Scandale Moumène Khalifa

L’accusé Moumène Khalifa prêt au grand déballage

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Moumen confondu par son caissier principal

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* Abdelmoumen Khalifa condamné à 18 ans de prison ferme 

Le verdict de l’affaire Khalifa Bank est tombé, ce lundi 23 juin 2015, peu avant midi. Le tribunal criminel de Blida a condamné le principal accusé dans cette affaire, Abdelmoumen Khalifa, à 18 ans de prison ferme et un million de DA d’amende ainsi que la confiscation de tous ses biens.

Le procureur avait requis, le 7 juin dernier, la prison à perpétuité contre l’ex golden boy, soit la même peine requise lors de son jugement par contumace en 2007. Abdelmoumen Khalifa est accusé d’ « association de malfaiteurs », « abus de confiance », « faux et usage de faux dans des  documents administratifs et bancaires», « corruption », et « banqueroute frauduleuse ».

Parmi les autres accusés, on cite le notaire Omar Rahal. Bénéficiant de circonstances atténuantes vu son âge avancé, Rahal a été condamné à cinq ans de prison ferme. Guelimi Djamel à dix ans d’emprisonnement, Issir Idir à six ans, Chachoua Abdelhafidh à huit ans et 500.000 DA comme amende ainsi que la saisie de sa villa. Son frère Badreddine a été condamné à six ans de prison, ainsi que la saisie de sa villa à El Achour, alors que leur père Ahmed a été relaxé.

Huit ans d’emprisonnement et un million de DA contre Mir Omar, deux ans de prison et 200.000 DA pour Amghar Arezki. Ighil Ali Ameziane a été condamné à trois ans de prison ferme et 500.000 DA en guise d’amende et la saisie de sa villa à Cheraga. Foudad Adda, ancien directeur de l’école de police de Ain Benian a été condamné à trois ans d’emprisonnement  et 20.000 DA d’amende, alors que Ali Aoun a été condamné à un an de prison avec sursis et 5000 DA d’amende.*El Watan- lundi 23 juin 2015

**Acquittement d’un colonel de la Marine, beau-frère de Khalifa

Enigmatique a été la décision du tribunal criminel de Blida en ce qui concerne l’accusé Messaoud Sedrati, colonel de la Marine nationale, beau-frère de Khalifa, poursuivi pour «recel de produits de crime», absent lors des audiences. Ce dernier a été tout simplement acquitté, après que le procureur général ait demandé l’application de la loi. Le tribunal a rejeté les demandes de constitution de partie civile d’El Khalifa Bank, de la Banque d’Algérie, des 39 entreprises qui se sont pourvues en cassation contre le verdict de 2007, et les 50 autres qui ne l’ont pas fait. Pour le juge, ces sociétés ont le droit d’aller au civil pour réclamer des dédommagements.

Fait unique dans les annales de la justice. Le tribunal criminel de Blida, réuni sans le jury, a prononcé avant-hier l’acquittement, par contumace, au profit de Messaoud Sedrati, beau-frère de Abdelmoumen Khalifa, un colonel de la Marine nationale, accusé de «recel de produits de crime». Lors de l’ouverture du procès, le 4 mai dernier, le juge Antar Menaouer avait clairement précisé à l’épouse de Messaoud Sedrati de faire en sorte qu’il soit présent à l’audience, faute de quoi   la procédure de contumace sera appliquée à son encontre. Mme Sedrati, qui est la sœur de Mme Khalifa, avait affirmé au juge que son époux était dans une caserne et n’a pas pu se présenter au tribunal. Ce que le juge n’a pas semblé accepter.

A signaler que Messaoud Sedrati avait déclaré, lors du procès de 2007, avoir bénéficié d’un crédit de 4,5 millions de dinars de l’agence Les Abattoirs, qu’il a restitué à Abdelmoumen en main propre. Pour ce qui est du montant de 1,440 million de dinars viré à son compte, l’accusé avait expliqué qu’il s’agissait du versement, par Khalifa, des revenus du loyer d’un local devant servir d’agence, jamais ouverte, à raison d’une mensualité de 120 000 DA, avec une prévalence de 15% sur une durée de 9 ans. Pour ce qui est des deux voitures gardées en sa possession, Sedrati avait déclaré que la Passat Volvo était utilisée par Mme Khalifa, qui vivait chez lui, alors que la Toyota Echo appartenait à celle-ci.

La décision d’acquittement a surpris plus d’un, même si le procureur général avait requis à son encontre l’application de la loi. Dès l’ouverture de l’audience, seuls trois accusés étaient dans le box : Abdelmoumen Khalifa, Djamel Guellimi, ancien directeur général de Khalifa TV, ainsi que Omar Mir ex-directeur de l’agence Khalifa de Chéraga et Toufik Jedidi, ex-directeur de l’agence de la Caisse nationale des retraités (CNR) d’Oum El Bouaghi, détenus pour d’autres affaires.

Le notaire Omar Rahal, qui devait être aussi dans le box, était avant-hier absent pour des raisons de santé. Les autres accusés ont tous retrouvé leur liberté après le verdict. Le juge appelle Abdelhafid Chachoua, son frère Badredine, Noreddine Dahmani, Ighil Meziane Ali, tous en liberté, pour se présenter à la salle d’audience. Ils sont considérés comme les responsables de la perte des fonds des déposants et de ce fait reconnus coupables d’«abus de confiance».

Sur les décisions relatives à l’action civile, le président commence par déclarer le rejet de la constitution en tant que partie civile de la Banque d’Algérie et d’El Khalifa Bank en liquidation, arguant qu’elles n’ont pas introduit de pourvoi en cassation contre l’arrêt du tribunal criminel de Blida de 2007. Pour ce qui est des 39 sociétés publiques et économiques, le tribunal a estimé qu’en déposant leurs fonds à El Khalifa Bank, elles sont devenues créancières de cette banque.

Le préjudice subi est indirect. Or, pour être considéré comme étant partie civile, le préjudice doit être direct. De ce fait, leur constitution en tant que telle est rejetée, explique le juge, qui précise qu’il en est de même pour les 50 autres sociétés qui ne se sont pas pourvues en cassation contre le verdict de 2007. «Néanmoins, toutes ces entreprises peuvent aller devant le tribunal civil pour réclamer des dédommages et intérêts», dit-il.

Ainsi le procès El Khalifa Bank version Antar Menaouer s’est achevé avec deux mystères non élucidés. Le premier est lié au rejet de la constitution d’El Khalifa Bank en tant que partie civile, arguant qu’elle ne s’est pas pourvue en cassation, alors que celle-ci a clairement déclaré qu’elle se constituait contre Abdelmoumen Khalifa, étant donné qu’il est là pour la première fois et non pas contre les autres accusés. La décision du tribunal aura de lourdes répercussions sur les actions judiciaires engagées à l’étranger, notamment en France, pour récupérer les biens acquis par le biais de transferts d’argent de la banque Khalifa.

Au mois de septembre prochain, El Khalifa Bank en liquidation aura des difficultés à défendre sa position de partie civile devant la justice française, qui l’a déboutée en première instance, et qui examinera en seconde instance l’affaire des anciens responsables de Khalifa. Raghed Echamaa, un Franco-Libanais, conseiller de Abdelmoumen, avait réussi à s’en tirer alors qu’il avait démantelé les 12 avions-taxis, achetés par Khalifa, avant de les vendre en pièces détachées, et a gardé le 13e pour son utilisation personnelle.

Raghed Echamaa était en fuite, avant que les autorités françaises ne s’arrangent avec lui pour le ramener, le mettre sous contrôle judiciaire et lui faire bénéficier de la relaxe, alors qu’il avait servi d’intermédiaire auprès du géant de l’aéronautique EADS, dont le premier responsable était poursuivi pour des faits de corruption, avant d’être lui aussi relaxé.

L’autre mystère du juge Antar Menaouer est l’acquittement surprise d’un accusé qui n’a pas répondu à la convocation du tribunal criminel, évitant ainsi la procédure de prise de corps et une détention de 40 jours, infligée à ses 20 coaccusés. Le ton a été donné par le procureur général, qui avait requis contre lui l’application de la loi, alors qu’en pareil cas, le ministère public requiert toujours la peine maximale.

Ce mystère s’ajoute à de nombreux autres ayant émaillé la gestion de ce lourd dossier, réduit à sa simple expression, après avoir été expurgé de tous ce qui pouvait lui donner le caractère politico-financier. Encore une fois, la justice algérienne a raté l’occasion de faire la lumière sur ce scandale du siècle qui entache et entachera toujours sa crédibilité et son impartialité.*Salima Tlemçani/ el watan-01 juillet 2015

**L’affaire expurgée de son caractère politico-financier

Très attendu, le procès El Khalifa Bank s’est terminé en queue de poisson. Dès le début des audiences, la gestion des débats a été faite de manière à expurger du dossier tout ce qui pouvait lui donner l’aspect d’une affaire politico-financière, qui dénote la grave vulnérabilité de l’Etat. Le silence de Moumen et la complaisance du tribunal illustrent la piètre image d’un éventuel deal concocté sur le dos des victimes. Le verdict d’aujourd’hui ne surprendra certainement pas l’opinion publique…

S’il y a un deal, c’est Moumen Khalifa qui le cherche à travers son silence et ses contrevérités.» C’est la conclusion de Moncef Badsi, le liquidateur d’El Khalifa Bank, très déçu à la fin du procès qui s’est tenu du 4 mai au 14 juin au tribunal criminel de Blida. Pour les plus avertis, heureusement que le procès version Fatiha Brahimi a eu lieu en 2007. En dépit de tout ce que l’on peut reprocher à la composante du tribunal, il y avait une synergie entre la juge, ses assesseurs et le procureur général, qui ont fait preuve d’une connaissance parfaite du dossier, et surtout ont interrogé toutes les personnalités citées, même en tant que témoins.

La version 2015 du procès a laissé l’opinion publique sur sa faim. Elle qui espérait entendre Moumen Khalifa faire les révélations qu’il avait promises de sa terre d’exile, en Grande-Bretagne. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Durant les 40 jours d’audience, Antar Menaouer, le président, a pesé de tout son poids pour éviter que des noms de personnalités soient cités, ou encore de recourir à la loi afin d’obliger les témoins à être entendus.

De son côté, le procureur général semblait apprendre le contenu du dossier pendant l’audience. Souvent, il confondait les noms des accusés, les faits qui leur sont reprochés et même les liens avec l’affaire. Pour ceux qui ont suivi le procès, dès le départ aussi bien le président que le représentant du ministère public n’avaient pas l’intention d’aller loin dans les interrogatoires. Durant son audition, Moumen Khalifa marchait sur du velours en s’étalant sur des points techniques que le juge ne semblait pas maîtriser. C’était lui qui dirigeait le débat et le président n’intervenait que rarement.

Celui qui avait promis (en 2007) à partir de Londres, de faire des révélations sur l’agence de Koléa, dont le directeur a été tiré comme une épingle du jeu, alors qu’elle avait enregistré un trou financier jamais élucidé, n’avait rien à dire. Ce même Moumen, qui avait interpellé à partir de Londres, la juge, Fatiha Brahimi, sur l’implication de l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, a fait volteface, en disant : «On parle de comptes à Koléa, et on a même parlé de Abdessalem Bouchouareb (l’actuel ministre de l’Industrie), mais ce n’est pas vrai.» Pourtant dans le dossier, ce même ministre avait bénéficié d’un prêt de 140 millions de dinars, pris de l’agence Koléa, destiné à l’achat d’équipements pour son usine familiale de chips, Flocon Or, en présentant comme garantie un terrain de 200 mètres carrés.

Selon le procès-verbal d’audition, lu par le juge Antar Menaouer, d’une voix presque inaudible, «ce montant a été restitué en main propre à Khalifa, dans son bureau à Chéraga, sans qu’aucun document ne lui soit donné pour le prouver». Mieux, la levée de l’hypothèque sur le terrain a été faite alors que Moumen était déjà à l’étranger. Il est vrai que la Cour suprême a été saisie de cette affaire et que le ministre en question a été poursuivi et placé sous contrôle judiciaire, mais le dossier est resté plus de trois ans en délibéré, avant que le non-lieu ne soit prononcé à deux semaines de sa nomination en tant que ministre. Des faits qui ressemblent étrangement à ceux pour lesquels Lynda Benouis, directrice de la monétique à El Khalifa Bank (fille de feu Tayeb

Benouis, ancien PDG d’Air Algérie) a été poursuivie. Elle avait demandé à Khalifa, son PDG, de lui accorder un prêt de 9 millions de dinars, dont elle a bénéficié et qu’elle dit lui avoir remis en main propre. Très sévère, son audition par le juge Menaouer a fini par une confrontation avec Khalifa, qui a nié avoir perçu cet argent. Benouis est la seule avec Akli Youcef, le caissier principal, à avoir été confrontée avec Khalifa.

Durant tous les débats, le juge s’est contenté des réponses, souvent évasives, des accusés dont la majorité est revenue sur ses déclarations faites devant le même tribunal, en 2007. Encouragés par la passivité du juge, certains vont jusqu’à s’attaquer avec virulence aux magistrats de 2007, les accusant d’inquisiteurs et de tortionnaires. Mieux, Le même président va surprendre l’assistance en interrogeant la très attendue secrétaire particulière de Khalifa, Nadjia Aiouaz, qui avait cité une longue liste de personnalités qui défilaient au bureau Moumen, pour bénéficier de certains privilèges.

En 2007, après avoir été acculée par Fatiha Brahimi et le procureur général, elle avait cité quelques noms comme ceux de Abdelmadjid Tebboune, Djamel Ould Abbès et son fils. Antar Menaouer ne semblait pas intéressé par la longue liste de noms contenus dans le procès-verbal d’audition de ce témoin particulier. Tête baissée sur ce document, il ne s’arrête que sur celui de feu Tayeb Benouis, pour le citer haut et fort. La secrétaire confirme sa venue. Cette audition s’est transformée en une séance d’hilarité, en raison des réponses quelque peu étranges du témoin à des questions qui semblaient loin du sujet.

Vidé de sa substance, le dossier devient celui de billets gratuits et de laptops

L’autre point noir de ce procès est cette absence inexpliquée de hauts fonctionnaires de l’Etat, qui étaient en poste entre 1999 et 2003. En 2007, ils avaient tous répondu présents, parce que la présidente du tribunal a estimé que personne ne devait être au-dessus de la loi, soit-il ministre de la République. Les récalcitrants ont fait l’objet de mandat d’amener, ce qui a permis au procès d’éclaircir beaucoup de zones d’ombre.

En 2015, Antar Menaouer n’a pas jugé utile de forcer Mourad Medelci, l’ancien ministre des Finances, qui avait perdu la première copie du rapport de l’inspection de la Banque d’Algérie, faisant état de graves violations de la réglementation bancaire, mais aussi Abdelmadjid Tebboune, alors ministre de l’Habitat, dont dépendaient les OPGI des 48 wilayas qui avaient retiré en même temps leurs fonds des banques publiques, pour les confier à El Khalifa Bank, ainsi que Karim Djoudi, directeur général du Trésor, dont l’attention n’avait pas été attirée par ces retraits massifs des fonds publics, et Tayeb Belaïz, ministre de la Solidarité, et enfin Abdelmadjid Sidi Saïd, le secrétaire général de l’UGTA, qui avait signé, en tant que président du conseil d’administration de la CNAS, une résolution pour le placement de 10 milliards de dinars, sans que la réunion de ce conseil se tienne ou que ses membres ne soient informés.

