*La société civile en Algérie

*Faire-valoir ou composante incontournable?

«La vie politique nationale ne peut être l’affaire d’un roi, d’une dynastie, d’une tribu ou de chefs cooptés par des élites autoproclamées, mais l’affaire de tous». M. Harbi.

 La société civile est un ensemble du corps social

En Algérie, comme dans le reste du monde, il convient de préciser qu´il est difficile de donner une définition stricte de la société civile, tant ses frontières sont mouvantes et incertaines. L´Unesco entend par société civile «l´auto-organisation de la société en dehors du cadre étatique ou du cadre commercial, c´est-à-dire un ensemble d´organisations ou de groupes constitués de façon plus ou moins formelle et qui n´appartiennent ni à la sphère gouvernementale ni à la sphère commerciale». Elle est «le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l´État». C´est le corps social, par opposition à la classe politique. De façon générale, la société civile est un ensemble du corps social qui s´inscrit principalement dans la démocratie participative et influe, en marge des États, sur les décisions politiques et économiques. Elle agit, principalement, comme une sorte de contre-pouvoir et regroupe un ensemble hétérogène d´entités: autorités locales, organisations syndicales et patronales, ONG, associations professionnelles, instituts de recherche, universités, groupements communautaires, communautés religieuses, organisations caritatives, et fondations privées.
La société civile est devenue, à l´exception des Etats autoritaires, une composante incontournable du dialogue politique, économique, social et culturel. Son influence, tant sur les États que sur l´opinion publique, est perceptible à tous les niveaux. Affranchies des codes traditionnellement reconnus, ces nouvelles formes de démocratie participative, même si elles ont été élaborées au-delà du cadre étatique national et international, ne sont pas un obstacle, mais plutôt la promesse d´un fructueux partenariat. À partir des années 1980-1990, les ONG se professionnalisent et affinent leur expertise dans nombre de domaines. Leurs actions s´inscrivent davantage dans la recherche de durabilité et dans une volonté de travailler plus en harmonie avec les gouvernements et les organisations intergouvernementales. Elles deviennent ainsi des interlocuteurs qualifiés dont l´expertise compte véritablement au moment de la prise de décision politique. Cette tendance se confirme et se développe jusqu´à aujourd´hui. Pour le professeur George Contogeorgis: «La cause fondamentale du problème actuel réside dans le fait que le système politique de la modernité n´est ni démocratique, ni représentatif.
Le personnel politique possède en indivis la qualité à la fois de mandant et de mandataire, tandis que la société des citoyens est confinée dans la sphère privée. Véhiculées par ce système politique et par son inévitable dégénérescence en partitocratie dynastique, les forces qui définissent l´ordre mondial ont réussi à contrôler l´État et à imposer leur domination politique sur la société des citoyens.»

