Législatives 2017.Alg.suite-2

***Législatives 2017.Alg.suite-2

*jeudi 04 mai 2017

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**ici aussi: Législatives 2017.Algérie

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*Analyse de Rachid Tlemçani, politologue :

« Il faut faire avec ce nouveau parti d’insoumis de la société anti-système »

Rachid Tlemçani : "Il faut faire avec ce nouveau parti d’insoumis de la société antisystème"

*Le politologue Rachid Tlemçani donne quelques clés de compréhension des dernières législatives de mai 2017

*Question: Les résultats officiels du scrutin du 4 mai 2017 ont-ils été pour vous une surprise ?

*Rachid Tlemçani : Les résultats officiels du scrutin de mai 2017 n’ont guère surpris les observateurs avertis en Algérie ou ailleurs. Si dans les pays démocratiques, les élections réservent toujours des surprises aux électeurs et à l’opinion publique, ce n’est pas le cas dans les pays autoritaires. Les résultats dans ces pays sont connus avant même la tenue des élections. L’enjeu électoral n’est pas l’alternance pacifique au pouvoir mais la consolidation, voire la légitimation, du groupe dominant au détriment de la promotion de la démocratie et des règles de jeu transparent. Les résultats officiels expriment en réalité le dénouement d’une lutte obscure des clans au sein du sérail et des groupes d’intérêts, ces derniers ayant fait main basse sur l’économie de bazar et les rentes de situation. Le rétrécissement drastique des revenus énergétiques ces dernières années a exacerbé ces luttes qui étaient contenues au sommet de l’Etat. Leur férocité ces derniers temps est telle qu’elles ont envahi, lors de la confection des listes des candidats, la sphère publique et médiatique où tous les coups-bas sont permis au vu et au su de tout le monde. Il n’y a pas de partis politiques qui sont à l’abri des luttes intestines, byzantines. L’intérêt particulier prime sur l’intérêt du parti et de la collectivité. La violence, physique et symbolique, devient dans un tel contexte l’instrument de prédilection des rendez-vous électoraux. Les électeurs se détournent ainsi visiblement des urnes, les véritables enjeux sont ailleurs. Les rêves de la jeunesse ne rentrent pas dans les urnes, ils sont noyés en Méditerranée ou ailleurs.

***Comme attendu, le FLN et son excroissance le RND ont obtenu la majorité absolue des sièges. Le FLN dirigé par Djamel Ould Abbes que le scandale des listes électorales qui l’a entre autres éclaboussé ne l’a pas empêché de remporter 164 sièges. Le FLN veut être ainsi perçu comme la première formation politique du pays et « peut gouverner encore pendant 100 ans », affirme Ould Abbes. Ce résultat dans l’ensemble était prévisibles puisque la campagne électorale a été menée au nom du président Bouteflika coopté comme le président d’honneur de ce parti en janvier 2005 alors qu’il s’était présenté aux présidentielles de 1999 comme le « rassembleur » de tous les citoyens dans une Algérie dominée, paradoxalement, par l’émergence d’une classe de nantis sans scrupules revendiquant haut et fort une forte représentativité dans les centres de décision. L’alliance FLN/RND totalisant 264 sièges sur 462 reste la formation politique du pouvoir et de l’administration. Elle a officiellement recueilli à peine 11% du total des inscrits. Même en y ajoutant les groupes islamistes, le TAJ et le MPA, le pouvoir n’est appuyé que par moins de 20% du corps électoral. Ce score ne l’empêche pas de parler au nom du peuple algérien. Un néo-FLN, appelée alliance présidentielle, s’est reconstitué au fil de la crise sécuritaire. L’ouverture démocratique du système autoritaire s’avère être très limitée après un quart de siècle de « pratiques démocratiques ». Le successeur du président Bouteflika sera manifestement coopté dans le sérail, la famille, bien que plus de 70% des électeurs se sont détournés des unes.

***Sans grande surprise, la mouvance islamiste est classée en troisième position bien que sa base sociale se soit rétrécie ces dernières années dans notre pays et ailleurs. Elle a remporté entre 70 et 80 sièges justifiant ainsi l’attribution de quelques sièges ministériels. L’islam politique dit « modéré » ne fait plus recette aujourd’hui. Par contre, le salafisme gagne du terrain et s’implante en douce dans des sphères idéologiques (éducation et médias) tandis que « l’islam de marché » domine plusieurs secteurs d’activités commerciales (informatique et pièces de rechange). Tout compte fait l’on assiste à la re-traditionnalisation du pouvoir politique dans son ensemble. Des candidates voilées apparaissent sans visage sur les affiches de plusieurs listes partisanes (FFS, FNA…) exprimant très clairement l’islamisation par le bas. Selon le président de la HIISE (Haute instance indépendante de surveillance des élections), « la loi a donné la liberté aux candidats de choisir la manière de se faire connaître aux électeurs ( …) Avec le nom seulement ou le nom avec la photo, le choix est laissé au candidat qui doit respecter néanmoins les dimensions de l’affiche ».

**Comment expliquez-vous les erreurs commises par le Ministère de l’Intérieur lors du dépouillement ?

Les chiffres des législatives donnés par le Conseil constitutionnel montrent des écarts très importants avec ceux annoncés par le ministère de l’Intérieur. Le taux de participation est ramené de 37,09% à 35,37, soit près de deux points d’écart. Le plus surprenant concerne le nombre de bulletins nuls. Il est ramené à la baisse, à 1.757.043. Les services du département de l’Intérieur se sont trompés également dans le nombre de votants avec un écart de 398.976 entre leur chiffre (8.624.199) et celui du Conseil constitutionnel (8.225.223). Autres couacs, des chiffres annoncés avec beaucoup de retard, d’autres totalement absents, un site web officiel inefficace. Le Ministère des Affaires Etrangères n’a pas fait mieux. Les résultats de la diaspora n’ont pas été livrés à temps… A ces problèmes techniques, il faut ajouter la falsification des PV et le bourrage des unes, tel que des vidéos l’ont dévoilé. Très étrange, l’Algérie a vécu pourtant le 4 mai 2017 sa première élection législative à l’ère de la 3G et de la 4G. La numérisation du processus électoral évitera manifestement tous ces couacs. Mais quel est le groupe politique, pouvoir et opposition, qui souhaiterait une transparence totale des élections ?

***Lors de la campagne électorale, le gouvernement ainsi que l’opposition politique ont appelé les citoyens a voté massivement le 4 mai. Mais en vain. Comment expliquez-vous la faible participation, un record historique ? Quels sont les enseignements à tirer de cette participation ?

*Il y a plusieurs niveaux d’analyse pour expliquer la désaffection électorale. Pour beaucoup d’Algériens, les élus, aux niveaux local et national, n’apportent pas de réponses à leurs problèmes quotidiens. Les députés ne se préoccupent que de leurs honoraires et des rentes de situation. L’APN est une simple chambre d’enregistrement, elle n’a pas de réels pouvoirs pour influer un tant soit peu sur les décisions du gouvernement. Les députés ne se font pas d’ailleurs d’illusions, l’absentéisme est devenue problématique lors des plénières. Tout compte fait, ils n’ont pratiquement initié aucune loi durant les quatre législatives précédentes ! Les députés sortant ont concédé sans résistance des prérogatives à l’Exécutif mais ils ont pris le soin de bien négocier leur prime de départ. Le projet de loi de finances de 2016 a accordé, entre autre, à l’Exécutif le droit de réviser en toute discrétion des crédits déjà votés.

Paradoxalement le pouvoir ainsi que l’opposition officielle encouragent d’une certaine manière un fort taux d’abstention. Une forte mobilisation électorale remet en cause inéluctablement le statu quo ambiant et par conséquent engendre une dynamique conflictuelle susceptible de prendre en charge autrement la gestion des affaires de la cité. Plus problématiquement, l’opposition institutionnelle n’a pas jugé utile de rejoindre le mouvement social qui ne cesse de prendre de l’ampleur à travers tous le pays. Elle préfère tout bonnement se positionner en marge du mécontentement populaire. « Wait and see », telle est la politique mise en application. L’étude sociologique du profil des candidats révélerait que des repoussoirs, corrompus, opportunistes et incompétents, sont présentés aux électeurs. La plupart des députés sortant sont reconduits, les jeunes militants sont souvent absents des listes. Le chef d’Etat a probablement remis un bulletin « nul », il est bien admis aujourd’hui qu’il ne croit pas beaucoup à la démocratie. Il ne faut pas donc s’attendre à ce que les électeurs votent en masse. Comme autre profil, les hommes d’affaires et les oligarques sont nombreux à se présenter à ces élections. Les responsables des partis sont même très fiers de soutenir le capital informel et spéculatif. La « chkara », l’argent douteux, a envahi les centres de décision quand une politique rigoureuse d’austérité et des restrictions budgétaires est imposées à l’ensemble des Algériens.

Les slogans officiels, tels que « La menace aux frontières », « la main de l’étranger qui veut déstabiliser le pays », « la nécessité de préserver la sécurité du pays », n’ont pas persuadé les Algériens à aller voter en masse. La gestion de la crise de légitimité par la peur ne fonctionne plus. Désormais, rien ne fait peur à la jeune génération.