Seul Bouguerra Soltani a répondu présent, certainement pour apporter un correctif. Il dit être parti du ministère du Travail au mois de mai 2001, et non pas en 2002, comme affirmé lors du premier procès. De ce fait, il nie avoir été informé des premiers placements. Mais là aussi, le juge se limite uniquement à des questions bateaux, évitant de l’interroger sur son intervention auprès de Khalifa, pour le recrutement de son fils Oussama, en France, à Khalifa TV, que Djamel Guellimi, avait confirmé, précisant qu’il n’est resté qu’une semaine parce qu’il ne maîtrisait pas la langue française.

Le tribunal était même incapable de trouver l’adresse d’un des trois experts qui avaient audité El Khalifa Bank, et qui évoquait, dans son rapport, la gestion catastrophique de cette banque privée, mais également la responsabilité de la Banque d’Algérie, concernant cette situation. En fait, le juge Antar Menaouer a tout fait pour réduire l’affaire à sa simple expression, en passant plus de temps, avec au moins une quarantaine d’accusés, poursuivis pour avoir gardé une voiture, un laptop ou des téléphones mobiles.

Pourtant, dans le dossier, il y a des personnes, comme Wahiba Hamiani, qui avaient perçu la somme de 5 millions de dinars, pour la préparation de «l’année de l’Algérie en France», sans aucun document ou contrat de travail, ou encore toutes les autres ayant bénéficié de cartes de paiement électronique, sans qu’elles aient de contrepartie, à l’image de Abdelmadjid Tebboune, avec un plafond de 10 000 euros, Farid Lamari (fils du défunt Mohamed Lamari, le général de corps d’armée), Abdelmalek Sassi (général à la retraite), avec un plafond de 10 000 euros, Mehdi Sofiane Bouteflika, neveu du Président, avec un plafond de 3800 dollars, ces personnes auraient dû être entendues par le tribunal tout comme auraient dû l’être ces 300 invités de la soirée organisée par Moumen, dans la villa Cannes, à l’occasion du lancement de la chaîne Khalifa TV, et qui se sont partagés la somme de 15 millions d’euros distribués dans des enveloppes à raison de 5000 euros par personne. Toutes ces informations n’auraient jamais pu être connues, si le procès de 2007 n’avait pas eu lieu. En gardant le silence, Moumen Khalifa semble vouloir rassurer ces nombreux «invisibles» qui ont profité de son ascension fulgurante et qui ont échappé aux mailles de la justice.

Lors de sa plaidoirie, maître Mejhouda, un de ses avocats, s’est attaqué avec virulence au liquidateur, en évoquant une enquête de la Gendarmerie nationale, qui a été déclenchée sur instruction de Tayeb Belaïz, alors ministre de la Justice, et qui s’est soldée par une perquisition au siège de la liquidation, sans la présence du liquidateur et sans que les documents récupérés soient répertoriés, révèle Moncef Badsi. Est-ce pour récupérer ce qui peut être compromettant ? Nous n’en savons rien. Le plus important, c’est que dans ce dossier, les gendarmes ont fait irruption à deux reprises. La première sur instruction du parquet, et la seconde, sur celle du patron de ce corps de sécurité, qui avait dépêché un haut gradé, pour intervenir en faveur de Abdessalem Bouchouareb.

Si le procès de 2007 a levé le voile sur une vaste dilapidation des fonds publics confiés à El Khalifa Bank, le procès de 2015 a malheureusement couvert les complicités des uns et des autres pour réduire le dossier à une scandaleuse affaire de billets gratuits, de micro-ordinateurs, et de cartes de thalassothérapie. Même les avocats de Moumen ont évité d’aborder le fond du scandale, se limitant à la forme, donnant au procès la piètre image d’un éventuel deal fait sur le dos des victimes. Dans sa plaidoirie, l’autre avocat de Moumen, Me Nasreddine Lezzar va jusqu’à accuser la presse d’avoir été à l’origine de la débâcle de la banque, en rendant publique l’information relative au gel du commerce extérieur, suscitant la panique chez les déposants.

Des propos contredits par l’administrateur, le vice-gouverneur Ali Touati, qui répondu : «La CNEP, qui est la banque la plus importante sur la place financière, n’exerce pas le commerce extérieur. Une banque qui respecte le ratio de solvabilité ne s’écroule pas à la suite du gel des opérations du commerce extérieur.» Aujourd’hui, le tribunal rendra sa décision, et comme l’a affirmé Me Miloud Brahimi, il y a de fortes chances pour qu’elle soit définitive, «parce qu’il est impensable qu’un tel procès puisse revenir une troisième fois». *Salima Tlemçani / El Watan- lundi 23 juin 2015

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**Réactions des internautes:

Raton33   le 23.06.15 | 20h30

Scandale Moumène Khalifa ico_reac_doublequote fatale erreur

Bien beau cette mise en scène , avec cette ascension fulgurante et les passes droit dont il a bénéficié durant son règne de magnat . Ses appuis étaient bien plus ancrés que ceux de Haddad actuellement mais son ascension lui a grisé le cerveau , il s’est égaré comme une brebis en faisant faux bond .Alors qu’il était courtisé le voilà qu’il paie son errements pour lèse majesté le royaume des ombres est impénétrable; 
on fait et on defait

slimfast-2007   le 23.06.15 | 20h18

ico_reac_doublequote les  » fusibles  » ont sauté!

Quelle mascarade judiciaire et théatrâle! Mr Abdelmoumene khalifa est un escroc certes , mais les gros poissons qui l’ont aidé à gangrener les affaires en algérie, et à spolier des milliers d’Algériens , ne sont nullement inquiets!
C’est un procés de l’autoroute Algérienne bis » : Ne comparaissent et ne sont condamnés que des pauvres bougres!
Tant que le systeme Algérien favorise la collusin du « piston-clientélisme-intervention-corruption « , il y’a et il y aura encore des autres affaires de ce genre !

ichou-tchoufou   le 23.06.15 | 17h50

ico_reac_doublequote le bouc et les émissaires ..!!!

Comme attendu on ne comdamne que le boy et quelques lampions ..!!
…. les gros actionnaires et les véritables détendeurs de l’empire Khalifa , les généraux et les olligarches du régime sont ainsi complètement et définitivement blanchis ..!!

Un procès cousu

finalement le procès ne nous a rien appris de ce que l’opinion ne savait pas le grand déballage na pas eut lieu est ce un deal avec le pouvoir ou une stratégie de défense ,il a géré son audition comme si c’était une leçon apprise par coeur le procès à été réduit à une affaire d’octroi de quelques billets d’avion ou des places payées de thalassothérapie . Rien que d’entendre toutes ces sommes d’argent déposée sur par toutes les entreprises et autres institutions et ce avec l’aval de leurs conseils d’administration, ça donne le tourni résultas 499 milliards de dinars en fumée.

 Cachot

Ce type n’est arrivé là où il est arrivé qu’avec la complicité du régime. Aujourd’hui, cette justice a lavé les responsables et Khalifa écope de 18 ans, c’est une grande farce où l’on a joué au grand Guignol. Tous ces gouvernants, tous ces juges devraient se trouver avec lui au fond d’un cachot…

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*L’argent perdu des travailleurs, des chômeurs et des retraités

Le procès El Khalifa Bank entame sa 3e semaine avec l’audition des responsables des sociétés ayant effectué de gros placements, perdus à jamais. Hier, tour à tour, les dirigeants des fonds sociaux, comme la Caisse des retraites et la Caisse de chômage ainsi que des filiales de Sonatrach ont eu du mal à expliquer, devant le tribunal criminel de Blida, la facilité avec laquelle leur trésorerie a été confiée à cette banque.

Poursuivi pour les faits de corruption, de trafic d’influence et de perception d’indus cadeaux, Abdelaâli Meziani, secrétaire national de l’UGTA, chargé de l’administration générale, puis président du conseil d’administration de la Caisse nationale des retraites (CNR), qui compte 29 membres, et de son bureau, composé de 7 membres, affirme qu’au mois de mai 2001, s’est tenue la réunion du bureau, en l’absence d’un seul membre.

A l’ordre du jour, trois points liés à la finance et un autre dénommé «Divers». Le financier Kerrar avait proposé de placer l’argent de la caisse chez El Khalifa Bank, arguant du fait qu’elle accordait des taux d’intérêt attractifs. «S’agissant d’une banque privée, nous avions exigé des garanties. Mais cinq jours après, la convention de placement était déjà signée par le directeur général de la CNR, qui était Salah Arifi.»

Le juge : «Aviez-vous informé la tutelle ? » L’accusé : «Je pense que cela avait été fait. Ce n’était pas à l’époque de Bouguerra Soltani, mais de Abdelmoumène… Je ne me rappelle plus de son nom.» Concernant le montant total déposé, l’accusé dit n’avoir aucune idée, parce que l’information lui échappait à l’époque. «Je sais qu’il restait 4 milliards de dinars. Mais il faut savoir que 6 mois après la convention, nous avions décidé de retirer l’argent. Le financier Kerrar a encaissé 8 milliards de dinars.

Et nous ne savons pas pourquoi il n’avait pas retiré les 12 millions de dinars perdus.» Le juge : «Vous aviez déclaré que la réunion devait se tenir en présence de tous les membres et que les garanties devaient être réunies…» L’accusé : «C’est vrai, mais la convention a été signée 5 jours après.» Le juge semble ne pas comprendre pourquoi la Caisse avait placé son argent chez El Khalifa Bank, pour que quelque temps après, elle décide de le retirer. «C’est le conseil d’administration qui l’avait exigé, d’autant plus que le dépôt venait à échéance, vers la fin de décembre 2002.» En ce qui concerne les avantages, l’accusé affirme avoir bénéficié de billets pour voyager qui n’étaient pas gratuits, dans la mesure où il devait débourser une partie de la somme.

Cependant, il indique avoir utilisé ces billets pour lui et des membres de sa famille, et il les a totalement remboursés au liquidateur. Interrogé sur la formation de pilote dont son fils a bénéficié. «Il a réussi dans son cursus, en Espagne et en Grande-Bretagne, puis il est parti en Jordanie», dit-il avant d’être interrompu par le juge : «C’est le ministère des Transports qui a pris en charge la fin de ses études. N’est-ce pas parce que vous étiez à la CNR que votre fils a été retenu ?» L’accusé : «Jamais ! Il est parti seul.»

Le juge : «Est-ce que l’UGTA a placé des fonds ?» «Elle a déposé 80 millions de dinars et toutes les unions de wilaya ont chacune déposé leur argent, à part», explique-t-il. Le juge l’interroge sur les garanties, et l’accusé répond : «C’est au directeur général et au directeur financier que vous devez le demander, pas à moi.» Il explique que le bureau du CA n’a fait qu’émettre un avis, sans pour autant donner une réponse quant au fait que les 40 millions de dinars sont restés à la banque Khalifa, en dépit de la fin de l’échéance.

Le procureur général rappelle à l’accusé qu’il était chargé des finances au niveau de l’UGTA, lorsque les 8,5 milliards de dinars ont été déposés chez El Khalifa Bank et l’accusé précise : «Oui, j’ai signé et après je suis parti à la CNR.» Pour le procureur général, il y a nécessairement un lien entre l’accusé et Jedidi de l’agence CNR d’Oum El  Bouaghi, qui avait déposé l’argent de cette agence à la banque Khalifa, mais l’accusé conteste : «Le fait que cette agence est à Oum El Bouaghi, ma région natale est une coïncidence.» Le procureur général précise à l’accusé, qu’un des membres du CA, décédé en 2012, M Kadiri, avait affirmé que le procès-verbal ayant validé ces dépôts, avait été falsifié, puisque la question des dépôts avait été ajoutée après. L’accusé : «Qui l’a empêché de faire opposition ?»

Le juge : «Pourquoi avoir tenu une réunion avec célérité ?» L’accusé cite ceux qui ont placé l’argent 5 jours après sans attendre les garanties et affirme ne pas être au courant du contenu de la convention avec El Khalifa Bank, ajoutant avoir, cependant, entendu parler d’un taux d’intérêt de 10%. Pour lui, c’est au financier d’expliquer pourquoi ce taux n’a pas changé au cours des placements. Il déclare qu’au mois de mai 2003, le CA avait pris acte, dans une résolution, du fait que la CNR n’avait pas pu récupérer le montant de 4 milliards de dinars, qui arrivait à terme le 15 décembre 2002.

Les 2 milliards de dinars volatilisés

Le juge appelle Mehrez Aït Belkacem, directeur général de la Caisse nationale de chômage et du fonds de garantie des microcrédits. Il revient sur les circonstances de la création de ces organismes, dont il avait la charge durant la période de restructuration, vers 1997, avant que le juge ne le ramène aux faits. Il affirme que la CNR avait dans les banques publiques un placement de 64 milliards de dinars, qui lui permettait d’avoir une rémunération assez conséquente au moment où les mêmes banques manquaient de liquidités. Mais la situation, précise-t-il, avait changé au début  de l’an 2000. Les taux d’intérêt des banques publiques ont chuté de 24% à 6 et à 5%. «En ma qualité de directeur général, j’ai proposé d’investir nos fonds dans l’immobilier et le foncier, mais le CA, présidé par le secrétaire général de l’UGTA, a refusé tout comme de nombreux membres.

Ils m’ont dit qu’il y a des banques privées sur le terrain avec lesquelles nous pouvons négocier. Ils m’ont demandé de voir avec elles. A Khalifa Bank, nous avions placé une somme de 1,30 milliard de dinars, sur les 63 milliards de dinars, que nous avions, avec un taux de 11,25%. Le dépôt s’est fait en quatre étapes. J’ai saisi le ministère du Travail et de la Sécurité sociale sur l’offre de Khalifa  mais il n’y a pas eu de réponse. Ce qui veut dire qu’il était d’accord. Pour ce qui est de la caisse de garantie des microcrédits, le montant à placer a été partagé entre la BNA et El Khalifa Bank.»

Le juge : «Vous n’aviez pas exigé des garanties…» L’accusé : «Les garanties sont consacrées par la Banque d’Algérie et la commission bancaire.» Le juge : «Pourquoi il n’y a pas eu cela chez les banques publiques ?» L’accusé : «Nos placements chez les banques privées, toutes, n’ont pas connu de problème. Nous recevions nos intérêts. Le placement était une obligation dans la mesure, où il empêche l’inflation.» Le juge lui demande  quel est le montant placé par la CNR et l’accusé répond : «1,5 milliard de dinars. Expliquant que les microcrédit faisaient partie des risques encourus par les banques, qui toutes refusaient de les financer. Le gouvernement avait ordonné l’affectation d’un milliard de dinars à ce fonds et la décision de les placer  chez El Khalifa Bank a été prise à condition que cette banque participe au financement de ces microcrédits.»

Le juge l’interroge sur le montant déposé par le fonds de garantie des microcrédits, et l’accusé répond : «500 à 600 millions de dinars.» A propos de la formation de pilote, dont son fils aurait bénéficié auprès de Khalifa Airways, l’accusé lance : «Je suis poursuivi pour corruption mais ne me prenez pas pour un idiot, parce qu’avec autant d’argent placé, j’aurais demandé autre chose. Mon fils a été retenu pour ses compétences, il a fait ses études en Espagne, puis en Grande-Bretagne et en Jordanie. Il est resté deux ans sans emploi avant de rejoindre Tassili Airlines.» Le juge : «Et la carte de thalasso ?» L’accusé : «Je l’ai jetée.»

Le juge : «Et comment votre photo est-elle collée dessus ?» L’accusé : «Mes photos sont nombreuses dans mon dossier. Je n’ai jamais demandé cette carte. Et je ne l’ai pas utilisée pour la simple raison que l’endroit est répulsif pour son manque d’hygiène.» Le procureur général : «Pourquoi avoir choisi l’agence d’El Harrach ?» L’accusé : «Le premier a été fait à l’agence du St Georges et les autres là-bas.» Le PG : «J’ai ici onze conventions avec l’agence d’El Harrach, dirigé par Azziz Djamel.» L’accusé : «Moi j’ai signé avec la banque, l’agence importe peu, cela regarde les responsables de Khalifa Bank.