Mondialisation et société civile
«La société civile est désormais d´une importance si vitale pour l´ONU que l´associer à ses travaux n´est plus simplement un choix mais une nécessité.» Rapport Cardoso.
En créant un groupe de haut niveau (présidé par l´ancien président du Brésil, Fernando Henrique Cardoso) chargé d´évaluer la coopération entre les Nations unies et la société civile, le Secrétaire général de l´ONU a donné, en février 2003, un nouvel élan à la mise en place d´un partenariat mondial avec la société civile, un des Objectifs du Millénaire pour le développement. Le phénomène de mondialisation, avec ses enjeux sociaux, ses répercussions dans les domaines de l´économie, du commerce, de la sécurité, de la culture et de l´environnement, consacre de plus en plus une gouvernance mondiale qui n´est plus du seul ressort des gouvernements. Les États se sont vu dessaisis d´un grand nombre de leurs privilèges au profit des organisations supranationales ou d´instances régionales aussi diverses que le Fonds monétaire international (FMI), l´Organisation mondiale du commerce (OMC), ou l´Union européenne. Il importe de créer une synergie avec les nouveaux acteurs de la société civile, de mettre à profit leurs contributions, connaissances et expertises. Cette tendance est liée au phénomène de la mondialisation, à la volonté des citoyens de participer à la direction des affaires du monde ainsi qu´à une reconnaissance de plus en plus importante de la nécessité d´impliquer les ONG, de la part des agences et programmes onusiens. Emblème de ces mouvements, le Forum social mondial, qui s´est réuni sous différentes formes depuis 2001, a permis de susciter une réflexion concernant la relation entre démocratie représentative et démocratie participative, et de s´interroger sur la place des acteurs de la société civile dans la gouvernance mondiale. Selon la Banque mondiale, 12% de l´aide a été distribuée par le biais des ONG en 1994, le montant s´élevant à 7 milliards de dollars en 1996. Actuellement, les ONG en Afrique gèrent près de 3,5 milliards de dollars de l´aide, alors qu´en 1990, elles en géraient moins de 1 milliard. Certaines organisations caritatives jouent un rôle essentiel dans la diffusion du radicalisme religieux: ONG américaines au prosélytisme agressif, ONG islamistes servant de relais et de couverture à des réseaux terroristes se partagent aujourd´hui le continent africain. Certaines multinationales voient dans les ONG un outil de communication efficace et tissent avec elles des liens de sponsoring. Les Etats eux-mêmes manipulent souvent leurs ONG nationales qu´ils considèrent comme des outils diplomatiques, d´autant qu´ils les financent, souvent, sur la base de choix politiques. Certaines ONG, connues dans le monde, ont d´ailleurs, choisi la collaboration officielle avec leurs gouvernements pour lesquels elles travaillent, entre autre, dans le renseignement. Entre les intérêts politiques, géopolitiques et commerciaux, la solidarité devient de plus en plus sélective. Les critères financiers sont prioritaires sur les nécessités humanitaires et les subventions se portent vers les crises médiatisées plus que sur les crises dramatiques mais méconnues du public. Dans ce foisonnement, force est de relever que coexistent le meilleur et le pire.
Au niveau du Monde arabe, Mohamed Harbi signale que «l´existence de nouveaux moyens de communication, qui ont atteint les zones les plus reculées, a éveillé une conscience grandissante que la vie politique nationale ne peut être l´affaire d´un roi, d´une dynastie, d´une tribu ou de chefs cooptés par des élites autoproclamées, mais l´affaire de tous. Le nombre de candidats à la citoyenneté, de personnes désireuses de participer au processus d´élaboration des décidions nationales s´élargit de plus en plus, notamment dans les générations qui n´ont eu à affronter que l´arbitraire de leurs compatriotes. Ces générations retrouvent les élans des défenseurs de la liberté bâillonnés et embastillés. Elles se soulèvent pour le pain, pour la dignité, l´égalité des droits et des devoirs, l´alternance au pouvoir, le pluralisme politique et préparent le terrain à la révolution sociale. Pour elles, le cliché de la démocratie importée d´Occident est en voie de dépérissement. Elles ont compris que dans le droit fil de l´esprit colonial, les nouvelles classes dominantes s´arrogent le droit de définir la manière dont les peuples doivent se voir et interpréter le monde, gouverner en faisant de la religion, de la xénophobie et de la prébende, des ressources politiques. La situation créée par la révolution tunisienne, et ses prolongements au Maghreb et au Moyen-Orient, érode les préjugés cultivés à l´égard de la démocratie. Le mythe nationaliste, utilisé à tort et à travers, n´opère plus». Voir «Utopie Critique n° 53-2011, le Monde arabe est entré les mains nues dans son avenir.»

