*météo politique-3

*Après le constat d’échec du système actuel, l’Algérie doit changer

Ils prennent «timidement» le relais des «émeutiers». Les partis de l’opposition démocratiques, les syndicats autonomes et les associations et organisations de la «société civile» multiplient les initiatives, lancent des appels insistants à la construction d’une «alternative démocratique».

Levée de l’état d’urgence, ouverture du champ politique et médiatique, rétablissement des libertés civiles, garantie des droits d’association et de manifestation, un SMIG politique sur lequel peuvent s’entendre nombre de formations politiques de la mouvance démocratique.
La convergence démocratique aura-t-elle pour autant lieu ? Les partis de l’opposition démocratique, les syndicats autonomes et les associations et organisations de la «société civile» sauront-ils cette fois-ci transcender leurs clivages traditionnels pour porter une alternative viable à un régime algérien que d’aucuns qualifient d’«autiste», de «cynique», de «myope», de «brutal», de «rentier», d’«autoritaire», de «corrompu et corrupteur»…. Des «passerelles objectives» peuvent-elles être jetées entre les forces éclatées de la mouvance démocratique ?

Chez le plus vieux parti de l’opposition, le Front des forces socialistes (FFS) en l’occurrence, on est plus que jamais «convaincu que des possibilités existent pour une alternative démocratique» tout en refusant de s’inscrire dans une «alternance clanique». Le FFS a appelé avant-hier les Algériens «à se mettre en mouvement pacifiquement pour imposer une ouverture politique réelle» et réitère «l’urgence» de prise de mesures d’ouverture politique, à savoir la levée de l’état d’urgence, le rétablissement des libertés civiles, l’ouverture du champ médiatique et  garantie des droits d’association et de manifestation. «La situation actuelle montre que l’alternative démocratique ne s’improvise pas. Nous devons regarder vers nos voisins tunisiens et les saluer. Ce qui se passe en Tunisie est le fruit des efforts des vraies élites qui n’ont pas perdu leur âme, qui ont choisi leur camp et sont engagées dans un long et patient travail de réencadrement de la société. Ne leurrons pas nos compatriotes, ce travail nous devons le mener aussi. C’est le passage obligé vers la liberté et la dignité dans notre pays et vers la construction du Maghreb démocratique.»

Dans un communiqué conjoint, les syndicats autonomes de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de l’administration, – déclaration signée également par la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) –, demandent la levée de l’état d’urgence et l’ouverture du champ médiatique, politique, syndical et associatif «afin que les conflits puissent être réglés par la force d’un droit qui prend en charge les intérêts et les préoccupations de la majorité de la population et non pas par le droit d’une force qui protège les intérêts d’une minorité». «La somme des dégâts causés par les‘émeutiers, notent les syndicats autonomes, n’arrive même pas à la hauteur d’un seul scandale de malversation dont l’Algérie est riche (Khalifa Bank, BCA, Sonatrach, Brown & Condor, etc.).»

Transformer le rejet en projet

Alors que le Mouvement démocratique et social (MDS) appelait à la «destruction d’un système qui ne profite qu’à une minorité de privilégiés» et à «enclencher une dynamique porteuse d’espoirs», le Parti socialiste des travailleurs (PST) – appel aux travailleurs et aux jeunes diffusé samedi dernier – dénonçait le verrouillage systématique de toute expression syndicale et politique, la répression des marches, des grèves, des réunions : «Verrouillage qui ne laisse à nos jeunes que le choix d’une révolte désespérée.» Le PST lance un appel à la mobilisation la plus large et à soutenir le mouvement de contestation.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) veut, lui, transformer le «rejet» exprimé par la rue en «projet». La révolte des jeunes signe «l’échec d’un régime qui dévaste, depuis 50 ans, l’Algérie». Le RCD réitère sa disponibilité à «s’associer et à soutenir toutes les initiatives citoyennes exprimant une colère légitime». Le parti de Saïd Sadi invite l’ensemble des Algériens «à s’organiser en se regroupant autour de personnes connues pour leur probité avec des objectifs clairs pour offrir un prolongement efficient et durable à leurs revendications».

Les solutions placebo du pouvoir  

Ressuscité de sa belle mort, le mouvement citoyen des archs brocarde, dans sa dernière déclaration publique, les «dignitaires du régime qui disposent de l’Etat comme d’un bien vacant» et lance un appel à la jeunesse algérienne à «l’auto-organisation». Objectif : «Offrir une alternative citoyenne à la hauteur des aspirations populaires.» «Une situation explosive est en train de se mettre en place et le pouvoir, comme à l’accoutumée, se prépare non pas à accéder aux aspirations populaires, mais plutôt à user, une fois de plus, de la violence, de la diversion et des solutions placebo.»
Ces appels insistants, relayés par plusieurs personnalités politiques, seront-ils entendus ou tomberont-ils dans l’oreille d’un sourd ?
Dans une interview accordée hier à un journal on-line, Daho Ould Kablia, le ministre de l’Intérieur, parle d’ores et déjà de «récupération» politique du mouvement de contestation par certains responsables de partis et associations. «Ils (les  responsables politiques, ndlr) disent qu’il faut considérer ces manifestations comme un rejet du pouvoir actuel et que seule une démocratie et plus de liberté, plus de participation des citoyens au champ médiatique, peuvent régler les problèmes. On en doute. S’il y avait un autre gouvernement que celui qui est en place, il y aurait peut-être eu des problèmes plus graves parce que les problèmes économiques et sociaux ne sont pas théoriques. Ce n’est pas la cité d’Isis, la cité idéale qui va les régler.» Les déclarations du ministre ont décidément de quoi refroidir un mort. (El Watan-11.01.2011.)

**répression et gouvernance…Le dernier masque est tombé

Alger était assiégée hier matin. Le nombre de policiers déployés dans les rues de la capitale et la machine de répression mise en place montrent que le régime d’Alger est définitivement et irrémédiablement policier.

L’étalage de la répression que les Algériens ont eu à observer sur la place du 1er Mai, tout au long de la rue Hassiba Ben Bouali  jusqu’à la place des Martyrs en passant par Didouche Mourad montre le vrai visage de la dictature en place, plus prononcé encore depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir.
Autant de forces pour empêcher une expression pacifique !
Des beaux acquis de liberté, de démocratie arrachés par le sang et chèrement payés en vies humaines durant la décennie du terrorisme il ne reste, malheureusement, rien. Aucun espace n’est désormais toléré. C’est un vrai régime à la Ben Ali. La marche initiée par le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD)  a été violemment réprimée. Il y a cependant beaucoup d’enseignements à tirer de cette situation. L’affolement et la panique qui s’emparent du régime dès qu’il y a tentative de structurer un rejet populaire du système, de l’organiser, de lui donner du souffle par sa forme pacifique et sa promptitude à mater une contestation organisée.

En effet, ce n’est pas tant les émeutes, violentes qu’elles soient, qui dérangeraient en haut lieu, mais un mouvement de masse capable de leur donner un sens politique, les traduire et les prolonger. D’ailleurs, un petit tour dans Alger et ses environs suffit pour comprendre cette équation en constatant dans les faits comment le gouvernement a vite fait de recycler la violence dans l’économie informelle. Le nombre de jeunes vendeurs à la sauvette s’est exponentiellement multiplié, à la grande joie de la mafia du bazar qui en tire toute la substance du profit généré au détriment de l’économie officielle et de l’intérêt du pays. Mais cela ne semble pas être la préoccupation du gouvernement tant l’émeute, pour lui, se résume à la faim. Il ne pense pas que les Algériens puissent se soulever pour une question de dignité et de liberté. Il fallait donc autoriser l’anarchie, la prébende du bazar et de l’informel tant l’enjeu l’emporte visiblement sur le bon sens. Tous les moyens semblent bons pour sauvegarder des positions de pouvoir et, cela va de soit, de rente. Les dernières émeutes qu’a connues le pays début janvier et le changement politique qu’a provoqué la Révolution du jasmin en Tunisie ont mis le régime algérien, qui craint un effet de contagion, sur le pied de guerre. Le dispositif policier de répression déployé dans Alger et ses environs en démontre la frilosité et la panique. Il sait évidemment que tolérer la contestation pacifique aidera inexorablement à la mobilisation citoyenne capable d’ébranler ses fondements. Donc il s’en préserve. En effet, hier, il s’est produit une sorte de rupture dans la vie politique algérienne. Pour ses besoins de survie, le pouvoir a été amené à enlever son masque démocratique pour apparaître sous sa forme la plus abjecte : le totalitarisme.
Les appels du ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, à manifester pacifiquement, se sont avérés d’une incroyable absurdité. Une énième supercherie d’un gouvernement prétendument ouvert à la contestation civilisée. Il n’en est rien. Les libertés que l’on pensait définitivement arrachées sont désormais à reconquérir.  (El Watan-23.01.2011.) 

