L’agression contre la Libye.3

**La longue guerre de Washington contre l’Afrique

par James Petras….Mondialisation.ca, Le 27 avril 2011

 L'agression contre la Libye.3 24526

Le bombardement de la Libye au printemps 2011 par les Etats-Unis pour soutenir les clients-rebelles fait partie d’une politique d’interventions militaires en Afrique ininterrompues depuis au moins le milieu des années 1950.

Selon un rapport rédigé par le service de la Recherche du Congrès US (US Congressional Research Service) publié en novembre 2010, Washington a déployé pratiquement tous les ans entre des centaines et plusieurs milliers de troupes, des dizaines d’avions de combat et de navires de guerre pour mettre en place des dictatures clientes ou pour renverser des régimes hostiles dans des dizaines de pays.

Ce rapport montre que les forces armées US sont intervenues 46 fois avant la guerre actuelle en Libye. Les pays qui ont subi une ou plusieurs interventions sont, entre autres : le Congo, le Zaïre, la Libye, le Tchad, la Sierra Leone, la Somalie, le Rwanda, le Liberia, la République Centre-Africaine, le Gabon, la Guinée-Bissau, le Kenya, la Tanzanie, le Soudan, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, Djibouti et l’Erythrée.

La seule intervention progressiste a eu lieu en Egypte sous la présidence d’Eisenhower qui avait obligé les forces armées israéliennes- françaises et anglaises à se retirer du canal de Suez en 1956.

Entre le milieu des années 1950 jusqu’à la fin des années 1970, il n’y a eu que 4 opérations militaires officielles, même si les opérations militaires de grande envergure menées par procuration et clandestinement étaient pléthore.

Sous la présidence de Reagan-Bush Sr. (1980-1991) les interventions militaires officielles ont nettement augmenté, passant à 8, sans compter les guerres menées à grande échelle par les « forces spéciales » clandestines et les guerres par procuration dans le sud de l’Afrique.

C’est lors de la présidence de Clinton que l’impérialisme militarisé US a pris de l’ampleur en Afrique. Entre 1992 et 2000, il y a eu 17 agressions armées, parmi lesquelles une invasion d’envergure en Somalie et l’aide militaire au régime génocidaire du Rwanda. Clinton est intervenu au Liberia, au Gabon, au Congo et en Sierra Leone pour maintenir au pouvoir les régimes fantoches au pouvoir depuis des lustres.

Il a fait bombarder le Soudan et envoyé des militaires au Kenya et en Ethiopie pour aider les états-clients à attaquer la Somalie.

Avec Bush Jr., il y a eu 15 interventions militaires US, principalement en Afrique Centrale et en Afrique de l’est.

L’invasion et le bombardement de la Libye par le gouvernement Obama n’est que la continuation des méthodes impériales pérennes destinées à consolider le pouvoir des Etats-Unis grâce à l’instauration de régimes clients, l’établissement de bases militaires et la formation et l’endoctrinement d’armées de mercenaires appelés « partenaires de coopération ». Il est indéniable qu’il existe depuis plusieurs décennies une vague montante de militarisme impérial aux Etats-Unis.

La majorité de l’empire africain des Etats-Unis est construite disproportionnellement sur les rapports militaires avec les chefs militaires de leurs clients. Le Pentagone a des liens militaires avec 53 pays africains (y compris en Libye avant l’agression actuelle).

Les efforts de Washington pour militariser l’Afrique et transformer leur armée en une armée de mercenaires qui servent à étouffer les révoltes et les régimes anti-empire sont multipliés après le 11 sept.

L’Administration Bush avait annoncé en 2002 que l’Afrique était une « priorité stratégique de la lutte contre le terrorisme”.

Et de là, les stratèges impériaux, soutenus par les élus du congrès, progressistes et néoconservateurs, ont commencé à centraliser et à coordonner une politique militaire sur tout le continent africain en créant le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (l’AFRICOM). Ce dernier est chargé de l’organisation des armées, appelée par euphémisme, “partenariats de coopération” pour mener les guerres néo-coloniales fondées sur des accords bilatéraux (en Ouganda, au Burundi, etc.) et créer également des liens « multilatéraux » avec l’Organisation de l’Unité Africaine.

L’AFRICOM, malgré le rôle qu’on lui avait assigné de servir d’instrument pour propager l’influence impériale, a été plus efficace pour dévaster des pays qu’à s’emparer de ressources et asseoir son pouvoir. La guerre en Somalie, qui a déplacé et tué des millions de personnes et coûté des centaines de millions de dollars, entre dans sa vingtième année, et sans espoir d’issue victorieuse en vue.

A part la plus ancienne néo-colonie US, le Liberia, aucun autre pays n’a accepté qu’AFRICOM installe sa base sur son sol.

Ce qui est très significatif, c’est qu’AFRICOM n’était pas préparé au renversement des régimes de clients importants en Tunisie et en Egypte – des « partenaires » importants qui surveillaient le sud de la Méditerranée, les côtes des pays arabes et la mer Rouge. Malgré la collaboration de la Libye avec AFRICOM, surtout pour les opérations des services secrets “anti-terroristes”, Washington a cru à tort qu’une victoire facile de ses clients « rebelles » pourrait conduire à un régime plus docile, qui offrirait davantage en matière de base militaire, de QG et de source pétrolière bon marché. Aujourd’hui, les Etats-Unis dépendent autant du pétrole africain que leurs fournisseurs du Moyen-Orient.

La présence d’AFRICOM sur tout le continent africain se solde par son incapacité à transformer ces « partenariats » en installation effective de leaders fantoches.

Les mesures prises pour encourager des programmes « civils-militaires » n’ont pas permis d’assurer une base populaire à des régimes de collaborateurs corrompus, très appréciés pour leur disposition à fournir de la chair à canon à l’empire.

La révolte en Afrique du Nord a renversé les figures emblématiques des dictatures soutenues par l’empire. Alors que les révoltes populaires dans les pays arabes se propagent vers le Golfe et intensifient leurs revendications de changements socio-économiques ainsi que politiques, l’empire a contre-attaqué.

AFRICOM a soutenu l’agression en Libye, l’attaque contre le mouvement pour la démocratie menée par la junte militaire au pouvoir en Egypte et compte sur ses « partenaires » autocrates dans le Golfe et la Péninsule Arabique pour noyer dans un bain de sang les mouvements de la société civile.

La militarisation croissante de la politique de l’empire US en Afrique du Nord et dans le Golfe donne lieu à des affrontements historiques entre la révolution arabe pour la démocratie et les satrapes soutenus par l’empire ; entre les Libyens qui luttent pour leur indépendance et les forces navales et aériennes euro-américaines qui dévastent le pays pour le compte de leurs clients locaux incompétents.

James Petras

Texte original en anglais : Washington’s « Long War » against Africa, publié le 27 avril 2011.

Traduction emcee, des bassines et du zèle pour Le Grand Soir.

James Petras, ex-professeur de sociologie à Binghamton University, New York, militant de la lutte des classes depuis cinquante ans, conseiller pour les sans-terre et les sans-droits au Brésil et en Argentine, a coécrit « Globalization Unmasked (Zed Books).

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La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars

par Peter Dale Scott

La campagne actuellement menée par l’OTAN contre Kadhafi en Lybie a suscité beaucoup de confusion, autant chez ceux qui ont lancé cette campagne inefficace que chez ceux qui l’observent. Beaucoup de personnes pour lesquelles j’ai habituellement du respect la conçoivent comme une guerre nécessaire contre un « méchant » – bien que certains aient choisi de voir en Kadhafi le « méchant » tandis que d’autres désignent ainsi Obama.    Au contraire, mon avis sur cette guerre est qu’elle est mal préparée et dangereuse – représentant une menace pour les intérêts des Libyens, des Américains, du Moyen-Orient et potentiellement du monde entier. Derrière la prétendue inquiétude concernant la sécurité des civils libyens réside une préoccupation plus profonde qui est à peine reconnue : la défense par l’Occident de l’économie globale des pétrodollars aujourd’hui en déclin.    La confusion qui règne à Washington, incarnée par l’absence de discussion sur un objectif stratégique prépondérant pour justifier l’implication des Etats-Unis dans ce conflit, est symptomatique du fait que le Siècle américain touche à sa fin, et ce d’une manière autant prévisible à long terme qu’erratique et hors de contrôle dans son déroulement. Confusion à Washington et à l’OTANConcernant le soulèvement de
la Lybie, les opinions à Washington varient entre celles de John McCain – qui aurait exhorté l’OTAN à apporter « tous les moyens disponibles d’assistance, excepté des troupes au sol», afin de renverser Kadhafi
1 – et celles du député Républicain au Congrès Mike Rogers, qui a exprimé une grande préoccupation, y compris sur toute livraison d’armes à un groupe de combattants que l’on connait peu.2 
   Nous avons pu observer la même confusion à travers le Moyen-Orient. En Egypte, une coalition d’éléments non-gouvernementaux a contribué à préparer la révolution non-violente dans ce pays, tandis que l’ancien ambassadeur des Etats-Unis Frank Wisner Jr. s’est rendu en Egypte afin de persuader Moubarak de s’accrocher au pouvoir. Pendant ce temps, dans des pays qui étaient d’un intérêt majeur pour les Etats-Unis comme
la Jordanie et le Yémen, il est difficile de discerner une quelconque politique américaine cohérente.