La société civile en Algérie
Le politologue, Rachid Grim, souligne que «l´Etat algérien, à l´instar de la grande majorité des Etats des pays du Sud, a pris théoriquement conscience de l´indispensable développement des organisations de la société civile. Tout au long des décennies post-indépendance, le pouvoir a édicté les ordonnances, lois et règlements nécessaires à la création et au fonctionnement des associations de la société civile. Mais à aucun moment, le pouvoir n´a accepté d´avoir en face de lui une société civile forte, indépendante de lui, constituant un contre-pouvoir puissant et crédible et, en fin de compte, pouvant remettre en cause sa légitimité (historique ou autre)». Malgré nombre de contraintes et difficultés, il convient, avant toute chose de rendre un grand hommage, en Algérie, au travail admirable qu´accomplissent un certain nombre d´associations de la société civile. La société civile algérienne devient plus combative et s´inscrit au coeur des débats des politiques publiques à travers la multiplication de revendications de toute nature et le développement d´une conscience citoyenne plus aiguë. L´Algérie de 2011 n´est plus celle de 1963.
De 10 millions d´habitants, elle est passée à plus de 37 millions aujourd´hui. De mille étudiants à l´époque, l´Université compte plus de 1.200.000 en 2011. 20.000 sont également inscrits en France. 63% des nouveaux bacheliers sont des filles, 186.000 seront diplômés à l´issue de l´année 2011. (Conf.de presse MES, juillet 2010). Ces chiffres montrent toute l´importance des changements opérés et l´impossibilité de continuer à diriger le pays avec les mêmes recettes. Des recettes qui interpellent en premier lieu sur l´absence d´un véritable leadership des parlementaires dans le développement et le renforcement du rôle de la société civile en Algérie. Les parlementaires sont normalement censés agir en tant que lien démocratique entre la société civile et les organes du pouvoir, en intermédiaires entre le pouvoir exécutif et la société civile. Difficile d´imaginer un tel scénario avec l´actuelle Assemblée nationale dont la légitimité et la crédibilité sont fortement remises en cause. A quoi ont servi les deux journées d´étude organisées par le Parlement algérien et le Pnud les 6 et 7 novembre 2006 à Alger? Les objectifs de ces journées étaient de contribuer à mieux définir la notion et le rôle de la société civile dans la dynamique sociale et son impact sur le processus et la qualité du travail législatif. Le second objectif était d´analyser la relation entre le Parlement et la société civile et les perspectives de développement de cette relation dans le contexte algérien. Quid des résultats et du suivi?…
La société civile peut être concrètement d´un réel apport en participant à la réflexion sur les réponses aux nombreuses questions que se pose actuellement la Maison Algérie:
-Ainsi, en ce qui concerne le tissu urbain, l´efficience de la gestion urbaine et le développement durable sont des questions critiques pour le XXIe siècle. Les villes sont un extraordinaire réservoir d´expériences et de compétences individuelles et se retrouvent bien souvent dépassées par la multiplicité des défis qu´elles doivent affronter. Pour la plupart des citoyens, les autorités locales sont celles qui ont le plus d´impact sur leur vie. C´est pourquoi, le gouvernement devrait multiplier les espaces de dialogue et s´efforcer de mettre en place un partenariat avec l´ensemble des collectivités locales et la société civile pour assurer les conditions d´un développement urbain responsable.
-L´École constitue, au niveau local, un vecteur de changement. Les communes peuvent jouer un rôle important dans les solutions aptes à favoriser une éducation de qualité. Dans tous les pays développés ou en développement, l´éducation et la valorisation du potentiel humain conditionnent la capacité des pays à s´engager avec succès sur la voie du progrès. L´éducation permet de combattre, notamment, la pauvreté, la consommation effrénée, la dégradation de l´environnement, la détérioration des villes, la croissance démographique, l´inégalité des sexes, les problèmes de santé, ou encore les conflits et les violations des droits de l´homme.
Autant de points qui nous font mesurer le gouffre dans lequel s´enfonce le système éducatif national et les graves difficultés qui menacent l´Algérie à ce niveau. Il existe dans ce domaine, pour la société civile, un vaste champ d´actions possibles. Faut-il encore considérer que l´ère des réformes sans concertation est révolue et que toute réforme, faite pour la société, doit entendre et mobiliser, de manière organisée, tous les pans intéressés de cette société et en premier lieu ceux qui en seront ses principaux acteurs.
-Les progrès rapides survenus dans les nouvelles technologies de l´information et de la communication ainsi que dans les médias alimentent dans les pays en développement la crainte d´être des laissés-pour-compte. Le passage de la notion d´«information» à celle de«savoir» est une dimension essentielle des formes de sociétés qui se font jour actuellement. Les sociétés du savoir doivent être modelées et mues non seulement par des forces techniques, mais aussi par des choix de société. Il faut en outre que ces choix soient éclairés par un débat démocratique au sein des Parlements et par la consultation de la société civile.
-Vouloir aborder, également, la situation des jeunes, simplement, sous l´angle de leur avenir, serait trompeur. Il s´agit, également, et avant tout, de leur présent et de la possibilité de jouir pleinement de leur «jeunesse»; ce qui représente certainement, le meilleur investissement d´avenir pour chaque jeune et pour la société elle-même (gain de compétence, de qualification, de santé, d´estime de soi). Ses préoccupations, ses aspirations, ses besoins sont de véritables problèmes de société qu´il est indispensable d´inscrire au registre des priorités nationales afin de redonner à la jeunesse algérienne espoir en son avenir et en son pays. La participation des jeunes à la prise de décision est unanimement reconnue dans le monde, comme une nécessité incontournable. D´ailleurs, comment prétendre au développement d´une nation si sa majorité la plus dynamique est exclue?
-S´agissant du Mouvement sportif national, son importance et son poids ne sont plus à démontrer en Algérie. Les associations sportives représentent en nombre et en pourcentage la part la plus importante du système associatif algérien. Il est indispensable que toute la société civile sportive, sans exclusive ni exclusion, trouve un cadre d´expression adéquat pour apporter sa contribution à la dynamique de refondation du mouvement olympique et sportif algérien. Aujourd´hui, aucune réussite ne peut être sérieusement attendue dans le cadre d´une situation qui a conduit le sport national vers le naufrage actuel.