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*La rue attend des changements

*La rumeur qui défait les gouvernements
 

Depuis quelques jours, les citoyens guettent le JT de 20h qui, à chaque fois, «botte en touche».

«Ahmed Ouyahia quitte le gouvernement, Youcef Yousfi le remplace au poste de Premier ministre et Louisa Hanoune fera partie du nouveau staff gouvernemental.
Voilà le gouvernement que la rue a installé à force de jouer le rôle de caisse de résonance et de propager la rumeur d’un imminent remaniement du gouvernement.
Les citoyens se perdent en conjectures à propos d’informations recoupées, non vérifiées et manipulées annonçant un nouveau gouvernement qui prendra en charge les doléances des populations.
«Le chef de l’Etat va changer le gouvernement dans les prochaines heures et désignera des hommes capables d’apporter des réponses aux aspirations du peuple», fulmine-t-on.
Faute de communication officielle, l’expectative et le suspense sont entretenus. Paradoxalement, aucune institution officielle n’est intervenue pour confirmer l’information, la démentir ou clarifier la situation.
Cependant, les Algériens s’en tiennent, tout de même, à commenter et à analyser des informations – au point de former un nouveau gouvernement- dont personne ne peut vérifier la véracité des sources.
Ils cultivent cette méthode «informelle» utilisée parfois sciemment pour manipuler, informer, s’informer et désinformer.
Le vide en matière d’information et de communication officielle fait le reste et comme la nature a horreur du vide, la rumeur s’en empare pour s’installer et livrer à l’opinion nationale et internationale des sujets spéculatifs.
Résultat des courses: les citoyens sont désorientés et ne savent plus à quelle rumeur «se vouer».
Ils guettent chaque jour le JT de 20h de l’Unique pour prendre connaissance de la nouvelle équipe. En vain. Qui a donc intérêt à répandre de telles rumeurs? Pour quels objectifs et avec quelle stratégie? A quel prix? Avec quelle assurance et à qui profite-t-elle en fin du compte? En d’autres termes, une rumeur faisant de Louisa Hanoune une ministre profite à qui? Avant-hier, cette responsable politique a dénoncé l’absence de communication officielle, laissant le champ libre à la rumeur qui l’a propulsée à un poste ministériel et en a fait chuter d’autres. Ce sont toutes ces questions qui intriguent plus d’un. A commencer par les observateurs et les analystes. Mais comment propage-t-on une rumeur?
Il suffit, en effet, qu’un site Internet répercute une information «dictée» par une source anonyme et la rumeur court… Elle est répercutée sur d’autres sites et le tour est joué.
Elle devient sujet de discussion dans les marchés, les cafés, les rues et alimente l’actualité même des médias. (L’Expression-30.01.2011.)

**Une cartographie politique en mouvement

On se place comme on peut

Louisa Hanoune a demandé au président Bouteflika de parler, de s’adresser au peuple, de dire quelque chose.

La patronne du Parti des travailleurs (PT), qui a «normalisé» l’action de sa formation au point de se  confondre avec les couleurs officielles, semble avoir changé de langage. Après avoir délaissé pendant longtemps ses revendications politiques au profit du discours économique idéologique, Louisa Hanoune reprend les demandes de l’opposition sur la nécessité d’autoriser les marches à Alger et d’ouvrir les champs politique et médiatique. Changement ? Evolution ? Ou souci de se replacer sur une scène politique qui commence à bouger comme une plateforme maritime secouée par la brise du soir ?

Dans le camp des «souteneurs» de Bouteflika, il y a aussi le MSP de Aboudjerra Soltani qui «remet à jour» son discours.
Récemment, Abderrazak Makri,  un responsable de ce parti, a laissé entendre que «les gouvernants arabes sont arrivés à un degré avancé de corruption». Cette situation choque, selon lui, les Occidentaux. «Nous vivons un moment historique, un réveil du monde arabe, à sa tête la Tunisie suivie par l’Egypte, mené par des jeunes», a-t-il soutenu. Parle-t-il de l’Algérie ? Ces dernières années, le MSP n’a pas élevé la voix pour dénoncer l’incapacité de Bouteflika et du gouvernement de Ahmed Ouyahia à lutter contre la corruption et les détournements impressionnants d’argent public sous couvert de projets d’équipement public. Abderrazak Makri a curieusement plaidé pour la dissolution du Parlement et l’engagement d’élections législatives anticipées.
L’Alliance présidentielle, dont le MSP fait partie, est-elle de cet avis ? Le FLN, qui se débat dans une profonde crise interne, ne craint pas de se ridiculiser devant l’opinion nationale en installant «un groupe de travail» pour «étudier» les situations en Tunisie et en Egypte.
La chute du dictateur de Tunis et celle, prochaine, du maître du Caire méritent donc d’être «étudiées» par les «penseurs» de l’ex-parti unique. Le FLN s’est fait tout petit après l’effondrement de Ben Ali et les attaques de la population contre le RCD, le parti qui a dominé le pouvoir en Tunisie depuis plus de quarante ans.

Il se trouve que le RCD tunisien ressemble beaucoup au FLN algérien. Même réflexes, mêmes idées, même panne. Fin décembre 2010, Abdelaziz Belkhadem n’a eu aucune honte de proclamer que le FLN resterait au pouvoir jusqu’en 2030. Un discours qui semble déjà «périmé» un mois après seulement. Dans une tentative de s’adapter au climat actuel, probablement à l’accélération de l’histoire, le FLN, qui refuse toujours de devenir autonome, a demandé à son groupe parlementaire de «chercher» sur le terrain «les préoccupations des citoyens» ! Autrement dit, la présence du FLN au gouvernement relève plus du décor que de la gestion collective des affaires de la nation. Les ministres ne sont-ils pas fortement payés par la communauté nationale pour justement prendre en charge «les préoccupations» des Algériens ? A moins que le FLN se moque de nous ! Qu’en est-il du RND ? Le parti de Ahmed Ouyahia semble changer de côté dans son profond sommeil. Les événements en Tunisie ? L’Egypte ? Non, le RND, qui ne sait pas s’il est de gauche ou de droite, ne dit rien. Les émeutes des jeunes Algériens, début janvier 2011, le RND, jadis rival du FLN, les a réduites à une «vulgaire» manipulation des «lobbies» du commerce. Le RND ira peut-être sur le pont guetter le sens des prochains vents.

Le FNA de Moussa Touati est déjà dans les flots ! Ce parti vient de demander le respect du droit du peuple de s’exprimer en… toute liberté. Le FNA est soigneusement relayé par l’agence officielle APS. Une agence qui, depuis longtemps, ignore tout ce qui émane des politiques qui critiquent l’action du gouvernement et de la présidence de la République. Madha hadatha ? (Que se passe-t-il ?)  Pour le FNA, réclamer l’organisation de marches populaires  est «une revendication  légitime qui s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression».
L’opposition – partis, syndicats autonomes ou société civile – n’a pas cessé de le réclamer depuis des années sans être soutenue ouvertement par le FNA. Moussa Touati a même parlé de l’aspiration du peuple algérien au changement.
On se place comme on peut… «La porte de sortie est de reconstituer une grande alliance arc-en-ciel réunissant les ‘anciens’ et les ‘nouveaux’ mouvements, en focalisant sur le cœur de la chose : comment renforcer le mouvement pour la transformation sociale, au-delà de ses batailles partielles, au-delà de ses clivages ? Car en Algérie, c’est fondamentalement la question du pouvoir. C’est la question d’un pouvoir constituant, hégémonisé par les subalternes, capable de manœuvrer, de déjouer les adversaires…», a proposé, de son côté, Ghazi Hidouci, ancien ministre. L’homme revient de très loin. Là, on se replace comme on peut. (El Watan-02.02.2011.)
 