Pour rappel, Said Sadi, SG du RCD à l’époque, avait soutenu que l’armée est le seul parti authentique dans le pays. Le scrutin de 2017 a clairement dévoilé que les abstentionnistes constituent un autre grand parti. Ce dernier est constitué de jeunes actifs et engagés pour le bien de la collectivité. Désormais il faut faire avec ce nouveau parti d’insoumis de la société anti-système « L’Algérie du marteau » et « l’Algérie de l’enclume » risquent de s’affronter si une ouverture sincère et authentique n’est pas amorcée rapidement.

Les partis démocrates (FFS, RCD et PT) n’ont pas fait un bon score. A quoi attribuez-vous ces faibles résultats ?

Le FFS a remporté 14 sièges, le PT,11 et le RCD, 9. Aucun de ces partis ne peut constituer un groupe parlementaire. Ces partis ne se sont pas positionnés dans le camp présidentiel lors de la lutte au sommet qui s’est soldée par la mise à la retraite du chef du DRS. Par contre, le TAJ et le MPA ont soutenu le clan présidentiel sans ambigüité pour ne pas dire d’une façon grotesque ont obtenu respectivement 19 et 13 sièges. Pour des partis dont leur base sociale est virtuellement insignifiante, ils ne pouvaient pas espérer mieux.

Déconnectés de la réalité, les partis dits « démocratiques » ont appelé les Algériens à voter massivement comme ce fut le cas du pouvoir. Ce qui est important à relever c’est que ces partis n’ont pas été écoutés même dans leur fief de prédilection. Le SG du FFS n’a pas été élu dans son propre douar ! Dans les circonscriptions de Tizi-Ouzou, Bejaia, Bouira, Boumerdes ainsi qu’en France, perçues comme le fer de lance de la démocratie algérienne, le taux de participation est le plus faible. Il est officiellement de l’ordre de 17%. Par contre, la consigne de « boycott » émise part le MAK et les autres groupes a été bien suivie. Les autonomistes et les séparatistes gagnent du terrain à chaque événement tandis que les partis traditionnels se trouvent discréditer un peu plus. La jeunesse leur tourne le dos. Le pouvoir les a finalement piégés. Par contre, les partis qui ont appelé au boycott, comme Jil Jadid de Sofiane Djilali et Talaie El Houriat dirigé par Ali Benflis, candidat aux élections présidentielles de 2004 et 2014, gagnent en crédibilité. En tirant les enseignements de l’élection présidentielle de 1999, Ali Benflis a jugé utile d’investir le champ politique contrairement aux candidats qui se sont retirés de cette élection plébiscitant de facto le candidat de l’establishment sécuritaire.

**Quelle a été la particularité de cette campagne électorale ?

Cette campagne dans l’ensemble s’est déroulée comme les précédentes, sans incident majeur. Il est de tradition lors des grands événements que le pouvoir ne lésine pas les moyens (équipements, allocations financières et personnel). On a assisté à 3 semaines d’une parodie, une campagne morne, sans contenue et sans substance. Les espaces réservés par le gouvernement ont été désertés par les électeurs. Des grands meetings ont été annulés… Ce désintérêt est légitime lorsque la question sociale est absente du discours « démocratique » ainsi que du discours islamiste cette fois-ci.

La plus grande particularité de cette campagne a trait à l’intervention d’un nouvel acteur, les internautes. Le clip du youtubeur DZjoker titré Mansotich (« je ne saute pas », jeu de mot avec manvotich, « je ne vote pas ») est devenu l’hymne des partisans du boycott. Cette vidéo a été visionnée à plus de 4 millions durant la campagne.

**Au regard de ces résultats électoraux, l’expérience démocratique est-elle un échec en Algérie ? N’est-il pas opportun de faire le bilan de l’expérience démocratique ?

La démocratie politique a aggravé les inégalités sociales en Europe, aux USA ainsi qu’en Tunisie, l’exception du printemps arabe. Les dernières élections dans ces pays ont clairement montré que cette forme de représentativité est arrivée à ses limites. Le modèle de sortie de crise mis en place au lendemain des émeutes d’octobre 1988 a été vendu au rabais aux élites, rentières et autoritaires. L’infitah sous contrôle avait pour objectif ultime la légitimation d’un autoritarisme électoral. La transition politique algérienne doit se baser sur la mise en place d’un processus graduel et apaisé devant aboutir à un autre modèle de développement politique et économique. La démocratie délibérative s’adaptant facilement à certaines valeurs traditionnelles est l’instrument privilégié devant contribuer à l’instauration d’un nouvel ordre social plus juste et équitable. Cette démocratie est à construire avec la génération des réseaux sociaux, les nouvelles élites décomplexées du récit de la légitimité révolutionnaire et historique.

Entretien réalisé par Hamid Arab / Le Matin.dz / dimanche 14 mai 2017

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**Législatives 2017

Comme il était prévu par de nombreux observateurs, les deux partis au pouvoir, le FLN et le RND ont obtenu la majorité absolue au parlement à la suite des résultats des élections législatives rendues publiques ce vendredi par le ministère de l’Intérieur. 

Le parti du Front de libération nationale (FLN) est arrivé en tête avec 164 sièges remportés aux élections législatives du 4 mai 2017, suivi du Rassemblement national démocratique (RND), avec 97 sièges, selon les résultats annoncés vendredi par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Nourredine Bedoui. Voici les résultats complets de ces élections avec le classement des partis et le nombre des sièges obtenus par chaque parti :

FLN : 164 sièges, dont 50 femmes
RND : 97 sièges dont 32 femmes
Mostakbal : 14 sièges dont deux femmes
Ennahda : 15 sièges dont 4 femmes
ANR : 8 sièges dont 4 femmes
RCD : 9 sièges dont 3 femmes
PT : 11 sièges dont 3 femmes
FFS : 14 sièges dont 3 femmes
TAJ : 19 sièges dont 4 femmes
Indépendants : 28 dont six femmes
Alliance MSP : 33 sièges dont 6 femmes
Plusieurs petits partis ont décroché entre 1 et 4 sièges.

***divers médias./ 05 mai 2017

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« Mansotich »/ La magnifique vidéo qui résume le mal-être des Algériens

**cliquer ici: « Mansotich » EL Rissala

**« Mansotich »

*C’est plus qu’une vidéo. C’est un véritable hymne à la rage, la révolte et la colère. Le talentueux « Youtubeur » Dz Joker a résumé tout le mal-être des Algériens dans ce « poème » qui sort de ses tripes. Chômage, injustices, inégalités sociales, hogra, la harga, la corruption, l’exclusion et la stratification de la société, etc.,  tous les thèmes les plus problématiques de notre actualité ont été abordés sur un ton émouvant par un Dz Joker au sommet de son art. « Mansotich » résume tous les motifs à cause desquels les Algériens se désintéressent de la politique et des échéances électorales. A voir absolument : 

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Déficit de légitimité et crise économique

La forte abstention qui a marqué le dernier scrutin législatif vulnérabilise davantage les institutions de l’Etat, appelées à prendre des mesures audacieuses pour faire face à la crise.

On peut penser que rien n’a changé dans le paysage politique algérien. Le statu quo est reconduit à l’issue des élections législatives du 4 mai, entachées de fraude, comme le dénoncent les partis politiques. Certainement !

Mais il faut bien l’admettre, dans l’immobilisme imposé au pays, il y a une nouvelle donne : si l’on s’en tient aux chiffres officiels, 17 millions d’Algériens ont fait savoir leur mécontentement contre les politiques publiques basées sur la rente pétrolière et les échecs qu’elles ont générés : incapacité de construire une économie digne de ce nom, gaspillage, chômage, corruption, clientélisme et injustice sociale. Le bon sens voudrait qu’on tienne compte du rejet massif exprimé dans les urnes de jeudi dernier.

Ce serait un aveuglement que de faire semblant de ne pas voir cette réalité poignante traduite par un phénoménal taux d’abstention — bulletins nuls et blancs. Le message envoyé par les abstentionnistes ne souffre aucune ambiguïté. C’est la manière dont est géré le pays qui se trouve largement contestée, dans un contexte de grave crise économique appelée à durer, et exiger des Algériens des sacrifices difficiles à supporter.

Le gouvernement, qui voulait un quitus populaire par le biais des dernières élections pour conduire les réformes qu’il entend mener, ne l’a donc pas eu. Et ce sera encore un exercice périlleux de faire adopter des lois et une orientation économique tournée inéluctablement vers plus d’austérité avec une Assemblée populaire nationale (APN) mal élue avec pas plus de 6 millions de voix d’un corps électoral de plus de 23 millions d’inscrits et au milieu, faut-il encore le souligner, d’une large dénonciation de fraude.

C’est dans cette posture peu enviable que se retrouvera le nouveau gouvernement qui verra, certes, l’arrivée de nouvelles têtes aux postes ministériels, mais portera sûrement les mêmes couleurs politiques et appliquera le même agenda économique. Comment comptera-t-il s’y prendre sans accentuer le sentiment de rejet dont il fait l’objet ?