C’est une décision interne.» Le procureur général lui demande pourquoi pour les 11 conventions que l’accusé a signées, le taux d’intérêt a été fixe, et que la dernière convention de renouvellement de placement d’un montant de 1,8 milliard de dinars de la Cnac a été signée au mois de février 2003, alors que la banque était en pleine déconfiture. L’accusé semble un peu étonné. Il nie et le procureur général précise que la convention est entre ses mains. L’accusé : «Nous ignorions cela… »

12 millions de dollars que l’Enageo n’a pu récupérer

Boulefrad Bouabdellah, directeur général de la société de boisson gazeuse et alcoolisée d’Oran, explique que la société avait pour habitude de placer ses fonds dans les banques publiques, qui offraient des taux d’intérêt assez attractifs jusqu’à la fin des années 1990. Mais, ajoute-t-il, la baisse de ces taux a poussé l’entreprise à aller chercher d’autres banques et le choix d’El Khalifa Bank a été retenu pour déposer, de 2000 jusqu’à 2002, un montant global de 310 millions de dinars

«Durant cette période, tout se passait bien. Nous avions récupéré nos intérêts.» Le magistrat demande à l’accusé comment la société est-elle partie chez El Khalifa Bank. «Au niveau du groupe GBA, dont nous dépendions, nous avions un problème d’escompte avec les banques publiques. En discutant avec les collègues, ils m’ont expliqué qu’ils avaient réglé le problème en ouvrant des comptes à la banque Khalifa.

J’étais le dernier responsable à l’avoir fait. Durant la même période, les taux d’intérêt que nous accordait la Badr étaient de 7,5%, alors que Khalifa Bank, nous a proposé un taux plus attractif. Nous avions saisi M. Benrabah, directeur d’El Khalifa Bank Oran pour discuter de la procédure. Le montant de 310 millions de dinars a été placé en deux étapes,  avec un taux d’intérêt de 10,5 puis de 11%.» Le juge interroge l’accusé sur les avantages qui lui déclare : «Rien du tout.» Mais le juge insiste : «Il y a une commission que le directeur de l’agence El Khalifa Bank affirme vous avoir donnée.» L’accusé nie catégoriquement.

Le juge : «Vous aviez déclaré que le défunt Thabet avait de bonnes relations avec Guers Hakim et qu’il se pourrait que ces commissions aient été prises par lui.» L’accusé : «Que Dieu me pardonne. Lorsque le juge m’en a parlé à cette époque, j’ai pensé que peut être M. Thabet, qui connaissait Guers, les a prises. Mais après, j’ai vu les dates. Comment peut-on prendre des commissions en février 2003, alors que la banque était déjà en pleine déconfiture ?» Pour ce qui est des billets d’avion gratuits, l’accusé explique que cela entrait dans le cadre des cartes de fidélité.

La société a eu deux billets gratuits, dit-il, utilisés par deux cadres de l’entreprise, dans un cadre professionnel.
Juste après lui, Noreddine Boucenna, directeur des finances de l’Opgi d’Oran passe à la barre. Il affirme que l’Office a de tout temps placé son argent dans les banques publiques avec un taux d’intérêt de 6,5%. En 2001, El Khalifa Bank lui a proposé un taux de 12%, et le directeur de l’OPGi a accepté. «Il a négocié avec Guers Hakim et une convention a été signée. Les placements d’une durée de 3 mois renouvelables  se sont faits, en quatre parties et ont atteint le  milliard de dinars.

Nous avions encaissé juste les intérêts, de 100,8 millions de dinars. Le reste n’a pas été restitué.» L’accusé nie avoir perçu des commissions en contrepartie de ces dépôts, et affirme que l’Office avait exigé un retrait par anticipation, malgré cela, l’argent n’a pu être récupéré. Le procureur général lui demande : «Qui vous a fait l’offre de 12% d’intérêt ?» L’accusé : «Hakim Guers, Belaïd Kechad et Ighil Meziane Ali. Ils ont été reçus par le directeur général de l’Office, lequel a signé la convention.» Réda Rahal, directeur général de l’Enageo, filiale de Sonatrach, explique que les placements de l’entreprise s’effectuaient à la Bna, la Bea, et Cytibank et chacune avait un taux d’intérêt.

Avec El Khalifa Bank, 300 millions de dinars et 10 millions de dollars. Les dinars sont rentrés, arrivés à terme, mais les autres non. «Nous sommes une société publique de géophysique et depuis longtemps nous fructifions nos rentrées…» Le juge : «Qui a décidé du placement à Khalifa Bank ?» L’accusé : «Cela rentre dans mes prérogatives. Je n’avais pas besoin de l’accord du CA. Il y avait de la publicité autour de cette banque, nous nous sommes dits pourquoi ne pas voir ce qu’elle propose ? Une délégation de Khalifa Bank (composée du vice-président Amalou et Chikharou le chef d’agence de Hassi Messaoud) est venue nous voir à Hassi Messaoud. Ces cadres nous ont convaincus. La première somme placée était de 300 millions de dinars.

Notre condition est qu’à chaque fois qu’un placement arrive à terme, le capital et les intérêts sont retirés. En juin 2002, nous avions déposé 10 millions de dollars, qui étaient à Citybank, pour un taux d’intérêt de 4,55%.» Concernant les billets d’avion, l’accusé déclare : «Je les ai utilisés une vingtaine de fois  pour l’intérieur du pays et une fois pour l’étranger avec mon épouse.» Le juge : «Vous n’aviez pas tenté de retirer les 10 millions de dollars ?»  L’accusé : «Le dépôt venait à terme au mois de décembre 2002. Nous avions tenu une réunion avec les responsables d’El Khalifa Bank à Alger parce que le directeur de Hassi Messaoud ne pouvait pas le faire. Nous avions constaté un climat de tension.

Ils nous ont parlé de la suspension des opérations en devises. C’était juste après le communiqué d’El Khalifa Bank paru dans la presse, disant que la situation allait se régler. Nous avions écrit à l’administrateur, mais il ne nous a pas répondu.» Le procureur général : «Comment le groupe Sonatrach, qui est la société mère, n’avait pas déposé et vous, vous l’avez fait ?» L’accusé : «C’est très grave. Comment se fait-il que les responsables ne nous aient pas informé ?»*Salima Tlemçani–El Watan–dimanche 17 mai 2015

**Le dépôt d’argent chez Khalifa Bank a causé un préjudice financier de 58 milliards de centime à l’Enafor

Le dépôt d’argent de leur entreprise chez Khalifa Bank a causé un préjudice financier de 58 milliards de centime à l’Enafor après la dissolution de la banque de Abdelmoumen. Sahbi Daoud et Assila Ali, car c’est d’eux qu’il s’agit, sont passés à la barre ce samedi après midi. Vers 16h30, le procureur de la République demande à Sahbi Daoud, l’un des accusés, pourquoi il n’avait pas exigé la santé financière de Khalifa Bank, comme cela a été fait par le directeur financier de la Sonatrach, lequel a réclamé, à cette banque, des bilans claires et crédibles. La Sonatrach n’a justement jamais déposé d’argent chez la banque de l’ex golden boy puisque ces bilans demandés, prouvant la crédibilité de la banque, ne lui ont jamais été donnés.

L’accusé Sahbi Daoud répond avec regret : « Puisque la Sonatrach, qui est notre groupe mère, a trouvé des failles, c’est à ses responsables de nous avertir. Ils devaient nous faire des écrits. Mais chose qui n’a jamais été faite…  ». Il dira au juge, qu’il a reçu M. Amalou, dg du réseau de la banque Khalifa et que l’offre de cet établissement financier était très alléchante, surtout pour ce qui est du taux d’intérêts concernant et le dépôt et le crédit.  « On a déposé 600 millions de DA au mois de janvier 2002, puis un milliard de dinar après quelques mois. C’était une manière de les fructifier avec les intérêts. Et puis, les intérêts relatifs aux crédits octroyés par cette banque n’étaient pas aussi élevés que ceux partiqués par les autres banques. Khalifa Bank prenanit 5,75% comme intérêt à chaque crédit alors que la BEA appliquait un pourcentage de 8%. On était donc doublement gagnant, officiellement bien sûr », argumente-t-il.

Et de poursuivre : « On a suivi l’évolution de Khalifa Bank de 1999 à 2002 et cette banque avait pignon sur rue à l’époque. Elle était officiellement crédible ».  L’accusé dira, aussi, qu’il pouvait prendre la décision, quant au dépôt d’argent chez Khalifa Bank, tout seul étant donné qu’il était PDG, et que statutairement parlant, cela lui est permis. « Les assemblées du conseil d’administration, c’est pour voir la santé financière de notre entreprise et non pas se meler dans des affaires de dépôt d’argent chez x ou y ». 

Concernant cette histoire de billet d’avion gratuit offert par Khalifa Bank après le dépôt d’argent de l’Enafor chez cette banque, il dira que son entreprise avait déjà une convention avec Khalifa Airways pour le transport du personnel et que cette carte lui a été délivrée dans le cadre du programme de fidelité initié dans un cadre lié au marketing. « Vous savez, j’ai même une carte qui m’a été délivrée par Air France, et ce dans de la cadre de on programme de fidélité envers ses clients », aoute-t-il pour mieux se défendre. 

Assila Ali : « J’ai reçu des directives pour travailler avec les meilleurs banques et j’ai opté pour Khalifa Bank car elle était la meilleure ! »

Avant lui, c’est l’accusé Assila Ali qui est passé à la barre. Celui-ci a occupé ses fonctions, au sein de l’Enafor, de 2002 à 2005, et ce en remplacement à Sahbi Daoud. Il a reconnu qu’il a déposé 218 millions de DA à El Khalifa Bank. Il déclare au juge que l’Enafor avait établi une convention avec la banque de Abdelmoumen avant qu’il ne soit à la tête de cette entreprise de forage pétrolier. « Une fois PDG, je n’ai fait que la renouveler », témoigne-t-il. 

« Avez-vous reçu des directives de votre tutelle (Ministère de l’Energie et Sonatrach) quant au dépôt de l’argent de votre entreprise chez Khalifa Bank ? », lui demande le juge. « Non, mais j’ai reçu des directives pour travailler avec les meilleures banques. Et Khalifa Bank était la meilleure par rapport aux services offerts », lui répond-t-il. L’accusé donne des explications logiques par rapport aux taux d’intérets offerts par El Khalifa Bank à ses clients.

« Pour avoir un crédit chez la BEA dont on était client, cette banque appliquait un taux de 8% d’intérêt lors du remboursement. Chez Khalifa Bank, c’était 5% seulement. Pour nous, cette banque privée était la plus attractive, d’autant qu’on avait programmé d’acheter des équipements pour notre entreprise. Sinon, c’est à la Banque d’Algérie de nous alerter en cas d’un quelquonque risque », arumente-t-il. Là, le juge reconnait que cette question de risque devait être posée au représentant de la Banque d’Algérie et dont le Gouverneur de l’époque est en fuite.

« Et qu’en est –t-il de cette offre de billet gratuit ? », veut savoir le juge. « Je l’ai utilisée dans le cadre professionnel, sauf une fois lorsque je me suis rendu, avec ma famille, à Dubai. Pour moi, c’était légale parce qu’on avait déjà une convention avec Khalifa Airways. Il est utile de vous rappeler, monsieur le juge, qu’à l’époque, on avait énormément de problèmes avec Air Algérie, et dont les pilotes ne voulaient se déplacer à Ain Salah pour transporter notre personnel. Ils exigeaient des hôtels 5 étoiles ! Et c’est pour cette raison qu’on avait opté pour Khalifa Airways », explique l’accusé. Il dira, au procureur, qu’il s’est engagé avec le liquidateur pour rembourser le billet gratuit Alger-Dubai. *Mohamed Benzerga—El Watan–samedi 16 mai 2015

*Un hold-up à l’envers

C’est le banquier qui braque les clients

L’affaire Khalifa renvoie à une équation complexe avec variables, constantes et inconnues. On met de l’argent dans une banque privée qui n’a pas d’argent pour ensuite liquider cette banque parce qu’elle n’a plus d’argent.

C’est la variable première, un hold-up à l’envers, selon la justice, c’est le banquier qui braque les clients. Mais qui a poussé tous ces cadres intègres de la nation à mettre l’argent de leurs sociétés dans une banque privée là où des banques publiques existaient, peu attractives, mais sûres ? C’est une constante de l’équation, beaucoup ont transféré l’argent chez Khalifa, y compris celui des travailleurs, des chômeurs et des retraités.

Seul Aoun, l’ex-PDG de Saidal, a expliqué que Abdelmadjid Attar, directeur du holding, l’a incité à placer l’argent chez Khalifa, ce qu’il a refusé, selon ses dires, ce qu’Attar a démenti.

Ce sont les inconnues de l’équation, que Khalifa maîtrise, je prends 1 et je retiens 10, pour ensuite ne me rappeler de rien, pas de nom. Sauf qu’on s’en rappelle, Badsi le liquidateur avait brûlé beaucoup de papiers, à tel point qu’il lui avait fallu toute une journée pour les faire disparaître. Re-constante de l’équation, s’agissait-il de traces comptables impliquant de hautes personnalités ? Résumé, l’argent public est placé dans une banque, celle-ci est déclarée en faillite malgré 97 milliards de dinars laissés dans la caisse. Où sont-ils ? On aurait pu le demander à celui qui a administré la banque après la fuite de Khalifa.

Il s’appelait Mohamed Djellab et était ministre des Finances jusqu’à la semaine dernière. Il a été limogé en plein procès Khalifa. Mathématiquement, tout peut retomber sur lui, il n’est plus ministre. Sauf qu’il a des données de l’équation et physiquement, il ne peut donc rien lui arriver. En dehors des sciences exactes, que reste-t-il ? Les sciences humaines, dont la sociologie. C’est la spécialité du régime. *Chawki Amari–El Watan–lundi 18 mai 2015

Sonatrach a sa banque, la BEA, et toutes les opérations financières sont contrôlées par les plus hautes autorités du pays

*Les 400 milliards de dinars que Sonatrach s’apprêtait à déposer chez Khalifa

Il fallait arrêter un processus de détournement et de pillage à grande échelle. Imaginons que l’entreprise publique Sonatrach ait procédé au placement des 400 milliards de DA...

un processus de détournement et de pillage à grande échelle.