Au sein de l’OTAN également, il règne une certaine confusion qui menace occasionnellement d’éclater en conflit ouvert. Des 28 membres composant l’OTAN, seulement 14 sont impliqués dans la campagne libyenne, dont seulement 6 dans la guerre aérienne. Parmi ces derniers, seulement trois pays – les Etats-Unis,
la Grande Bretagne et
la France – offrent un appui tactique aérien aux rebelles combattant au sol. Lorsque de nombreux pays membres de l’OTAN gelèrent les comptes en banque de Kadhafi et de ses proches soutiens, les Etats-Unis, par un acte suspect et peu exposé dans la presse, ont gelé l’intégralité des 30 milliards de dollars de fonds du gouvernement libyen auxquels ils avaient accès (voire plus bas pour de plus amples détails sur ce sujet). L’Allemagne, nation la plus puissante de l’OTAN après les Etats-Unis, s’est abstenue lors du vote de la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies ; et son ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, a depuis déclaré : « Nous ne verrons pas de solution militaire, mais une solution politique. »
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Un tel chaos aurait été impensable durant la période culminante de l’hégémonie des Etats-Unis. Obama semble paralysé entre son objectif déclaré – l’exclusion de Kadhafi du pouvoir – et les moyens dont il dispose, au vu de l’engagement couteux des Etats-Unis dans deux guerres, et du fait de ses priorités de politique intérieure. 

Afin de comprendre la confusion des Etats-Unis et de l’OTAN au sujet de
la Libye, nous devons observer d’autres phénomènes :   

• L’alerte lancée par Standard & Poor’s concernant l’imminence d’un abaissement de la notation des Etats-Unis. • La hausse sans précédent du prix de l’or au dessus du seuil des 1500 dollars l’once. 

• Le blocage politique aux Etats-Unis au sujet des déficits de l’Etat fédéral et des Etats fédérés, et comment agir dans cette situation.
 

 
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En pleine remise en question libyenne de ce qu’il reste de l’hégémonie américaine, et en partie comme conséquence directe de la stratégie confuse des Etats-Unis en Libye, le baril de pétrole a atteint les 112 dollars. Cette hausse de prix menace de ralentir ou même de renverser la reprise économique chancelante des Etats-Unis, et démontre en quoi – parmi de nombreuses autres raisons – la guerre en Libye n’est pas en train de servir les intérêts nationaux des Etats-Unis.   
Depuis le début, la confusion au sujet de
la Lybie a été évidente à Washington, particulièrement depuis que la secrétaire d’Etat Clinton a défendu une politique de non-survol, que le Président Obama a déclaré ne vouloir envisager qu’en option, et contre laquelle le secrétaire à
la Défense Gates a lancé des mises en garde.4 Il en a résulté une série de mesures temporaires, au cours desquelles Obama a justifié une réponse américaine limitée en désignant les implications astreignantes des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.

  

Pourtant, malgré un enlisement s’installant au sein-même de
la Libye, une série de nouvelles escalades graduelles ont été envisagées, de la fourniture aux rebelles d’armes, de fonds et de conseillers jusqu’à l’introduction de mercenaires, voire même de troupes étrangères. Le scénario américain commence de plus en plus à ressembler à celui du Vietnam, où la guerre a aussi débuté sur une échelle modeste avec l’introduction secrète d’opérateurs puis de conseillers militaires.    

Je dois avouer que le 17 mars, j’étais moi-même hésitant concernant la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui établissait ostensiblement en Libye une zone de non-survol destinée à la protection des civils. Mais depuis lors, il est apparu que la menace contre les rebelles incarnée par les troupes et la rhétorique de Kadhafi était bien moindre qu’elle n’était alors perçue. Pour citer le professeur Alan J. Kuperman : « […] Le Président Barack Obama a grossièrement exagéré la menace humanitaire afin de justifier une action militaire en Libye. Le Président a avancé qu’une intervention était nécessaire afin d’éviter un ‘bain de sang’ à Benghazi, seconde ville de Libye et bastion des rebelles. Mais Human Rights Watch a publié des données concernant Misrata, troisième ville la plus peuplée de Libye qui a été le théâtre de combats prolongés. [Ces données] révèlent que Mouammar Kadhafi n’est pas en train de massacrer délibérément des civils mais plutôt qu’il cible étroitement les rebelles armés qui combattent contre son gouvernement. La population de Misrata est d’environ 400 000 habitants. En presque deux mois de guerre, seulement 257 personnes – incluant des combattants – sont morts là-bas. Parmi les 949 blessés, seulement 22 – soit moins de 3 % – sont des femmes. […] De même que Kadhafi n’a jamais proféré la menace d’un massacre de civils à Benghazi, tel qu’Obama l’a prétendu. La mise en garde ‘sans pitié’ du 17 mars ciblait seulement les rebelles, comme il a été rapporté dans le New York Times, qui nota que le dirigeant de
la Libye promît l’amnistie à ceux « qui jetteraient leurs armes ». Kadhafi a même offert aux rebelles une voie de détresse et une frontière ouverte avec l’Egypte pour éviter un combat ‘à l’issue amère’. »
5 
L’histoire des interventions toujours en cours des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan suggère que nous devrions nous attendre à un lourd bilan humain si l’actuel enlisement en Libye perdure ou donne lieu à des escalades supplémentaires.    Le rôle des intérêts pétroliers et financiers dans cette guerre 

Dans American War Machine, j’écris comment :

« A travers une dialectique apparemment inévitable, […] la prospérité dans les Etats importants a encouragé l’expansion, et celle-ci a créé au sein des Etats dominants des disparités de revenus grandissantes.6

Dans ce processus, l’Etat dominant lui-même a été altéré, puisque ses services publics furent progressivement appauvris dans le but de renforcer des arrangements sécuritaires bénéficiant à peu de personnes tout en oppressant la majorité.

Ainsi, pendant de nombreuses années, les affaires étrangères de l’Angleterre en Asie en sont arrivées à être conduites en grande partie par la Compagnie anglaise des Indes orientales […]. D’une façon similaire, l’entreprise américaine Aramco, représentant un consortium composé des majors pétrolières Esso, Mobil, Socal et Texaco, conduisit sa propre politique étrangère en Arabie, disposant de connexions privées avec la CIA et le FBI.8 […]