Les projections des experts économiques et celles du FMI sont négatives pour le pays. Dans son dernier rapport, l’institution de Bretton Woods prévoit un taux de croissance de 0,6% du produit intérieur brut (PIB), un taux de chômage qui atteindra 13,2% et une inflation qui saigne déjà terriblement les ménages.

Ceux qui président aux destinées du pays seront encore une fois dans l’obligation de produire une nouvelle loi de finances, celle de 2018, autrement plus austère que la précédente qui a vu l’augmentation des prix des carburants et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 19%. D’où puisera-t-il les ressources pour financer les politiques sociales ? Le Fonds de régulation des recettes (FRR) aura été totalement siphonné à la fin de l’année. Franchira-t-il clairement le pas pour aller vers des coupes drastiques dans les politiques de subventions sociales ?

Les défis qui se présentent à l’Exécutif sont multiples. Il est d’un côté fragilisé par le cinglant avertissement des électeurs qui ont refusé de lui signer un chèque en blanc pour mener «les réformes économiques», et de l’autre l’amenuisement significatif des recettes provenant des hydrocarbures qui ont fait jusque-là son bonheur.

Il sera en réalité coincé entre les tenailles d’un terrible manque de légitimité — l’impopularité de ceux qui gèrent le pays a dépassé tous les pronostics — et la nécessité d’opérer des ajustements douloureux sur les plans économique et financier. Et en politique, il y a une règle immuable : on ne peut pas demander des sacrifices au peuple quand on manque de légitimité.
 **Said Rabia / el watan – lundi 08 mai 2017

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Près de 17 millions d’Algériens ont rejeté les législatives

****************************** le président de Talaie El-Houriat, Ali Benflis, a qualifié les élections législatives du 4 mai dernier de “véritable autodétermination citoyenne” et de “coup de tonnerre dans le ciel déjà si lourd de notre pays”, tout en refusant de revendiquer pour soi le très fort taux d’abstention et de bulletins nuls enregistré à cette occasion. “C’est une véritable autodétermination citoyenne. Nous pouvons dire aujourd’hui qu’il y a un avant et un après 4 mai. Le 4 mai 2017 sera retenu comme le grand moment d’un éveil patriotique et d’un sursaut citoyen”, a estimé l’ancien chef de gouvernement pour qui “tout cela s’est exprimé à travers des chiffres accablants, affligeants et honteux”.

Au-delà de la question de la légitimité de la Chambre basse du Parlement qui se pose à l’aune des chiffres relatifs à la participation à ce scrutin, M. Benflis, qui ne peut que se réjouir de la tournure des événements, a surtout mis en exergue l’ampleur de l’abstention qui a fait du peuple “le premier opposant au régime en place”.
L’orateur, qui a animé hier une conférence de presse, n’a pas manqué de saluer “la leçon retentissante de maturité politique que les électeurs algériens ont magistralement administrée au régime politique en place ainsi qu’à l’ensemble de la classe politique algérienne”.
Selon M. Benflis, durant ce scrutin du 4 mai 2017, nous avons assisté à deux compétitions électorales. “La première a opposé les acteurs politiques participants, qui sont dans une logique de lutte pour les quotas. La seconde, et c’est la plus importante, a mis aux prises, d’un côté, le pouvoir et, de l’autre, le peuple. Le grand perdant de cette compétition a été le régime et le grand gagnant a été le peuple”, s’est-il réjoui.
“Les abstentionnistes ont formé le parti le plus puissant et le plus représentatif du pays avec 15 millions d’adhérents. Si ce parti pouvait être représenté, il aurait pourvu l’intégralité des sièges de la future Assemblée, il aurait formé le gouvernement à lui seul et il aurait disposé de la majorité plus que qualifiée pour réécrire la Constitution comme il le veut”, a-t-il fait remarquer, indiquant, dans la foulée, qu’au vu des statistiques relatives à ce scrutin, “le parti du vote nul est la seconde force politique du pays”.
Chiffres à l’appui, M. Benflis s’est dit offusqué par le fait que les deux partis arrivés en tête de ces élections, à savoir le FLN et le RND, qui ne totalisent qu’un peu plus de 11% du corps électoral puissent gouverner, faire des lois et prétendre parler et agir au nom du peuple algérien “dont les électeurs ont refusé leurs suffrages à plus de 89%”.
L’ancien chef de gouvernement a, par ailleurs, qualifié de “Cirque Amar” le sort réservé au nombre des bulletins nuls puisque le ministère de l’Intérieur avait comptabilisé plus de 2,1 millions de ces bulletins avant que le Conseil constitutionnel ne revoie le chiffre à la baisse, à environ 1 750 000. “Comment une si grosse erreur a-t-elle pu échapper à la vigilance des services du ministère de l’Intérieur ? Et quel usage a-t-il été fait de ce nombre considérable de voix qui ont été revalidées sans que les résultats globaux du scrutin en aient été affectés de quelque manière que ce soit ?” s’est-il, en effet, interrogé.
À propos de la commission nationale de surveillance des élections présidée par Abdelouahab Derbal, qui “a fait l’éclatante démonstration de son incapacité à assurer une compétition politique honnête et loyale et un scrutin en tout point inattaquable et irrécusable”, M. Benflis estime que cette instance “mérite plus la compassion que l’incrimination”, vu que la marge de manœuvre qui lui a été concédée était “extrêmement étroite”.
Interrogé sur la question cruciale de l’avenir de la coordination des partis de l’opposition, éparpillés par les choix liés aux élections législatives du 4 mai, l’ancien chef de gouvernement s’est voulu plutôt didactique sur le sujet, espérant que l’opposition pourra procéder à une évaluation de la situation pour tirer les enseignements nécessaires pour sa reconstruction. Il propose, à cet effet, des rencontres bilatérales et multilatérales, afin de décider des voies et moyens de l’action politique dans l’avenir, tout en prenant en considération “ce qui s’est passé le 4 mai 2017”.** source: Liberté / dimanche 14 mai 2017

“Une leçon retentissante de maturité politique”

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Ali Benflis commente les résultats des élections législatives

«Le peuple a gagné contre le régime en place»

Le 4 mai dernier a été une véritable autodétermination citoyenne.» C’est une des phrases lâchées hier lors de la conférence de presse animée au siège de son parti à Ben Aknoun, Alger, par un Ali Benflis conforté dans le choix d’avoir appelé au boycott des dernières élections législatives.

Devant un parterre de journalistes et de militants de son parti, le président de Talaïe El Houriat affirme que désormais «le plus grand parti de l’opposition c’est le peuple algérien». «Il en est sorti vainqueur.» Sans les revendiquer, et en ayant «la modestie de ne pas pouvoir définir le poids de sa formation dans la société», Ali Benflis se dit être «du côté du peuple algérien». Selon lui, «le 4 mai 2017 sera retenu comme le grand moment d’un éveil patriotique et d’un sursaut citoyen».

«De manière pacifique, de manière civilisée, de manière civique et d’une manière confondante de finesse, d’élégance et d’intelligence, près des trois quarts des électeurs ont fait savoir au régime politique en place qu’ils ne croyaient plus en lui, qu’ils ne lui faisaient plus confiance et qu’ils n’étaient pas dupes de ses engagements non assumés et de ses promesses non tenues.» «Près des trois quarts des électeurs, enchaîne le conférencier, ont fait savoir au régime politique en place qu’il a échoué sur toute la ligne et qu’ils le tenaient pour le premier responsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouve notre pays politiquement, économiquement et socialement.» En un mot, «le 4 mai 2017, tranchera le président de Talaïe El Houriat, a été la date d’une réappropriation de la citoyenneté par près des trois quarts des électeurs et d’une expression de leur volonté d’être des artisans de la construction de leur destin».

Sans nul doute, pour lui, «l’abstention des trois quarts de l’électorat, c’est un coup de tonnerre dans le ciel déjà si lourd de notre pays». «Qu’osera dire le régime politique en place maintenant ? Osera-t-il encore dire à cette écrasante majorité du peuple algérien qu’elle est composée de traîtres à leur patrie, de valets de l’étranger, de mauvais musulmans ou encore de ‘‘hraïmia’’ ?» s’est interrogé Ali Benflis, qui a rappelé toutes les accusations proférées par les responsables de l’Etat à l’égard de ceux qui ont pris le choix d’appeler au boycott des élections législatives.

«Le boycott ou la non-participation aux élections ont fait, dira-t-il, perdre au régime politique en place et à ceux qui ont parlé en son nom, à cette occasion, tout sens de la mesure, tout sens de la retenue et tout sens des convenances et du respect dus à des citoyens libres dans leur pays et seuls maîtres de tous leurs choix.» «L’abstention a eu des effets ravageurs sur ce scrutin», a estimé Ali Benflis pour qui les «abstentionnistes ont formé le parti le plus puissant et le plus représentatif du pays avec 15 millions d’adhérents». 