L´indispensable organisation démocratique
Organisée démocratiquement et pour peu que ses représentants soient des interlocuteurs légitimes et fiables, la société civile pourrait trouver matière à contribuer qualitativement et quantitativement dans grand nombre d´actions. Elle peut, dans un esprit de symbiose, optimiser son action par rapport au programme gouvernemental en multipliant les consultations et en intensifiant les échanges. Face aux immenses défis qui se profilent, on ne peut faire l´économie d´aucune participation, d´aucune volonté, d´aucune énergie. L´Etat doit changer ses méthodes de fonctionnement, de travail et favoriser la mise en place d´une véritable culture du partenariat. Il ne pourra atteindre ses objectifs, concrétiser ses recommandations, sans changer ses méthodes de travail et de fonctionnement. Les récentes décisions des walis de Tizi Ouzou et de Médéa, de rechercher des solutions aux problèmes que connaissent leurs wilayas en mettant en place une démarche participative à laquelle sont appelées à s´associer toutes les parties prenantes que sont les autorités locales, les élus et les représentants de la société civile, méritent d´être encouragées et étendues. La tâche à accomplir, exige de toutes les parties la même sincérité, la même conviction, le même engagement et la même énergie. Renouveler le regard sur la société civile suppose qu´il faut bannir définitivement certaines méthodes, dont la prime à la cooptation, au clientélisme et à la médiocrité. Il est temps pour les responsables d´apprendre à accepter un débat sans tabous sur l´ensemble des points concernant les citoyens… sans le ramener à la vision mesquine de luttes pour «le fauteuil» ou du «khobzisme.» La pancarte brandie par un manifestant dans les rues de Tunis: «el karama qabl elkhobz» («la dignité avant le pain») est à ce titre élogieuse. Il ne fait pas de doute que les ONG ont des points faibles. Bon nombre sont dans une situation précaire et ont tendance à dépendre excessivement de l´aide financière extérieure, ce qui, parfois, les fragilise ou les expose aux manipulations. Certaines d´entre elles agissent en tant qu´ «ONG fantômes,» ou coquilles vides, ne disposant d´aucun bureau connu et n´apparaissant qu´à des moments particuliers pour chauffer le «bendir» ou s´adonner dans la rue à des gesticulations peu glorieuses et si préjudiciables pour l´Algérie. Le pouvoir de la société civile se mesure à sa capacité d´argumenter, de proposer, d´expérimenter, de dénoncer, d´être exemplaire. Sa légitimité n´est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est acquise dans l´arène du débat public et doit être constamment renouvelée et revitalisée. C´est pourquoi, le changement attendu ne peut venir de consultations de façade, de l´absence d´une sérieuse préparation, ni sortir de la chape de la cooptation et du clientélisme. Il est temps de remettre le citoyen au centre des préoccupations des dirigeants politiques, qu´ils soient au pouvoir ou dans l´opposition, pour construire, ensemble, les alternatives adaptées aux exigences du processus de rénovation de l´Algérie. Cette mission exige de toutes les parties la même sincérité, la même conviction, le même engagement et la même énergie. Le citoyen en déshérence sociale peut être ramené vers le chemin de la loi républicaine par la pédagogie de l´exemple et un discours de vérité. Il y a, du point de vue de la mise en jeu de l´éthique citoyenne, urgence à redonner du sens, à redonner de la cohésion, urgence à rappeler l´intérêt et la portée de la règle commune. Pour paraphraser Lacordaire: «Entre le fort et le faible, c´est la liberté qui opprime et la loi qui libère»; faut-il encore rappeler que c´est dans le cadre d´un Etat de droit que l´utilité de la règle et son respect ne sont pas frustratoires mais libératoires.
(L’Expression-15.06.2011.)
Par (*) Ancien Responsable de l´éducation préventive et du sport de l´Organisation des Nations unies pour l´éducation, la science et la culture (Unesco).