De cette manière, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ont hérité de politiques qui, lorsqu’elles furent adoptées par les Etats métropolitains, devinrent inamicales à l’ordre public et à la sécurité. »9  Dans les derniers stades du pouvoir hégémonique, l’on observe de plus en plus d’interventions brutes menées pour des intérêts restreints, sabordant les efforts antérieurs aspirant à la création d’institutions internationales stables. Prenons en considération le rôle du raid Jameson – qui résultait d’une conspiration –  dans
la République sud-africaine des Boers à la fin de l’année 1895. Ce raid, conçu pour favoriser les intérêts de Cecil Rhodes, contribua à engendrer
la Seconde Guerre des Boers.10 Ou envisageons la conspiration franco-anglaise avec Israël en 1956, fomentée dans une tentative absurde et vaine de garder le contrôle du Canal de Suez.     
A présent considérons les efforts de lobbying des majors pétrolières comme étant des facteurs de l’entrée en guerre des Etats-Unis au Vietnam (1961), en Afghanistan (2001) et en Irak (2003).11 Bien que le rôle des compagnies pétrolières dans l’implication des Etats-Unis en Libye reste obscure, il est quasiment certain que les réunions de
la Commission d’études énergétiques de Dick Cheney ne traitaient pas seulement des réserves pétrolières sous-exploitées de l’Irak, mais également de celles de
la Libye – estimées à environ 41 milliards de barils, soit environ un tiers des réserves de l’Irak.
12 
Ensuite, certains à Washington s’attendaient à ce qu’une rapide victoire en Irak soit suivie par des attaques similaires contre
la Libye et l’Iran. Il y a quatre ans, le général Wesley Clarke a déclaré à Amy Goodman sur Democracy Now que peu après le 11-Septembre, un général au Pentagone l’informa que de nombreux pays seraient attaqués par l’armée des Etats-Unis. La liste incluait l’Irak,
la Syrie, le Liban,
la Libye,
la Somalie, le Soudan et l’Iran.
13 En mai 2003 John Gibson, directeur général de la division Services énergétiques de l’entreprise Halliburton, déclara dans un entretien avec l’International Oil Daily : « Nous espérons que l’Irak sera le premier domino et que
la Libye et l’Iran suivront. Nous n’aimons pas être mis à l’écart des marchés car cela donne à nos concurrents un avantage déloyal. »
14 
Il est également de notoriété publique que la résolution 1973 de l’ONU imposant le 17 mars une zone de non-survol suivait de peu la menace publique proférée par Kadhafi le 2 mars d’exclure les compagnies pétrolières occidentales de Libye ; de même qu’elle suivait son invitation faite le 14 mars aux firmes russes, chinoises et indiennes à produire le pétrole libyen à leur place.15 De façon significative,
la Chine,
la Russie et l’Inde (rejoints par le Brésil, leur allié parmi les BRICS) se sont abstenus durant le vote de
la Résolution 1973. 
La question du pétrole est étroitement liée à celle du dollar, car le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale dépend largement de la décision de l’OPEP de libeller les achats du pétrole de l’OPEP en dollars. L’économie actuelle des pétrodollars se fonde sur deux accords secrets passés durant les années 1970 avec les Saoudiens pour recycler les pétrodollars dans l’économie des Etats-Unis. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et durable de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar U.S. ; le second sécurisait un soutien saoudien continuel pour la tarification de l’intégralité du pétrole de l’OPEP en dollars. Ces deux accords garantissaient que l’économie des Etats-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Depuis lors, le plus lourd fardeau a en fait été porté par les économies des pays les moins développés, qui doivent acheter des dollars pour leurs fournitures en pétrole.16  

*  Comme Ellen Brown l’a relevé, d’abord l’Irak et ensuite
la Libye ont décidé de défier le système des pétrodollars et de stopper leurs ventes de pétrole en dollars, peu avant que ces deux pays ne soient attaqués : 
« Kenneth Schortgen Jr., écrivant pour Examiner.com, remarqua que ‘[s]ix mois avant l’entrée des Etats-Unis en Irak pour faire chuter Saddam Hussein, cette nation pétrolière avait entrepris la démarche d’accepter les euros au lieu des dollars pour son pétrole, et cela devint une menace pour l’hégémonie globale du dollar en tant que monnaie de réserve, et pour sa domination en tant que pétrodollar’.   

Selon un article russe intitulé ‘Bombardement de
la Libye – La punition de Kadhafi pour sa tentative de refuser le dollar U.S.’, Kadhafi a entrepris une même démarche audacieuse : il initia un mouvement destiné à refuser le dollar et l’euro, et appela les nations arabes et africaines à utiliser à la place une nouvelle monnaie, le dinar or. Kadhafi suggéra d’établir un continent africain uni, avec ses 200 millions de personnes utilisant cette monnaie commune… Cette initiative était perçue négativement par les Etats-Unis et l’Union européenne, le Président français Nicolas Sarkozy qualifiant la Libye de menace pour la sécurité financière de l’humanité ; mais Kadhafi continua d’appuyer la création d’une Afrique unie.  
Et cela nous ramène à l’énigme de la banque centrale libyenne. Dans un article posté sur Market Oracle, Eric Encina observa : Un fait très rarement mentionné par les politiciens occidentaux et les experts médiatiques : la Banque Centrale de Libye est à 100% détenue par l’Etat […] Actuellement, le gouvernement libyen fabrique sa propre monnaie, le dinar libyen, grâce aux installations de sa propre banque centrale. Peu de personnes peuvent remettre en question le fait que la Libye soit une nation souveraine avec de vastes ressources, capable d’alimenter son propre destin économique. Un problème majeur pour les cartels bancaires globalistes est que, pour faire des affaires avec la Libye, ils doivent passer par la Banque Centrale libyenne et par sa propre monnaie, un endroit où ils n’ont absolument aucun ascendant ou aucune capacité d’influence. Par conséquent, faire chuter la Banque Centrale de Libye (BCL) peut ne pas apparaître dans les discours d’Obama, de Cameron et de Sarkozy, mais cet objectif est certainement au sommet de l’ordre du jour globaliste consistant à absorber la Libye dans sa ruche de nations dociles.’ 17  La Libye n’a pas seulement du pétrole. Selon le FMI, sa banque centrale renferme environ 144 tonnes d’or dans ses coffres. Avec une telle réserve d’actifs, qui aurait besoin de la BRI [Banque des Règlements Internationaux], du FMI ou de leurs règles ? » 18   

La proposition récente de Kadhafi d’introduire un dinar or pour l’Afrique ravive l’idée d’un dinar or islamique émise en 2003 par le Premier Ministre malaysien Mahathir Mohamad, ainsi que par des mouvements islamistes.19 Cette idée, qui contrevient aux règles du FMI et qui est conçue pour les contourner, a eu du mal à être concrétisée. Mais aujourd’hui, les pays stockant de plus en plus d’or plutôt que des dollars n’incluent pas seulement la Libye et l’Iran, mais également la Chine, la Russie et l’Inde.20     L’intérêt de la France à mettre un terme aux initiatives africaines de Kadhafi L’initiative des frappes aériennes semble être venue initialement de France, avec un soutien précoce de la Grande Bretagne. Si Kadhafi était parvenu à créer une Union africaine soutenue par la monnaie et les réserves d’or de la Libye, la France, qui reste le pouvoir économique prédominant dans la plupart de ses anciennes colonies centre-africaines, aurait été la grande perdante. D’ailleurs, un rapport de Dennis Kucinich aux Etats-Unis a corroboré l’assertion de Franco Bechis en Italie, transmise par le Réseau Voltaire en France, selon laquelle « des plans pour déclencher la rébellion de Benghazi furent initiés par les services de renseignement français en novembre 2010. »21    Si l’idée d’attaquer la Libye provient de la France, Obama a rapidement soutenu les plans français visant à contrecarrer l’initiative africaine de Kadhafi avec sa déclaration unilatérale d’une urgence nationale, nécessaire pour geler l’intégralité des 30 milliards de dollars de la Banque de Libye auxquels les Etats-Unis avaient accès. (Cette opération fut rapportée de manière trompeuse dans la presse U.S. comme étant un gel des fonds du « Colonel Kadhafi, de ses enfants et de sa famille, ainsi que des membres importants du gouvernement libyen »22 Mais en réalité la seconde section du décret d’Obama visait explicitement « Toutes les propriétés et intérêts […] du Gouvernement de Libye, ses agences, ses représentants et ses entités sous son contrôle, ainsi que la Banque Centrale de Libye. »23) Alors que ces dernières années les Etats-Unis ont activement utilisé des armes financières, cette confiscation de 30 milliards de dollars, « la plus importante somme gelée par une sanction ordonnée par les Etats-Unis », avait un précédent : la confiscation –potentiellement illégale, et résultante certaine d’une conspiration – des actifs iraniens en 1979 au nom de la Chase Manhattan Bank alors menacée.24   

Les conséquences, pour l’Afrique autant que pour la Libye, de ce gel de 30 milliards de dollars ont été clairement expliquées par une observatrice africaine : « Les 30 milliards de dollars U.S. gelés par M. Obama appartiennent à la Banque Centrale de Libye et ont été affectés en tant que contribution libyenne à trois projets clés qui auraient ajouté les touches finales à la fédération africaine – la Banque Africaine d’Investissement à Syrte en Libye ; l’établissement en 2011 du Fond Monétaire Africain qui devait être basé à Yaoundé avec un fonds de capitaux de 42 milliards de dollars ; enfin la Banque Centrale Africaine située à Abuja au Nigéria, qui lorsqu’elle commencera à imprimer de l’argent africain sonnera le glas du franc CFA grâce auquel Paris a réussi à maintenir son emprise sur certains pays africains durant ces cinquante dernières années. Il est aisé de comprendre la colère de la France contre Kadhafi. »25    Cette même observatrice énonce les raisons qui la portent à croire que les plans de Kadhafi pour l’Afrique ont été plus bienveillants que ceux de l’Occident : « Ceci débuta en 1992, lorsque 45 nations africaines établirent la RASCOM (Organisation Régionale Africaine de Communications par Satellite) qui aurait ainsi fourni à l’Afrique son propre satellite et aurait réduit les couts des communications dans le continent. C’était à une époque où les appels téléphoniques vers et depuis l’Afrique étaient les plus chers du monde à cause de la redevance de 500 millions de dollars U.S. empochée par l’Europe pour l’utilisation de ses satellites – comme Intelsat – pour les conversations téléphoniques, incluant celles au sein d’un même pays. 