«Si ce parti pouvait être représenté, il aurait pourvu l’intégralité des sièges de la future Assemblée, il aurait formé le gouvernement à lui seul et il aurait disposé de la majorité plus que qualifiée pour réécrire la Constitution comme il le veut», a commenté le président de Talaie El Houriat qui critique le ministère régalien qu’est celui de l’Intérieur et le Conseil constitutionnel qui se sont télescopés dans la présentation des chiffres. Où sont passés les 350 000 bulletins nuls soustrait des 2 millions ? s’est interrogé Ali Benflis.

Le président de Talaie El Houriat ne s’arrête pas là, à ce stade de l’analyse. «Le parti (FLN, ndlr) arrivé en tête du scrutin n’a recueilli que 7% de l’électorat. Le parti arrivé en deuxième position (RND) n’a obtenu quant à lui que 4% de l’électorat», a soutenu le conférencier en soulignant qu’«à elles deux, ces deux formations totalisent un peu plus de 11% du corps électoral».

«Pourtant, avertit-il, ce sont elles qui gouverneront, qui feront les lois et prétendront parler et agir au nom du peuple algérien dont les électeurs leur ont refusé leurs suffrages à plus de 89%.» Affirmant que cette nouvelle situation a changé totalement la situation politique dans le pays, Ali Benflis appelle à l’ouverture d’un débat au sein de l’opposition. «Nous ne voulons pas qu’il y ait une explosion dans le pays», affirme encore une fois le président de Talaie El Houriat, qui revendique «une transition démocratique graduelle, pacifique et apaisée».
 **Said Rabia / el watan / dimanche 14 mai 2017

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d-ce-que-signifie-le-vote-des-militaires-28b9f

*La secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, a salué, hier, à Alger, l’attitude des militaires dont de nombreux éléments ont voté “blanc”, comme pour exprimer leur neutralité, eux qui, jusque-là, ont été accusés, à tort ou à raison, de voter, sur injonction, en faveur des candidats du pouvoir.
Cette attitude est, à ses yeux, un indicateur de l’“ouverture d’une nouvelle situation”. “Le vote blanc massif des militaires est un tournant qualitatif. Il traduit qu’ils refusent l’opération, mais obligés de participer ; il traduit qu’ils refusent ce régime et qu’il se poursuive et à ce que l’armée soit instrumentalisée (…) Une nouvelle situation s’ouvre. Cette attitude de l’armée fait partie des processus politiques, pour le moment séparés, mais qui, à un moment donné (ces processus politiques), feront jonction avec les luttes sociales”, estime Mme Hanoune dans son rapport d’ouverture à la réunion du bureau politique de son parti. Selon elle, le scrutin du 4 mai, dont le taux de participation ne dépasse pas les 20%, au regard des PV, est “l’expression la plus violente de la crise qui secoue le système et qui annonce l’accélération des processus politiques et l’exacerbation des contradictions au sommet de l’État”. Signe de la guerre au sommet : le “schisme” apparu au sein de l’administration, mais aussi au sein de l’appareil judiciaire, selon elle. “Le danger qu’on a noté est le schisme apparu au sein de l’administration et de l’appareil judiciaire (…).” * source: Liberté / dimanche 14 mai 2017

ce-que-signifie-le-vote-des-militaires-28b9f

Louisa Hanoune dénonce une fraude massive au profit du FLN

«Le bourrage des urnes s’est fait au niveau national»

*Ce que signifie le vote des militaires

Le Parti des travailleurs (PT) accuse l’administration d’avoir fraudé en faveur du FLN lors des législatives du 4 mai dernier.

Ayant obtenu seulement 11 sièges, selon les résultats provisoires confirmés par le Conseil constitutionnel, la formation de Louisa Hanoune continue de protester contre «le coup d’Etat» dont elle a été victime. «Le PT a été spolié de milliers de voix dans plusieurs wilayas», affirme la secrétaire générale du PT à l’ouverture, hier à Alger, des travaux de la réunion ordinaire du bureau politique du parti. Affirmant que sa formation a introduit 25 recours auprès du Conseil constitutionnel, Louisa Hanoune dénonce le chantage exercé sur les agents de l’administration pour favoriser l’ex-parti unique. «Les agents de l’administration se sont exécutés par peur de représailles», affirme-t-elle, précisant qu’un rapport détaillé sera adressé au ministère de l’Intérieur pour l’alerter sur cette situation.

Rappelant que les deux partis au pouvoir, le FLN et le RND, ont introduit des recours l’un contre l’autre, elle précise que le Conseil constitutionnel se retrouve devant une situation «similaire à celle de 1991». «Ces élections sont l’expression la plus violente de la crise qui secoue le système. Elles annoncent l’accélération des processus politiques et l’exacerbation des contradictions au sommet de l’Etat», lance-t-elle, soulignant que «le bourrage des urnes s’est fait au niveau national». Ce faisant, la patronne du PT estime que le Conseil constitutionnel «ne peut intervenir que dans de rares cas».

«Des énormités dans les PV»

Revenant sur la participation, Louisa Hanoune indique que selon les PV, «le taux n’a pas dépassé les 20%». «Nous avons découvert des énormités dans les procès-verbaux», dénonce-t-elle, précisant que «des dizaines de milliers de bulletins nuls appartiennent au PT et ont été déchirés par des encadreurs». «15 200 bulletins déchirés à Skikda. A Oran, 125 000 voix attribuées au FLN ne se trouvent pas dans les PV. C’est une opération commanditée contre nous», condamne-t-elle.

Commentant le vote «blanc», Louisa Hanoune dira que celui-ci est majoritairement l’œuvre des militaires. «C’est un tournant qualitatif qui traduit que les éléments de l’ANP refusent ce régime et à ce que l’armée soit instrumentalisée (…) Une nouvelle situation s’ouvre. Cette attitude de l’armée fait partie des processus politiques qui sont pour le moment séparés, mais qui, à un moment donné, feront jonction avec les luttes sociales», souligne-t-elle. Evoquant le débat en cours sur la nécessaire révision de l’immunité parlementaire, la secrétaire générale du PT se montre favorable à cette option. «L’immunité qui permet au député de jouir de l’impunité est un grave dérive. Nous sommes d’accord pour y mettre terme (à cette dérive)», déclare-t-elle. Louisa Hanoune appelle aussi à «la mise en place d’un organe chargé de contrôler les biens des députés parmi les hommes d’affaires», suggérant «l’annulation des sièges de ces députés en cas de fausses déclarations concernant leurs biens».
 **Madjid Makedhi / el watan / dimanche 14 mai 2017

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L’opposition engagée humiliée

Législatives en Algérie: l'opposition engagée humiliée

*Tous les partis d’opposition, de toutes les couleurs, qui ont pris la décisionkamikaze de participer aux législatives du 4 mai ont essuyé un revers cinglant.

Engagés dans une course dont l’issue était connue de tous, ces partis politiques semblent avoir tout perdu : les faveurs du pouvoir et celles de leurs militants. Le clan gouvernant paraît avoir assené le coup de grâce, à des partis déjà très mal en point. Le divorce est plus que jamais consommé entre eux et leurs bases militantes. Le choix de participer aux législatives, en dépit du refus populaire, exprimé entre autres sur les réseaux sociaux pourrait leur être fatal.

L’assemblée populaire a été sans surprise, récupérée par l’ogre bicéphale (RND-FLN) et ses nombreuses verrues et tumeurs, telles que TEJ de l’islamiste Ammar Ghoul, ou le MPA de l’hérétique Amara Benyounes.

Le jeu valait-il la chandelle ? Pas sûr.

Le RCD et le FFS désavoués en Kabylie

Les partis du RCD et du FFS, ont essuyé une double gifle dans leur propre fief kabyle. À Tizi-Ouzou et à Bejaia, ils n’ont pu mobiliser la population puisque l’abstention dépassait, selon les chiffres officiels plus de 80%. Et avec cela, le pouvoir, ne les a « gratifiés » que d’un petit 14 (FFS) et 9 sièges (RCD) dans la prochaine assemblée populaire. Il s’agit du plus mauvais score, jamais enregistré par ces deux partis politiques. Le président du RCD, Mohcine Belabbes, semblait toutefois satisfait du résultat, puisqu’il considérait que « malgré la fraude électorale, malgré le vote massif des militaires, malgré l’abstention importante, malgré le boycott des médias publics et parapublic, malgré notre boycott des élections en 2012, le RCD a obtenu neuf sièges pour les neuf listes déposées à travers le pays”.

Pour le FFS, qui avait obtenu 21 sièges en 2012, le seul vainqueur de ces élections est « l’abstention sous toutes ses formes, suivie par le « parti » des bulletins nuls », avait-il exprimé dans un communiqué qui a suivi l’annonce des résultats par le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui. Le FFS a par ailleurs exprimé « sa vive préoccupation à l’égard de la désaffection du peuple algérien dans l’exercice de ses droits politiques », avant de rejeter la faute sur le pouvoir qui a œuvré, selon lui, « systématiquement à annihiler toutes les formes de l’expression politique et à en dévoyer les différentes manifestations », indiquait le communiqué du parti cher a feu Ait Ahmed.