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**Bouteflika promet à la Société Civile” un nouveau système de gouvernance”  

Abdelaziz Bouteflika multiplie les promesses et les annonces politiques. Mardi, à l’ouverture des premiers états généraux  de la société civile algérienne, il a transmis une lettre à l’ensemble des participants. Dans cette lettre, le premier magistrat du pays s’est engagé à “libérer la parole de la société civile dans l’ordre d’un nouveau système de gouvernance”. 

“Le président de la République m’a demandé de transmettre à l’ensemble  des participants son sentiment intime de soutien et d’écoute. Il entend, en  particulier, libérer la parole de la société civile dans l’ordre d’un nouveau  système de gouvernance pour dire que nous sommes dans une approche de la base  vers le sommet”, a expliqué à ce sujet le président du Conseil national économique et social (CNES), Mohamed Seghir Babes.  

Babès a ensuite assuré que les recommandations qui seront issues  de cette réunion de trois jours seraient soumises au président de la République.

Auparavant, le vice-président du Conseil  national économique et social (CNES), Mustapha Mekidèche a fait savoir sur les ondes de la radio nationale que ces premiers états généraux de la société civile n’ambitionnent pas d’arriver à un “compromis politique”. ”L’objectif de ces premiers états généraux de la société civile est  de restituer la parole aux associations et aux syndicats, reconnus, formels  ou non formels, et leur donner un espace de discussion, un espace de libération  de la parole”, a-t-il encore relevé.     

“Le compromis politique n’est pas notre couloir. Ce n’est ni le lieu  ni l’endroit”, tente-t-il de rassurer. Cependant, ce discours est loin convaincre tous les mouvements et acteurs de la Société Civile. Pour preuve, la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), le Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique (Snapap), le Rassemblement action jeunesse (RAJ), l’Association Tharwa n’Fadhma n’Soumer, SOS disparus et le Syndicat autonome de l’éducation et de la formation (Satef), ont exprimé lundi leur désaccord avec la démarche initiée par Bouteflika et dirigée par le CNES. 

Dans ce contexte, ils ont refusé de participer aux ateliers de ces assises organisées au Palais des Nations à Alger arguant qu’il s’agit là  de ”rencontres‑alibis de salons” préparées par le régime afin d’absorber “la contestation pour contourner l’exigence de changement exprimée par la société”, ont-ils souligné dans un communiqué rendu public lundi. (El Watan-14.06.2011.)

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**Ouverture hier des assises de la société civile

Rendez-vous pour le changement ou défouloir ?

Le président du Cnes a présenté l’évènement comme étant “une des déclinaisons de ce Printemps arabe, à vivre à ciel ouvert, pour aboutir à une démocratie participative”.