Arrivé à une étape charnière du procès de l’affaire El Khalifa, et pour cause, la journée de jeudi a été entièrement consacrée au liquidateur de la banque. Badsi Moncef arrive à la barre dans une salle d’audience l’atmosphère alourdie par un silence pesant. Avec beaucoup d’assurance et de maîtrise, le liquidateur constitué partie civile dans cette affaire, déclare avant tout propos, que son premier souci lorsqu’il a été désigné en 2003, était de stopper l’hémorragie.
Il précisera que le plus important à ses yeux était de lever les risques qui menaçaient le pays et l’économie nationale, à travers cette affaire, qui est devenue le scandale financier du siècle. Il argumente, en affirmant que le préjudice était déjà si grave, que si Sonatrach s’était prêtée à ce jeu, la banqueroute n’aurait pas été uniquement celle de la banque, mais de tout le système bancaire et financier du pays.
Dans ce sens, pour certains observateurs, l’affaire El Khalifa était sciemment orchestrée pour gangrener l’économie nationale. «Je suis convaincu qu’il fallait arrêter un processus de détournement et de pillage à grande échelle. La catastrophe aurait été encore plus dramatique pour l’économie nationale si l’entreprise publique Sonatrach avait procédé au placement des 400 milliards de DA», a déclaré M.Badsi.
Cette grave révélation est néanmoins prise avec des pincettes, notamment ceux qui connaissent bien le fonctionnement des plus importantes institutions du pays. Il faut savoir que Sonatrach a sa banque, la BEA, et toutes les opérations financières sont contrôlées par les plus hautes autorités du pays. On voit, en effet, très mal la première compagnie d’Afrique se hasarder à réaliser des placements bancaires aussi importants, de son propre chef. Les observateurs qui connaissent bien le dossier remettent en cause la crédibilité des propos du liquidateur sur ce point précisément. De plus, il faut souligner que beaucoup d’épargnants reprochent à M.Badsi d’avoir mal géré le dossier. Beaucoup trop de clients ont été laissés sur la route. Le liquidateur a-t-il donc quelque chose à se reprocher sur ce dossier? s’interrogent encore les observateurs.
Pour se justifier, M.Badsi avouera que sa tâche était particulièrement ardue, dans le sens où la situation était si compliquée à son arrivée que l’urgence était de préserver les immobilisations et biens de la banque et procéder à un état exhaustif de l’ampleur des dégâts. D’un autre côté, M.Badsi explique qu’il était important de poursuivre et de développer le travail effectué par l’administrateur M.Djellab. Il dira à ce sujet que celui-ci lui avait remis en passation un dossier complet et minutieusement élaboré. Ceci étant, l’opération n’était pas aisée pour autant, et ce, en raison du brouillard, de l’atmosphère de suspicion et de la panique profonde qui entouraient cette affaire à son éclatement. Ceci en plus du fait, que son travail portait autant sur la situation à l’intérieur du pays, qu’à l’extérieur.
Le premier fait grave relevé par le liquidateur était, sans conteste, l’état des archives de cette banque. Il faut savoir que ce service est très important dans une banque, dans le sens où c’est ce qui permet de maintenir un équilibre dans la gestion et de procéder aux inventaires.
Or, celui d’El Khalifa Bank, était presque inexistant dans toutes les agences. Il citera comme exemple, les centaines de cartons comportant des écritures bancaires, jetés dans des locaux. Il affirmera que cela était une preuve irréfutable du manque de professionnalisme des dirigeants de cette banque, «dont le seul souci, était de dilapider et de piller jusqu’aux comptes de leurs propres clients». Le liquidateur ajoutera qu’il était question de rapatrier 1,2 million de dossiers, c’est dire l’ampleur et la complexité de sa mission. Et ce, en plus des 200.000 dossiers et 33 millions d’écritures éparpillées sur toutes les agences.
Arrivé aux fameux comptes d’ordre, M.Badsi ne put s’empêcher d’affirmer que ce qu’il a déclaré jusque-là n’était qu’une petite partie de la supercherie.
Il dira que ces comptes d’ordre renfermaient certaines opérations qui faisaient réellement obstacle à toute opération de contrôle. Et pour cause, l’aspect douteux de ces opérations, et leurs domiciliations en attente, «avaient permis aux gestionnaires d’introduire un immense flou dans la comptabilité générale de la banque», dira-t-il. Il prendra et voudra pour preuve la situation de 2002 où le compte d’ordre abritait frauduleusement le solde de 97 milliards, lesquels, en réalité, représentaient les ressources de la banque, et non sa trésorerie.
Ce montant annoncé par Abdelmoumen, ne dénotait en aucun cas, la bonne santé financière de la banque. Et pour cause, les écritures entre agences en suspens, affichaient 66 milliards de dinars qui ne figuraient pas dans la comptabilité. Ceci, en plus du fait que l’année suivante, le compte créance affichait 77 milliards de dinars. Ce dernier allait atteindre 104 milliards de dinars en 2014, alors que selon M.Badsi, la liquidation allait encore prendre trois ans, pour clôturer et 5000 comptes à déboucler.
A ce stade de l’audition, le liquidateur informe que le débouclage des écritures inter-agences, peut encore révéler des plaies financières importantes. Il fera allusion au volume important de transferts illégaux, de l’ordre de 689 millions de dollars. Il explique que ces opérations se faisaient par le biais d’une escroquerie qui consistait à établir plusieurs contrats pour un seul produit, qui, dans la majorité des cas, s’avérait inutilisable, à l’image des centrales de dessalement d’eau de mer. Mais ce qui est plus grave aux yeux du liquidateur, c’est de manipuler, pour ne pas dire se servir, sur les comptes des correspondants pour transférer des fonds.
Cela, en plus des découvertes incongrues qu’il a faites au tout début de son contrôle. Il s’agit de factures vierges, des comptes qui affichaient des soldes dits «dansants», autrement dit, des montants variables sur une même période. Ce qui relevait clairement d’une pratique et d’une gestion mafieuse.
Il ajoutera à ce propos, qu’il apparaît que certaines agences, notamment celles de Chéraga, des Abattoirs, de Koléa, Blida et El Harrach, étaient totalement sous le contrôle de certaines personnes de la direction générale. Par ailleurs, M.Badsi dira que les différentes inspections avaient démarré sur de très mauvaises bases, mais ce n’était pas facile de retrouver des éléments de contrôle, dans l’anarchie qui régnait dans la comptabilité de cette banque, en plus du fait que plusieurs déclarations faites par les responsables de celle-ci se sont avérées ou fausses, ou contradictoires. Le liquidateur signale également un fait assez révélateur dans la gestion de cette banque, à savoir le volume d’erreurs qui se répétaient inlassablement, dans les mêmes agences et sur les mêmes opérations.
Interrogé sur le constat qu’il peut faire à ce stade de la liquidation, M.Badsi dira qu’il avait retardé la vente de certains biens de la banque, pour réaliser un meilleur bénéfice, du fait que le marché immobilier enregistre une hausse continue. Pour la situation arrêtée à ce jour, le liquidateur fait état d’une vente d’une carcasse de 23 milliards de centimes à la direction des douanes, d’un local à Zighoud Youcef et d’un hôtel à Béjaïa cédé pour le fonds algéro-koweitien pour un montant de 100 milliards de centimes et de trois hélicoptères à 18 millions de dollars et les 2 ATR à Air Algérie à 15 millions de dollars. Ceci étant, il ne manquera pas de signaler qu’il avait pris la décision d’accélérer les choses pour les jours prochains. Puisque les grandes failles qui ont conduit à la banqueroute de cette banque, commençaient à s’entrevoir. Au terme de son audition, M.Badsi conclura en affirmant que le sort de cette banque aurait totalement été différent si ses dirigeants n’étaient pas foncièrement véreux. Il ajoutera que la bonne conduite et le respect de la déontologie sont des principes fondamentaux pour une gestion pérenne d’une banque. Surtout que celle-ci avait de réelles potentialités pour prospérer, si sa gestion de départ avait été saine.
Le juge Antar lèvera la séance dans une salle abasourdie par les propos du liquidateur. A cette phase du procès, on ressent fortement dans les coulisses du tribunal de Blida, que le passage du liquidateur d’El Khalifa Bank, marque timidement le début de la fin de ce procès qui est à son 26ème jour.
L’étape à venir concernera les plaidoiries et les délibérations. Elles commenceront après la reprise aujourd’hui de l’audition des parties civiles. *Samedi 06 Juin 2015/ L’Expression

*5 milliards de dinars avec des bouts de papier signés par le PDG

L’expertise effectuée sur les 11 écritures entre sièges (EES), établies alors que la banque était sous administration, a démontré qu’elles ont été faites dans le but de camoufler un déficit de l’ordre de 3,2 milliards de dinars et de 1,99 milliard de dinars. L’expert Hamid Foufa a expliqué au tribunal criminel de Blida que ses recherches ont permis de retrouver des EES d’un montant de 88 milliards de dinars sur la somme globale de 97 milliards de dinars logée dans le compte d’ordre du bilan présenté par la banque pour l’année de 2002. Ce que confirme un membre de la commission bancaire entendu comme témoin par le tribunal.

C’est en fin de journée que le juge appelle l’expert comptable Hamid Foufa, Il avait été désigné le 6 novembre 2003 par le tribunal de Chéraga pour infirmer ou confirmer l’existence des 11 EES établies le 25 février 2003. Il déclare qu’«après vérification au niveau de la liquidation, des agences et de la caisse principale, il s’est avéré que ces écritures ont été établies dans le but d’équilibrer le stock physique de la caisse avec la comptabilité. Cette justification est venue de manière irrégulière et rapide dans la mesure où le destinataire qui a comptabilisé ne devrait pas recevoir de fonds. Mais la comptabilité a refusé la réception de ces écritures».

Selon lui, ces écritures ont été établies «dans la panique», précisant que «si la comptabilité avait accepté de les endosser, ce procès n’aurait pas eu lieu. Elles se seraient perdues dans la foulée de cette anarchie qui régnait et, probablement, seul le liquidateur aurait pu les déceler après des années». L’expert révèle que lorsqu’il a commencé à interroger les responsables des agences de Hussein Dey, El Harrach, Didouche Mourad, Koléa et Oran, il a découvert les mêmes écritures entre les agences et la caisse principale, qui elle-même a refusé de les valider parce qu’elles n’avaient pas de justificatifs.

«Nous avons retrouvé des bouts de papiers signés par Abdelmoumen Khalifa sur la base desquels les retraits de fonds ont été opérés. Nous sommes arrivé au montant de 3,2 milliards de dinars au niveau de la caisse principale et de 1,99 milliard de dinars au niveau des agences. A l’agence de Hussein Dey, nous avons obtenu une lettre du PDG adressée au chef d’agence dans laquelle il écrit qu’il a été informé du refus de remettre de l’argent aux personnes qu’il envoie.

De ce fait, il lui fait injonction d’exécuter ses ordres verbaux, oraux, sur bout de papier et à travers les personnes qu’il envoie.» Le juge : «Cette lettre a été envoyée parce que le directeur avait refusé de remettre l’argent ?» L’expert répond : «Certainement.» Foufa affirme que certains directeurs d’agence avaient gardé les bouts de papier, remis dans le dossier ; d’autres n’avaient aucun document. L’expert est formel : toutes les ponctions n’étaient pas justifiées.

Maître Meziane, avocat d’El Khalifa Bank en liquidation, lui demande s’il a travaillé sur le bilan de l’année 2002. Foufa : «J’ai justement travaillé sur ce bilan, surtout lorsque j’ai vu les lourds montants. J’ai eu peur de me tromper, d’autant que les 11 EES reflétaient 11 monnaies différentes et qu’il y avait même de petits montants. Ils ne pouvaient pas être récents ; ils remontaient à deux ou trois ans. Dans une banque les arrêtés de caisse se font quotidiennement.

A 15h, les portes se ferment et le personnel ne sort qu’une fois les comptes faits ; s’il y a un écart, il est tout de suite pris en charge. En remontant à 2002, nous avons trouvé le fameux chiffre de 97 milliards de dinars contenu dans le compte d’ordre, où étaient logées les écritures entre sièges en suspens d’une valeur de 88 milliards de dinars.» L’avocat lui demande combien d’EES il a trouvées en 2002. L’expert avance le nombre de 18 747, précisant que ce nombre a été revu à la hausse durant les années de liquidation.

Me Meziane lui fait savoir que pour la seule agence de Chéraga, il y a eu 31 774 EES et, au total, 251 000 écritures en suspens ont débouclées jusqu’en 2014 et ne restent que 21 000 en attente de débouclement. L’avocat lui demande si les 11 EES ont été établies avant ou après les opérations de retrait et l’expert affirme : «Généralement les EES accompagnent l’agent. Elles sont mises dans le sac de transport de fonds. Si elles sont établies après c’est uniquement pour faire un nivellement de ce qui aurait dû exister. Il faut comprendre que les EES sont une procédure normale qui existe dans toutes les banques. Elles constituent un problème lorsqu’elles viennent camoufler un déficit de caisse.»

Le procureur général demande à l’expert comment il a pu établir les responsabilités au niveau de la comptabilité sachant que cette direction a deux responsables. «J’ai établi leur responsabilité par rapport au compte d’ordre et non pas aux EES, puisque c’est grâce à eux que nous avions pu déceler ces EES. Il aurait fallu qu’ils se rendent compte et attirent l’attention sur ce compte qui ne faisait que grossir.

Ils auraient dû faire actionner la procédure d’alerte.» Le procureur général l’interroge sur le poste de directeur général adjoint chargé de la caisse principale et celui de la direction des sports et Foufa estime que ce qui est important, ce ne sont pas ces postes prévus par l’organigramme mais, plutôt, les dirigeants mis à leur tête qui n’étaient pas à leur place. «S’ils avaient fait leur travail, la banque ne serait pas ici.»

A propos des commissaires aux comptes, il affirme que s’ils s’étaient déplacés au moins une fois au niveau des agences, ils auraient décelé les opérations illégales et constaté au niveau de la trésorerie et des caisses les bouts de papier avec lesquels l’argent était retiré. Me Lezzar, avocat de Abdelmoumen Khalifa, tente de déstabiliser l’expert en lui demandant comment il peut dire qu’il ne peut pas être commissaire aux comptes dans une banque vu la complexité du domaine, alors qu’il accepte d’expertiser les comptes de celle-ci. «J’ai déjà expertisé 2010 agences privées et publiques.» L’avocat revient à la charge : «Sur quelle base avez-vous établi que c’est Khalifa qui signait ces bouts de papier ?»

Foufa : «Sur la base des bouts de papiers récupérés dans les agences et qui comportaient la signature du PDG. Il y a même ses cartes de visite sur lesquelles il a apposé sa signature. De plus, j’ai la lettre trouvée à l’agence de Hussein Dey où il fait injonction au directeur d’exécuter ses ordres, qu’ils soient écrits sur des bouts de papier ou oralement. Elle prouve qu’il est le bénéficiaire de ces retraits. Lorsque j’ai entendu les directeurs des agences, ils m’ont confirmé cela.»

Me Lezzar lui demande s’il est possible que Khalifa ne soit pas au courant de ce qui se passait. L’expert : «Le PDG ne pouvait ignorer cette situation dans la mesure où il recevait quotidiennement les arrêtés de caisse. Il avait instauré une procédure pour avoir tous les jours les états des agences. Il connaissait très bien ce qu’il y avait dans sa trésorerie. Comment pouvait-il aller récupérer de l’argent s’il n’avait pas les informations ?»

Abdelmoumen Khalifa demande la parole. «Les 11 EES, quels sont les premiers chiffres qu’elles comportent ?» demande-t-il à l’expert et ce dernier répond : «008». Abdelmoumen conteste : «Normalement le code de la caisse principale est 1007…» Magistrat et membre de la commission bancaire, M. Namous a pu expliquer de manière très didactique la réalité des infractions constatées par les inspecteurs de la Banque d’Algérie.

Il affirme que les carences identifiées étaient logées dans un compte de régularisation, ou compte d’ordre, qui concerne Khalifa Airways.
Ils ont établi des EES pour solder le compte du client Khalifa Airways. Namous est catégorique : les actionnaires et les dirigeants de la banque ont été convoqués au siège le 3 mars 2003, mais ils ne sont pas venus. A cette date, précise-t-il, les stocks de liquidités disponibles étaient de 20 milliards de dinars.

Le magistrat révèle que tous les dépôts des entreprises publiques étaient inscrits au chapitre secteur privé, à l’exception de la Sécurité sociale, qui était classée secteur public avec un montant d’un milliard de dinars. Me Lezzar demande à Namous si ces entreprises ne sont pas des entités économiques et le magistrat déclare : «Les institutions publiques doivent être déclarées comme telles. Elles ont certes le statut de SPA, mais leurs capitaux sont publics.»