Le PT de Louiza Hanoune a fait « pchit »!

S’il y avait une qui était en rogne après l’annonce des résultats des législatives, c’est bien Louiza Hanoune. Elle a multiplié les déclarations incendiaires à l’égard du pouvoir en place, l’accusant d’avoir « volé ses sièges en faveur du FLN ». Il y a de quoi, puisque le PT qui a obtenu 11 sièges, est moins nantis que des partis encore en tétine et couche culotte, comme le MPA (13 sièges), le Front Moustakbal (?) (14 sièges) ou le TAJ (19 sièges).

Les islamistes ne rient plus dans leur barbe

La supernova des partis islamistes qui comptait l’Union Adala-Ennahda-Bina et l’Alliance MSP, est partie en poussière. Eux qui tablaient sur une place de challenger avec pas moins de 140 sièges, se retrouvent dans les bas-fonds du classement avec 47 sièges (33 pour l’Alliance MSP et 14 pour les autres). Autant dire des miettes. Les garanties qu’ils ont eues du pouvoir algérien se seraient avérées fausses selon les dissidents de ces mouvances islamistes, ratachées aux frères musulmans. Abderrezak Makri, chef de file de l’Alliance MSP, s’est dit « floué » par le régime algérien, qui n’aurait pas tenu ses promesses quant au respect de ses engagements. Il l’accuse avec virulence de fraudes et conteste les résultats obtenus. « On a vu de nos propres yeux comment les urnes ont été bourrées en votre nom », écrivait-il sur sa page facebook. Makri a cependant blâmé les abstentionnistes, les accusant d’avoir prolongé la vie du système.  » Pour vous, nous avons prolongé la vie du système avec notre participation. Et nous aussi, nous pensons que vous avez prolongé sa vie à travers votre boycott », concluait-il dans son message.

Quoi qu’il en soit, sincère ou pas, les partis d’opposition semblent plus que jamais fragilisés. En participant, ils ont perdu sur toute la ligne ; les sièges parlementaires promis et leur base militante.

Hebib Khalil -  Le Matin.dz / 07 mai 2017

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*Abdelmalek Sellal, sort affaibli de cette échéance. 

Le Premier ministre n’a pas réussi à persuader les Algériens d’aller voter massivement, malgré ses promesses durant ses différents déplacements. L’avenir de A. Sellal à la tête du gouvernement dépend-il du rejet des législatives par une grande partie de la population ?

Avec plus de 15 millions d’abstentions et plus de deux millions de votes blancs, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, sort affaibli de cette échéance. Beaucoup s’interrogent sur son avenir, qu’ils jugent incertain. Quel sera l’avenir du Premier ministre après la proclamation définitive des résultats des législatives du 4 mai par le Conseil constitutionnel ? Rien n’est sûr, si ce n’est l’acte protocolaire de démission de son gouvernement prévu par la Constitution. Va-t-il être reconduit, comme le laissent entendre des cercles qui lui sont proches ?

Peu probable. D’abord, parce qu’il n’a pas réussi à faire des législatives «une fête algérienne», comme il l’a promis. Sur les 23 millions d’électeurs, plus de 15 millions ont boudé les urnes et plus de deux millions ont opté pour le vote blanc. Des chiffres révélateurs de la colère de la majorité silencieuse, mais bien consciente de ce qui l’entoure.

A. Sellal s’était gardé de s’impliquer dans les querelles politiciennes et les luttes de clans autour du palais d’El Mouradia, mais ne s’est pas empêché de se lancer dans une campagne contre les partisans du boycott. De ville en ville, ses discours et meetings ont tous été axés sur la «nécessité» d’un vote «massif» pour «préserver» le pays du scénario libyen ou syrien. Chacune de ses sorties a été une occasion pour exhorter les Algériens à aller voter tout en brocardant le programme présidentiel, suscitant la réaction de l’opposition qui y voyait une campagne pour le FLN, dont il est issu.

Mais, c’est à Sétif que le Premier ministre a choqué par ses déclarations, même si celles-ci s’étaient voulues juste des plaisanteries. Il a ainsi appelé les femmes à battre leur mari si jamais il refusait d’aller voter. Inédits, ces propos ont provoqué un buzz sur les réseaux sociaux, avant d’être repris par de nombreux médias internationaux. Mais les résultats du vote ont exprimé le contraire de ce que voulait A. Sellal.

Le message est très clair. Une forte proportion de la population rejette aussi bien la classe politique que le pouvoir qui n’arrive pas, malgré la richesse du pays, à lui assurer un minimum de vie décente. Economiquement, le pays s’engouffre petit à petit dans une crise financière sans précédent en raison du recul drastique des revenus pétroliers.

Calculé sur la base d’un baril à 50 dollars, le budget de l’Etat risque de connaître, d’ici 2018, un déficit assez important qui obligera le gouvernement à revoir sa politique sociale. Un déficit budgétaire mènera inévitablement vers la cessation de paiement d’une grande partie des salaires de la Fonction publique, la cession de nombreuses entreprises publiques et la suppression du soutien du prix de l’énergie, des produits de large consommation, du carburant et des transports, pour ne citer que ceux-là.

En bref, une batterie de mesures qui toucheront directement le pouvoir d’achat des citoyens, déjà lourdement affecté par les dispositions restrictives de la loi de finances 2017. Tant défendu par le Premier ministre, «le nouveau modèle économique» n’arrive pas à décoller en raison de la fragilité des équilibres financiers de l’Etat. Ce qui complique davantage la mission du chef de l’Exécutif.

«L’obligation de démissionner, après la validation des résultats des élections, se présente comme une aubaine pour partir ailleurs», disent nos interlocuteurs. Si l’on se réfère à l’alinéa 5 de l’article 91 de la Constitution, ajoutent-ils, le Président «peut consulter la majorité parlementaire avant de nommer un Premier ministre. Mais il n’est pas obligé de le faire. Il peut même reconduire Abdelmalek Sellal et, probablement, rafraîchir le staff gouvernemental avec l’arrivée de nouvelles têtes, à qui la mission d’appliquer la politique d’austérité sera confiée».Living in Algeria? Join Your Friends Online Today!

Pour d’autres sources, ce scénario est «improbable», parce que, soulignent-elles, «sauf surprise, le Premier ministre devrait être parmi les partants. Il a échoué sur le plan politique, mais également économique. De plus, il faudra trouver un nouveau chef de gouvernement qui suscitera le sursaut pour faire sortir le pays de ce marasme», nous dit-on. Partant ou pas, Abdelmalek Sellal sort de l’échéance électorale du 4 mai bien affaibli, tout comme son parti, le FLN, qui sera obligé d’aller chercher de l’aide chez son «frère ennemi», le RND, pour former la majorité absolue au sein de l’APN. 

**Salima Tlemçani / el watan – lundi 08 mai 2017

*************l’abstention a été le grand vainqueur

Plus de 2 millions de bulletins blancs et nuls ont été glissés dans l’urne lors des élections législatives du 4 mai, selon les résultats officiels communiqués par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

Sur les 8 624 199 votants, 2 109 917 bulletins sont soit blancs, soit nuls. Cela représente un quart des votants. Un pourcentage historique qui n’a jamais été enregistré depuis l’existence du multipartisme.

Le vote blanc ou nul est devenu un véritable phénomène électoral, voire en ce sens qu’il progresse d’une élection à l’autre, passant de près de 500 000 en 2002, à un million en 2007, plus de 1,6 million en 2012. En dix ans, le vote blanc a tout simplement doublé, au point d’être cette fois-ci le grand marqueur de ces élections, plus que l’abstention qui a déjà enregistré un pic historique de 35% en 2007.

Le vote blanc est encore plus intéressant à analyser en ce sens qu’il dépasse de loin le nombre de voix obtenues par les deux partis du pouvoir, à savoir le FLN et le RND, qui conservent leur majorité au sein de l’Assemblée populaire nationale. Pour les observateurs les plus avertis, le bulletin blanc ou nul ne constitue pas un vote neutre, mais plutôt un vote hautement politique. Il suffit de jeter un coup d’œil au contenu glissé dans l’urne par certains de ces électeurs pour le constater.

Des slogans criant à l’injustice, à la marginalisation en passant par des mots de dénonciation des dirigeants du pays. Les citoyens qui ont recouru à cet acte électoral voulaient clairement exprimer leur colère, leur désarroi et leur mécontentement face à leurs conditions de vie et à la situation générale du pays. Si voter blanc indique une volonté de participer au débat démocratique, il marque incontestablement un refus des choix proposés. Il y va même au-delà, en exprimant une volonté d’invalider une offre politique jugée inappropriée par un électorat qui semble politisé.

Le vote nul enregistré le 4 mai ne peut pas être attribué à une malencontreuse erreur de manipulation. C’est comme le vote blanc d’une erreur volontaire à forte charge politique. Il s’agit d’électeurs qui ont décidé de se rendre à l’urne pour ne pas donner l’impression d’être démissionnaires.