Un satellite africain coutait seulement un payement unique de 400 millions de dollars U.S., et ainsi le continent n’aurait plus à payer une location de 500 millions de dollars annuels. Quel banquier n’aurait-il pas financé un tel projet ? Mais le problème demeurait – comment des esclaves, cherchant à s’émanciper de l’exploitation de leurs maîtres, peuvent-ils demander de l’aide à ces derniers pour obtenir cette liberté ? Sans surprises, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les Etats-Unis et l’Europe ont seulement fait de vagues promesses durant 14 ans. Kadhafi mit fin à ces futiles appels aux ‘bienfaiteurs’ occidentaux et leurs taux d’intérêts exorbitants. Le Guide libyen mit 300 millions de dollars U.S. sur la table ; la Banque Africaine de Développement ajouta 50 millions de dollars de plus et la Banque de Développement de l’Afrique de l’Ouest 27 millions supplémentaires – et c’est de cette manière que l’Afrique obtint son premier satellite de communications le 26 décembre 2007. »26      Je ne suis pas en position de corroborer l’ensemble de ses assertions. Néanmoins, pour ces raisons et pour bien d’autres encore, je suis persuadé que les actions occidentales en Libye ont été conçues pour contrecarrer les plans de Kadhafi aspirant à instaurer une Afrique véritablement postcoloniale, et pas seulement ses actions contre les rebelles à Benghazi.     Conclusion Je dois conclure de toute cette confusion et de ces déformations que les Etats-Unis sont en train de perdre leur capacité d’imposer et de maintenir la paix, aussi bien lorsqu’ils agissent seuls qu’avec leurs alliés nominaux. Je proposerais, si ce n’est au moins pour stabiliser et abaisser les prix du pétrole, qu’il est dans les meilleurs intérêts des Etats-Unis de se joindre à Ban Ki-Moon et au Pape pour appuyer un cessez-le-feu immédiat en Libye. Négocier un cessez-le-feu induira certainement des problèmes, mais l’alternative probable à mettre fin à ce conflit est le cauchemar de le voir inexorablement s’aggraver. Les Etats-Unis sont déjà arrivés à cette situation, avec des conséquences tragiques. Nous ne voulons pas subir des pertes similaires au nom du système injuste des pétrodollars, dont les jours pourraient d’ailleurs être comptés. 

Ce qui est en jeu n’est pas seulement la relation des Etats-Unis avec la Libye, mais également avec la Chine. L’ensemble de l’Afrique est un espace où l’occident autant que les pays des BRIC investiront. Il est attendu qu’à elle seule, la Chine assoiffée de ressources investira annuellement 50 milliards de dollars en 2015, une somme (financée par le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine) que l’occident ne peut pas dépenser.27 La coexistence pacifique de l’Est et de l’Occident dépendra de la capacité occidentale à accepter une diminution graduelle de son influence là-bas, sans avoir recours à des stratagèmes fourbes (comparables au stratagème franco-anglais à Suez en 1956) visant à maintenir cette influence.   Dans le passé, les transitions d’hégémonie globale ont été marquées par des guerres, par des révolutions, ou par les deux en même temps. La prévalence, à l’issue de deux guerres mondiales, de l’hégémonie américaine sur l’hégémonie britannique constitua une transition entre deux pouvoirs qui étaient essentiellement alliés et culturellement proches. Le monde entier a un immense intérêt à s’assurer que la transition difficile vers un ordre dans lequel les Etats-Unis ne sont plus hégémoniques sera réalisée aussi pacifiquement que possible.Article original : The Libyan War, American Power and the Decline of the Petrodollar System, publié le  29 avril 2011.

Traduction :  Maxime Chaix
Notes de l’auteur   1 « McCain calls for stronger NATO campaign », monstersandcritics.com, 22 avril 2011, lien

2 Ed Hornick, « Arming Libyan Rebels: Should
U.S. Do It? » CNN, 31 mars 2011. 
3 « Countries Agree to Try to Transfer Some of Qaddafi’s Assets to Libyan Rebels », New York Times, 13 avril 2011, lien4 « President Obama Wants Options as Pentagon Issues Warnings About Libyan No-Fly Zone », ABC News, 3 mars 2011, lien. Auparavant, le 25 février, Gates mit en garde sur le fait que les Etats-Unis devraient éviter de s’engager dans d’autres guerres au sol comme celles combattues en Irak et en Afghanistan, [et] qu’ils ne devraient pas oublier les difficiles leçons apprises de ces conflits : « Selon moi, chaque futur secrétaire à
la Défense qui conseillera au Président d’envoyer une nouvelle fois une grosse armée américaine au sol en Asie ou au Moyen-Orient ou en Afrique devra ‘passer un examen de la tête’, comme le général MacArthur l’avait dit si délicatement » (Los Angeles Times, 25 février 2011,
lien). 
5 Alan J. Kuperman, « False Pretense for War in
Libya? » Boston Globe, 14 avril 2011. 
6 La disparité de revenus aux Etats-Unis, mesurée par son coefficient de Gini, est à présent parmi les plus importantes du monde avec le Brésil, le Mexique et la Chine. Voir Kevin Phillips, Wealth and Democracy, pp. 38, 103 ; Greg Palast, Armed Madhouse  (
New York : Dutton, 2006), p. 159. 
7 C’est le sujet de mon livre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp. 4-9. 8Anthony
Cave Brown, Oil, God, and Gold (Boston : Houghton Mifflin, 1999), p. 213. 
9 Peter Dale Scott, American War Machine: Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan [Rowman & Littlefield, 2010], p. 32. On pourrait également citer l’expérience de la Troisième République française et la Banque de l’Indochine ou les Pays Bas et la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.   
10
Elizabeth Longford, Jameson’s Raid: The Prelude to the Boer War (Londres : Weidenfeld and Nicolson, 1982) ; The Jameson Raid: a centennial retrospective (Houghton, Afrique du Sud : Brenthurst Press, 1996). 
11 Les documents de Wikileaks d’octobre et de novembre 2002 révèlent que Washington nouait des accords avec les compagnies pétrolières avant l’invasion de l’Irak, et que le fait pour le gouvernement britannique d’exercer du lobbying au nom de BP était inclus dans ces accords (Paul Bignell, « Secret memos expose link between oil firms and invasion of Iraq » Independent (Londres), 19 avril 2011, repris par ReOpen911). 

12 Reuters, 23 mars 2011. 13 Saman Mohammadi, « The Humanitarian Empire May Strike Syria Next, Followed By Lebanon And Iran »,  OpEdNews.com, 31 mars 2011. 14 « Halliburton Eager for Work Across the Mideast » International Oil Daily, 7 mai 2003. 15 « Gaddafi offers Libyan oil production to India, Russia,
China » Agence France-Presse, 14 mars 2011,
lien

16 Peter Dale Scott, « Bush’s Deep Reasons for War on Iraq: Oil, Petrodollars, and the OPEC Euro Question » ; Peter Dale Scott, Drugs, Oil, and War (Lanham, MD : Rowman & Littlefield, 2003), pp. 41-42 : « De ces développements ont émergé des phénomènes jumeaux, sous-tendant le 11-Septembre, d’un unilatéralisme U.S. triomphaliste d’un côté, et d’un endettement global du tiers monde de l’autre. Les accords secrets augmentèrent l’interdépendance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite au détriment de la courtoisie internationale qui avait été la base de la prospérité des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale ». Voir Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, (Paris : Editions Demi-Lune, 2010), p. 37.    17 « Globalists Target 100% State Owned Central Bank of
Libya »,
lien
18 Ellen Brown, «
Libya: All About Oil, or All About Banking », Reader Supported News, 15 avril 2011. 
19 Peter Dale Scott, « Bush’s Deep Reasons for War on
Iraq: Oil, Petrodollars, and the OPEC Euro Question » ; citant « Islamic Gold Dinar Will Minimize Dependency on US Dollar », Malaysian Times, 19 avril 2003. 