Les travaux des premiers états généraux de la société civile se sont ouverts, hier, au Palais des nations du  Club-des-Pins, ce lieu interdit en temps normal aux simples citoyens. À vrai dire, même en cette occasion (dédiée exclusivement à la société civile), la grande majorité des participants, excepté quelques représentants de syndicats autonomes, est essentiellement issue d’organisations officielles ! Ainsi, le fait saillant qui marque cette “kermesse” reste, indubitablement, la présence, une fois n’est pas coutume, de certains représentants autonomes, dont les très entreprenantes organisations syndicales du secteur de la santé, le SPNSP, le SNPSSP, ou encore le Collectif autonome des médecins résidents algériens, (Camra). Ces derniers sont invités par le Conseil national économique et social (Cnes) de Mohamed-Seghir Babès, organisateur officiel de l’évènement, pour prendre part aux différents ateliers prévus durant les trois journées que durera cette rencontre.
Si les représentants des syndicats autonomes ont répondu favorablement à l’appel du Cnes, c’est parce qu’ils veulent, naturellement, saisir cette occasion et en faire une tribune de dialogue, ce volet qui a souvent fait défaut avec leurs tutelles respectives, à même de faire entendre leur voix. “Nous souhaitons que nos doléances et propositions trouvent enfin un écho en cette occasion”, a déclaré, en marge, le Dr Sid-Ali Merouane, un des membres du Camra, invité à prendre part à l’atelier n°2 intitulé étrangement “Système de protection sociale et solidarité nationale : les conditions de sa pérennité et de sa durabilité”. Le représentant des résidents, en grève depuis quelques mois, qui veut ainsi positiver la participation de son organisation à cette rencontre, ne manque pas de mettre en avant certaines propositions préparées par le Camra s’articulant essentiellement sur “la nécessité de réformer la politique nationale de santé publique, dans le but de permettre une meilleure couverture sanitaire, et sans… le service civil”.
Le Dr Merouane mise sur “la volonté du Cnes”, autant est que, dit-il, ce fut cette même institution qui avait encadré un comité ad hoc en octobre 2010, dont le fameux rapport remet en cause l’instauration du service civil. “Le service civil est un système qui a contribué à la désarticulation du système de santé et la discontinuité des soins (…)”, selon ce même rapport, se rappelle le Dr Merouane.

“Sahat Etahrir” au club-des-pins !
Côté officiel, l’initiative n’a évidemment pas manqué d’accueillir l’assentiment du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, initiative organisée d’ailleurs sous son haut patronage.
Le chef de l’État, qui entend “libérer la parole des différentes composantes de la société civile dans le cadre d’une approche basée sur de nouveaux rapports consensuels entre la base et le sommet de la pyramide sociale”, selon le président du Cnes, Mohamed-Seghir Babès, étant donné que le représentant personnel du président de la République, initialement annoncé pour lire son allocution, a tout simplement manqué au rendez-vous. Intervenant à l’ouverture des travaux de cette rencontre, première du genre,
M. Babès n’a pas manqué de faire le lien avec le “Printemps arabe” et présenter l’évènement comme étant “une des déclinaisons de ce Printemps arabe, à vivre à ciel ouvert, pour aboutir à une démocratie participative”.
Agissant en chef d’orchestre, le président du Cnes estime, ainsi, que l’occasion est offerte pour “ouvrir le dialogue avec toutes les composantes de la société”, tout en comptant implicitement transformer le Palais des nations en une “place de révolution”, allusion faite à la fameuse “Sahat Etahrir”. Le rendez-vous du Cnes a, par ailleurs, fait des mécontents même parmi les représentants d’organisations officielles.
C’est le cas, notamment, des présidents de la Cnec et de l’Onem, en l’occurrence MM. Khaled Bounedjma et Khalfa M’barek, qui n’ont pas hésité à quitter la grande salle du Palais des nations, en guise de protestation contre le fait que l’hymne national n’a pas été chanté dans son intégralité à l’ouverture des travaux. Ces deux représentants, respectivement des fils de chahid et enfants de chouhada, n’ont, en outre, pas apprécié l’absence du poster du président de la République dans la salle. Ce qui a fait dire à Khaled Bounedjma que les organisateurs de l’évènement veulent davantage “plaire à la France !” –(Liberté-15.06.2011.)

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    **Vous avez dit société civile ?

par Ammar KOROGHLI

*La société civile en Algérie spacer

* En Algérie, le regain d’intérêt pour la question de la société civile se manifeste de plus en plus face à l’arbitraire qui a caractérisé les tenants du pouvoir depuis l’indépendance, sans doute davantage depuis ce qu’il a été convenu d’appeler «les événements» d’octobre 88 et la déferlante liberté d’expression savamment distillée et contrôlée.