Au contraire. Ils veulent par leur acte de vote adresser, de manière civilisée et pacifique, un message fort de désapprobation et d’exaspération de l’état général de l’Algérie, aux dirigeants du pays à tous les niveaux mais aussi au personnel politique en leur disant clairement que ces élections ne constituent nullement une solution à leurs multiples problèmes quotidiens.

Car, ils n’ont pas trouvé d’offre appropriée sur la cinquantaine de formations politiques en lice et quelque 160 listes indépendantes ayant pris part à ces élections. Le vote blanc et nul est ainsi comme le plus grand «parti» de ce scrutin, auquel, si l’on rajoute les abstentionnistes, 17 millions d’électeurs ont tourné le dos.

Un vote qui doit interpeller au premier chef les responsables du pays, afin qu’ils tirent les enseignements nécessaires. Il doit aussi être médité et analysé par la classe politique dans toute sa composante, au pouvoir comme dans l’opposition, afin de trouver les moyens appropriés pour canaliser toute cette grogne populaire qui ne cesse de monter. Il y va de la crédibilité des futurs processus électoraux et de la pérennité des institutions électives et par ricochet de l’Etat. Car, aujourd’hui, l’APN, qui sera installée prochainement ne dispose d’aucune assise populaire qui lui permettrait d’honorer sa mission.

**Mokrane Ait Ouarabi - el watan –  07 mai 2017

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*Sur les réseaux sociaux, les polémiques et les débats sont houleux.

La classe politique a du mal à convaincre, à susciter l’adhésion des Algériens. En témoignent les élections législatives, tenues il y a quelques jours, dont l’abstention a été le grand vainqueur. Ses résultats sont loin de vouloir dire que les Algériens, désengagés, ne s’intéressent pas à la chose politique. Ils rejettent le discours officiel porté par les représentants de l’Etat. Ils ne croient plus en une opposition capable de les représenter ni en des élections censées porter leurs attentes.

Mais ils n’hésitent pas à s’emparer de toutes les questions politiques de l’heure qu’ils alimentent et triturent à souhait sur le web. Si dans la réalité la vie politique algérienne ne crée plus aucune surprise, sur les réseaux sociaux les débats et les polémiques se multiplient et ne se ressemblent pas.

En pleine campagne électorale, pendant que les 11 334 candidats engagés dans la course enchaînaient meetings, rencontres et sorties de proximité marqués par une platitude indéniable, sur le web les photos et les podcasts, alliant créativité et dérision, circulaient comme une traînée de poudre, créant une véritable campagne parallèle : celle des fausses affiches et des photomontages toutes plus insolites les unes que les autres. Le podcasteur DZ Joker, avec sa vidéo «Mansotich» appelant au boycott en a marqué l’apogée.

Les 4 minutes et 38 secondes de slam acéré et poignant pour dire une Algérie qui n’en peut plus ont fait sortir plusieurs politiques de leur réserve, l’accusant et le traitant de nihiliste, d’inconscient ou, pire, d’agitateur manipulé par des forces étrangères. Atteignant près de 6 millions de vues sur YouTube, la vidéo a ému beaucoup d’Algériens qui se sont reconnus dans son plaidoyer. Elle rappelle que sur le web, tous les carcans peuvent être brisés.

Démocratie virtuelle

Sur les réseaux sociaux, plus particulièrement Facebook, les contestations qui explosent sont impossibles à «réprimer». Les pages fleurissent, les critiques sont cinglantes et l’indignation peut prendre diverses causes et formes. Et ce, en toute liberté. Depuis deux jours, une véritable démonstration de force a fait vibrer la Toile algérienne. La page Antivirus DZ a lancé une campagne contre le journal Ennahar, qui a abouti à la fermeture de sa page durant plusieurs heures suite à aux signalements massifs des internautes qui ont répondu à l’appel.

La page, qui se donne pour mission «de protéger les Algériens des propagandes abrutissant les esprits», rassemble près de 500 000 fans sur Facebook. Gérée par des amateurs qui s’indignent à l’envi, la page a relayé plusieurs vidéos de fraude durant les opérations de dépouillement, entre autres preuves du discrédit de la classe politique.

Agacés semble-t-il par la ligne éditoriale du journal, les animateurs de la page sont montés d’un cran en lançant un appel à signaler la page du journal Ennahar comme contenu incitant à la haine et n’ayant pas sa place sur Facebook. La demande soumise à l’administration du réseau social a été prise en compte, puisque beaucoup d’internautes ont répondu à l’appel. La page a été fermée quelques heures, puis rouverte.

Les animateurs d’Antivirus DZ n’ont pas manqué d’appeler à une seconde «attaque» contre la page, qui compte plus de 4,5 millions d’abonnés. Ils promettent de la signaler jusqu’à sa fermeture définitive. Un même appel a également été lancé hier, visant cette fois la page Facebook du «célèbre» et pas très apprécié député FLN Baha-Eddine Tliba… A défaut d’avoir un impact sur le terrain, ces actions virtuelles donnent au moins un rythme et du relief à une vie politique qui en manquait cruellement dans la vraie vie.

**Bouredji Fella /  el watan – lundi 08 mai 2017

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Fatiha Benabbou. Constitutionnaliste

«Aucun parti ne peut prétendre remporter la majorité aux législatives»

- Les partis politiques en course pour les législatives du 4 mai prétendent tous avoir un programme politique qu’ils comptent appliquer s’ils obtiennent un nombre de sièges important. Concrètement est-ce faisable ?

Appliquer un programme politique à l’orée d’une élection-disputée, c’est se situer, sans aucun doute, dans un contexte parlementaire. Est-ce le cas en Algérie ? Répondre à cette question, c’est, préalablement, soulever l’aporie qui gît au sein du système constitutionnel algérien. Dès sa conception, la Constitution algérienne de 1996 portait la marque d’une double ambiguïté juridique : d’une part, elle avait reconduit l’amorce, en filigrane, d’une logique parlementaire, introduite à la faveur de la Constitution de 1989, néanmoins restée inachevée et, d’autre part, sa logique profonde portait l’empreinte d’un présidentialisme qui sera renforcé par la révision de novembre 2008.

Certes, les textes organiques (loi électorale, loi sur les partis politiques…) ont intégré des notions issues d’une logique parlementaire : élections-disputées, pluralisme partisan, majorité parlementaire, programmes politiques,…etc. Il s’en est suivi que les partis politiques se sont engouffrés dans cette logique qui veut qu’une majorité parlementaire, élue par le peuple, porte ses chefs au pouvoir pour appliquer son programme politique. Or, cette idée est évocatrice d’une fonction gouvernementale.

- Est-elle en opposition avec la Constitution ?

Oui, elle est en négation totale avec la logique et les mécanismes mis en place par la Constitution révisée de 1996. C’est tout d’abord méconnaître la constance d’un système institutionnel algérien, depuis 1962, qui ressort d’une logique fortement présidentialiste, et dont l’orthodoxie repose sur un Exécutif monocéphale : un seul chef, en même temps chef de l’Etat et gouvernant effectif.

C’est aussi occulter les mécanismes institués par le texte constitutionnel, qui donnent compétence exclusive au Président pour nommer et révoquer le Premier ministre, la majorité parlementaire consultée seulement, et qui excluent, par ailleurs, tout partage du pouvoir de nomination du Premier ministre et son équipe ministérielle.

Et ce, contrairement au régime parlementaire, où la nomination par le chef de l’Etat reste formelle et où, en pratique, le cabinet ministériel, émanation de la majorité, est chargé de mettre en œuvre son programme politique. Or, logiquement, chez nous, le gouvernement qui dépend, sur le plan organique du président de la République et qui ne dispose pas d’une légitimité électorale, ne peut prétendre jouir de la sérénité et de l’indépendance nécessaires pour la mise en place d’une fonction gouvernementale.

Sans omettre le fait, qu’aucune disposition ne vient conférer, de façon expresse, au Premier ministre, le pouvoir de «déterminer et de conduire la politique de la nation», à l’instar de son homologue français. Bien au contraire, une des intentions évidentes de la révision constitutionnelle de 2008 a consisté à lever toute équivoque quant à un éventuel programme politique du Premier ministre, puisqu’il est dit clairement : «Le Premier ministre arrête son plan d’action en vue de son exécution.»

- Si le Premier ministre n’est «conçu» que comme un simple exécutant, qui dispose, alors, de la paternité du programme politique ?

Bien que le texte de la révision continue à passer sous silence cette question, il se déduit, a contrario de la logique implacable de la présidentialisation du régime, que la détermination de la politique de la nation ne peut être que du ressort du président de la République, gouvernant effectif.

Par conséquent, la jonction de ces facteurs aboutit à ruiner toute idée de pouvoir propre du gouvernement. Et il est clair que le programme en question ne peut être celui d’un Premier ministre et de sa majorité parlementaire, mais bien celui du président de la République, lequel, lui, a été élu sur la base d’un programme politique.

- Mais beaucoup de partis politiques savent pertinemment qu’ils n’auront pas la majorité parlementaire, pourquoi ?

