*Le dico de la crise

*Dette souveraine, obligations, Banque centrale européenne, agences de notation : petit précis

 Le dico de la crise

 Dette souveraine, obligations, Banque centrale européenne, agences de notation… Difficile, parfois, de s’y retrouver dans le jargon des spécialistes ! Mais comme la crise est là, autant l’affronter avec un langage affûté. Voici notre petit précis en 12 fondamentaux. Qu’est-ce qu’une crise de la dette ?
D’une manière générale, la dette souveraine d’un État est constituée de l’ensemble des emprunts réalisés (crédits bancaires, emprunts à d’autres États, titres émis par le Trésor public). « La crise de la dette intervient lorsqu’un débiteur n’arrive plus à honorer ses engagements explique Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). En Europe, certains pays – l’Italie, par exemple – font face à une crise de liquidités, « c’est-à-dire qu’ils ne peuvent temporairement pas rembourser », poursuit l’économiste. Pour ce faire, il leur faut vendre des entreprises nationalisées ou se séparer de biens, un peu comme un ménage qui se verrait dans l’obligation de vendre un bien immobilier pour rembourser un crédit. Cela prendrait plus de temps, mais il pourrait le faire. Plus grave, une crise de solvabilité correspond, elle, à la situation où « un État ne peut plus rien rembourser ». C’est le cas de la Grèce, quasi officiellement en défaut de paiement.

« Aux États-Unis, je dirais que c’est avant tout une crise politique entre républicains et démocrates autour du plafond de la dette qui a conduit à une dégradation de la note souveraine », estime Agnès Bénassy-Quéré. Cela n’était jamais arrivé outre-Atlantique et a suffi pour semer la panique sur les marchés.

Qui sont les agences de notation ?
Le rôle des trois grandes agences – Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch – est d’évaluer la capacité des États ou des entreprises à rembourser leur dette. Composées d’équipes de chercheurs, d’analystes, d’économistes, elles attribuent la note d’un pays – qui court de AAA pour une excellente santé à… D – en fonction de ses fondamentaux économiques. Plus la note est haute, plus les taux d’emprunt sont bas.

Quel est leur pouvoir réel ?
Elles sont réputées fiables, parce que seules à croiser autant de données (autour de quatre grands critères qui sont la richesse d’un pays, l’historique de ses vingt-cinq dernières années, sa stabilité politique et le poids de sa dette par rapport aux recettes fiscales). Elles offrent un cliché dynamique de la situation d’un pays, et notent aussi beaucoup d’entreprises privées. Notamment les banques… dont elles tirent pourtant une partie de leurs revenus. D’où de possibles conflits d’intérêts. En période de troubles, dès lors que ces agences dégradent la note d’un pays, mécaniquement les taux d’intérêt de ses emprunts augmentent. Or plus les taux sont hauts, plus rembourser la dette devient difficile et… la note sujette de nouveau à la baisse. Une spirale infernale qui conduit certains à comparer les agences à des « pompiers-pyromanes ».

« La conjonction de deux crises dans un contexte mondial agité »

La crise financière de 2008 est-elle la grande responsable de la conjoncture actuelle ?
En 2007, le monde occidental a traversé une crise de l’endettement privé : en Espagne notamment, où les gens se sont endettés dangereusement pour acheter des appartements ; aux États-Unis avec les subprimes, ces prêts hypothécaires à risque largement répandus par les banques. Le système s’est lézardé jusqu’à la chute emblématique de la banque Lehman Brothers en 2008, ouvrant la voie à la déroute sur les marchés. Pour sauver les banques, les États ont décidé de les nationaliser dans certains cas, de les recapitaliser dans d’autres, à travers de vastes plans de sauvetage, comme le plan Paulson outre-Atlantique, qui aura coûté 700 milliards de dollars. « S’en est suivie une grande récession. Cette crise financière a coûté 30 points de PIB supplémentaires. La crise de la dette souveraine aujourd’hui est l’acte 3 de cet enchaînement », explique Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’analyse économique.

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La dette américaine est-elle à l’origine des déboires européens ?
Non. « C’est plutôt la conjonction de deux crises dans un contexte mondial agité », précise Élie Cohen. Il y a l’Europe d’un côté, où ce qui était une crise limitée à un seul pays en a touché d’autres et mis en cause la solvabilité de certains États. Et les États-Unis de l’autre, avec une reprise avortée et une dette qui n’en finit pas de se creuser. Le tout sur fond de ralentissement mondial. « Il est donc plus approprié d’évoquer un cercle vicieux de l’affaiblissement des États et des banques », poursuit l’économiste.

