serait-ce qu’un emploi! Voilà donc un pays où les citoyens n’arrivent pas à atteindre le Smig (18.000 dinars) malgré le cumul d’emplois, alors qu’au même moment les députés touchent 300.000 dinars à «glander». L’Algérie est incontestablement le pays de tous les paradoxes. (L’Expression-19.04.2012.)

 

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2 réponses à “Face à la cherté de la vie”

  1. 21 12 2012
    bloons tower defense 5 (22:17:19) :

    I like this post :-)
    bloons tower defense 5

    Répondre

  2. 9 08 2015
    Boutique Vincennes (11:09:39) :

    Génial récit ! Une parenthèse pour vous montrer le site d’un magasin en France à Vincennes de bijoux fantaisie.

    https://bijouxtutti.wordpress.com

    Répondre

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