**Face à un pouvoir qui a plombé la vie politique

L’opposition minée par les tiraillements

 Sous la poussée des émeutes de janvier qu’a connues le pays et des bouleversements politiques qui s’opèrent dans le monde arabe, la classe politique nationale s’affaire à reprendre l’initiative. Bravant l’interdit, partis politiques, syndicats et autres associations se sont donné rendez-vous le 12 février pour battre le pavé à Alger à l’effet d’exiger une (ré)ouverture politique et des libertés démocratiques. Des personnalités de divers horizons ont ainsi lancé «un manifeste pour des droits et des libertés».

Toutes ces initiatives se rejoignent quant au fond : passer d’un régime politique autoritaire à un système démocratique. Cependant, ces appels incessants et ces initiatives pour le changement sont en butte à des tiraillements partisans qui divisent les forces politiques de l’opposition. Une situation qui a rendu caduque jusque-là toute démarche politique d’envergure susceptible d’instaurer un régime démocratique. D’aucuns se demandent, à juste titre d’ailleurs, pourquoi les partis politiques de l’opposition sont beaucoup plus enclins à se livrer bataille entre eux qu’à en découdre avec le pouvoir en place. Hormis, en effet, les héritages du passé, les repères identitaires et les choix doctrinaux de chaque parti politique, des murs de séparation demeurent encore infranchissables.
Le verrouillage politique imposé par un pouvoir hostile à toute idée d’ouverture et qui a plombé la vie politique nationale en est une explication objective.

De l’avis de nombreux analystes et acteurs politiques locaux, d’autres explications, pourtant,  pourraient en être à l’origine. A titre d’exemple, l’incapacité des forces de l’opposition à s’organiser autour d’un contrat politique pour le changement.
Une espèce de «guerre civile» verbale que se sont livrée les partis et organisations à l’ombre de la violence qui a embrasé l’Algérie durant les années quatre-vingt-dix a dynamité les rapports politiques entre les différents courants de l’opposition. Malgré les évolutions politiques et sociales, le clivage éradicateurs-réconcilateurs continue à être cette ligne de fracture. Mais pas seulement.
Le politologue Ahmed Rouadjia estime, pour sa part, que «le culte absolu du chef, la sacralisation de son discours politique et les rivalités historiques ont conduit les partis à se rejeter mutuellement».

Toutes les expériences passées ont montré comment les égoïsmes et les questions de leadership ont pris le pas sur les stratégies de sortie de crise. Et n’ont pu permettre des alliances transpartisanes. L’absence d’une vie politique nationale a déteint sur l’ambiance au sein des formations, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ont reproduit nombre de pratiques pourtant reprochées au pouvoir lui-même. Des crises organiques ont presque tout autant fait de mal à ces partis. Le mal dont pourtant le pouvoir porte presque l’entière responsabilité se mesure à toute la difficulté qu’éprouvent aujourd’hui les acteurs politiques, dont la société attend pourtant une action salvatrice, à l’heure où le pays semble calé paresseusement dans son immobilisme mortifère.

L’ancien dirigeant du FFS, Saïd Khelil, n’a-t-il pas jugé nécessaire, dans une interview à El Watan, de faire «un travail d’autocritique. Les divergences, il faut les assumer et il faudrait se parler pour trouver un minimum de convergences. C’est un problème de culture politique, les polémiques sont contreproductives et font des ravages dans l’esprit des citoyens».
Selon lui, «le RCD et le FFS, par exemple, devraient trouver un terrain minimum de convergence». Pas si facile. Le FFS ne veut surtout pas accorder «une amnistie» aux partis qui, à un moment donné, avaient rejoint le gouvernement. Au FFS, il est reproché son opposition radicale au régime et son refus de composer avec d’autres partis dont il «soupçonne» la proximité avec le pouvoir.
Le RCD, c’est connu, n’a jamais digéré une «alliance» (réelle ou  supposée) du FFS avec les islamistes.
Pour Abdeslam Ali Rachdi, un des initiateurs du «manifeste pour des droits et des libertés», les enjeux d’aujourd’hui sont «civiques pour le changement et dépassent les stratégies partisanes. Nous ne sommes pas dans une situation politique normale qui supposerait des coalitions partisanes où le rôle du parti est de mobiliser ses troupes pour arriver au pouvoir à travers des élections».
En somme, en l’état actuel des choses, s’il peut paraître présomptueux de parier sur un large rassemblement des forces politiques en présence, il n’en demeure pas moins que seule une dynamique de lutte sociale pourrait conduire vers une recomposition du champ politique, le mieux à même d’incarner le combat à venir.
Seulement voilà, le champ d’expression sera-t-il (re)conquis ? C’est un préalable. (El Watan-02.02.2011.)

 

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**Un état de siège masqué

Les textes de loi régissant l’état d’urgence comportent au moins trois graves irrégularités légales – sans compter l’incompatibilité avec le droit international.

D’abord, et en violation des articles 91 et 92 de la Constitution, l’état d’urgence est limité dans le temps et n’est reconduit que sur vote du Parlement ; ensuite, il doit s’accompagner d’une loi organique faute de laquelle c’est le droit international – pactes onusiens signés par l’Algérie – qui précise les conditions et les garanties des citoyens dans une situation anormale. Pour rappel, depuis son instauration le 9 février à 20h par décret présidentiel, l’état d’urgence a été automatiquement renouvelé durant 19 ans, sans recourir au vote parlementaire.

L’absence de loi organique, pourtant ressentie comme un handicap même par l’état-major militaire en 1988 lors de l’application de l’état de siège, a ouvert la voie à de graves dérapages juridiques : la promulgation d’arrêtés interministériels non publiables le 10 février 1992 et le 25 juillet 1993. Le corpus «légal», né de l’enchevêtrement des trois textes a, selon le rapport de la commission Issad sur les émeutes en Kabylie en 2001, fait glisser de façon «subtile» l’Algérie de «l’état d’urgence à l’état de siège». Le décret présidentiel du 9 février 1992 a habilité l’autorité civile (le ministre de l’Intérieur et les walis) à prendre des mesures de «préservation et de rétablissement de l’ordre».

L’autorité civile «peut seulement confier par délégation à l’autorité militaire la direction des opérations de rétablissement de l’ordre». Mais l’arrêté interministériel du 10 février a paradoxalement restreint ces prérogatives en limitant la responsabilité du ministre de l’Intérieur à celle du «maintien de l’ordre» et fait des six commandants des Régions militaires (et du commandant des forces terrestres pour Alger) «les autorités militaires délégataires chargées de la direction des opérations de rétablissement de l’ordre». La commission Issad note dans son rapport, présenté fin 2001 au président Bouteflika, que cet arrêté «est contraire au décret du 9 février, ce qui est une violation de la règle de la hiérarchie des normes». Ensuite, l’arrêté non publié du 25 juillet 1993 a ajouté à cette confusion : la «délégation est donnée aux commandants des Régions militaires (…) à l’effet de diriger les opérations de rétablissement de l’ordre liées à la lutte contre le terrorisme».

Selon la lecture de la commission Issad, le troisième texte autorise deux interprétations : la première, s’inspirant de l’esprit du décret portant instauration de l’état d’urgence, fait du «pouvoir civil» l’ordonnateur des opérations de rétablissement de l’ordre liées à la lutte antiterroriste, la deuxième étendrait les compétences de l’autorité militaire à l’appréciation de l’opportunité de pareilles opérations. La conséquence la plus frappante de cette confusion est la difficulté de préciser les responsabilités dans les cas d’opérations de «maintien» ou de «rétablissement de l’ordre». L’enchevêtrement des compétences rend impossible la détermination des responsabilités, du moins dans les textes. L’impunité des commanditaires des tirs fatals en Kabylie en 2001 en est le plus significatif des exemples. (El Watan-28.01.2011.)
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**Ce qui pourrait changer

D’après de nombreux observateurs du domaine juridique, la levée de l’état d’urgence impliquerait des changements catégorisés en trois points :

1. Pour la libération du champ politique :

 Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, et le wali ne seront plus habilités à ordonner,  par voie d’arrêté, la fermeture provisoire de salles de spectacles, de lieux de réunion de toute nature et à interdire toute manifestation susceptible de troubler l’ordre public.

2. Pour l’exercice des libertés individuelles et collectives :

- Ne plus avoir le droit de réquisitionner les travailleurs pour accomplir leurs activités professionnelles habituelles, en cas de grève non autorisée ou illégale.

- Ne plus pouvoir ordonner exceptionnellement des perquisitions de jour et de nuit.