La BCE est-elle intervenue trop tard ?
La Banque centrale européenne doit veiller à l’équilibre financier de l’Europe, sorte d’édredon pour éviter les effets de contagion et tenter d’amortir les coups, avec un rôle préétabli de « prêteur en dernier recours ». En mai 2010, pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal, elle avait activé un programme de rachat d’obligations pour 70 milliards d’euros. Rebelote avec l’Espagne et l’Italie cet été. En achetant ces obligations sur les marchés, la BCE espère faire remonter leur prix, provoquer mécaniquement une baisse des taux d’intérêt et du coup rassurer les investisseurs, qui étaient plutôt prêts à se carapater. Pour Élie Cohen, « la BCE s’est remarquablement comportée dans cette crise » ; d’autres reprochent à l’instance européenne d’avoir comme unique souci la lutte contre l’inflation, au détriment de la croissance économique et donc du chômage.

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La zone euro peut-elle imploser ?
Ce serait une catastrophe, mais hélas, oui. « Elle est en permanence sur la ligne de crête, explique Élie Cohen. Aujourd’hui, beaucoup appellent de leurs voeux les Euro Bonds, autrement dit la mutualisation de la dette au niveau européen. » Mais l’Allemagne, par exemple, qui s’est serré la ceinture pour restaurer ses finances publiques, rechigne à l’idée d’aider ces voisins plus laxistes. De plus, « l’Europe n’a pas l’organisation politique pour le faire », complète Agnès Bénassy-Quéré.

La Chine joue-t-elle un rôle dans tout cela ?
Un rôle direct non, mais en tant que premier investisseur de la planète elle est concernée au premier chef. Pékin détient 7 % de la dette européenne et 10 % de la dette américaine. Principal créancier des États-Unis, donc, avec 1 160 milliards en bons du Trésor américain, elle n’hésite plus à tancer Washington comme un enfant en culote courte l’exhortant à « cesser de vivre au-dessus de ses moyens. » Les méthodes de la Chine font grincer des dents. Mais plus personne n’oserait lui tenir tête trop frontalement.

Quelles sont les conséquences sur l’économie réelle ?
Le bilan des banques se trouvant comprimé, elles ne pourront plus prêter autant. Le risque est donc d’assister à un ralentissement marqué de l’économie. Concrètement, les entreprises investiront et embaucheront moins. « Cela engendrera probablement aussi une perte de pouvoir d’achat pour les particuliers, ajoute Agnès Bénassy-Quéré. « Tout comme il faut s’attendre à des répercussions telles que des hausses d’impôts, des coupes dans les programmes sociaux ou encore l’allongement des retraites. »

Les banques et, partant, les dépôts de garantie sont-ils menacés ?
Les banques françaises ont bien absorbé la crise grecque, ce qui prouve d’une certaine façon leur solidité. En revanche, disent unanimement les économistes, si l’Italie et l’Espagne en venaient à être en défaut de paiement, ce serait plus délicat pour le système bancaire. Pour les particuliers, « les dépôts bancaires étant garantis, il n’y a pas de craintes à avoir ». Seuls les produits d’épargne pourraient être impactés.

Quels sont les scénarios envisageables ?
« Nous sommes dans une tempête sans avoir de météo », explique un financier, résumant l’état d’esprit qui règne sur les marchés. Pour Patrick Artus, économiste chez Natixis, la situation évolue dangeuresement : « On est partis d’une situation où la plupart des dettes publiques étaient perçues comme des actifs sans risques pour aller vers un scénario dans lequel très peu sont désormais considérées sans risques. » Pour Élie Cohen, « si l’on ne parvient pas à se mettre d’accord sur une mutualisation des risques, on risque un scénario d’implosion, avec l’effondrement de tout le système européen ». Un script pire qu’Armageddon.

Y a-t-il des raisons d’éspérer ?
« La situation globale de la zone euro est cependant bien meilleure que celle des États-Unis », insiste Élie Cohen. Le déficit est à 5% du PIB, contre 10% outre-Atlantique, et la dette publique à 80 % du PIB, contre 100 %. (Madame Figaro-22.09.2011.)

À lire pour aller plus loin
La Banque et Le Capitalisme hors la loi, de Marc Roche (éd. Albin Michel). Ce correspondant du Monde à Londres infiltre le système et le déroule comme un polar. Formidable.
Les Incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation, de Patrick Artus (éd. Perrin). Plus spécialiste mais brillant.
Penser la crise, et mieux la comprendre, avec Élie Cohen (éd. Fayard).

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