Il indique en outre que les agences ne peuvent faire des opérations de commerce extérieur si elles ne sont pas dotées d’une immatriculation donnée par la Banque d’Algérie. L’avocat persiste à demander au témoin s’il ne considère pas le retrait massif des fonds après la suspension des transferts comme la raison de l’insolvabilité. «Les fonds étaient partis. Ils ont pris un autre chemin. Il n’y avait que 21 milliards de dinars. Lorsque l’option de recapitalisation a été évoquée, il n’y avait rien. Les ressources censées être utilisables à court terme avaient pris une autre direction. Au moment où Djellab a été désigné, la trésorerie tournait autour d’un milliard de dinars.» *Salima Tlemçani / El Watan- Jeudi 28 Mai 2015

**Moumen Khalifa confondu par son caissier principal

Moumen confondu par son caissier principal

Premier témoin, sur une liste de 16, entendu jeudi dernier, par le tribunal criminel de Blida a été Akli Youcef, le préposé à la caisse principale d’El Khalifa Bank. Il avait écopé de 10 ans de réclusion criminelle lors du premier procès qui s’est tenu devant la même juridiction. Cet ancien agent de caisse de la BDL Staouéli avait rejoint El Khalifa Bank, en 1998, en tant que caissier de l’agence de Chéraga.

Quelque temps plus tard, Akli Youcef est promu caissier principal, puis directeur général adjoint chargé de la caisse principale. Il explique le travail qu’il fait : «Les agences envoient les recettes journalières à la caisse principale.

La société Amnal se charge de convoyer les fonds. Ces derniers sont mis dans des sacs spéciaux scellés avec, à l’intérieur, trois documents, des EES (écritures entre sièges), dont un est un accusé réception. Une fois à la caisse principale, j’ouvre les sacs et je retire les écritures. Je vérifie le montant global et celui porté sur les écritures.

Une fois que le compte est bon, je déboucle les EES et j’accuse récéption des sacs…» Pour ce qui est de son travail à la caisse, il indique qu’en fin de journée il arrête la caisse et vérifie que les montants physiques concordent avec ceux qui sont portés sur les écritures au centime près.

Dans le cas où il y a des commandes, souligne-t-il, la somme est soustraite et le reste est transféré à la Banque d’Algérie. «Moi, je m’occupe de la caisse. Ce qui est transféré à la Banque d’Algérie ne me concerne pas. S’il y a un besoin d’argent, c’est la banque qui fait la demande à la direction de la monnaie et du crédit (DMC) de la Banque d’Algérie.

Le juge le fait revenir aux faits et Akli Youcef fait les mêmes révélations, à la virgule près, qu’il a faites en 2007. «Lorsque le PDG a besoin d’argent, il m’appelle pour me dire de lui préparer le montant et que quelqu’un va passer le prendre. Au tout début, il venait les récupérer en personne, après il a mandaté Ouahab Dellal, Abdelwahab Réda, Mir Ahmed, Salim Bouabdellah, Moulay Ali et Abdelhafid Chachoua.» Le juge insiste pour savoir si Abdelmoumen se déplacait en personne à la caisse principale. Akli Youcef est formel. «Il venait en personne récupérer les montants qu’il me demandait au préalable par téléphone. Il les prenait et il s’en allait.

Ces retraits sont ce que j’appelle des extra-comptables. Ils se faisaient régulièrement et parfois plusieurs fois en une journée et sans aucun papier ou justificatif. Après un certain temps, Khalifa a chargé des gens comme Krim Smaïl, Abdelhafid Chachoua et Salim Bouabdellah de me prévenir des montants à préparer.

Bouabdellah était à l’administratin générale, et Karim Smail le directeutr général.» Le juge : «Que vous disaient-ils ?» Akli Youcef indique qu’ils lui précisaient les montants à préparer. «Il n’y avait pas de raison de leur refuser parce que, ajoute-t-il, le PDG m’avait dit : lorsque ces personnes vous appellent, c’est comme si c’était moi.» Le président lui demande comment il faisait pour comptabiliser ces sommes, et Akli Youcef de répondre : «Je mentionnais les montants sur des bouts de papier pour ne pas les oublier lorsque je réglais ma caisse en fin de journée.» Le juge : «Faisiez-vous cela à la BDL ?» Tout naïvement, Akli Youcef déclare : «Ce n’est pas la même chose. La BDL est une banque étatique…».

Le juge : «Pensiez-vous que l’argent déposé à El Khalifa Bank appartenait à Abdelmoumen ?» Le témoin acquiesce. Le juge l’interroge sur l’origine des fonds et Akli Youcef lui répond qu’ils venaient des agences. Mais, dit-il, «à cette époque, pour moi, la banque El Khalifa appartenait à Khalifa et donc l’argent allait dans son compte. Je ne connaissais personne parmi les actionnaires.

Je pensais que tout lui appartenait.» Le juge : «Vous a-t-il demandé cela par écrit ?» Akli Youcef affirme que tout se faisait oralement.
Le juge revient sur la manière dont Akli Youcef justifiait les montants retirés. Il explique : «Je ne justifiais rien. Par exemple, je recevais 10 millions de dinars et je donnais 5 millions de dinars à Abdelmumen. Je mentionnais que j’avais reçu 10 millions et remis 5 millions à Moumen.» Le juge devient plus précis : «Comment alliez-vous justifier cet écart du point de vue comptable ?» Akli
Youcef : «A qui devais-je justifier ?» Le juge : «Supposons qu’une inspection de la Banque d’Algérie se présentait…». Akli
Youcef : «Banque d’Algérie ne venait jamais. Peut-être des inspections internes.

Comme celle menée par Agaoua venu une seule fois avec un ordre de mission.» Le juge : «Ils l’ont appelé pour lui dire de ne pas faire l’inspection…». Akli Youcef apporte des précisions : «Je vais vous dire la vérité. Ils sont venus le matin avec un ordre de mission. J’ai discuté un peu avec Agaoua, et quelqu’un est venu lui dire qu’il a reçu un appel dans un des bureaux. Il est revenu quelques minutes plus tard en me disant : Monsieur Akli, merci et au revoir. A l’époque, l’inspecteur général était Youcefi, qui a été remplacé par Mir Ahmed.»

«Le PDG me dit de régulariser la caisse, j’exécute»

Le juge lui demande si Mir Ahmed avait été empêché par le directeur général de la banque, Alloui, d’inspecter la caisse principale. «L’inspection est venue une seule fois et son chef était Agaoua», lance Akli Youcef. Le juge insiste auprès du témoin sur le fait que la caisse principale n’a jamais été inspectée. «Il y avait de l’argent qui sortait de la caisse principale.

Inévitablement, il y avait des gens qui savaient. C’est à eux d’assumer les responsabilités. La vérité, c’est que ces gens de l’inspection, de la comptabilité générale et de la DMC savaient tout. Pourquoi les responsables n’ont-ils rien fait ?» Le juge : «Et vous, pourquoi acceptiez-vous d’exécuter ces ordres comme un robot ?» Akli Youcef : «Je n’ai rien à voir…» Le président lui demande combien de fois il a remis de l’argent, et Akli Youcef de répondre : «Plusieurs fois.» Selon lui, les montants en dinars étaient plus importants que ceux en devises et que la somme globale  avoisinait les 3,2 milliards de dinars. Le juge lui rappelle le montant de 8 millions d’euros qu’il avait avancé avant, mais Akli Youcef dit ne pas s’en rappeler.

Le président revient sur l’arrestation de Guellimi avec 2 millions d’euros à l’aéroport d’Alger, et demande à Akli Youcef quelles instructions il avait recues de Khalifa durant cette période. Akli Youcef : «Je me rappelle que Abdelhafid Chachoua m’avait appelé pour me dire que Khalifa avait dit qu’il fallait régulariser la caisse. Je l’ai régularisée. J’ai ordonné à Mohamed Chebli de consigner les montants. Il a rédigé les 11 EES, les a signées et envoyées à la comptabilité pour être régularisées.» Le juge ne comprend pas le procédé de régularisation. Akli Youcef lui dit qu’avec les écritures entre sièges «tout était légal».

Une explication que le juge ne comprend pas : comment l’argent remis sorti de la caisse peut-il être justifié ? «Lorsque le PDG dit qu’il faut régulariser l’argent qu’il a pris on régularise. Nous avons débité les montants et envoyé les EES», souligne le témoin.

Le juge : «Qu’aviez-vous demandé à Hamou Nekkach de la comptabilité ?» Akli Youcef : «Je lui ai dit de régulariser, il a refusé, mais Chebli a signé les EES.» Le juge : «Si Khalifa prenait de l’argent de sa banque comme vous le dites, pourquoi alors vous demandait-il de régulariser ?» La réponse pour Akli Youcef est toute simple : «C’était normal. Il fallait régulariser la caisse pour que les comptes soient normaux. Le PDG a ordonné, j’ai exécuté.»

Le magistrat signale à Akli que les personnes qui se sont présentées au nom de Khalifa pour prendre l’argent auraient pu garder une partie des montants sans que le PDG soit au courant. «Pour moi, c’est lui qui les envoyait. Je ne pouvais pas discuter ses ordres ou l’appeler pour confirmer si telle somme lui a été effectivement remise.» Le juge : «Lorsque Hamou Nekkach a refusé de signer les 11 EES, avez-vous informé le PDG ?» Akli ne voit pas pourquoi il devait le faire, mais indique que les raisons du refus de Nekkach étaient liées au fait que l’administrateur était déjà sur place. Le président revient sur l’inspection dépêchée par l’administrateur et Akli Youcef d’affirmer : «Ils m’on interrogé, et j’ai dit toute la vérité. C’est-à-dire ce que je viens de vous dire maintenant.»

Abdelmoumen Khalifa : «ces choses n’ont jamais eu lieu»

Pour confronter les propos d’Akli Youcef, le juge appelle Abdelmoumen Khalifa. D’emblée, ce dernier lance : «ces choses n’ont jamais eu lieu. Les EES ne sont pas sorties de la caisse principale, puisque les numéros qu’elles comportent ne lui correspondent pas. Elles ont été établies à la maison et non pas à la caisse principale…». Le juge : «M. Khalifa, vous ne pouvez tout de même pas nier le trou constaté à la caisse principale par l’inspection dépêchée par l’administrateur…» Khalifa : «Cette inspection doit être consolidée par des commissaires aux comptes.

Or, ces derniers n’ont pas été impliqués.» Le juge : «Pourquoi, selon vous, Akli Youcef dit-il tout ça à votre sujet ?» Khalifa : «Ce qu’il raconte aujourd’hui est nouveau.» Le juge lui précise que les propos de Akli Youcef n’ont jamais changé depuis l’instruction. Le président se tourne vers Akli Youcef qui répond à Khalifa : «Tout le monde ici sait que je ne mens pas. Hafid Chachoua, Dellal et Abdelmoumen le savent très bien. Je maintiens ce que j’ai dit depuis le début…».

Hafid Chachoua lève la main, il veut réagir. Le juge lui donne la parole. Il se lève : «J’ai commencé à Khalifa en 2001 ; est-ce que Akli peut-il nous dire qui prenait l’argent avant moi ?» Akli Youcef répond : «Je n’ai pas dit qu’il était venu en 1998. Mais c’était après que Abdelmoumen Khalifa me l’avait désigné parmi ceux qui étaient mandatés pour faire des retraits en son nom.» Hafid Chachoua réplique : «En 2007, il avait déclaré que je n’étais jamais venu le voir…».

Akli : «C’est possible, mais lisez les procès-verbaux, vous allez voir que je n’ai jamais changé mes déclarations…» Le juge lui demande s’il en est certain et Akli de déclarer qu’il a déjà parlé de Chachoua durant l’instruction.

Me Ali Meziane, avocat d’El Khalifa Bank liquidation, veut savoir si, au moment de l’établissement des 11 EES, l’administrateur était en place. Et le témoin d’affirmer que c’était avant son installation et de préciser que c’est Chachoua Hafid qui lui avait dit que Khalifa avait ordonné la régularisation de la caisse. A propos des 11 EES, il explique : «L’établissement de ces écritures veut dire que l’argent est sorti. C’est un débit de caisse, sur ordre du PDG.»

L’avocat : «Est-ce que le total des 11 EES signées le 25 février 2003 est sorti le jour-même, ou est-ce un cumul de plusieurs
années ?» Akli Youcef déclare qu’il s’agit d’un cumul. Selon lui, la régularisation extra-comptable consiste en fait d’enregistrer tout ce qui n’est pas mentionné dans le registre de la caisse «juste pour ne pas l’oublier». Me Meziane exhibe des bouts de papier signés par Khalifa qui servaient aux retraits des sommes d’argent, et Akli Youcef dit ne pas s’en souvenir. Me Meziane revient sur la lettre adressée par
Moumen à l’agence d’Hussein Dey, où il exige l’exécution de tous ses ordres par écrit, sur bouts de papier, verbalement, etc. Mais Akli Youcef lui signale qu’avec lui, toutes les instructions de Khalifa étaient verbales et que le retrait d’argent affectué par ce dernier ou en son nom par ses émissaires s’est fait sans aucun papier.

D’après Akli, le montant du trou constaté représente la somme globale retirée par Khalifa et ses cadres qu’il a mandatés.
Au procureur général, Akli Youcef déclare avoir commencé à Khalifa Bank avec un salaire de 45 000 DA, pour atteindre les 90 000 DA une fois promu directeur général chargé de la caisse principale.

Le procureur général signale à Akli que lui et Nekkach se chargeaient «dès le début de faire l’équilibre entre le solde physique et les écritures et que le trou de 3,2 milliards de dinars n’était qu’une goutte d’eau…» Akli Youcef conteste.

A propos de Réda Abdelwahab, il affirme ne pas se rappeler de la date exacte de sa venue pour retirer de l’argent. Néanmoins, il sait que c’était après la régularisation du 25 février 2003. «Il m’a dit de lui donner 4 ou 5 millions de dinars pour les remettre à Khalifa. J’ai refusé parce que je ne pouvais pas le faire. C’était juste après la régularisation.»

«Au début, c’était Khalifa en personne qui venait prendre l’argent»

Le procureur général pousse son interrogatoire jusqu’à insinuer clairement que Akli prenait une partie des sommes à chaque retrait. Akli Youcef s’énerve : «Vous êtes en train de m’accuser…» Le procureur général réfute, mais revient à la charge avec les mêmes questions tendancieuses. Cette fois-ci, Akli Youcef réplique avec virulence : «C’est vous qui écrivez des montants que vous voulez, pas moi. Ce que j’ai dit est la vérité. Je n’ai rien ajouté.» Le juge tente de calmer le débat et Akli Youcef poursuit : «Il a touché à ma dignité.» Le procureur général continue : «M. Akli, oui Abdelmoumen a pris de l’argent, mais il n’y a rien qui prouve que vous vous n’avez rien pris.»
Me Meziane lui demande s’il y a eu des EES sans justifications des autres agences. Il confirme avoir recu les mêmes EES des agences deHussein Dey, d’El Harrach et d’Oran.

Il précise : «Une fois, j’étais au téléphone avec le PDG, je lui ai parlé de ces EES qui comportaient des mentions sur ses instructions. Il m’a dit qu’il était au courant et m’a demandé de les laisser en instance, en attendant la régularisation de toutes les opérations».

Me Mejhouda, avocat de Abdelmoumen, l’interroge sur les périodes où ce dernier allait à la caisse principale. Akli Youcef affirme ne pas se rappeler avec exactitude, «mais c’était aux débuts du lancement de la banque». L’avocat lui rappelle ses premières déclarations devant le juge où il niait que Abdelmoumen venait prendre l’argent. «C’est possible que j’ai pu le dire. Au début, j’étais un peu perturbé. Mais après, j’ai clairement affirmé qu’il venait. Je ne faisais pas attention à cela.