- Ne plus interdire de séjour ou assigner à résidence toute personne majeure dont l’activité s’avère nuisible à l’ordre public.

3. Pour l’indépendance de la justice :  

- Les tribunaux militaires ne peuvent plus être saisis des délits et de crimes graves, commis contre la sûreté de l’Etat.

- Lorsque l’action légale des pouvoirs publics est mise en échec ou entravée par des attitudes d’obstruction avérée ou d’opposition déclarée de la part d’assemblées locales ou d’exécutifs communaux, le gouvernement ne peut plus prononcer des mesures de suspension ou de dissolution.

- Annulation des arrestations par voie administratives. (El Watan-28.01.2011.)

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*Des journalistes autonomes demandent la levée de l’état d’urgence et l’ouverture du champ politique

Le collectif des journalistes autonomes (COJAA) est né. Dans son premier communiqué ce collectif réclame la levée de l’état d’urgence, l’ouverture des champs politique et médiatique, la dépénalisation du délit de presse et la consécration pleine et entière des libertés individuelles et collectives.

Communiqué

Collectif des journalistes algériens autonomes (COJAA)

A l’instar des partis, des associations de la société civile et des syndicats regroupés au sein de la Coordination nationale pour le changement démocratique, le Collectif des journalistes algériens autonomes (COJAA) réclame la levée, sans plus attendre, de l’état d’urgence, l’ouverture des champs politique et médiatique, la dépénalisation du délit de presse et la consécration pleine et entière des libertés individuelles et collectives.

Les journalistes algériens qui ont toujours été à la pointe du combat pour la démocratie et la justice sociale et qui ont, en outre, payé un très lourd tribut pour défendre la liberté d’expression et de la presse en Algérie ne peuvent pas rester aujourd’hui à la marge de l’Histoire et se contenter de se comporter en simples spectateurs devant le combat courageux mené par la société toute entière pour arracher le droit à la parole et à la liberté. Il nous faut nous joindre à elle. Les journalistes ne doivent pas fuir devant leurs responsabilités. Il y va de notre dignité et de notre crédibilité. Le moment est venu de redonner à notre profession tous ses titres de noblesse. (29.01.2011.)

Que tout ceux qui se reconnaissent dans ces revendications essentielles et qui veulent faire partie de ce collectif envoient leur noms et prénoms à: presse.autonome@gmail.com

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**Monsieur le président, levez l’état d’urgence !Avec ses 19 ans sous état d’urgence, l’Algérie est l’un des six pays à vivre avec des lois d’exception, la Tunisie venant d’adhérer au club, mais pour quelque temps. Utilisé comme parade stratégique pour un problème conjoncturel, l’état d’urgence est devenu un mode de vie que la majorité des Algériens refuse. Un groupe de militants, syndicats et organisations, préparent à ce titre à un grand rassemblement pour la mi-février, date anniversaire de l’instauration de l’état d’urgence, pour réclamer sa levée. Va-t-on enfin en finir ?

L’état d’urgence se réinvite sur la scène des débats politiques en ce début d’année. Pas seulement à l’approche de sa date anniversaire (début février). Emeutes, rassemblements et marches interdits, arrestations, tentatives d’immolation par le feu : ce mois de janvier aura été celui de la contestation certes, mais aussi celui de la persistance du rejet par les autorités de toutes ses formes d’expression. Elles invitent au dialogue en condamnant la violence puis interdisent toute expression pacifique pour tenter d’imposer le silence. Impasse communicationnelle pour une société qui n’arrive plus à contenir ses revendications. Pour en sortir, la levée de l’état d’urgence est de plus en plus évoquée comme ultime solution. Changera-t-elle précisément la vie politique algérienne et plus globalement le quotidien des citoyens ? Pour beaucoup, la question ne mérite pas d’être posée tant la réponse est évidente : «La levée de l’état d’urgence ouvrira le champ politique et médiatique à coup sûr.»

Une marche pour l’exiger est d’ailleurs prévue à Alger, la mi-février (la date sera fixée aujourd’hui), organisée par une coordination regroupant la Ligue de défense des droits de l’homme (LADDH), des syndicats, des partis et des indépendants. Et ce n’est pas la seule initiative, le MSP vient lui aussi, d’après les déclarations de son vice-président Abderezzak Makri, d’entamer des négociations avec les deux autres partis de l’Alliance présidentielle, le RND et le FLN, en vue de les convaincre de demander, eux aussi, la levée de l’état d’urgence. «Cette ambiance de contestation généralisée nous interpelle depuis le début du mois, nous discutons donc avec le FLN et le RND pour qu’ils nous rejoignent sur cette question», a expliqué Makri. Et d’ajouter : «La levée de l’état d’urgence est impérative pour ouvrir le champ politique.» Kassa Aïssi, porte-parole du FLN, voit les choses autrement, l’état d’urgence, selon lui, «ne dérange en rien la vie politique algérienne». Contacté par téléphone à son tour, le RND, qui affiche depuis des années son opposition à la levée de l’état d’urgence, n’avait, hier, pas d’avis à donner sur la question.

Lente dérive

Les divergences politiques sur cette éventuelle levée persistent depuis près de dix ans, les militants de défense des droits humains, de leur côté, ne cessent de réclamer son abrogation depuis la relative accalmie sécuritaire. L’état d’urgence a été instauré par décret présidentiel le 9 février 1992 «pour restaurer l’ordre public et mieux assurer la sécurité des personnes et des biens» face à la menace insurrectionnelle pour une durée d’un an. 19 ans plus tard, il n’a toujours pas été levé malgré les annonces d’éradication du terrorisme. En 2002 déjà, le général Larbi Belkheir avait estimé «qu’il serait bien de lever cette mesure», tout comme le général de corps d’armée Mohamed Lamari, ex-chef d’état-major, qui expliquait, quelques mois plus tard : «Nous n’en avons plus besoin.» Les autorités civiles, de leur côté, tiennent paradoxalement le discours contraire : «Nous en avons encore besoin», affirmait en 2004 Ahmed Ouyahia, chef de gouvernement. La position officielle n’a pas changé depuis. Mise sous tutelle de la justice par l’Exécutif, fermeture du champ politique et médiatique, tortures, libertés collectives et individuelles entravées et incohérences dans les positions politiques, tous ces problèmes de l’Algérie d’aujourd’hui semblent renvoyer aux restrictions effectuées sous couvert de cet état d’urgence.

«Avec la création du conseil supérieur de la magistrature en décembre 1989, la justice devenait autonome, l’instauration des trois cours spéciales en octobre 1992 a cassé cette initiative», explique l’avocat Ali Yahia Abdenour, président d’honneur de la LADDH. Et d’ajouter : «Les arrestations par voie administrative et non par voie juridique, et les terribles tortures qui se sont enchaînées à cette période ont été déterminantes pour la justice. Même après la suppression de ces cours spéciales contrôlées par le régime, leur mode de penser et d’action s’est étendu à tous les tribunaux.» L’état d’urgence se confond par certains aspects à l’état de siège : l’Assemblée mise à l’écart et l’inutilité d’un wali pour réquisitionner l’armée afin d’assurer la sécurité dans certaines régions, comme le stipule l’arrêté du 25 juillet 93. Après la dérive du judiciaire vers l’administratif, le sécuritaire semble avoir cédé sa place à la politique. Qu’en pense le premier magistrat du pays et chef suprême de forces armées ? En 1999, le président Bouteflika l’avait résumé ainsi : «L’état d’urgence est une question politique qu’il faut régler dans un cadre politique.» Comprenne qui pourra. (El Watan-28.01.2011.)

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**Rachid Benyellès. Général à la retraite, ancien chef d’état-major de la marine

Les militaires ne verraient aucun inconvénient à la levée de l’état d’urgence

 ***Que penseraient les hauts gradés de l’armée d’une éventuelle levée de l’état d’urgence ? El Watan Week-end, à l’approche du 19e anniversaire, le 9 février prochain, de l’instauration de l’état d’urgence, a posé la question à l’un des plus anciens hauts officiers de l’ANP.

- Qu’implique l’état d’urgence, concrètement, en  Algérie ?