Cela résulte du choix du mode de scrutin, appelé représentation proportionnelle, combiné à un seuil d’éligibilité, qui permet d’attribuer aux partis un nombre de sièges au prorata des suffrages qu’ils ont obtenus. Ce mode de scrutin, qui assure une représentation parlementaire de chaque parti en fonction de son poids électoral, est conforme à la justice électorale au détriment de l’efficacité. Il engendre un champ politique très fragmenté (à peu près une cinquantaine de partis politiques ont été agréés, actuellement).

Par conséquent, aucun parti politique ne peut prétendre remporter la majorité aux élections législatives du fait du mode de scrutin choisi qui encourage l’éclatement exacerbé du paysage politique. Même si, souvent, des coalitions se réalisent au moment de la formation du gouvernement, elles ne peuvent prétendre déterminer la politique de la nation par le biais d’un programme politique, du fait de la logique présidentialiste.

- De votre point de vue, quel est exactement le rôle du parlementaire ?

Parler du rôle du parlementaire, c’est revenir au modèle de la représentation nationale, consacré par la Constitution. Le mandat national récuse au nom de l’universalisme toute représentation d’intérêts particuliers et impose que le représentant représente la nation toute entière.

Donc, il se construit sur une séparation entre la société civile comme lieu du particulier et le politique comme lieu de l’universel, c’est-à-dire qu’il ne se fonde pas sur la ressemblance mais suppose, au contraire, un principe de distinction entre gouvernants et gouvernés. Progressivement, ce modèle français subira une mutation sous l’effet de l’avènement du peuple sur la scène politique. Désormais, au Parlement il est demandé de prendre en compte les aspirations réelles du peuple, de le représenter dans sa diversité.

Donc, voter, c’est non seulement sélectionner un candidat pour être élu à l’Assemblée, mais également, exprimer une préférence pour quelqu’un dont les idées sont proches. A cet égard, la loi relative au membre du Parlement de 2001, a tenté de refléter cette évolution universelle en assignant au parlementaire de prendre en charge les revendications des citoyens, et en les portant devant les institutions en mesure de les traduire en réponses politiques.

- Justement, le Parlement algérien joue-t-il ce rôle de médiateur ?

Un système politique est jugé sur sa capacité à résoudre les problèmes qui secouent la société, grâce aux canaux institutionnels en mesure de médiatiser toute contestation citoyenne. Il est clair que ce rôle se retrouve dans les démocraties parlementaires actuelles, qui fait du parlementaire, à la fois le médiateur et le porte-parole des préoccupations de ses électeurs et des besoins de leurs circonscriptions.

Il tend à exercer un rôle d’intermédiaire entre ses électeurs et l’administration publique afin d’aider à corriger quelque injustice dont peuvent être victimes les citoyens face à la bureaucratie. Mais au-delà des services personnels qu’il peut rendre à ses propres électeurs, lorsqu’il intervient auprès d’une institution publique pour obtenir une information ou appuyer une démarche, ce rôle tend à jeter des passerelles entre le citoyen et l’administration.

Chez nous, au-delà du discours rhétorique de la loi de 2001, qui assigne des missions ambitieuses au membre du Parlement, celui-ci dispose-t-il de possibilités réelles pour transmettre les revendications des citoyens ? De plus, ce texte évoque des rencontres entre le membre du Parlement et les citoyens, a-t-il prévu un lieu pour ces rencontres ? D’une part, les moyens juridiques qui lui sont accordés restent limités aux questions écrites ou orales.

Souvent, le député se présente comme le défenseur attitré de son douar, ou même d’électeurs particuliers à travers les nombreuses questions adressées aux membres du gouvernement. Cette démarche est la plus connue des parlementaires qui savent, non seulement, l’exploiter, mais surtout, quels sont les bénéfices électoraux qu’ils peuvent en soutirer. D’autre part, la plupart des élus ne disposent pas de permanences pour prévoir des audiences et recevoir les doléances des citoyens.**Nabila Amir / el watan : jeudi 27 avril 2017

***Fatiha Benabbou, professeur à la faculté de droit de l’université d’Alger, éminente spécialiste en droit constitutionnel. Erudite en la matière, elle intervient régulièrement dans la presse nationale pour éclairer l’opinion sur des questions juridiques factuelles. En juriste avertie, elle livre des matériaux pour une meilleure compréhension des sujets politiques du pays.*

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*Tête de liste FFS à Alger : Salima Ghezali, une candidate venue de loin

Une surprise ? C’en est vraiment une. Personne n’aurait parié un jour sur la participation de Salima Ghezali, tête de liste du Front des forces socialistes (FFS) à Alger, à une élection.

L’ancienne directrice du journal La Nation a bien changé. La décennie noire ne serait-elle plus qu’un mauvais souvenir ? Le régime qu’elle avait tant pourfendu est-il devenu fréquentable ? Vingt-quatre ans sont passés, depuis 1993. L’Algérie entamait, sans doute à cette époque-là, l’un des moments les plus difficiles de son histoire avec un cycle infernal de violences. L’entrée surprenante et inattendue dans la compétition électorale de l’égérie du «qui-tue-qui» durant la période sanglante qu’a vécue le pays mérite sans doute de revisiter ces années de braise.

Un devoir de mémoire pour rappeler le regard que celle-ci portait sur le drame national. Le cheminement du parcours de Salima Ghezali est des plus singuliers. Il a cette particularité d’être tracé durant les années 1990, quand le pays était à feu et à sang. Dans les villages les plus reculés, appelés du service national, militaires actifs ou à la retraite, anciens maquisards, journalistes, médecins, enseignants tombaient sous les balles assassines des groupes terroristes islamistes. La candidate du FFS n’était pas encore journaliste à La Nation puisqu’elle ne rejoindra la rédaction qu’en décembre 1993. Elle était plutôt partie pour faire carrière dans le secteur de l’éducation. Elle enseignera la langue française à Khemis El Khechna de 1983 à 1990, selon un portrait publié en 1995 et écrit par la correspondante du journal français L’Express Dalila Kherchouche.

Fin 1993, Sanhadri, cadre au ministère du Travail, Djillali Liabès, sociologue et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, M’hamed Boukhobza, sociologue, Dr El Hadi Flici, Mahfoudh Boucebci, figure emblématique de la psychiatrie algérienne, Tahar Djaout, journaliste écrivain et poète, étaient déjà assassinés. Cette année-là était une année maudite. Celles qui suivront le seront encore plus. Une hécatombe pour l’intelligentsia algérienne, victime d’une terrifiante purge. Les terroristes exécutaient tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec leur projet d’Etat théocratique et livraient une guerre totale contre le peuple algérien : femmes, enfants, vieux, jeunes et moins jeunes. Et Salima Ghezali était de ceux qui observaient avec une distance bien affichée la tragédie algérienne.

Elle avait cette capacité, ou ce choix faussement «lucide» de se complaire dans une sorte de coquetterie intellectuelle tintée d’angélisme à l’époque où les hordes sauvages ne choisissaient pas leurs victimes ? Promue directrice du journal La Nation où elle est restée jusqu’à sa fermeture en 1996, officiellement pour des raisons économiques, elle avait cette préférence tranchée de ne pas choisir son camp. «Choisir son camp c’est choisir ses victimes», confiait-elle à la journaliste qui s’étonnait d’ailleurs du fait que «Salima vit au cœur de ce drame algérien qui nourrit sa colère mais la tient éloignée des affrontements». Ayant acquis le statut de victime expiatoire de la censure, après l’interdiction du journal La Nation, elle disparaîtra du paysage médiatique algérien pendant de longues années. Elle emportera avec elle l’image d’une femme persécutée, censurée dans son pays.

«La Nation a cessé de paraître, je me suis intéressée à d’autres choses. J’ai beaucoup voyagé, j’ai publié des articles dans la presse internationale, fait des conférences et je tiens toujours ma chronique sur Radio Méditerranée internationale», répondait Salima Ghezali au site Algeria watch en 2001. Prise sous l’aile protectrice du défunt leader du FFS, Hocine Aït Ahmed, qu’elle accompagnait dans plusieurs manifestations internationales, en tant que conseillère diplomatique, elle deviendra l’icône du «qui-tue-qui». Salima Ghezali décrochera le prestigieux prix Sakharov en 1997.

«Où trouver la force d’écrire, quand des jeunes de 15 ans meurent dans les ratissages effectués par les services de sécurité dont disposent des despotes qui ne savent même pas, la veille, ce qu’ils vont faire le lendemain ?» écrivait-elle à l’époque. Dans un autre article publié dans le journal Libération en 1997, qui affectionnait les amalgames sur l’identité de ceux qui tuaient en Algérie, la candidate du FFS était cette voix à laquelle les colonnes du journal étaient généreusement ouvertes.