Je mentionnais le montant sur des bouts de papier pour moi-même, afin d’arrêter la caisse.» Interrogé sur les montants retirés, il affirme : «5 millions de dinars, 10 millions de dinars, 10,5 millions de dinars. Parfois 10 millions de dinars deux fois la même journée…» Me Mejhouda veut connaître avec précision les montants reportés sur les EES au centime près. Akli Youcef affirme qu’il était possible que l’on ait pu demander un montant avec des centimes pour une opération quelconque. Il ne cesse de répéter que les EES représentent «un cumul de plusieurs retraits». L’avocat : «Expliquez-nous ces florins hollandais…» Akli Youcef : «Je ne m’en rappelle pas. Mais tout ce que j’ai dit sur Khalifa, Chachoua et les autres est vrai.»

Me Lezzar, l’autre avocat de Khalifa, prend le relais. «Pourquoi Hafid Chachoua qui est chargé de la sécurité assisterait-il à une réunion sur la situation financière de la banque ?» Akli Youcef : «Ce qu’il faisait là-bas je ne le sais pas. Mais je sais que c’est lui qui nous a transmis l’ordre de régularisation du PDG.» Me Lezzar lui précise qu’une seconde fois il avait dit que c’est Baichi et Chachoua qui lui ont demandé de régulariser.

Akli Youcef lui lance : «Cette question, il faut la poser à Khalifa.» Et Me Lezzar de lancer : «Je pensais qu’il allait me dire il faut poser la question à Chachoua». Akli Youcef : «Chachoua n’est qu’un exécutant. Il a recu l’ordre de Khalifa. Lorsqu’ils m’ont convoqué à la direction générale de la banque, il y avait Hafid Chachoua, Fawzi Baichi, Nekkach Hamou et Krim Smaïl. C’est Chachoua qui a rapporté la demande du PDG relative à la régularisation. Tous sont au courant de ce trou et de ces EES.» Me Lezzar : «En remettant l’argent à Khalifa, n’aviez-vous pas peur qu’il décède ?» Akli Youcef : «Ces histoires de décès et autres n’ont rien à voir. A l’époque, pour nous la banque appartenait au PDG. Il ordonne, on exécute…».

Akli Youcef dit clairement au tribunal que lorsqu’il faisait son solde de caisse, il l’envoyait à toutes les directions. «Au fil du temps, le solde comptable devient plus important. La direction de la comptabilité le savait. Elle ne demandait pas des explications parce qu’elle savait où étaient ces sommes.» Me Mejhouda veut comprendre comment se fait-il qu’il y avait plus de 7,7 millions de francs français régularisés en 2003, alors que cette monnaie n’existait plus. Akli Youcef précise qu’ils avaient été retirés en son temps.

«Vous êtes un menteur !»

Mohamed Chebli, ancien caissier de la BDL de Staouéli qui avait rejoint l’agence Khalifa Bank de Chéraga au mois de septembre 1998, puis muté une année après à la caisse principale, a été condamné à 8 années de réclusion criminelle en 2007.

Entendu comme témoin, il explique à propos des 11 EES que c’est Akli Youcef qui lui a donné l’ordre de les régulariser. «Il m’a donné une feuille sur laquelle était mentionnés les montants que j’ai saisis. Je les ai visés avant de les lui remettre», explique-t-il. Le juge lui demande s’il avait pour habitude de signer ce genre d’EES. Il affirme que c’était la première fois, précisant qu’à chaque fois «c’était une régularisation des montants des agences et non pas des transferts».

Au procureur général, il affirme ne s’être douté de quoi que ce soit lorsque Akli lui a demandé de saisir les EES et de les viser, avant de céder sa place à Aziz Djamel, ex-directeur de l’agence Khalifa Bank d’El Harrach, qui avait purgé sa peine de 10 ans de réclusion criminelle prononcée en 2007 pour la même affaire. Ancien cadre de la Cnep, il a rejoint l’agence El Khalifa Bank de Chéraga, en 1999, puis celle d’El Harrach, oùt il est nommé directeur début de 2001.

Il revient sur une grande partie de ses propos tenus en 2007 et dit ne pas se rappeler de l’autre partie. Le juge l’interroge sur les retraits d’argent, il nie catégoriquement. Il lui rappelle ses propos devant le juge d’instruction selon lesquels il remettait des sommes d’argent à des personnes envoyées par Khalifa. Aziz Djamel tergiverse.

Mais le juge revient à la charge en lisant ses aveux lors de l’instruction : «Vous aviez parlé de Kebbach Ghazi venu prendre de l’argent…». Le témoin continue à se montrer évasif, irritant le magistrat. «Je vois que vous n’êtes pas bien. Vous êtes en train de vibrer. Vos déclarations ont été faites en pérsence de vos avocats», lui lance le président. Le témoin nie avoir évoqué Khalifa. Le juge : «Vous aviez dit à plusieurs reprises en présence de vos avocats avoir envoyé des EES sans contrepartie restée en suspens.

Akli l’a confirmé et en a même parlé à Khalifa. Vous aviez dit avoir remis des montants en devises entre 10 000 et 50 000 euros.» Hébété, Aziz Djamel commence par nier, puis dit ne pas se rappeler. Acculé, il déclare : «Je sais que Chachoua est venu me voir, mais je ne suis pas sorti pour voir si Moumen était dehors ou non.» Le juge : «Est-ce que Khalifa vous a demandé de donner deux crédits à Nanouche ?» Le témoin nie avoir tenu ces propos et le président lui demande si le juge d’instruction a commis un faux.

Aziz Djamel : «Il ne m’a pas compris.»

Le juge continue à lire les aveux du témoin. «Avez-vous donné de l’argent à Zerrouk Djamel ?» Le témoin : «Je ne lui ai pas donné de l’argent. Il le transportait à la caisse principale pour ne pas laisser plus d’un million de dinars à l’agence, comme l’a ordonné Khalifa.»
Le juge appelle Akli Youcef et lui demande ce qu’il pense des propos de Aziz Djamel. Akli Youcef : «Ce n’est pas vrai !» Aziz Djamel continue à affirmer que les montants que prenaient Nanouche et Kebbach étaient transférés à la caisse principale «pour éviter que l’argent ne reste à la caisse de l’agence».
A propos de la somme remise à Dahmani, il explique qu’il s’agissait d’un crédit que lui avait accordé Khalifa. Mais pour les autres montants, il persiste à soutenir qu’il s’agissait d’opérations de transfert vers la caisse principale. «Cet argent devait être transféré par un caissier», lui lance le juge, mais Aziz Djamel campe sur sa position. A propos de la convention avec le centre de thalassothérapie de Sidi Fredj, il affirme que c’est la direction générale de la banque qui l’a mandaté pour la faire, en citant le vice-président Krim Smaïl. Une réponse qui irrite le président : «Vous êtes en train de mentir. Ce n’est pas ce que vous aviez dit. Vous aviez déclaré que c’est Khalifa qui vous a demandé de le faire.» La mémoire de Aziz Djamel revient. Il confirme et précise que la contrepartie de ce sponsor était l’ouverture de trois agences : Khalifa Rent Car, El Khalifa Bank et Khalifa Airways au niveau de ce centre, mais qui n’a pas eu lieu. Le juge appelle Akli Youcef et lui demande si l’argent que Aziz Djamel lui envoyait concernait le transfert ordinaire.

Akli Youcef est formel : «Ce n’est pas vrai.» Mis mal à l’aise, Aziz Djamel transpire. Le juge lui demande si l’argent qu’il envoyait était accompagné des écritures, et le témoin d’affirmer : «Bien sûr.» Akli réplique : «Ce n’est pas vrai. Je recevais des écritures sans contrepartie. Après le passage des ramasseurs, s’il reçoit de l’argent il peut appeler pour que les convoyeurs soient dépêchés.» Aziz Djamel maintient ses propos, précisant que ceux qui les emmenaient à la caisse principale étaient des cadres de la banque.

Le juge : «Sont-ils habilités à convoyer des fonds ? » Aziz Djamel perd la voix un moment, puis déclare qu’à cette période il n’y avait pas de convoyeurs, oubliant qu’en 2001 KGPS était déjà en place. Le juge lui demande s’il réclamait un accusé de réception aux cadres devenus convoyeurs, et Aziz Djamel de
répondre : «Non, mais ce n’est pas quotidiennement qu’ils font cela. C’est juste quand il y a des sommes qui restent.»
Le juge interroge Akli sur l’accusé de réception. «L’argent lui appartient. Si je ne lui remets pas d’accusé de réception, il doit s’inquiéter». Aziz Djamel réplique : «C’est à lui de s’inquiéter, pas à moi. Moi, j’ai autre chose à faire.»

«Ils m’ont offert une voiture,  j’ai préféré un million de dinars par cupidité»

Aziz Djamel déclare néanmoins que les cadres qui partent récupérer l’argent de l’agence sont envoyés par la direction générale de la banque, citant : «parfois Krim Smail, parfois Alloui, parfois Khalifa, dans le but de ne pas laisser le surplus». Sur le montant des opérations non débouclées à l’agence d’El Harrach, Aziz Djamel affirme : «Pour moi, il n’y a rien.

C’étaient des suspens qui étaient à la caisse principale, peut-être d’un montant de 400 000 DA…» Le procureur général lui demande s’il était habilité à donner de l’argent à des personnes, autres que celles mandatées pour la mission de convoyage de fonds, et le témoin de lancer : «J’avais des instructions de la direction générale.» Il lui demande de citer les gros clients de l’agence. «La Cnac, la Cnas, la Casnos, le Fonds de garantie des microcrédits, enfin les caisses. Mais moi je suis un banquier, je vends des produits», dit-il.

Slimane Kerrar, un autre témoin, directeur des opérations finncières à la Caisse nationale des retraites (Cnr), est le dernier à être entendu. Il avait été condamné à 4 ans de prison lors du procès de 2007. Il explique que les placements relèvent du directeur général de la caisse, Salah Arifi et que lui n’a fait qu’exécuter les décisions du conseil d’administration entérinées par le directeur général. C’est ce dernier, dit-il, qui avait négocié la convention de dépôt avec El Khalifa Bank pour un taux d’intérêt de 10%. Il nie avoir joué un rôle dans ce placement de 12 milliards de dinars, dont 8 milliards ont été retirés.

Le juge appelle Toufik Jedidi, ex-directeur de l’agence d’Oum El Bouaghi, et lui demande : «Qui vous a demandé de déposer les fonds de l’agence de Oum El Bouaghi ?» L’accusé : «C’est lui qui me l’a ordonné et il est venu avec moi.»

Kerrar : «Il est en train de mentir.» Le juge l’interroge sur la voiture qu’il aurait reçue comme cadeau d’El Khalifa Bank. «Quelqu’un de la banque est venu me dire que j’ai bénéficié d’une voiture. Comme j’avais la mienne, je leur ai dit : vendez-la, je préfère l’argent. Ils m’ont remis un million de dinars.

Lorsque les gendarmes m’ont convoqué, j’ai tout remboursé», répond-il. Le juge lui demande pourquoi avoir accepté, et Kerrar de lancer : «La cupidité, Monsieur le juge.»  Le président : «Si c’est Salah Arifi qui a négocié, pourquoi c’est à vous qu’on donne le million de dinars ?» Le témoin : «Je ne sais pas…».

Kerrar enfonce Jedidi en disant : «Le règlement précise que les agences qui ont des excédents de trésorerie doivent les transférer à la direction générale pour que celle-ci puisse les verser à celles qui souffrent de déficit. L’agence d’Oum El Bouaghi les a placés illégalement. Jedidi a dissimulé les dépôts.» L’audition des témoins reprendra aujourd’hui.*Salima Tlemçani/ El Watan–samedi 23 mai 2015

**un véritable tsunami financier

Le secrétaire général du ministère des Finances et les membres de la commission bancaire se sont succédé hier, devant le tribunal criminel de Blida, pour revenir sur les raisons et les circonstances de la mise en liquidation d’El Khalifa Bank. L’absence de sanction en dépit des graves violations de la loi dès 2000 est expliquée tantôt par la non-habilitation des inspecteurs de la Banque d’Algérie, dans les constats des infractions, tantôt par la vacance de certains sièges de la commission bancaire. Tous les témoins s’accordent à dire que la liquidation était inévitable vu l’ampleur du déséquilibre financier d’El Khalifa Bank, qualifié de véritable tsunami. Ils ont fait état de dissimulation de données comptables et de la fuite de capitaux.

Ancien secrétaire général du ministère des Finances, Abdelkrim Lekhal comparaissait hier comme témoin, devant le tribunal criminel près la cour de Blida dans le cadre du procès El Khalifa Bank. Il affirme avoir reçu le rapport de la commission bancaire transmis par le vice-gouverneur, M. Touati, qu’il a remis au ministre, Mourad Medelci. «Pouvez-vous savoir s’il s’agit d’un rapport d’information ou s’il nécessite une prise en charge ?» lui demande le juge. «Le rapport devait être lu par le ministre, le seul habilité à dire s’il faut une prise en charge ou non», dit-il.

Selon lui, ce rapport comportait en objet, la mention «Pour suites à prendre», alors que son contenu ne faisait pas référence aux infractions relatives au contrôle de change, et n’était pas accompagné des procès-verbaux y afférents. Lorsque Medelci a été remplacé par Terbeche, ce dernier a été interpellé par le chef de gouvernement sur ce dossier. «Il n’a pas retrouvé la copie du rapport au niveau de son cabinet. Il m’a demandé des informations avant de réclamer une autre copie au vice-gouverneur de la Banque d’Algérie.»

M. Lakhel relève que le ministre a repris le dossier soumis d’ailleurs à l’étude par une commission composée de l’Inspection générale des finances (IGF) et des membres de la commission bancaire. «Il faut savoir qu’en matière de contrôle des banques, seules les infractions relatives au contrôle des changes sont constatées par des personnes dûment habilitées et la plainte n’est déposée que par le ministre des Finances.

Comme les inspecteurs de la Banque d’Algérie n’étaient pas assermentés et désignés par arrêtés du ministère de la Justice, il a été fait appel aux inspecteurs de l’IGF, pour constater les faits et établir les PV d’infraction au contrôle de change, en attendant que la qualité soit obtenue par leurs collègues de la Banque d’Algérie.» Le juge : «Comment une telle défaillance leur a-t-elle échappé ?» Le témoin : «Je ne sais pas. Mais, il est certain que cette disposition se trouve dans la loi. Le ministre des Finances était le seul habilité à déposer une plainte même pour un simple constat de détention de devises à l’aéroport constaté par les douaniers.» Me Lezzar, avocat de Abdelmoumen Khalifa : «Vous aviez déclaré n’avoir pas reçu les PV de constat.

Voulez-vous dire qu’il n’y a pas eu d’infraction ?» Le témoin : «Nous n’avions pas dit qu’il n’y a pas eu d’infraction, mais juste qu’il n’y avait pas les procès-verbaux de constat de celles-ci.» L’avocat affirme au témoin que la Banque d’Algérie ne réagit qu’après catastrophe, et lui demande si d’autres banques privées ont été épinglées pour les mêmes motifs. «Je ne me rappelle pas.» Me Lezzar : «Pourquoi le rapport évoque-t-il Khalifa Airways, alors que le contrôle concernait El Khalifa Bank ?» Le témoin : «Il est vrai que sur les 14 pages du rapport, 8 sont consacrées à Khalifa Airways.

Les contrôleurs ont trouvé des factures de 45 millions de dollars, liées aux contrats de leasing qui n’étaient pas légaux, parce que non autorisés par la Banque d’Algérie. Les agents auraient saisi Khalifa par la suite, et celui-ci aurait remis quelques autorisations seulement, mais pas toutes. Mais sachez que la Banque d’Algérie est concernée par tout ce qui a trait au contrôle de change. Les dispositions de la monnaie et du crédit lui confèrent le droit de contrôler toutes les banques et prendre les mesures nécessaires.»