20 « Gold key to financing Gaddafi struggle », Financial Times, 21 mars 2011, lien21 Franco Bechis, « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », Réseau Voltaire, 25 mars 2011. Cf. le depute au Congrès des Etats-Unis Dennis J. Kucinich, « November 2010 War Games: ‘Southern Mistral’ Air Attack against Dictatorship in a Fictitious Country called ‘Southland’ », Global Research, 15 avril 2011, lien ; Frankfurter Allgemeine Zeitung, 19 mars 2011. 22 New York Times, 27 février 2011. 23 Ordre Exécutif du 25 février 2011, citant la loi International Emergency Economic Powers Act (50 U.S.C. 1701 et suiv.) IEEPA), la loi National Emergencies Act (50 U.S.C. 1701 et suiv.) (NEA), et la section 301, titre 3, United States Code, qui permet de saisir l’ensemble des biens du Gouvernement libyen, 25 février 2011, lien. L’autorité conférée au Président par l’International Emergency Economic Powers Act « peut seulement être exercée dans le but de gérer une menace inhabituelle et extraordinaire au sujet de laquelle une urgence nationale a été déclarée dans les objectifs du présent chapitre et ne peut être exercée pour d’autres motifs. » (50 U.S.C. 1701). 

24 « Billions Of Libyan Assets Frozen », Tropic Post, 8 mars 2011, lien ; Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, (Paris : Editions Demi-Lune, 2010), pp. 123-137 (le gel des avoirs iraniens). 25 « Letter from an African Woman, Not Libyan, On Qaddafi Contribution to Continent-wide African Progress, Oggetto: ASSOCIAZIONE CASA AFRICA
LA LIBIA DI GHEDDAFI HA OFFERTO A TUTTA L’AFRICA
LA PRIMA RIVOLUZIONE DEI TEMPI MODERNI », Vermont Commons, 21 avril 2011,
lien.
Cf. Manlio Dinucci, « Financial Heist of the Century: Confiscating Libya’s Sovereign Wealth Funds (SWF) », Global Research, 24 avril 2011, lien
26 Ibid. Cf. « The Inauguration of the
African
Satellite
Control
Center », Libya Times, 28 septembre 2009,
lien ; Jean-Paul Pougala, « The lies behind the West’s war on
Libya » Pambazuka.org, 14 avril 2011. 
27 Leslie Hook, « China’s future in Africa, after
Libya », blogs.ft.com, 4 mars 2011 (50 milliards de dollars).
En 2010, le déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine était de 273 milliards de dollars.
Peter Dale Scott est docteur en sciences politiques, professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Californie (Berkeley) et ancien diplomate canadien. The Road to 9/11 est son unique livre traduit en français, récemment publié aux Editions Demi-Lune sous le titre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis. Cet ouvrage a fait l’objet d’une recension élogieuse de la part du général d’armée aérienne (5 étoiles) Bernard Norlain dans la prestigieuse Revue Défense Nationale de mars 2011. 
American War Machine : Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan est le dernier livre de Peter Dale Scott, récemment publié en anglais chez Rowman & Littlefield. On compte notamment parmi ses ouvrages précédents Drugs Oil and War et The War Conspiracy: JFK, 9/11, and the Deep Politics of War. Son site web, qui contient nombre de ses écrits, est http://www.peterdalescott.net.  Citation recommandée : Peter Dale Scott, « The Libyan War, American Power and the Decline of the Petrodollar System », The Asia-Pacific Journal Vol. 9, Issue 18 No. 2, 2 mai 2011.

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 2011-04-20libye-avions

**Des terroristes islamistes, soutenus par l’OTAN, intègrent la rébellion en Libye

Les concepts sont sens dessus dessous : au nom de la « guerre au terrorisme », l’alliance militaire des États-Unis et de l’OTAN soutient une rébellion comprenant des terroristes islamiques…Différentes factions figurent au sein de l’opposition libyenne : des royalistes, des membres des Forces armées libyennes, le Front national pour le salut de la Libye (FNSL), la Conférence nationale pour l’opposition libyenne, agissant comme groupe d’encadrement, et des transfuges du régime de Kadhafi, dont le ministre de la Justice et Moussa Koussa, le ministre des Affaires étrangères ayant plus récemment fait défection. Al-Jamaa al-Islamiyyah al-Muqatilah bi Libya, le Groupe islamique combattant en Libye (GICL), fait partie intégrante de l’opposition libyenne, un fait rarement reconnu par les médias occidentaux.Le Conseil national de transition libyen ne constitue pas une entité clairement définie. Il est basé sur la représentation de conseils nouvellement fondés pour « diriger la vie quotidienne dans les villes et villages libérés ». (Déclaration du Conseil national de transition libyen)  Les forces de l’opposition sont en grande partie constituées de milices civiles non entraînées, d’anciens membres des forces armées libyennes et de paramilitaires entraînés par le GICL. Le GICL, affilié à Al-Qaïda, est en première ligne de l’insurrection armée.Le réseau Al-Qaïda est un instrument de l’intervention des États-Unis et de l’OTAN.Le GICL, à la fois l’entité ainsi que ses membres sur une base individuelle, est classé dans la catégorie des terroristes par le Conseil de sécurité (CS) de l’ONU. Selon le Trésor étasunien : « Le Groupe islamique combattant en Libye menace la sécurité et la stabilité mondiale par son usage de la violence et son alliance idéologique avec Al-Qaïda et d’autres organisations terroristes brutales. » (Treasury Designates UK-Based Individuals, Entities Financing Al Qaida -Affiliated Libyan Islamic Fighting Group – US Fed News Service, 8 février 2006) Les concepts sont sens dessus dessous. Washington et l’OTAN, lesquels affirment être en « guerre contre le terrorisme », appuient un « mouvement prodémocratique » infiltré par des membres d’une organisation terroriste. Par une cruelle ironie du sort, Washington et l’Alliance de l’Atlantique agissent à l’encontre de leurs propres lois et règlements antiterroristes. De plus, le soutien aux forces de l’opposition infiltrées par des terroristes en vertu de la « responsabilité de protéger » (right to protect ou R2P) découle de l’accord 1973 du CS de l’ONU, lequel constitue une violation flagrante de la résolution 1267 du CS de l’ONU. Celle-ci identifie Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya, le GICL, comme une organisation terroriste. Autrement dit, le CS de l’ONU viole non seulement la Charte de l’ONU, mais également ses propres résolutions. (The Al-Qaida and Taliban Sanctions Committee – 1267).  Origines du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) Fait amplement documenté, le « djihad islamique » a été soutenu clandestinement par la Central Intelligence Agency (CIA) depuis l’offensive de la guerre soviéto-afghane. (Voir Michel Chossudovsky, America’s « War on Terrorism », Global Research, Montréal, 2005 ; en français : Guerre et mondialisation).La CIA a joué un rôle clé dans l’entraînement des moudjahidines en utilisant la Direction générale du renseignement interservices (ISI) du Pakistan. Par conséquent, les enseignements de l’Islam ont été intégrés dans l’entraînement de la guérilla financée par la CIA :En mars 1985, le président Reagan a signé la National Security Decision Directive 166 […] [laquelle] a autorisé l’intensification de l’aide militaire aux moudjahidines et a clairement exprimé que la guerre secrète en Afghanistan avait un nouvel objectif : vaincre les troupes soviétiques en Afghanistan par des mesures clandestines et encourager le retrait des Soviétiques. La nouvelle aide clandestine des États-Unis a commencé par une hausse dramatique de l’approvisionnement d’armes, une hausse constante allant jusqu’à 65 000 tonnes annuellement en 1987, […] ainsi qu’un « flot incessant » de spécialistes de la CIA et du Pentagone, lesquels se sont rendus secrètement au quartier général de l’ISI pakistanaise par la route principale près de Rawalpindi au Pakistan. Les spécialistes de la CIA y ont rencontré des officiers du renseignement pakistanais afin d’aider à planifier des opérations pour les rebelles afghans. (Steve Coll, Washington Post, 19 juillet 1992) Le Groupe islamique combattant en Libye (GICL), Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya, a été fondé en Afghanistan par des moudjahidines libyens, vétérans de la guerre soviéto-afghane.Dès le départ, du début jusqu’au milieu des années 1990, le GICL a joué le rôle d’«agent de renseignement » pour le compte de la CIA et du MI6, le service de renseignement britannique. À partir de 1995, le GICL s’est impliqué activement dans le djihad islamique contre le régime laïque libyen, y compris dans la tentative d’assassinat de Mouammar Kadhafi en 1996.L’ancien agent du MI5 David Shayler a révélé qu’alors qu’il travaillait au bureau libyen au milieu des années 1990, des employés du service de renseignement britannique collaboraient avec le Groupe islamique combattant en Libye (GICL), lié à un fidèle lieutenant d’Oussama ben Laden. Le GICL est maintenant considéré en Grande-Bretagne comme un groupe terroriste. (Gerald A. Perreira, British Intelligence Worked with Al Qaeda to Kill Qaddafi, Global Research, 25 mars 2011, c’est l’auteur qui souligne.) 