Relisons-la. A propos des têtes des terroristes mises à prix, elle livrait ce commentaire dans un reportage réalisé dans les rues d’Alger : «La mort de ces hommes peut rapporter gros. Entre un million et 4 millions de dinars (de 100 000 à 400 000 francs). La plupart des passants accélèrent le pas. Peut-être ont-ils peur, en les regardant, d’imaginer qu’il s’agit là des auteurs de ces assassinats ou de ces massacres qui font frissonner de terreur ? Ou alors ils ont peur de penser que ces hommes pourraient être innocents, ils redoutent d’imaginer ce qui leur est arrivé, ce qu’ils ont subi.» Salima Ghezali est la candidate du FFS aux législatives de jeudi prochain dans un pays qu’elle compare, dans l’une de ses dernières tribunes, à la série télévisée «Westworld dont les personnages sont des androïdes qu’un scénariste pervers soumet à sa guise dans un univers pourri de jeux de manipulations et de violences proches de ce que veut dire chez nous l’expression Bled Miki…»*Said Rabia / el watan /  dimanche 30 avril 2017

***«En Algérie, c’est l’argent qui contrôle l’Etat»

Notre parti prend part aux élections législatives de ce jeudi pour soutenir la démarche d’un consensus national populaire et lutter contre la corruption», a déclaré Mohand Amokrane Cherifi, membre du présidium du Front des forces socialistes (FFS), lors d’un meeting animé, hier, dans le cadre de la campagne électorale, à la place M’barek Aït Menguellet de Tizi Ouzou.

Le même intervenant a ajouté que les candidats de son parti ont été choisis par les militants. «Ils seront en mesure de répondre aux aspirations des populations», a-t-il déclaré. Il a aussi mis l’accent sur l’importance du scrutin du 4 mai 2017. «Voter jeudi prochain, c’est honorer la mémoire du fondateur du FFS, Hocine Aït Ahmed, et discréditer le système qui a créé une oligarchie. D’ailleurs, en Algérie, l’Etat ne contrôle pas l’argent, c’est l’argent qui contrôle l’Etat», a-t-il lancé.

M. Cherifi a, dans son intervention, évoqué le programme de sa formation politique qui s’articule, a-t-il dit, autour de mécanismes susceptibles d’aboutir à une Algérie libre, démocratique et sociale, ouverte sur le monde. «Sans l’Etat de droit, sans la démocratie, on ne peut pas développer l’économie, le social, le culturel et l’environnement», a-t-il laissé entendre. Aziz Bahloul, également membre de l’instance présidentielle du parti et tête de liste FFS à Tizi Ouzou, a, pour sa part, souligné que l’objectif de la participation du plus vieux parti de l’opposition au scrutin du 4 mai 2017 est de porter le message du citoyen à l’intérieur des institutions qui sont actuellement «prises en otage par les tenants de l’argent sale». Pour M. Bahloul, «l’Algérie risque de retourner à la période de la dictature militaire en cas de vacance du pouvoir».
Lui succédant, Mohamed Klalèche, président de l’APW et candidat à la députation, a rappelé que «le FFS a toujours eu des projets importants pour le pays. En 1995, nous avons proposé le Contrat de Rome, en 2002, le Mémorandum aux généraux et aujourd’hui, le consensus national populaire», a-t-il souligné.

Par ailleurs, Farid Bouaziz, fédéral de Tizi Ouzou, a déclaré que le FFS «n’a jamais marché dans les pratiques du pouvoir qui gère le pays avec la violence. Aujourd’hui, notre parti reste toujours propre. D’ailleurs, il n’est pas responsable de la mort de 200 000 personnes durant la décennie noire provoquée par un coup d’Etat militaire en 1992. Il n’est pas responsable aussi de la mort des 126 jeunes durant les événements de Kabylie, ni de l’assassinant de Matoub Lounès. Le pouvoir gère toujours la situation avec la violence. Il a voulu même provoquer un Printemps arabe en Algérie», a-t-il martelé. Le sénateur Hocine Haroun, qui est aussi directeur de campagne du FFS dans la wilaya de Tizi Ouzou, a relevé que «ceux qui ont misé sur la dislocation du FFS après la mort de Hocine Aït Ahmed ont perdu leur pari». Il a, en outre, fait le bilan de la campagne de sa formation politique qui a, a-t-il dit, organisé plus de 80 meetings et 300 sorties de proximité à travers les différents quartiers et villages de la wilaya. Il a aussi exhorté l’assistance à se mobiliser pour voter en faveur des candidats du FFS, jeudi prochain.
 *Hafid Azzouzi / el watan /  dimanche 30 avril 2017

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Meeting à Bouira de Mohcine Belabbas (RCD)

«Le pouvoir véhicule et cultive le désespoir»

Pour le président du RCD, les élections sont une confrontation entre les programmes et les partis politiques doivent présenter des projets pouvant apporter des solutions aux problèmes des citoyens.

Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a estimé, hier, à l’occasion d’un meeting électoral animé à la place publique de la ville de Bouira, que le RCD est «le seul parti politique qui détient un véritable programme pouvant sortir le pays de la crise». «Ailleurs, les élections sont une confrontation entre les programmes et les partis politiques doivent présenter des projets pouvant apporter des solutions aux problèmes des citoyens», a-t-il indiqué, tout en précisant que son parti a dévoilé son programme politique depuis le mois de décembre 2016.

Et d’ajouter : «Il faut respecter le citoyen, et ce, par la mise en place d’un véritable programme électoral.» Une attaque à peine voilée en direction des formations politiques au pouvoir, qui se cachent derrière le programme du président de la République. Dans son discours, Mohcine Belabbas a tiré sur le pouvoir en place qui, selon lui, «continue à véhiculer et cultiver un message de désespoir». «Ils ont adopté, dit-il, la politique d’austérité après avoir vidé les caisses de l’Etat.»

Pour le président du RCD, les mesures d’austérité mises en place par le pouvoir sont dangereuses, car «elles sont porteuses de désespoir et non d’espoir». Mohcine Belabbas a tiré à boulets rouges sur les députés de la majorité parlementaire (FLN et RND, ndlr), qui «doivent d’abord présenter leurs bilans», a-t-il martelé, en rappelant que depuis 2013, la loi de finances votée par ces mêmes parlementaires impose l’austérité au peuple.

Il a affirmé que le RCD avait tiré la sonnette d’alarme sur les dérives du gouvernement dans sa gestion de plusieurs secteurs. Par ailleurs, et sans les nommer, le président du RCD a lancé, à l’adresse de certains chefs de parti en course pour l’échéance du 4 mai prochain, «qu’un programme électoral n’est pas une compilation de slogans ou de titres».

L’animateur du meeting a expliqué à l’assistance les grands axes du programme de son parti pour faire sortir le pays de la crise. Tout en appelant à la récupération des résidences et infrastructures du Club des Pins d’Alger, pour le secteur du tourisme, Mohcine Belabbas a motivé sa proposition par le fait que la gestion dudit club coûte une enveloppe de 50 milliards de dinars. *Amar Fedjkhi -  el watan : jeudi 27 avril 2017

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"La loi de finances est une déclaration de guerre...", tonne Louisa Hanoune

Louisa Hanoune à Béjaïa :

«Ce régime est un danger pour le pays»

Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, s’en prend au FLN et à certains partis qui ont recouru à l’argent ou à d’autres pratiques pour s’imposer sur le terrain.

Dans un long discours de campagne en prévision des législatives du 4 mai prochain, prononcé hier à la maison de la culture Taos Amrouche de Béjaïa, la leader du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, s’est attaquée avec virulence au régime, à l’oligarchie et aux partis au pouvoir.
«Le pays vit sa plus grave crise depuis l’indépendance, une crise institutionnelle et de régime.

Ce régime, qui mélange l’argent sale et la politique, est un danger pour le pays. Il démontre sans cesse qu’il ne peut pas répondre aux aspirations des citoyens, car il est au service d’une oligarchie prédatrice qui a des tentacules dans toutes les institutions, et des multinationales», a martelé la première dame du PT.

Pour elle, le régime, «éculé» et «sans base légitime», «mène une politique de provocation envers les jeunes, les travailleurs, les couches moyennes…, induisant des fléaux sociaux». Et d’ajouter dans le même sillage que cette politique intérieure qui «tourne le dos à la majorité des citoyens» se reflète sur la politique étrangère «à deux têtes qui a perdu sa boussole».

Revenant sur le déroulement de la campagne électorale, l’oratrice s’est attaquée à deux reprises au FLN et aux partis qui ont recouru à l’argent ou à d’autres pratiques pour s’imposer sur le terrain. «Le FLN a utilisé l’UGTA, l’ONM, l’UNFA, etc., pour faire campagne. On a eu recours à l’argent sale, à l’achat des consciences, aux festins…

Ce comportement est contre la démocratie et le libre arbitre», assène-t-elle. Elle ajoute plus loin : «Le FLN avait pour but de libérer le pays et sa mission est terminée à l’indépendance. Mais on l’a usurpé pour en faire un instrument pour des intérêts étroits et des privilèges matériels.» Mme Hanoune a enfin fait appel à l’esprit de «militance» et «au sens du discernement» des Algériens pour aller voter massivement le 4 mai, malgré «la démoralisation et la pollution politique», pour, a-t-elle dit, «vaincre la majorité au pouvoir» et «créer une nouvelle représentation porteuse des aspirations de la majorité des citoyens». *Mohand Hamed-Khodja / el watan : jeudi 27 avril 2017

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