Ainsi, depuis la vague d’attentats individuels et de masse depuis 1992 préfigurant une guerre civile larvée, cette question redouble de pertinence puisque, en dernière instance, la société civile se retrouve comme principale victime alors même qu’elle pourvoit au personnel politique, syndical, associatif, administratif, judiciaire… Aussi, l’interrogation demeure de savoir qui sont les véritables commanditaires de ces crimes et assassinats commis contre la société civile, et singulièrement ceux dont les intérêts névralgiques -calculés en milliards- risquent d’être sérieusement remis en cause ? En tout état e cause, l’analyse des faits depuis octobre 88 montre au moins le recul notable de la peur des Algériens cantonnés pour beaucoup jusqu’alors à la défensive. De façon tragique, ces faits n’ont cessé de révéler la résolution d’une fraction du pouvoir qui cherche à s’y maintenir au prix de n’importe quelle compromission et prête à sacrifier la vie de milliers de citoyens. D’où l’interrogation sur cet intérêt subit pour la société civile.

Il est de notoriété publique que ni les tenants du pouvoir actuel, ni les islamistes ne sont monolithiques en ce sens qu’ils recèlent en leur sein des tendances désignées sous les vocables de «conservateurs» et de «modernistes», de «durs» et de «modérés», d’ «éradicateurs» et de «réconciliateurs» … Toujours est-il qu’une frange de l’une ou l’autre de ces tendances est tentée de jouer la carte de la société civile. Ce scénario est d’autant plus évident que les uns, comme les autres, ont intérêt à stopper toute initiative de nature à susciter un projet différent du leur. La société civile se révèle, lors des diverses manifestations à travers le pays, comme un acteur pouvant générer son propre projet au détriment des appareils classiques constitués tant par l’Etat que par les partis politiques. Y aurait-il ainsi une conjonction d’intérêts communs et une alliance objective entre ces appareils et la société civile pour cibler le même enjeu, c’est-à-dire le pouvoir ?

En Algérie, il est manifeste que la société civile (société réelle) vit sous le joug de la société légale (la société au pouvoir), cette dernière continuant de gouverner vaille que vaille sous le signe de l’illégitimité et le sceau du monopole de la violence. Or, si la société civile aspire naturellement à la paix, peut-elle se permettre de se lier avec la fraction du pouvoir qui a tiré sur le «chahut » des gamins algériens (voire qui a ouvert la voie à la «décennie noire») ou encore avec la fraction armée de la tendance jusqu’au boutiste de la mouvance islamique ? Il est vraisemblable que l’Algérie réelle est pour un Islam modéré et pour un pouvoir assaini de ses éléments corrupteurs.

En effet, il y a lieu de tenir compte de deux paradigmes importants : la vision séculaire de la société algérienne (au moins en partie), suite à la conquête du Maghreb à l’Islam avec comme but suprême l’édification de la cité idéale -El madina el fadhila- (héritage hellénique de la République ?) et la conception de la modernité depuis la colonisation française avec ses attributs relatifs à l’idéal démocratique et le respect des droits fondamentaux de l’homme qui a néanmoins abouti en cent trente ans d’occupation à la tentative de déstructuration culturelle, mentale et spirituelle et, en définitive, de l’identité algérienne.

De ce point de vue, force est de souligner la permanence de l’ethnie arabo-berbère, des langues parlées -l’arabe dialectal et le kabyle, pour l’essentiel-, de l’esprit communautaire et de solidarité, du patriotisme comme nouvelle donne issue du mouvement national algérien, des essais de structuration étatique et de développement socio-économique enregistrés par la mémoire collective comme échecs et intégrés au moi national de façon critique. L’assimilation par l’intelligentsia algérienne de l’ensemble de ces éléments aboutit à l’idée de la nécessité d’une synthèse à opérer par des femmes et hommes intègres, techniciens avérés et politiquement neutres en vue de l’émergence de la société civile comme acteur politique hors des sphères officielles.