Des attaques terroristes de style guérilla, ont été menées régulièrement, avec l’appui présumé du MI6, contre les forces de sécurité du gouvernement libyen, de la police et du personnel militaire :

Des affrontements ont éclaté à Benghazi en septembre 1995 entre les forces de sécurité [de Kadhafi] et les guérilleros islamistes, faisant des douzaines de morts des deux côtés. Après des semaines de combat intense, le Groupe islamique combattant en Libye (GICL) a officiellement déclaré son existence dans un communiqué, qualifiant le gouvernement Kadhafi de «  régime d’apostats ayant blasphémé contre la foi de Dieu Tout-Puissant » et déclarant que son renversement était « le premier devoir suivant celui la foi en Dieu ». Ce communiqué du GICL, ainsi que les suivants, ont été émis par des Afghans libyens qui avaient obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne […] L’implication du gouvernement britannique dans la campagne du GICL contre Kadhafi demeure l’objet d’une immense controverse. L’importante opération du GICL effectuée par la suite, une tentative d’assassinat visant le Kadhafi en février 1996, a échoué et tué plusieurs de ses gardes du corps. On a affirmé plus tard que cette opération aurait été financée par le renseignement britannique pour un montant de 160 000 dollars selon l’ancien agent du MI5, l’officier David Shayler. Bien que les allégations de M. Shayler n’aient pas été confirmées par une partie indépendante, il est clair que la Grande-Bretagne a permis au GICL de développer une base de soutien logistique et de financement sur son territoire. En tout cas, le financement par ben Laden semble avoir été bien plus important. Selon un reportage, le GICL a reçu jusqu’à 50 000 dollars du cerveau terroriste saoudien pour chacun de ses militants tué sur le champ de bataille. [2005] (Cité dans Peter Dale Scott, Who are the Libyan Freedom Fighters and Their Patrons? Global Research, mars 2011, c’est l’auteur qui souligne.) 

Les reportages se contredisent à savoir si le GICL fait partie d’Al-Qaïda ou agit en tant qu’entité djihadiste indépendante. Un reportage suggère qu’en 2007 le GICL est devenu « une filiale d’Al-Qaïda, laquelle a par la suite pris le nom d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) (Voir Webster Tarpley, The CIA’s Libya Rebels: The Same Terrorists who Killed US, NATO Troops in Iraq, Global Research, mars 2011)

La continuité dans les opérations des États-Unis et des services de renseignements alliés : des opérateurs d’Al-Qaïda en Yougoslavie Depuis la guerre soviéto-afghane, le réseau Al-Qaïda a servi d’« agent de renseignement » pour la CIA. Des opérateurs d’Al-Qaïda ont été utilisés par l’administration Clinton pour acheminer du soutien à l’Armée de Bosnie-Herzégovine (Bosnian Muslim Army) au début des années 1990 et cela est confirmé par un document de 1998 du Sénat étasunien. (Voir US Senate, Republican Party Committee, Clinton-Approved Iranian Arms Transfers Help Turn Bosnia into Militant Islamic Base, http://rpc.senate.gov/releases/1997/iran.htm, 1998) Fait amplement documenté, l’Armée de libération du Kosovo (UCK), appuyée par l’OTAN, avait développé des liens étroits avec le réseau terroriste islamique (Voir US Senate, Republican Party Committee, The Clinton Administration Sets Course for NATO Intervention in Kosovo, 1998, http://rpc.senate.gov/releases/1998/kosovo.htm. Voir aussi Michel Chossudovsky, America’s « War on Terrorism », Global Research, Montreal, 2005; en français : Guerre et mondialisation).   Al-Qaïda en Yougoslavie a servi d’agent du renseignement dans le contexte de la « guerre humanitaire » de l’OTAN. Des organisations terroristes ont été soutenues et financées clandestinement. En 1999, l’intervention de l’OTAN est venue à la rescousse de l’UCK, qui était infiltrée par des opérateurs d’Al-Qaïda. (US Republican Party Committee documents on Kosovo, op. cit.) : L’un des aspects les plus dérangeants de la crise [terroriste] actuelle [au Kosovo en 1998] est qu’elle pourrait avoir été déclenchée par notre propre politique étrangère maladroite en Bosnie et au Kosovo. Contre toute logique, nous nous faisons là-bas les champions de factions musulmanes, lesquelles tirent du soutien de ces groupes terroristes islamiques fondamentalistes qui sont nos ennemis jurés ailleurs. (Col. Harry G. Summers, « Bringing terrorists to justice », Washington Times, 8 décembre 1998, c’est l’auteur qui souligne.  Feu le Col. Harry G. Summers (USA-Ret.) (1932-1999) était un Distinguished Fellow de l’Institut d’études stratégiques de l’École supérieure de Guerre de Carlisle, PA.) L’opération « Aube de l’odyssée » en Libye reflète-t-elle une habitude des États-Unis et de l’OTAN? C’est-à dire d’appuyer une insurrection infiltrée par des terroristes dans le but de justifier une intervention sur une base humanitaire afin de « sauver la vie des civils »? Cela fût la justification de l’OTAN pour intervenir en Bosnie et au Kosovo. Quelles sont les leçons à tirer pour la Libye? L’ancien chef du renseignement libyen, l’« agent double » Moussa Koussa, fait défection pour le Royaume-Uni  Le GICL a été appuyé non seulement par la CIA et le British Secret Intelligence Service (MI6), mais aussi par des factions au sein de l’agence de renseignement libyenne, dirigée à l’époque par l’ancien ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa, lequel a fait défection pour le Royaume-Uni à la fin mars 2011. En octobre 2001, le chef du renseignement libyen, Moussa Koussa, a rencontré le secrétaire d’État adjoint des États-Unis William J. Burns. La réunion entre Koussa et Burns a été d’une importance cruciale. De hauts représentants de la CIA et du MI6 étaient présents à cette rencontre, dont Sir John Scarlett, qui à l’époque était le chef du Comité mixte du Renseignement (CMR) du Cabinet et relevait directement du premier ministre Tony Blair. Le CMR supervise la planification des priorités du MI5, du MI6 et du Defense Intelligence (renseignement de la Défense) pour le gouvernement britannique. « Notre homme à Tripoli », Moussa Koussa, devait jouer le rôle d’agent double. Lors de rencontres secrètes avec Sir John Scarlett, il a été « convenu qu’un agent du renseignement britannique pourrait opérer à Tripoli ». (Libya defector Moussa Koussa was an MI6 double agent, Sunday Express, 3 avril 2011) 

Le développement du GICL en tant que mouvement djihadiste paramilitaire, ainsi que son intégration dans les forces d’opposition anti-Kadhafi est directement lié au rôle central joué par l’agent double Moussa Koussa, lequel a contribué à tisser des liens bilatéraux étroits avec la CIA et le MI6.

À cet égard, la défection de Moussa Koussa à la fin mars a toutes les apparences d’une opération soigneusement orchestrée. Dans un revirement inhabituel, l’affaire a été négociée avec le gouvernement britannique par l’intermédiaire d’un ancien chef du GICL, lequel travaille aujourd’hui pour une fondation des droits de la personne située à Londres.

Noman Benotman, un ami du ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa, a expliqué à la BBC comment il a aidé à organiser sa défection du régime Kadhafi.

M. Benotman a déjà été chef du GICL, mais travaille aujourd’hui la Fondation Quilliam, une boîte de réflexion anti-extrémiste.