L’état d’urgence fait partie d’une panoplie de mesures restrictives dont la première implication concrète concerne la restriction des libertés publiques. C’est un instrument pseudo légal permettant d’empêcher toutes les réunions publiques, manifestations ou la création d’associations à caractère politique. Pour rappel, l’état d’urgence a été mis en place en 1992, après l’arrêt du processus électoral. Dix-neuf ans plus tard, alors que le terrorisme est vaincu et que la réconciliation nationale a porté ses fruits, selon ses dires, le pouvoir refuse toujours de lever l’état d’urgence. Lorsqu’il est justifié par une situation exceptionnelle, l’état d’urgence doit être limité dans le temps et ne doit pas dépasser quelques jours ou quelques semaines.

- Comme si le pouvoir avait peur du peuple !

Absolument ! Aujourd’hui un immense fossé sépare le peuple de ses dirigeants. Pour ces dirigeants, le peuple est une «populace», immature qui ignore son bonheur et sa chance de vivre sous sa direction.  

- Dans ces conditions, à qui profite le maintien de l’état d’urgence ?

Au seul pouvoir bien sûr ! Celui-ci ne veut à aucun prix que les Algériens puissent manifester leur opinion et débattre de la situation de leur pays. Il veut maintenir les Algériens en dehors de la vie politique.

- Mais de quel pouvoir s’agit-il ? Celui de Bouteflika ou celui des militaires ?

Il n’y a qu’un seul pouvoir et c’est celui qui est entre les mains de M. Bouteflika, car, contrairement aux spéculations en vogue dans certains milieux dits bien informés, il n’y a pas de dualité de pouvoir en Algérie. Les militaires, et cela depuis plusieurs années déjà, se sont volontairement éloignés de la vie politique et ont confié les rênes du pouvoir à M. Bouteflika. Je sais qu’en disant cela, je laisserai sceptiques beaucoup de personnes persuadées du contraire.

- Qu’est-ce qui pourrait faire évoluer la situation vers plus de démocratie ?

D’une part, des partis politiques crédibles capables de mobiliser une population et de l’encadrer et, d’autre part, des manifestations populaires massives et durables et non des feux de paille, comme cela a été le cas jusqu’à présent. L’autre hypothèse est liée à une éventuelle intervention de l’armée qui pourrait provoquer le changement. Cela me semble peu probable, car l’armée, qui se revendique comme légaliste, s’est rangée du côté du pouvoir politique actuel. 

- Mais l’armée n’est pas contre la levée de l’état d’urgence ?

Comme je le dis depuis de nombreuses années, la décision appartient à M. Bouteflika et uniquement à lui. Je suis absolument certain que les militaires ne verraient aucun inconvénient à la levée de l’état d’urgence. Mais ils ne peuvent pas imposer leurs points de vue, puisqu’ils se sont effacés de la vie politique. Personne, aujourd’hui, à l’intérieur du système, ne lui conteste ce pouvoir.

- Serait-il envisageable que le Président décide la levée de l’état d’urgence ?

Je ne le crois pas. Je pense d’ailleurs que c’est le dernier de ses soucis, lui qui se considère comme une bénédiction pour le pays, alors que celui-ci, depuis de nombreuses années, est à la dérive dans tous les domaines. Un pays naufragé, sans commandant et avec un équipage livré à lui-même. Je ne pense pas que M. Bouteflika ait pris la mesure du danger dans lequel le pays se trouve, ni des conséquences que pourraient avoir les événements de Tunisie.

- Une révolution à la tunisienne est-elle envisageable en Algérie ? Et si oui ou non, pourquoi?

La révolution en Tunisie s’est distinguée par une montée en puissance progressive et soutenue dans le temps, des manifestations marquées par une prépondérance des adultes (les adolescents étaient quasiment absents) et par un accompagnement, pour ne pas dire un encadrement, d’une organisation à caractère sociopolitique, l’UGTT en l’occurrence. Tous ces facteurs ne semblent malheureusement pas être réunis en Algérie. C’est pourquoi, il me paraît peu probable qu’une telle révolution puisse avoir lieu chez nous, dans un proche avenir. Mais il n’y a, cependant, aucun doute que les retombées de l’expérience tunisienne auront des effets profonds sur la situation dans le monde arabe et notamment en Algérie.

- L’Egypte connaît à son tour des troubles qui ont fait plusieurs morts. Ce pays peut-il basculer alors que le poids de l’armée est très fort (comparable à celui de l’Algérie) ?

Je ne pense pas que l’Egypte puisse basculer. Les Etats-Unis et l’Europe ne le permettront pas. Les enjeux géostratégiques liés à l’Egypte et au Moyen-Orient sont d’une telle importance, que ces pays empêcheront par tous les moyens ce basculement, quitte à imposer une plus grande ouverture politique tout en conseillant, avec «insistance», au président Moubarak et à sa descendance, de renoncer à un prochain mandat. (El Watan-28.01.2011.) 
 

Bio express :

Le général Rachid Benyellès est sans doute l’un des plus anciens hauts gradés de l’armée algérienne : ancien secrétaire général du ministère de la Défense nationale, il a dirigé la Marine nationale avant de devenir ministre des Transports et membre du bureau politique du FLN sous Chadli. Il démissionne avec fracas du BP suite aux émeutes d’octobre 1988. Il s’est également porté candidat à la présidentielle de 2004 avant de se retirer.

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Rumeurs de changement au gouvernement

«Je remplis mes cartons», confie un ministre, sous le couvert de l’anonymat, comme pour signifier son départ de l’actuel gouvernement. Depuis une semaine, les rumeurs quant à un changement de gouvernement, et non un simple remaniement, circulent dans tout le pays.

Un état d’alerte est déclenché aux niveaux de états-majors des partis de l’Alliance présidentielle qui multiplient les sorties et démentent à tout bout de champ ces rumeurs. Alors qu’en réalité, d’après la personne que nous avons rencontrée en aparté, les ministres ne font qu’acte de présence afin de panser les plaies des dernières émeutes qui ont secoué le pays. Si le gouvernement résume la grave crise que connaît l’Algérie actuellement à une intifadha du «sucre et de l’huile», le ministre les renvoie à une situation qui n’a que trop duré, d’ordre bureaucratique. Il qualifie la situation de «profonde et compliquée». «Nous sommes devant une impasse, l’origine n’est autre que la mauvaise gestion des affaires de l’Etat», explique-t-il.

Mascarade

La question se pose d’elle-même : quelle est donc l’origine de cette mauvaise gestion ? Le ministre n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, les ministres se contentent de se regarder en chiens de faïence : «Tout d’abord, le courant ne passe plus entre les ministres de la République. On ne se parle plus et chacun tente de jeter la balle dans le camp de l’autre. Le Conseil des ministres ou celui du gouvernement est devenu une diatribe pour louer les réalisations factuelles des uns et des autres. Il faut plaire et ainsi assurer sa survie au cas où…  Même si l’on sait que tout cela n’est qu’une mascarade.»

Interférences

A en croire les confidences de ce ministre, les membres du gouvernement ne sont en réalité que des figurants dont les intérêts se heurtent, se chevauchent et parfois s’entrecroisent avec les intérêts d’autres fonctionnaires réputés très puissants. «Comment pouvez-vous travailler lorsque les directeurs dépendant de votre ministère échappent à votre contrôle ou à votre autorité ? Car ils sont protégés et ne rendent de comptes qu’aux gens qui les ont nommés, et certains n’hésitent pas à l’afficher. Comment voulez-vous faire bouger les choses lorsque le secrétaire général de votre département ne suit que ses désirs, bloque le bon fonctionnement des affaires courantes et tient d’une main de fer le personnel du département ? Quelle attitude afficher vis-à-vis de votre chef de cabinet, lorsque ce dernier vous ment et procède à l’instruction des cadres sans s’en référer à votre autorité ?» Ainsi énumère notre ministre, fataliste. La situation se complique davantage lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes : «Il m’arrive parfois de recevoir des instructions du Premier ministre qui sont vite rattrapées par des conseillers du président de la République qui vous dictent une autre démarche à prendre. Et parfois à l’opposé de ce que vous avez reçu comme instruction !