A cette synthèse doit faire face la société civile elle-même comme principal pourvoyeur du personnel politique appelée à gouverner l’Algérie. Tel doit être l’objectif prioritaire, en vue d’éliminer tout esprit extrémiste ayant pour credo la violence ou la torture comme mode d’orientation de la conscience nationale, ainsi qu’il en a été en Algérie durant une longue période. La société civile doit conquérir ses lettres de noblesse en supplantant toute velléité de dictature militaire ou spirituelle, loin de la gérontocratie gouvernante dès lors que la jeunesse constitue sa composante première. Ce faisant, elle aura à négocier avec détermination avec la société légale -c’est à dire le pouvoir qui légifère en son nom- et la société partisane (les différentes formations politiques toutes tendances confondues) qui sollicitent ses voix. C’est à ce prix que la société civile aura procédé à la rupture d’avec la stratégie défensive qui l’a jusqu’ici caractérisée. Ce d’autant plus que la violence, devenue une donnée quotidienne, a eu pour résultat entre autres de marginaliser (voire de faire faire fuir) la matière grise du pays.

En conséquence, la situation d’impasse politique que connaît l’Algérie (que ne sauraient compenser les consultations officielles visant des réformes à base constitutionnelle) et le mal développement économique et culturel peuvent-ils faire l’économie d’une solution radicale, cette solution étant la résultante de changements intervenus sur la sphère mondiale. Ainsi, entre autres éléments, deux sont importants : d’une part, les transformations des relations internationales par la dislocation du bloc de l’Est et le réveil des nationalismes (sanglant dans le cas de la Yougoslavie notamment), la fin du monde bipolaire Est-Ouest, la montée en puissance des mouvements écologiques dans les pays industrialisés et la paupérisation de plus en plus grande des nations prolétarisées avec l’émergence en leur sein d’une lumpen-intelligentsia gommant les germes des classes moyennes et, d’autre part, la faillite de l’économie rentière tirant ses principaux dividendes des hydrocarbures que certaines franges du pouvoir se sont réparties à travers la construction d’usines par prête-noms interposés, villas cossues, comptes bien garnis en Suisse ou ailleurs, mode de vie ostentatoire et attentatoire à l’ordre public algérien en ce qu’il viole les mentalités par la frustration qu’il y installe.

Une synthèse en vue d’un projet politique, culturel, social et économique constitue sans doute la première étape pour la société civile afin de mettre en place une approche à même d’asseoir une solution durable aux maux qui rongent l’Algérie post-indépendance depuis bientôt une cinquantaine d’années. Cette synthèse, qui ne saurait être l’œuvre ni d’un homme providentiel ni encore moins d’une gérontocratie gouvernante, peut permettre la naissance d’une pensée politique expurgée de toutes les scories du passé. Une nouvelle doctrine pour la nation algérienne à travers sa société civile. Il reste évident que cette dernière ne s’oppose ni à la société militaire (sauf en ce qu’elle a de répressif et lorsqu’elle est instrumentalisée par des politiciens véreux à des fins de pouvoir) ni à la société spirituelle (excepté lorsque celle-ci cherche à lui imposer un mode de pensée et de comportement dont elle n’a nullement besoin). Il est d’ailleurs clair que la société militaire, comme celle spirituelle, est traversée par les mêmes contradictions.

Au surplus, s’il est naturel de bénéficier de l’expérience d’hommes politiques sages et assagis par l’âge, vouloir instaurer un système politique où les principaux rouages de l’Etat (gouvernement, assemblée, armée, partis …) sont exclusivement aux mains de la gérontocratie est suicidaire. Une partie de cette dernière serait bien inspirée si elle faisait valoir son droit à la retraite, sans attendre son congédiement, signifié au demeurant par la jeunesse du pays depuis au moins octobre 88. La ritournelle opposée à ce jour selon laquelle les jeunes n’auraient aucune expérience est largement dépassée car, d’une part, pour la « quadra » (après dix à quinze ans de pratique universitaire, administrative, judiciaire, politique, journalistique…) s’est largement affranchie de cette critique utilisée comme ruse factice et, d’autre part, une partie du personnel politique n’a plus rien à dire ni à apporter à l’Algérie si ce n’est de répondre pour certains de leurs actes délictueux -voire criminels- ayant mené l’Algérie à la situation actuelle. Cette situation se caractérise par le fait notable que la société civile a été privée de son droit légitime à l’expression sous toutes ses formes ; ce, alors même qu’elle doit être par essence le vivier naturel du personnel politique effectivement décideur. (Quotidien d’Oran-23.06.2011.) 

*(Avocat – Auteur Algérien)

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7 réponses à “*La société civile en Algérie”

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