Il a dit qu’il croyait que M. Koussa négocierait avec le gouvernement britannique et qu’il était très coopératif relativement au renseignement.

Gordon Corera de la BBC a ajouté que le gouvernement britannique était devant un dilemme concernant le traitement de M. Koussa en raison de son expérience en tant que chef du renseignement libyen.

M. Benotman a expliqué à BBC Breakfast comment il a aidé M. Koussa à faire défection et raconté leur ancienne rivalité. (BBC Breakfast 1er avril 2011, c’est l’auteur qui souligne) Ironiquement, Benotman a été recruté comme moudjahidine pour combattre dans la guerre soviéto-afghane. Il a été l’un des fondateurs du GICL en Afghanistan. Centré sur les questions de « contre-extrémisme » Benotman est actuellement analyste principal à la Fondation Quilliam. Pour le moment, ses responsabilités consistent à approcher « d’anciens et d’actuels extrémistes et à utiliser Quilliam comme plateforme à partir de laquelle il peut partager ses connaissances privilégiées d’Al-Qaïda et d’autres groupes djihadistes ayant un plus vaste public ». Le « programme de contre-terrorisme » de la CIA en Libye. Les liens bilatéraux entre la CIA, le MI6 et le renseignement libyen en octobre 2001 ont procuré aux agences de renseignement occidentales une supervision et un accès directs en Libye par le biais de leurs contreparties pro-étasuniennes au sein de l’agence renseignement libyenne menée par Moussa Koussa. Cet accord a permis au renseignement occidental d’infiltrer efficacement l’agence de renseignement libyenne, dirigée par un agent double du MI6. Selon un rapport de 2008 du département d’État des États-Unis, le gouvernement libyen « a continué à coopérer avec les États-Unis et la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme et son financement […] Les représentants du renseignement espèrent accroître leur aide à la Libye en matière de contre-terrorisme durant les exercices financiers de 2010 et 2011 […] » (Voir Christopher M. Blanchard, Libya: Background and U.S. Relations, US Congress Research Service, 16 juillet 2010). En 2009, le renseignement libyen et la CIA ont mis en place un programme commun de contre-terrorisme par lequel des représentants du renseignement libyen suivraient une formation antiterroriste donnée par la CIA. Ce programme faisait partie d’un accord négocié par Moussa Koussa avec la CIA. Il était également destiné (en théorie) à dissoudre le GICL avec l’appui des opérateurs du renseignement de la CIA. Gardez à l’esprit l’ambiguïté du « contre-terrorisme » de la CIA : la formation du GICL en Afghanistan entre le début et le milieu des années 1990 relevait d’un projet de la CIA visant à créer un bras armé libyen pour son réseau Al-Qaïda.Toujours en 2009, les chefs du GICL emprisonnés auraient renoncé à leur lutte armée contre le régime de Kadhafi dans un accord conclu avec des représentants libyens de la sécurité. (New jihad code threatens al Qaeda, CNN, novembre 2009) Quel était le rôle du programme de contre-terrorisme libano-étasunien selon la perspective de Washington? Officiellement, il était d’identifier les membres du GICL et de dissoudre l’organisation. En pratique, l’opération menée par les États-Unis en Libye, incluant la formation de représentants du renseignement libyen sous les auspices de la CIA, procurait à l’agence un écran de fumée convenant aux opérations du renseignement menées en Libye.Cette formation a permis à la CIA d’infiltrer le renseignement libyen et d’y trouver des homologues fiables. Le programme de contre-terrorisme de 2009 est directement lié à la rébellion de mars 2011. Il a permis à la CIA ainsi qu’au British Secret Intelligence Service (MI6) de fournir un appui clandestin au GICL en prévision de l’insurrection armée de mars 2011.Les médias suggèrent que le GICL ait été dissout (à la suite de la mise en œuvre du programme antiterroriste financé par la CIA). Il n’existe aucune preuve à cet effet. Le GICL figure toujours sur la liste des entités terroristes du Conseil de sécurité des Nations Unies. QE.L.11.01. Nom: GROUPE ISLAMIQUE COMBATTANT EN LIBYE Nom (traduction du texte original): Alias: GICL Ancien nom : s.o. Adresse : s.o. Listé le : 6 oct. 2001 (amendé le 5 mar. 2009) Informations supplémentaires : La révision en vertu de la résolution 1822 du Conseil de sécurité (2008) a pris fin le 21 juin 2010. 

(La liste du GICL est à la page 70 :

http://www.un.org/sc/committees/1267/pdf/consolidatedlist.pdf.

En vertu des règles du CS de l’ONU, les organisations terroristes dissoutes sont rayées de la liste, en conformité avec la procédure de déclassement. Le GICL n’a pas été rayé de la liste.) Conseil de sécurité des Nations Unies : Liste récapitulative concernant Al-Qaïda, Oussama ben Laden, les taliban et autres personnes, groupes, entreprises et entités qui leur sont associésassociated with them (Mis à jour le 24 mars 2011).Des armes et de l’appui clandestin pour les rebelles du GICL

Il y a des indices selon lesquels la CIA et le MI6 continuent à soutenir clandestinement le GICL, lequel constitue maintenant la ligne de front de l’insurrection armée contre le régime Kadhafi.Le chef des rebelles libyens, Hakim al-Hasidi, a déclaré que les djihadistes qui ont lutté contre les troupes alliées en Irak sont sur la ligne de front dans le combat contre le régime de Mouammar Kadhafi […]M. al-Hasidi a insisté sur le fait que ses combattants « sont des patriotes et de bons musulmans, non pas des terroristes », mais il a ajouté que « les membres d’Al-Qaïda sont également de bons musulmans et qu’ils se battent contre l’envahisseur ». (Libyan rebel commander admits his fighters have al-Qaeda links, Daily Telegraph, March 25, 2011, C’est l’auteur qui souligne) Abdul Hakim Al-Hasadi, est un chef du GICL ayant reçu un entraînement militaire dans un camp de guérilléros en Afghanistan. Il est à la tête de la sécurité dans les forces de l’opposition dans un des territoires aux mains des rebelles et compte environ 1000 hommes sous son commandement. (Libyan rebels at pains to distance themselves from extremists – The Globe and Mail, 12 mars 2011) La coalition des États-Unis et de l’OTAN arme les djihadistes. Des armes sont acheminées au GICL par l’Arabie Saoudite, qui, historiquement, depuis le début de la guerre soviéto-afghane, a soutenu clandestinement Al-Qaïda. Les Saoudiens, en coordination avec Washington et Bruxelles, procurent actuellement aux rebelles des roquettes antichars et des missiles sol-air. La désinformation médiatique : les terroristes islamiques se joignent au mouvement prodémocratique « à titre personnel ». L’amiral James Stavridis, Commandant suprême des Forces alliées de l’OTAN en Europe a reconnu tacitement que « le renseignement étasunien avaient perçu des « traces » d’activités terroristes parmi les groupes rebelles […] Cela est très alarmant […] » Mais il n’est pas question de « traces ». Les combattants du GICL sont le pilier de l’insurrection armée. 

Les médias occidentaux ont également exprimé leurs préoccupations tout en soulignant que les djihadistes sont d’« anciens membres du GICL prenant part à la lutte armée « à titre personnel » plutôt qu’en tant que membres d’une organisation terroriste. Selon Benotman, en entrevue à CNN :

« Des douzaines d’anciens combattants du GICL participent maintenant aux efforts des rebelles visant à renverser Kadhafi » mais il [Stavridis] a signalé qu’ils l’avaient fait à titre personnel au lieu d’organiser des opérations en tant que groupe.

« Certains représentants occidentaux du contre-terrorisme craignent qu’une guerre civile prolongée en Libye crée de l’espace à Al-Qaïda. Les gouvernements et les ONG doivent se dépêcher à aider les zones détenues par les rebelles à développer des programmes de santé et d’éducation, ainsi que des institutions démocratiques », a déclaré Benotman. (Paul Cruickshank et Tim Lister, Libyan civil war: An opening for al Qaeda and jihad? CNN, 23 mars 2011) Une organisation terroriste liée à Al-Qaïda infiltre le mouvement prodémocratique libyen? Depuis quand les organisations terroristes agissent « à titre personnel »? Le GICL, l’entité ainsi que ses membres, est rangé dans la catégorie des terroristes en vertu de la résolution 1267 du CS de l’ONU. (Comité du Conseil de sécurité mis en place conformément à la résolution 1267 concernant Al-Qaida, les Taliban et les individus et entités associés« Notre homme à Tripoli » Moussa Koussa était « notre homme à Tripoli ». Les circonstances de sa défection ainsi que l’histoire de sa collaboration avec la CIA et le MI6 suggèrent qu’il ait servi les intérêts des États-Unis et des alliés durant les dix dernières années, incluant la planification de l’insurrection armée « prodémocratique » dans l’est de la Libye. 