Vous êtes dans ce cas obligé de l’appliquer, de toute façon vous êtes nommé par le Président.» En d’autres termes, le ministre évoque la multiplication des intervenants dans la prise de décisions et l’écart existant entre, d’un côté, la politique générale prônée par le Premier ministre et, de l’autre, celle, tactique de la présidence. A cela s’ajoutent d’autres contraintes fonctionnelles. «Vous ne pouvez rien entreprendre au risque de vous voir sévèrement remis à l’ordre, vous ne pouvez pas outrepasser certaines lignes tracées par des tiers. L’esprit d’initiative est quasiment interdit, vous n’avez qu’à formuler des propositions et les soumettre à l’approbation du Premier ministre et de la Présidence. Vous êtes ligoté. Vous ne pouvez rien entreprendre sans le consentement de ces deux entités», explique le ministre qui se dit sur la liste des partants. Et pour couronner  le tout : «Vous savez, j’apprends parfois des décisions concernant mon secteur par voie de presse, alors que personne n’avait sollicité mon avis sur le sujet.» (El Watan-28.01.2011.)

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**Les monopoles en Algérie
80% du sucre importé par l’Algérie était détenu par une seule personne. C’est incroyable et même inimaginable!!!

Je n’en ai pas cru mes yeux lorsque j’ai lu sur une page d’un quotidien algérien du Net de samedi dernier où c’était écrit que 80% du sucre importé par l’Algérie était détenu par une seule personne. C’est incroyable et même inimaginable!!!
Pour voir un cas pareil, il faut remonter dans le temps et atterrir dans les pays de l’Amérique centrale des années 50 où dans chaque Etat, il y avait deux ou trois familles qui détenaient toutes les richesses du pays. Le comble de l’ironie est que le monopole de cette personne est à triple tranchant. Premièrement, il s’exerce sur une matière première de type denrée alimentaire qui est d’une première nécessité pour le peuple algérien. Secundo, c’est un monopole sur un produit importé et non pas fabriqué localement. Troisièmement, ce groupe qui exerce ce monopole est une entreprise à capital fermé au public, c’est-à-dire avec un seul actionnaire, le patron lui-même qui détient 100% du capital. Dans tous les pays, qui exercent l’économie de marché, qu’ils soient développés ou en voie de développement, ce type de monopole est strictement interdit par les lois antitrust (les lois de la concurrence). Ces lois servent à protéger les citoyens consommateurs de ces pays. Par exemple, aux Etats-Unis d’Amérique, une infraction aux lois antitrust est passible d’une peine de prison allant jusqu’à 10 ans et d’une énorme pénalité allant parfois jusqu’à la mise en faillite de la compagnie qui a exercé ce monopole. Même lors de la fusion de deux compagnies que ce soit aux USA ou en Europe, ce sont toujours les autorités de la concurrence qui sont chargées de juger si la position de la nouvelle compagnie créée n’est pas d’un caractère monopoliste sur le marché avant de procéder à la validation de la fusion. Le cas des monopoles sur des denrées alimentaires détenus par une poignée de personnes en Algérie est unique au monde.
Dans les pays arabes, la plupart des gouvernements subventionnent les matières de première nécessité pour leurs peuples comme le blé, le café, le sucre, l’huile, etc. Les autres ont laissé le marché libre à la concurrence. Curieusement, la nouvelle loi de finances en Algérie qui était présentée comme une nouvelle approche économique tirant ses sources du patriotisme économique n’est autre que de la poudre aux yeux car non seulement, cette loi ne mentionne rien sur le phénomène des monopoles, donc les intérêts de cette personne et des autres sont préservés, mais le paradoxe est que cette loi, en réalité et sur le terrain, sert même à protéger les intérêts des monopolistes en instaurant toute une batterie de nouvelles lois visant à se barricader contre la concurrence étrangère et en instaurant un champ plein de marécages bureaucratiques destiné à décourager le petit importateur algérien.
Cette nouvelle loi de finances laisse le champ libre sans les barrières de la concurrence, a ce groupe et aux autres barons de l’importation pour s’enrichir davantage. Puisqu’on a droit au doute et dans ce contexte bien précis, on peut se poser maintenant des questions sur l’attitude glaciale du gouvernement algérien face à l’adhésion de l’Algérie à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Pourquoi cette hésitation et cette crainte de l’OMC et pourquoi le gouvernement ne parle plus de cette adhésion et pourquoi aucune démarche n’a été faite depuis quelques années?
Une adhésion de l’Algérie à l’OMC cassera les monopoles de certains monopolistes.(L’Expression-11.01.2011.)

Noureddine LEGHELIEL (*) Expert international et analyste boursier à la banque suédoise Hagströmers och Qviberg

Noureddine LEGHELIEL (*)

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*UN MILLION D’OPÉRATEURS NE DÉCLARENT PAS LEURS ACTIVITÉS
«Le salarié paie plus d’impôts que le boucher!»
 

Si depuis hier, le calme, qui reste toutefois précaire, semble prendre le dessus, la spéculation ou l’économie de «bazar» a de beaux jours devant elle. Les pertes causées par l’informel sont beaucoup plus importantes comparativement aux dégâts résultant d’une émeute de 5 jours. Tout le monde s’accorde à dire, y compris la Centrale syndicale à travers son récent communiqué, que «le plus grand danger est la spéculation et la situation de monopole».
Alors qu’on a occulté la véritable lame de fond à l’origine des émeutes sanglantes des 5 derniers jours, force est de constater que la stabilité sociale est menacée par une excroissance commerciale qui ne cesse de s’épanouir en Algérie. Il s’agit de l’activité non déclarée ou informelle, «occasionnant des ravages énormes à l’économie nationale», selon plusieurs experts. «Les opérateurs de l’informel ne déclarent ni leurs activités ni encore moins leurs salariés, qui restent donc sans couverture sociale», selon le chargé de l’administration et des finances à l’Ugta, Salah Djenouhat. Cela d’une part, de l’autre, ajoute-t-il, «ils affaiblissent la capacité financière des caisses d’assurance sociale en les mettant en danger». Dès lors, le réseau de solidarité nationale constitué par ces caisses, estime-t-il encore «se trouve mis en danger et en situation délicate».
«Ces derniers saignent et bloquent l’économie nationale». Aucune mesure concrète n’a été prise par les pouvoirs publics pour venir à bout de ce phénomène même si selon Djenouhat, «le travail au noir est dénoncé par l’Ugta dans les différentes tripartites». Ceci dit, le nombre des opérateurs activant au noir va crescendo. En citant une étude réalisée par un expert, l’invité de la radio, indique qu’«on parle actuellement d’environ un million d’opérateurs qui ne déclarent pas leurs activités et leurs salariés».
Selon d’autres sources, leur nombre dépasse «les 1,2, voire 1,5 million». Ainsi, le préjudice qui se chiffre à des centaines de milliards de dinars, prévient-il «porte atteinte aux différentes caisses sociales comme la Cnas et la Caisse nationale des retraites (CNR)» lesquelles, selon ce syndicaliste «constituent un élément très important dans la solidarité nationale en finançant les hôpitaux en particulier et le système de santé en général». «Il faudrait que l’Etat prenne des mesures fortes pour juguler le travail au noir, tels l’allègement des contraintes administratives et la réduction fiscale et d’autres charges en faveur des entreprises économiques». Il est clair qu’il ne s’agit pas de solutionner une affaire de sucre et d’huile mais de l’économie nationale qu’il faut développer et relancer.
L‘Etat doit aussi, «renforcer le contrôle, réguler le marché, et obliger les opérateurs à déclarer leurs salariés», a-t-il souligné. Pis encore, le salarié est ruiné par l’IRG et laminé par un pouvoir d’achat en dégradation perpétuelle. «Il est anormal, dans un pays comme l’Algérie, qu’un travailleur paie des impôts plus élevés que ceux d’un boulanger ou un boucher», a-t-il estimé.
Paradoxalement, souligne-t-il, «le salarié paie un montant élevé à travers l’impôt sur le revenu global, l’ IRG qui est très important». Ce point relatif à l’IRG, qui devait figurer en priorité sur la liste des actions du gouvernement, «n’est pas encore à l’ordre du jour des discussions», selon Djenouhat. Les dernières augmentations de salaire profitent aux hauts cadres administratifs dont le salaire est indexé sur le Snmg et non aux simples salariés. Dans ce contexte, Salah Djenouhat, a annoncé au micro de la radio «le cap de 70% dans la finalisation des statuts particuliers».
«Ce sont surtout les régimes indemnitaires qui demeurent en discussions, quelques statuts qui ont accusé du retard tels que ceux de la santé et des médias, sont en en voie de finalisation. Le retard est dû à un problème de cohésion et de calcul concernant, notamment les régimes indemnitaires», a-t-il indiqué. Et d’ajouter: «Il y a entre 47 et 48 statuts finalisés».
Dans une étude établie par l’Ugta sur le budget des ménages, le Snmg a été déterminé à hauteur de 25.000 DA, il y a trois ans. «Une autre étude récente sur le budget de survie d’une famille de 5 personnes, tourne autour de 29.500 DA, voire au-dessus de 30.000 DA», a été remise aux pouvoirs publics. Par ailleurs, «la tripartite sera tenue probablement au cours de ce premier trimestre», selon Djenouhat. (L’Expression-11.01.2011.)