«Khalifa a été reçu par le gouverneur et s’est engagé à redresser la situation»

Le juge appelle Djamel Akhrouf, secrétaire général de la commission bancaire, dont le rôle est de veiller au respect de la réglementation bancaire. Le juge l’interroge sur les suites pénales qui auraient dû être prises dès les premiers rapports faisant état d’infractions. Akhrouf indique que la commission bancaire a informé, par un rapport détaillé, le parquet de Blida en juillet 2004, et précise qu’à propos des changements de statut faits par Khalifa sans autorisation de la Banque d’Algérie, ce «manquement» a été relevé par les inspecteurs. «Quelque temps après, Khalifa a été reçu par le gouverneur et s’est engagé à redresser la situation. Il l’a fait mais bien après les délais», précise-t-il.

Le juge insiste pour comprendre pourquoi les mesures disciplinaires n’ont pas été prises en dépit des faits délictuels constatés. «En fait, c’est vrai qu’il y a eu des constats de violation de la loi et des règlements, mais la décision qui a été prise est d’aller encore dans le fond pour mieux préparer le dossier. D’ailleurs dès septembre 2002, les inspecteurs n’ont plus quitté la banque. De plus des dirigeants s’étaient engagés à prendre des mesures.» Le juge : «Ne pensez-vous pas que si des mesures disciplinaires avaient été prises dès les premiers rapports des inspecteurs, nous aurions évité la catastrophe ?» Le témoin ne trouve pas de réponse.

Aux questions du procureur général sur les rapports d’inspection, il déclare : «Trois rapports sur les dix n’ont pas été adressés à la commission bancaire. Mais, le premier a été récupéré par la suite lors d’un état des lieux général, et les deux autres, ceux de l’agence de Blida et de Khalifa Airways, ne la concernaient pas.» Il explique que, légalement, la commission ne pouvait pas prendre de décision, en raison de la vacance de certains de ses membres. «Raison pour laquelle le dossier a été remis à l’inspection générale», révèle le témoin.

Il confirme qu’aucune mesure disciplinaire prise par la commission bancaire n’a fait l’objet d’une plainte de Khalifa, auprès de la chambre administrative. Me Lezzar lui demande si la décision de retrait d’agrément a été notifiée à Khalifa. «La notification a été faite par l’huissier de justice qui s’est déplacé chez Khalifa. C’est Mme Khalifa Lakhdar Abdelaziz qui a accusé réception. Sa signature et la copie de sa carte d’identité se trouvent dans le dossier», répond Djamel Akhrouf. Me Lezzar : «Y a-t-il eu une demande de régularisation des modifications du statut, par les dirigeants de Khalifa ?» Le témoin : «La demande a été déposée bien après.

Elle concernait une cession d’action, après le décès de Mme Khalifa.» Le juge lui précise qu’il s’agit des changements de dirigeants et non pas la cession des parts. Le témoin est formel. Il n’y a pas eu de demande. A propos du retrait éventuel d’agrément à une banque étrangère par la commission bancaire, l’ex-secrétaire général déclare : «Oui, il y en a eu une. Rayan Bank», précisant qu’elle a été épinglée pour des infractions de change.

«La réalité comptable et juridique d’El Khalifa Bank était antiréglementaire»

Le juge appelle le témoin Benomar Maachou, magistrat à la Cour suprême, membre de la commission bancaire. En parfait connaisseur de la procédure, il pèse à chaque fois les mots qu’il utilise et déclare au président qui l’interroge sur les réunions de la commission qu’il faut «différencier les réunions de travail et les sessions plénières de la commission qui doivent être présidées par le gouverneur ; celles dites disciplinaires se tiennent sous la présidence du vice-gouverneur».

A l’époque, rappelle-t-il, les banques privées et les établissements financiers vivaient de grandes difficultés, citant Union Bank, CA Bank, BCIA. «Les contrôles se faisaient sur pièces à travers les déclarations des banques et sur place à travers des éléments de l’inspection générale de la Banque d’Algérie qui se déplaçaient au niveau des banques», précise-t-il. «Avez-vous reçu des cas de violation de la loi ?» demande le juge. «Il y a eu des écarts et des lettres de suite adressées à l’inspection générale.

Le contrôle sur place suit généralement le contrôle sur pièces pour confirmer ou infirmer les déclarations de la banque. L’inspection était pratiquement tout le temps sur le terrain, parce qu’il y avait non seulement de fausses déclarations, mais aussi des transmission de données en retard», révèle le témoin. Le juge lui rappelle les propos qu’il a tenus lors de l’instruction, relatifs aux retards enregistrés dans la transmission des bilans par El Khalifa Bank. «Ces déclarations s’arrêtaient au niveau de l’inspection, mais vers la moitié de l’année 2002, nous avions été informés des retards et des violations de la réglementation. Lors de la première composante de la commission, le membre rapporteur travaillait directement avec l’inspection générale.

Ces manquements et ces retards s’arrêtaient au niveau de cette direction, mais après, lorsqu’il y a eu la seconde composition, nous avons commencé à recevoir toutes les informations. Par exemple, les rapports des commissaires aux comptes parvenaient très en retard et les réunions des actionnaires faisaient l’objet de nombreux reports», répond Benomar Maachou. Le juge : «A quel moment les commissaires aux comptes doivent informer le procureur lorsqu’ils constatent des délits ?» Le témoin : «Du point de vue comptable, les commissaires aux comptes doivent retracer la véracité des bilans, qui doivent refléter le patrimoine.

S’il y a des vérités comptables qui n’apparaissent pas dans ces bilans, qualifiées comme une dissimulation, ils doivent demander des explications aux dirigeants. Ces derniers sont sommés de donner la vérité aux actionnaires et à l’opinion. S’il n’ y a pas de réponse, ils doivent rendre compte au ministère public.» «Est-ce qu’ils y a eu des cas de violations», demande le juge. Le témoin : «Il y a eu plusieurs types de qualifications, cela va de l’insuffisance à l’irrégularité, de l’anomalie jusqu’aux infractions. Les commissaires aux comptes avaient la possibilité de faire des réserves tout court ou suspensives.»

Pour ce qui est des décisions prises par la commission bancaire, Benomar Maachou cite la suspension des transferts vers l’étranger, plus la délibération sur un contrôle intégrale de la banque. Il précise néanmoins qu’«il y a eu une période non couverte par la commission bancaire. C’était au moment où le mandat de 5 ans de cette commission avait expiré et la nouvelle composante, pour un nouveau mandat, n’avait pas été désignée. A cette période, il y a eu de sévères critiques à l’égard de cette situation.

La désignation de l’administrateur n’était pas une mesure disciplinaire. Sa mission était de gérer la banque et de tenter de la remettre sur rails. A l’époque, aucun dirigeant n’était capable de venir avec des documents pour poursuivre la gestion de la banque, alors que les commissaires aux comptes avaient démissionné. La commission bancaire était saisie dès le moment où la direction des changes a fait état de nombreuses infractions, même si légalement la commission bancaire, ne pouvait pas se substituer aux autorités judiciaires».

Le juge lui demande pourquoi la mission de l’administrateur n’a pas été limitée dans le temps. «Nous aurions pu le faire. Mais nous ne l’avons pas fait, y compris pour les autres établissements financiers, il fallait avoir une situation plus claire. Les choses étaient dans une confusions telles que nous ne pouvions pas imposer un délai», dit le témoin. «Pourquoi deux mois et demi ?» demande le magistrat. Le témoin : «Lorsque la situation réelle est apparue, la protection des déposants et la stabilité du système financier ne pouvaient être perdues de vue. Djellab a été installé dans un contexte d’émeute et d’atteinte à l’ordre public créées par les déposants et les créanciers d’El Khalifa Bank.

Au vu de cela et au vu de ce que nous avons eu comme informations sur les filiales et participations, l’insolvabilité était devenue une réalité amère.» Le juge lui demande s’il y avait à l’époque une autre solution que la liquidation. Le témoin affirme : «Lorsque nous avons constaté la cessation de paiement, il y a eu la proposition de recapitalisation de cette banque qui n’a pas respecté les deux ratios de division de risque et de solvabilité. Nous avions convoqué les actionnaires pour demander de ramener des fonds pour refinancer la banque et redresser le compte d’ordre, mais ils n’étaient pas en mesure de le faire. Nous l’avions déjà fait avec d’autres dirigeants de banques qui étaient plus disponibles.»

A la question de savoir pourquoi il n’y a pas eu le concours de l’Etat pour sauver la banque, Maachou a été catégorique : «Le gouverneur aurait pu faire un appel à la solidarité de place pour sauver la banque. Mais de ce point de vue, lorsque vous voulez aider quelqu’un, il faut qu’il vous présente sa situation de manière transparente afin que vous puissiez répondre à sa demande. Or, la réalité comptable et juridique d’El Khalifa Bank était complètement antiréglementaire. Si le gouverneur avait demandé aux banques de l’aider à recapitaliser une Khalifa, qui a des contentieux avec certaines d’entre elles, cela aurait été vraiment mal vu.

Si un banquier prête à un commerçant pour résoudre une situation donnée et que ce dernier ne rembourse pas le crédit et ne règle rien, le banquier devient l’unique responsable. C’est ce qu’on appelle un crédit fautif. Nous étions dans le même cas. La situation d’El Khalifa Bank ne favorisait pas la solidarité bancaire. Cette solidarité ne peut être activée pour une banque qui a accordé des crédits sans dossier, sans garantie et sans respect du ratio de la division de risque. Le faire aurait été de l’irresponsabilité…»

«La situation d’El Khalifa Bank ne favorisait pas la solidarité bancaire»

Le juge : «Avant le retrait de l’agrément, les actionnaires ont-ils eu une possibilité de se défendre ?» Le témoin : «Il y a le principe du contradictoire et du droit de la défense. L’acte de grief est notifié par un huissier de justice et il est demandé des réponses, en tant que membre ou collectivement. Lorsqu’une procédure disciplinaire est déclenchée, nous prenons toutes les décisions pour que la procédure soit respectée. Nous avons attendu la réponse.

Mais lorsque celle-ci n’a pas été envoyée, il y a eu la citation à comparaître. Il y a eu un dossier de base, dont une copie est remise à l’avocat pour répondre. L’audience se passe à huis clos. Maître Bergheul est venu pour défendre Omar Guellimi, nous demandant un report pour permettre à Khalifa d’y assister. Lorsque nous lui avons demandé s’il avait une procuration de Moumen, il a dit non. Nous avons refusé la demande sur la forme.

L’audience s’est poursuivie, en présence de Lakhdar Khalifa et Omar Guellimi. Me Bergheul a dit que la décision n’avait pas été notifiée à son client, mais nous lui avons montré les accusés réception d’un des associés. Lors des débats, ils ont été confrontés aux actes de griefs. Le prononcé de la décision a été fait et un recours a été introduit au Conseil d’Etat par maîtres Kabtan et Chaoui, mais il a été rejeté et la décision de retrait d’agrément est devenue définitive. La mise en liquidation est intervenue en prolongement de la décision de retrait d’agrément.»

Maître Meziane, avocat d’El Khalifa Bank en liquidation, l’interroge sur la mise en liquidation. Le témoin déclare : «C’est malheureux d’arriver à une décision de retrait d’agrément, mais il fallait le faire vu le déséquilibre financier qui était un véritable tsunami.» Me Meziane l’interroge sur les crédits accordés aux actionnaires et le témoin affirme : «Il est possible d’accorder des crédits aux dirigeants mais dans le respect de la procédure, si—non cela tombe sous le coup du délit d’abus de biens sociaux.» Le procureur général interroge Benomar Maachou sur le capital social d’El Khalifa Bank, estimé selon le magistrat, infiniment bas par rapport aux risques encourus.

Le témoin : «C’est vrai qu’il y a eu deux augmentations très sensibles du capital des banques, sur proposition du Conseil de la monnaie et du crédit, pour atteindre aujourd’hui 12,5 milliards de dinars, pas uniquement à cause d’El Khalifa Bank, mais aussi parce qu’il y a eu d’autres banques privées mises en liquidation pour les mêmes motifs.» Il confirme que lors de l’audience consacrée, durant une semaine, au délibéré sur la décision de retrait d’agrément à El Khalifa Bank, «les deux actionnaires présents, Omar Guellimi et Lakhdar Khalifa, semblaient avoir la tête ailleurs. Lors du débat, seul Guellimi a parlé pour dire qu’il n’avait pas d’argent». Me Lezzar : «Pourquoi n’avoir pas accepté la recapitalisation par la vente de Khalifa Airways, proposée par Khalifa ?» Le témoin : «Les premiers concernés par la recapitalisation sont les actionnaires.

Qui aurait empêché l’actionnaire principal d’aller vendre ce qu’il veut sans tomber sous le coup de blanchiment, pour recapitaliser la banque ? Je ne vais pas demander à quelqu’un d’ignorer la loi et de me mettre dans une hypothèse hypothétique.» L’avocat explique que la vente de Khalifa Airways a été proposée, mais le tribunal avait décidé d’entériner la liquidation. «En fait, beaucoup de choses n’ont été sues qu’une fois que le liquidateur a entamé son travail. Au début, on a même parlé de séquestre et non pas de liquidation. Il ne faut surtout pas oublier que la compagnie aérienne était une société unipersonnelle, qui a obtenu une autorisation du ministère des Transports certes, mais le juge qui a décidé de cette liquidation doit être très attentif au respect de la loi, pour éviter à sa décision d’être rejetée par un de ses collègues du Conseil d’Etat.»

Les 118 milliards de dépôts publics inscrits au chapitre des dépôts privés

L’avocat lui demande si le fait de geler les comptes de Khalifa Airways a fait perdre à celle-ci le paiement de 60% des prix de ses avions et fermé la porte à toute possibilité de ramener des fonds : «Si nous sommes passés de l’administration provisoire à la liquidation, ce n’est pas pour rien. De plus, pour les magistrats membres de cette commission, que nous étions, il est honteux qu’un juge de la chambre administrative puisse annuler les décisions que nous validons. Nous avions tout étudié. Il faut revenir à l’acte de griefs pour comprendre. Tous les rapports de contrôle ont été envoyés aux dirigeants de la banque afin qu’ils s’expliquent.» Abdelmoumen Khalifa, à travers son avocat Me Mejhouda, demande la parole, le procureur général conteste, mais le président acquiesce.

Le procureur général demande au tribunal de prendre acte de cette décision, avant que la parole ne soit donnée à Khalifa. «Djellab a dit qu’il n’était pas porté sur la liste des administrateurs du ministère de la Justice, donc non assermenté. Est-ce que la nomination échappe au droit commercial ?» Maachou : «Le droit commercial est général, la commission bancaire relève du droit spécifique. On ne viole pas le droit commercial.

On reconnaît l’activité bancaire. Si ces listes existent, comme c’est le cas pour les experts financiers, cela nous facilitera la tâche. Nous aurions aimé avoir des experts bancaires et nous espérons qu’on aura plus à prendre des décisions de liquidation. Mais les décisions de la commission bancaire sont susceptibles de recours au niveau du Conseil d’Etat. S’il y a contestation, pourquoi n’avoir pas saisi cette instance ? La commission est souveraine. Ne me faites pas de procès d’intention sur des décisions légales, sujettes au recours, dans un délais de 60 jours.»