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**Un remaniement ministériel, pour quoi faire ?Après le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), c’était au tour, hier, de Abderrahmane Belayat, membre du bureau politique du FLN, de prêter l’intention au chef de l’Etat d’opérer, dans les prochains jours, un remaniement gouvernemental.

Dans un communiqué rendu public la veille de sa marche, le RCD avait, rappelle-t-on, affirmé que c’est le président Bouteflika lui-même qui a instruit la télévision et la radio pour rappeler l’interdiction de la marche.
Le but ? Le parti dirigé par Saïd Sadi s’est dit convaincu qu’il s’agissait là d’une attitude destinée, ni plus ni moins, qu’à «préparer un remaniement gouvernemental».

«Le chef de l’Etat suggère qu’après cette interdiction, il interviendrait, en tant qu’arbitre, pour lâcher du lest par un remaniement gouvernemental», écrit le RCD dans un communiqué publié vendredi dernier. «Le scénario est malheureusement connu : réprimer, intimider et courir derrière l’histoire en cédant trop peu, trop tard et trop mal», a-t-il ajouté. Abderrahmane Belayat n’a pas expliqué, pour sa part, les raisons qui pourraient amener Abdelaziz Bouteflika à se passer de quelques ministres. Il est difficile, cependant, de ne pas lier ce remaniement avec les dernières émeutes qui ont eu pour théâtre les grandes villes du pays et de ne pas y voir une tentative destinée à calmer une population plus qu’excédée par l’incompétence et le niveau de corruption qui affectent l’administration.
Quels ministres pourraient faire les frais de ce changement ? Pour le moment, personne ne le sait. Encore que, lors de son passage la semaine dernière à la Radio nationale, Chiheb Seddik, député et homme de confiance d’Ahmed Ouyahia, a donné une idée sur les personnes qui pourraient être sacrifiées sur l’autel de la campagne de moralisation de la vie publique, puisqu’il faut bien appeler les choses ainsi.  

En attendant que cela se produise, il faut dire que pour le moment, la classe politique ne fait pas de ce remaniement son sujet favori. Habituellement volubile, le Parti des travailleurs (PT) n’a pas souhaité, hier, commenter cette information. Considéré comme l’un des bras droits de Louisa Hanoune, Djeloul Djoudi s’est contenté de rappeler les positions de son parti par rapport à la politique économique du gouvernement.
Il est à rappeler toutefois que dans un passé récent, le PT avait mené campagne pour la dissolution de l’Assemblée populaire nationale (APN). Ce parti vient d’ailleurs d’être rejoint dans cette revendication par le RCD. A la seule différence peut-être que le parti de Saïd Sadi exige maintenant la dissolution de toutes les assemblées élues.

Contacté hier aussi par El Watan pour connaître sa position sur la question, le Front des forces socialistes (FFS) a pour sa part affirmé ne disposer d’aucune information sur ce remaniement. «Le  FFS n’est pas dans le secret des dieux et n’a pas pour habitude d’être destinataire des confidences du général Toufik», a indiqué sur une note d’humour le premier secrétaire du FFS, Karim Tabbou. Notre interlocuteur a néanmoins insisté sur l’idée que «toute initiative qui ne va pas dans le sens d’une réelle ouverture des champs politique et médiatique et d’une consécration pleine et entière des libertés individuelles et collectives ne peut être considérée que comme une tentative de maquillage et de replâtrage d’un régime honni par la population». L’avis défendu par le FFS est partagé également par un grand nombre d’associations de la société civile et de formations politiques.
Lors d’une réunion tenue, vendredi à Alger, à la Maison des syndicats, une vingtaine d’acteurs de la scène politique et sociale ont décidé, «face aux attitudes répressives et méprisantes du régime en place contre la société algérienne». (El Watan-23.01.2011.)

*Pourquoi l’Algérie ne sera jamais la Tunisie

 Une armée «prétorienne», une opposition décrédibilisée, une société civile atomisée et une rente pétrolière pour acheter la paix sociale : le modèle algérien semble réfractaire à la «contagion» de la révolution tunisienne. Décryptage. 

L’armée algérienne est une armée «prétorienne»

«Alors que le modèle sécuritaire tunisien était vertical, inféodé au seul maintien du clan Ben Ali, structuré autour du ministère de l’Intérieur, de la police et des services secrets, en Algérie, le maillage sécuritaire est beaucoup plus horizontal, analyse un politologue algérien. La puissance est aussi bien distribuée entre armée, services de renseignements et Présidence.» Le pouvoir a développé avec l’armée (services de renseignements et armée de troupe) une relation beaucoup plus complexe que le régime tunisien, donnant naissance à une forme de pouvoir politique que Bassma Kodmani, directrice du think tank Arab Reform Initiativ, appelle «sécuritocratie». «Mais chez nous, la légitimité de l’armée n’est pas la même, nuance le politologue.

«L’Armée nationale populaire héritière de la glorieuse Armée de libération nationale tire toute sa puissance symbolique de la Révolution. C’est une armée politique construite selon un modèle dont la cohésion dépend, depuis 1962, d’un pôle civil et d’un pôle militaire forts. Mais c’est ce dernier qui reste le corps le plus uni, le plus structuré, donc le plus influent.» Une explication que réfute Mohammed Hachemaoui, politologue et professeur invité à l’université Paris VIII. «C’est vite oublier le bilan tragique de la répression manu militari d’octobre 1988. Plus de cinq cents morts, selon le bilan hospitalier ! C’est oublier l’usage impuni de la torture. Le capital symbolique de la libération nationale a été dilapidé par le régime. Octobre 1988 a marqué la fin symbolique de la ‘’légitimité révolutionnaire’’. La grande corruption a achevé le reste…»

Les enjeux sécuritaires – rôle pivot dans la sécurité de la région, relations conflictuelles avec le Maroc et lutte contre le terrorisme – que seule l’Algérie connaît, pourraient-ils aussi expliquer le rôle capital de l’armée ? «La domination prétorienne n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Il y a deux types d’armées prétoriennes : celle qui arbitre et celle qui gouverne. En Algérie, l’armée prétorienne domine le processus politique dès avant l’indépendance. C’est la force prétorienne qui a défait le GPRA lors du coup de force de l’été 1962, coopté Ben Bella avant de le démettre par un coup d’Etat, porté le colonel Boumedienne au sommet de l’Etat, coopté le colonel Chadli comme primus inter pares, forcé ce dernier à démissionner, orchestré le coup d’Etat de janvier 1992, restauré une politique prétorienne, coopté Bouteflika en 1999 et négocié ses plébiscites depuis. Bref, l’Armée prétorienne a préempté le jeu politique algérien. » Mohammed Hachemaoui poursuit. «Un régime constitutionnel peut parfaitement traiter les problèmes sécuritaires, qui sont au demeurant hautement politiques, sans tomber dans le diktat prétorien. Les contre-exemples sont nombreux. L’Inde fait face, depuis son indépendance, à des menaces militaires autrement plus sérieuses : le Pakistan à l’ouest, la Chine à l’est, pour ne rien dire des conflits confessionnels et des vagues d’assassinats politiques. La démocratie indienne n’a jamais cédé et l’Armée indienne est restée constitutionnelle. Il y a d’autres exemples : l’Espagne post-Franco avec le terrorisme de l’ETA ; la Corée du Sud post-Roh Tae Woo avec la menace nucléaire que fait peser sur elle le système totalitaire de la Corée du Nord.»  