Le juge appelle Mohamed Rachid Benhouna, un autre magistrat membre de la commission bancaire, qui confirme tous les propos de son collègue Maachou. Il revient sur les missions d’inspection, notamment de janvier et de juin 2000, dont les rapports ne leur sont parvenus qu’en 2001. Il confirme que son épouse travaillait à El Khalifa Bank et que Khalifa a mis à sa disposition un véhicule que les gendarmes ont récupéré chez son fils, qui était à Khalifa Airways, en 2004. Brahim Benziada a, lui, été membre de la commission bancaire. Il avait pris part à l’inspection qui a constaté les infractions aux changes, ce qui a suscité la suspension des transferts à l’étranger.

Il affirme avoir relevé un emballement durant le premier semestre 2002, un mouvement de dépôt à l’intérieur très important, et un transfert de fonds vers l’étranger aussi important, qui avait dépassé quatre fois les fonds propres de la banque. Me Lezzar : «Est-ce que la commission bancaire est une autorité de censure ou de décision ?» «C’est un débat juridique. S’il y a deux magistrats membres de la commission, c’est justement pour veiller au respect de la loi. La décision de suspension des transferts a été prise par la direction du contrôle des changes.»

Le juge appelle Amar Namous, magistrat membre de la commission bancaire, qui travaillait avec Maachou. Il confirme tous les propos de ce dernier, sur les circonstances des missions de contrôle, qui ont abouti à la suspension des transferts vers l’étranger, et des mois plus tard à la liquidation, en raison des nombreuses infractions relevées lors des inspections. Il confirme aussi que le 14 novembre 2002, une lettre a été adressée au PDG Khalifa lui demandant de recapitaliser la banque et de redresser le compte d’ordre pour le ramener à 10%.

Il explique : «Après l’installation de l’administrateur, des informations, que la commission ne possédait pas, lui sont parvenues, notamment sur les participations de Khalifa en Algérie et à l’étranger. Or, les derniers bilans transmis et les rapports font état de la mention ‘néant’, en ce qui concerne les participations. Un groupe de travail a été installé pour identifier toutes les opérations dans lesquelles El Khalifa Bank est apparentée. Résultat : 54 milliards de dinars concernaient Khalifa Airways, et 5 milliards Khalifa Construction. Le solde du compte courant d’El Khalifa Bank, à la Banque d’Algérie, était de 28 milliards de dinars.

Comme il y a eu des retraits de fonds rapides, ce montant est descendu à 2 milliards de dinars. Au 31 décembre 2002, le bilan provisoire, établi par des structures de Khalifa, a fait état de 159 milliards de dinars, logés dans le chapitre des dépôts du secteur privé. Les institutions publiques n’étaient pas comptabilisées. La situation au 30 septembre 2002 faisait état de dépôts avoisinant les 118 milliards de dinars, déclarés ‘‘secteur privé’’. Parce que lorsqu’on dépose en tant que fonds public, il faut adosser les montants à des emplois réels sous forme de crédits, qui étaient, selon le bilan, d’à peine 10 milliards de dinars. En principe, on les retrouve dans le chapitre trésorerie.

Or, en septembre 2002, celui-ci n’avait qu’à peine 36 milliards de dinars. Tout a été logé dans le compte d’ordre.» Le témoin explique, par les chiffres, comment les infractions et les délits ont été commis pour soustraire les fonds de la banque, «les dissimuler point de vue comptable et les transférer par la suite à l’étranger à travers des opérations qui n’ont pu être décelées qu’une fois le dossier d’apurement est revenu». Le témoin explique que l’administrateur a fait état de trois niveaux de recapitalisation, qui allaient de 5 milliards de dinars à 74 milliards de dinars. «Le soutien financier n’arrivait pas, et la banque souffrait d’indisponibilité de fonds.

La Banque d’Algérie ne pouvait refinancer que sur la base de procès-verbaux d’engagement des actionnaires qui, eux, étaient défaillants», conclut-il. Il note qu’en 2000, il y a eu trois participations, en 2001 d’autres participations, et d’autres de plus de 50% en 2002, ce qui veut dire qu’il s’agissait de filiales. «Toutes ces participations devaient être mentionnées dans les bilans. Ce qui n’a pas été le cas. Il n’y a aucun document qui dit voici la société mère et les autres sociétés.» Pour ce qui est des transferts d’un montant de 15 millions d’euros, vers Khalifa TV en France, qui est de droit français, le témoin affirme : «C’est une facture de services qui doit, avant sa domiciliation, avoir une autorisation de la Banque d’Algérie. Dans le cas contraire, la banque a enfreint la législation.» *Salima Tlemçani/ El Watan–mercredi 27 Mai 2015

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*Le témoignage du gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci

Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci,  qui comparaissait lundi en tant que témoin dans l’affaire Khalifa Bank devant  le tribunal criminel de Blida, a affirmé que l’ex-banque privée avait atteint  le niveau d’ »indisponibilité de fonds », synonyme d’une « cessation de payement »  au printemps 2003, ce qui a mené à une suspension de son agrément par la Banque  d’Algérie.         

Lors de son audition, M. Laksaci a retracé, chiffres à l’appui, la chute  des dépôts de la défunte Khalifa Bank auprès de la Banque d’Algérie. « En février 2003, le solde de Khalifa Bank était de 18, 9 milliards  DA, pour passer à 5,3 milliards DA vers fin mars de la même année, avant d’atteindre  500 millions DA », a indiqué Laksaci, pour qui la banque venait d’atteindre  un niveau « d’indisponibilité de fonds », qui traduit, a-t-il expliqué, « une cessation  de payement ». Avant de révéler les chiffres relatifs au volume des dépôts de la banque  privée, le gouverneur de la Banque d’Algérie a soutenu que « les déséquilibres  financiers » au sein de la banque Khalifa étaient bien là, soulignant aussi  un constat portant « une déficience dans la gestion » des affaires de la banque.         

La thèse selon laquelle Khalifa Bank a atteint une situation de cessation  de payement a été cependant contestée par la défense de l’accusé Abdelmoumene  Khelifa. Cette dernière a évoqué les propos tenus durant la journée de dimanche par Mohamed Djellab, ancien administrateur à partir de mars 2003 de la défunte  banque. Pour la défense de Khelifa Abdelmoumene, l’ancien administrateur a déclaré,  dans son témoignage, que Khalifa Bank n’avait pas atteint le stade de cessation  de payement.

Ce à quoi Mohamed Laksaci a rétorqué en expliquant qu’ »une banque  est décrétée en situation de cessation de payement, donc en situation de faillite,  s’évalue sur la base de ses placements au niveau de la Banque d’Algérie ainsi  que sa possession d’une réserve minimum de fonds aussi bien en monnaie nationale  qu’en devises ». L’avocat Nacereddine Lezzar, qui mène la défense de Khelifa, soutenait  que Mohamed Djellab avait présenté, dans son rapport deux options pour le cas  de Khalifa Bank. Il a estimé, à cet effet, que « deux options » se présentaient,  soit la recapitalisation de la banque soit sa liquidation.           

Le gouverneur de la Banque d’Algérie fait état, à ce moment, de convocations  adressées à « l’ensemble des actionnaires » de la banques. « Ils n’ont pas répondu  à la demande pour apporter l’argent nécessaire pour le sauvetage de la banque »,  déclare Laksaci. Ce dernier n’a pas néanmoins apporté une réponse à la question du juge  Antar Menouar sur la nature du rapport qu’il avait adressé en novembre 2001  au ministre des finances de l’époque, Mourad Medelci. Le rapport contenait  la situation de la banque et ses « infractions ».         

Le procureur général rappelle, à ce propos, les propos de l’ancien ministre  des Finances, qui avait déclaré, lors de son audition, qu’il n’avait pas été  alerté par la Banque d’Algérie par des PV attestant l’existence d’infractions  au niveau de la banque Khalifa.         

Laksaci déclare alors qu’il ignorait que les inspecteurs de la Banque  d’Algérie n’étaient pas assermentés pour accomplir les missions d’inspection. « J’en est appris qu’en 2002 que nos inspecteurs n’étaient pas assermentés  pour les missions d’inspection », avoue Laksaci, qui déclare que la situation  a été rattrapée par la suite.        

S’agissant des opération d’inspection effectuées au niveau de Khalifa  Bank, Laksaci a indiqué que « la croissance rapide » des transferts d’argent  vers l’étranger a poussé la Banque d’Algérie à « intensifier » les inspections  notamment dans la seconde moitié de l’année 2002 avant que soit prise la décision  de geler les activités relevant du commerce extérieur de la banque en novembre  2002.          

Laksaci a soutenu que les opérations d’inspection se faisaient sur la  base de documents que délivrait la banque privée, ajoutant que « les rapports  du commissaire aux comptes arrivaient tardivement à la Banque d’Algérie ». Evoquant à cet effet, une « faille dans le système d’information » dans  le fonctionnement de la Banque », Laksaci estime que  cela « ne doit justifier  les défaillances constatées ».         

Interrogé sur les raisons qui ont fait que la Banque d’Algérie n’avait  pas réagi aux multiples infractions commises par Khalifa Bank, le témoin Laksaci  a estimé que la BA ne disposait pas de documents suffisants à même de lui permettre  d’entreprendre les actions qui s’imposaient. Laksaci défend cependant que « la Banque d’Algérie avait intensifié les  inspections », relevant que l’Algérie « était devant une première expérience  de banque privée et que même la formation d’inspecteurs spécialisés demandait  la coopération technique de pays étrangers ». Il ajouté, dans ce sens, qu’il « y avait, depuis, une modernisation des  structures de la banque d’Algérie en lançant de nouvelles directions d’inspection  en tenant compte de l’ouverture du secteur au privé ».         

Laksaci a affirmé, en outre, que Khalifa Bank n’avait pas bénéficié  d’une « autorisation préalable » comme le stipule la loi sur la monnaie pour  céder des actions et changer les actionnaires, ajoutant ne pas « détenir d’information  quant à libéralisation du capital de la banque ».*APS-25 mai 2015

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Le procès se tiendra le 4 mai 2015 devant le tribunal de Blida

L’accusé Moumène Khalifa prêt au grand déballage

** des révélations importantes sur la destination d’une partie de l’argent de sa banque, une manne dont auraient profité de nombreux hauts responsables de l’Etat, et qui n’ont pas été inquiétés à ce jour»

Huit ans après le grand déballage de 2007, le tribunal criminel près la cour de Blida s’apprête à être, pour la seconde fois, le théâtre de deux autres procès Khalifa, aux révélations fracassantes. En effet, selon des sources proches du dossier, Abdelmoumen Khalifa compte «lever le voile» sur de nombreuses zones d’ombre qui entourent toujours ce scandale du siècle. «Moumène a été très serein. Il a été très coopératif avec les autorités judiciaires.

Il a fait des révélations importantes, notamment sur la destination d’une partie de l’argent de sa banque, une manne dont auraient profité de nombreux hauts responsables de l’Etat, et qui n’ont pas été inquiétés à ce jour», affirment nos sources. Elles précisent que parmi les révélations, «Moumène s’est beaucoup attardé sur l’énigmatique agence Koléa de Khalifa Bank, impliquant directement l’actuel ministre de l’Intérieur, Tayeb Belaïz. Il aurait même insisté sur cette question, en faisant savoir, aux magistrats qui l’ont entendu après son extradition de la Grande-Bretagne, qu’il en fait une affaire de principe.

Ce qui a suscité la panique chez certains hauts responsables, surtout qu’il s’agit non seulement d’un ministre de souveraineté, mais également d’un homme très proche du Président et de son frère.

La décision de programmer le procès de Moumène reste vraiment énigmatique…». La crainte de voir ces deux procès se transformer en audience «de grands déballages publics» est légitime.

De tels aveux risquent de donner aux procès une nouvelle tournure et pourraient même, dans le cas où le tribunal veut aller jusqu’au bout de ces scandales, exiger une enquête complémentaires sur des faits délictuels ou criminels, liés à la corruption, au blanchiment d’argent et surtout la destruction de documents officiels dans le but d’induire en erreur la justice.

Rappelons-nous cette intrusion fracassante de Abdelmoumen, à travers l’interview qu’il a accordée au journal français, Le Figaro, le 6 février 2007, au moment où le procès se déroulait à Blida. Lorsque le journaliste lui a demandé si le dossier a été escamoté pour protéger des personnalités, Abdelmoumen avait répondu : «C’est une certitude. La chambre d’accusation a, par exemple, escamoté le dossier de l’agence de Koléa de ma banque pour une raison simple : l’actuel ministre de la Justice, Tayeb Belaïz, y détenait un compte avec un crédit bancaire. Il a été effacé, car cela aurait fait mauvais genre.

Je pense que le ministre de la Justice a eu peur que son nom apparaisse.» La déclaration fait tache d’huile, d’autant que dans les couloirs du tribunal criminel de Blida, de nombreux avocats évoquaient les révélations faites par un des accusés, très proches de Abdelmoumen Khalifa, selon lesquelles le même ministre aurait bénéficié d’une importante somme d’argent.

Moumène khalifa veut impliquer des personnalités de L’état

Lors des plaidoiries de la défense, bon nombre d’avocats, notamment celui du caissier principal, Akli Youcef, (accusé principal dans l’affaire), se sont interrogés pourquoi le directeur, son adjoint et le caissier de l’agence de Koléa ont bénéficié du non-lieu au niveau de la chambre d’accusation, alors que l’expert avait enregistré un préjudice de 14 millions de dinars, montant pris par Faouzi Baïchi (un agent de la banque) alors que pour un montant de 10 000 DA, les mêmes responsables de l’agence de Chéraga détenus ont été poursuivis et condamnés.

Un des avocats a même exhibé un document sans en-tête qui s’apparente à une décharge signée le 20 août 2000 par Baïchi Faouzi, dans lequel il indique avoir pris la somme pour la verser à la caisse principale, lançant au juge : «Il n’y a pas d’en-tête parce que tout simplement Baïchi est venu, le soir, pour vider la caisse et il n’y a aucune preuve sur une quelconque instruction ou ordre de Abdelmoumen.

Il n’a pas présenté de bout de papier, ou même une carte de visite, pour prendre cet argent. Qu’est-ce qu’il y a derrière cette énigme de Koléa ? Comment peut-il prendre 14 millions de dinars et être entendu en tant que témoin ? Pourquoi Akli n’a pas bénéficié d’un tel privilège ? Il faut réparer les injustices de ce dossier.

Celui qui prend est en liberté et celui qui ne prend pas est mis en détention ?» Des phrases qui avaient lourdement résonné. Moumène Khalifa, qui avait ouvert la brèche à l’époque, n’avait finalement pas tout dit dans ses déclarations publiques. Probablement, pour ne pas griller toutes ses cartes et laisser une marge de manœuvre pour sa stratégie de défense.

Lors du procès du 4 mai prochain, il compte, selon toujours nos interlocuteurs, expliquer comment de nombreux ministres, comme Abdelmadjid Tebboune, alors ministre de l’Habitat, Mourad Medelci, en tant que ministre des Finances, le patron de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, (qui avait assumé avoir signé un faux procès-verbal du conseil d’administration de la CNAS) et le chef du MSP, Bouguerra Soltani, en tant que ministre de la Solidarité, se sont retrouvés mêlés à cette affaire, sans pour autant être inquiétés, mais dont les déclarations devant le tribunal, en tant que témoins, ont accentué les zones d’ombre.

Le liquidateur de la banque, Badsi, avait clairement déclaré à l’époque, qu’il y avait dans cette affaire deux cercles de responsabilité. Celui constitué de personnes visibles, et celui où les responsables sont invisibles, en raison de leur statut ou de leur rang au niveau de l’Etat. C’est justement, ces personnes, dont certaines occupent actuellement de hautes fonctions de l’Etat, et sont au premier rang du gouvernement, dont il sera question, nous dit-on, lors des deux prochains procès.*Salima Tlemçani –El Watan/ dimanche 29 mars 2015

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