La société civile algérienne a été pulvérisée

«En Tunisie, le mouvement de protestation a été très suivi et appuyé par les syndicats des travailleurs, les avocats, les journalistes, les ligues des droits de l’homme… En Algérie, la situation est très différente : les revendications de la population ne sont pas portées par la société civile», analyse Ratiba Hadj Moussa, professeur au département de sociologie de l’université York à Toronto et organisatrice d’un atelier sur les émeutes en Méditerranée du 6 au 9 avril à Florence (Italie). Accusée d’inertie, la société civile algérienne se défend en accusant le pouvoir d’avoir «cassé toute structure organisée» et «fermé tous les espaces d’expression publics». Un argument qui peut se défendre, pour la sociologue Nassera Merah. «Les Tunisiens, face à une adversité visible, un ennemi bien identifié, ont été obligés de s’organiser, d’entrer dans une clandestinité où ils étaient obligés de se serrer les coudes.» Faux problème, répond un politologue algérien. «Le problème vient de la perception que la société civile a du changement : quand les émeutes d’Octobre 1988 ont éclaté, personne ne s’attendait à ce que la protestation parte de la jeunesse, car dans l’acception du pouvoir et de l’élite, la force du changement se trouve dans le mouvement ouvrier.

Depuis, rien n’a vraiment changé et la société civile, restée dans de vieux schémas, a du mal à concevoir toute idée de changement.» La Coordination nationale pour le changement et la démocratie en Algérie marque-t-elle le début d’une nouvelle étape ? Selon Ihsane El Kadi, directeur de Maghreb Emergent, l’Algérie connaît sans doute un début de cycle, similaire à celui des années 1985/86. «La création de la Ligue des droits de l’homme, du Mouvement des journalistes algériens ou du Rassemblement des artistes, intellectuels et scientifiques, remonte à cette époque, se souvient-il, enthousiaste. En 1985, Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella lançaient, depuis Londres, un appel au peuple algérien pour l’instauration de la démocratie et le respect des droits de l’homme ! Un an plus tard, des émeutes ont éclaté à Sétif et Constantine avant de se généraliser deux ans après. Aujourd’hui, la différence, c’est que nous ne partons pas de rien.» La donne tunisienne, qui montre que c’est possible, la relative liberté de la presse, Internet… représentent pour le journaliste autant de leviers pour agréger plus vite un mouvement. Mais pas pour Mohammed Hachemaoui qui assure que «l’histoire ne se répète jamais. La clandestinité a paradoxalement favorisé la formation et la structuration de mouvements d’opposition, de noyaux de société civile. La politique prétorienne instaurée à l’ombre du ‘’multipartisme’’ a laminé ces mouvements. Aucun groupe n’a réussi à échapper au rouleau compresseur prétorien.

La privatisation de la violence dans les années 1990 a brisé la société politique qui était en éclosion.» Résultat : «Nous ne nous faisons plus confiance, les jeunes nous reprochent d’avoir cessé le combat et laissé les partis s’installer, relève Nassera Merah. Alors on se maintient dans un état d’infériorité parce que finalement, on n’a jamais laissé l’Etat algérien se gérer seul.» Convaincu que la décennie noire a laminé, physiquement et intellectuellement les 30-50 ans, Ihsane El Kadi croit malgré tout au changement par le renouvellement des générations. «On voit bien les 18-25 ans qui sont en train de se structurer, à l’exemple du Mouvement pour la reconquête citoyenne. Le noyau de la révolte antirévolutionnaire, ce sont eux. Pour l’instant, ils ne sont pas en contact avec les émeutiers, l’autre partie de la jeunesse déclassée. Mais si l’Etat maintient son carcan, à la prochaine salve d’émeutes, les réseaux seront mis en place et la jonction entre les deux se fera plus vite.»

L’opposition politique n’est pas crédible comme force alternative

«En Algérie, l’opposition est piégée entre deux logiques. Soit elle a refusé de négocier avec le pouvoir, s’est heurtée à l’absence d’espaces d’expression et n’a pas pu exister. Soit en acceptant d’être représentée au Parlement, elle s’est décrédibilisée aux yeux de l’opinion publique», analyse un ancien journaliste politique. Une théorie qui expliquerait en partie l’échec de la marche du 22 janvier dernier à l’appel du Rassemblement pour la culture et la démocratie. «Il est tout de même incroyable qu’un parti se plaigne qu’on lui interdise une marche, surtout dans un Etat comme le nôtre ! s’étonne la sociologue Nassera Merah. Les partis attendent que la société vienne à eux alors qu’on les attendait auprès des jeunes, à les encadrer. C’est tout de même leur rôle d’infiltrer les mouvements ! Ceux qui doivent canaliser la colère ont failli. Ce sont eux qui ont le plus trahi, aux yeux de la population.» Peut-on alors parler d’opposition ? «Le passage en 1989 du ‘’parti unique’’ au ‘’multipartisme’’ ne s’est pas accompagné du démantèlement de la police politique, souligne Mohammed Hachemaoui. ‘’Tous les partis politiques, à l’exception du FFS, sont une création des décideurs. Même une partie du FIS relevait du pouvoir’’  Ce n’est pas moi qui le dis mais Sid Ahmed Ghozali, l’ancien chef de gouvernement qu’on ne peut pas taxer d’opposant…» Dans ce contexte, Nassera Merah conclut : «Aujourd’hui, ils sont tellement bien installés, ils ont tellement d’avantages à perdre qu’ils n’ont pas intérêt à ce que le système change… Et même s’ils le voulaient, ils n’ont pas de projet politique.» «Car même s’ils prétendent représenter la population, les partis ont comme obsession le pouvoir et non la société…», conclut Ratiba Hadj Moussa.

Grâce à sa politique sociale, l’Etat algérien est en mesure de négocier

«Si l’argent public est mal géré (redistribution clientéliste, corruption, absorption de 40% de la masse monétaire par le marché informel…), la rente pétrolière est redistribuée», note un chercheur en anthropologie politique. «L’Etat algérien est un Etat social.» Les transferts sociaux – argent injecté pour l’attribution de logements sociaux, aux subventions des denrées alimentaires, à l’emploi précaire ou à l’assurance chômage…– représentent chaque année 15 milliards de dollars. «Ces transferts sont parmi les plus importants du monde arabe. Et cela laisse au pouvoir une marge de manœuvre importante pour négocier.» D’autant que la désorganisation de la société civile et de la division de l’opposition «finissent toujours – pour l’instant – à profiter à l’Etat, ajoute Ratiba Hadj Moussa. En l’absence d’alternative, c’est toujours lui qui finit par récupérer les mouvements de protestation et apparaît comme celui qui ‘’intervient’’. Soit par un remaniement ministériel, soit par un programme national de lutte contre le chômage, par la distribution de logements… D’un côté, le pouvoir réprime. De l’autre, il discute. En faisant cela, il affaiblit les protestations, lesquelles, si elles sont nombreuses, se retrouvent isolées.» Des 9700 mouvements de protestation enregistrés en 2010, tous se sont éteints comme ils ont commencé.

En recevant des habitants de Diar Echems, la cité qui s’était soulevée en 2010 pour réclamer des logements décents, le wali a par exemple étouffé la colère. «Le face-à-face entre le pouvoir et les émeutiers rend la question personnelle et non plus politique. Contrairement à la Tunisie, cela prouve bien que les émeutes en Algérie ne sont pas des émeutes pour la démocratie : la transformation des institutions n’est pas à l’ordre du jour.» Mais la récurrence des émeutes montre d’un autre côté que si l’Etat arrive à éteindre les incendies avec l’argent du pétrole, ce dernier ne suffit pas à acheter la paix sociale. «La corruption généralisée génère le mal-développement et accroît les inégalités sociales. La corruption a colonisé l’Etat. Elle a aussi pulvérisé le corps social. Les tycoons, ces symboles de l’argent facile, exercent, rappelez-vous Khalifa, une grande fascination sur les groupes sociaux. La corruption s’est tellement banalisée que la contestation ne porte plus sur le fléau en tant que tel, mais sur la répartition des bénéfices qu’engendre celui-ci.

C’est là une différence centrale entre la Tunisie et l’Algérie.», analyse Mohammed Hachemaoui. Pour autant, Ihsane El Kadi, directeur du site Maghreb Emergent, croit à une possibilité d’ouverture «pilotée par le pouvoir». «Le pouvoir sait que fermer conduira à la révolte générale. Les Algériens savent aussi, parce que ce sont eux qui ont le plus donné dans la région, qu’une confrontation entraînera de nouveaux sacrifices et ils ne veulent pas de cela…» L’espoir ? Les élections législatives de 2012, peut-être. «Le hasard fait bien les choses : faisons de cette échéance une occasion d’agréer de nouvelles formations politiques, d’ouvrir l’audiovisuel, de rétablir la pratique politique.»(El Watan-28.01.2011.)

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6 réponses à “*météo politique-3”

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