225px-Moussa_Koussa_at_press_conference_(cropped)Ancien chef du renseignement libyen Moussa Koussa 

L’ancien chef du renseignement libyen Moussa Koussa a joué un rôle central dans l’acheminement du soutien clandestin au GICL pour le compte de ses homologues occidentaux du renseignement. L’ancien directeur de la CIA George Tenet, tout en ne faisant pas référence à « notre homme à Tripoli », reconnaît dans son autobiographie de 2007 que « le relâchement des tensions avec la Libye [fut] l’un des plus grands succès de [son] mandat, puisqu’il a mené à la coopération entre les deux services de renseignement contre Al-Qaïda ». (Cité dans Intelligence Partnership between Qadhafi and the CIA on counter-terrorism, op. cit.) Il ne devrait y avoir aucun doute : L’OTAN et le GICL sont des associés. L’alliance militaire occidentale appuie une rébellion infiltrée par des terroristes islamiques au nom de la « guerre au terrorisme ». Qui sont les terroristes? Dans une tournure amère des événements, alors que le djihad islamique est présenté par le gouvernement étasunien comme « une menace à la civilisation occidentale », les mêmes organisations islamiques, y compris le GICL, constituent un instrument clé des opérations du renseignement militaire des États-Unis en Asie centrale, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, sans compter les républiques musulmanes de l’ancienne Union soviétique.Article original en angalis : « Our Man in Tripoli »: US-NATO Sponsored Islamic Terrorists Integrate Libya’s Pro-Democracy Opposition, publié le 3 avril 2011.Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.caMichel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).    

mondialisation
Guerre et mondialisation

**source: Mondialisation.ca-24.04.2011. Centre de recherche pour la mondialisation.

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 Le zèle de la France en suspicion 

 Vingt cinq ans après le raid punitif des Etats-Unis contre Tripoli et Benghazi, le 14 avril 1986, la Libye est à nouveau la cible de l’aviation occidentale dans une configuration nouvelle destinée officiellement à protéger la population… Quarante deux ans d’un pouvoir exécrable ne tolèrent, certes, nulle indulgence. Mais l’argumentaire occidental, « la protection des populations », une version réactualisée de l’ingérence humanitaire, gagnerait toutefois en crédibilité si une telle mesure s’était appliquée également aux pays en proie à la même contestation populaire, périphérique de l’Arabie saoudite, particulièrement Bahreïn et le Yémen, où la répression a atteint le même degré de férocité qu’en Libye.

L’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye a été accueillie avec réserve par la Syrie et l’Algérie, qui ont préconisé une solution inter arabe de crainte d’une nouvelle mainmise occidentale sur ce pays, à la différence des pétromonarchies trop heureuses de cette intrusion. Il n’est pas indifférent de noter dans cette perspective que seules les monarchies arabes (La Jordanie, le Qatar et Abou Dhabi) ont apporté leur caution militaire à cette opération.

L’imposition de cette mesure, le 18 mars 2011, au terme d’un mois de conflit, révèle la duplicité de la diplomatie occidentale dans le traitement des grands problèmes internationaux, particulièrement en ce qui concerne la gestion des conflits du tiers monde.

Que cela soit pour la Libye ou pour la Palestine, soumise à un blocus de fait d’Israël sans la moindre protection face à la soldatesque israélienne, particulièrement à Gaza. Que cela soit aussi pour le Liban, objet de tous les soins de la diplomatie occidentale en vue d’instrumentaliser la justice internationale à des fins de criminalisation de Hezbollah, ou encore pour le Pakistan exonéré de cette même juridiction dans la recherche de la responsabilité de l’assassinat de l’ancien premier ministre Benazir Bhutto, pour fait de coopération dans la lutte anti-Talibans.

L’intervention militaire occidentale en Libye en pleine phase de reprise en main de la révolte arabe par les monarchies arabes, avec l’intervention de l’Arabie saoudite à Bahreïn, traduit le souci des dirigeants arabes et de leurs alliés occidentaux de donner un coup d’arrêt à la contestation populaire arabe en vigueur dans dix des vingt pays membres de la Ligue arabe, à l’effet de saper les fondements de l’ordre régional fondé sur le primat de l’axe israélo-américain.

Les tergiversations occidentales à l’égard de cette mesure masquent mal les compromissions de l’Europe avec le gouvernement du colonel Kadhafi et s’expliquent par l’importance que revêt le marché libyen aux yeux des divers protagonistes notamment au niveau des transactions militaires: quatorze des vingt-sept pays membres de l’Union européenne exporte des armes vers la Libye, pour un montant de 844 millions de dollars, alors qu’un embargo «de facto» sur les livraisons d’armes est désormais en vigueur. Premier fournisseur, l’Italie a vendu à la Libye, en quatre ans, de 2005 à 2009, pour 276,7 millions de dollars d’armes, suivi, en seconde position, par la France 210,5 millions, en 3eme position, le Royaume Uni (119 milliards), en 4eme position, l’Allemagne (83,4 millions), Malte (79,7 millions).

Le Qatar, la caution arabe du plus pro israélien des dirigeants français

Le bombardement français de la Libye à la veille d’une consultation électorale aléatoire pour le parti majoritaire, -les cantonales de 2011 marquées par une percée du Front National au détriment du l’UMP-, confirme la permanence d’une pulsion démagogique dans la démarche politique du chef de l’état français, déjà observée lors de la campagne présidentielle de 2007. Le candidat de droite s’était alors distingué par la stigmatisation de la composante arabo musulmane de la population française qu’il se proposait de nettoyer au «Karcher» du fait qu’elle «égorgeait des moutons dans leur baignoire».

A l’aide de la caution d’un arabe, le Qatar, le plus pro israélien des dirigeants français a visé ainsi à se dédouaner aux yeux de l’opinion arabe, après le levée de bouclier de son électorat arabo musulman, «les franco-musulmans de l’UMP», dans la foulée de la relance cyclique du débat sur l’Islam en France.

L’empressement de la France de prendre la tête de cette nouvelle «croisade», selon l’expression de son ministre de l’intérieur Claude Guéant, répond au souci de Nicolas Sarkozy de gommer de la mémoire l’accueil triomphal réservé à Kadhafi, en décembre 2007, avec l’installation de sa tente dans le périmètre de l’Elysée, en même temps que de se dédouaner de sa complaisance ancienne avec les dictateurs arabes.

Le zèle français est destinée en outre à compenser la faillite du projet phare de la diplomatie sarkozyste, l’Union Pour la Méditerranée, dont les deux piliers sud, l’Egypte de Hosni Moubarak et la Tunisie de Zine el Abidine Ben Ali, ont sombré corps et âmes, ainsi que par l’activisme qu’il a déployé dans la mise en place du blocus de Gaza, l’enclave palestinienne détruite par les Israéliens.

Le président américain George Bush et sa secrétaire d’état Condoleeza Rice, le premier ministre israélien Ehud Olmert et son ministre des affaires étrangères Tzivi Lipni, de même que le président égyptien Hosni Moubarak et son ministre des affaires étrangères Ahmad Aboul Geith et le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner ont déjà quitté le pouvoir. De tous les protagonistes de ce drame, seul Nicolas Sarkozy demeure en poste. Son objectif sous jacent est de reprendre la main après un hiver particulièrement rude pou la diplomatie française, après la dés-arabisation du Quai d’Orsay, face à la contestation générale de ses amis du pourtour méditerranéen.

Le test de la crédibilité occidentale en Libye se jouera lors du débat sur l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de Gaza, demandée par la Ligue arabe, en réplique à l’intervention de l’Otan en protection du peuple libyen.

Sur les malheurs du peuple libyen, Nicolas Sarkozy a scellé sa réconciliation avec le philosophe du botulisme Bernard Henry Lévy, purgeant un contentieux souterrain para matrimonial, dont la descendance du roman-enquêteur en porte les stigmates brunis, à la faveur d’un indécent ballet diplomatique, instrumentalisant l’opposition libyenne sur fond de gesticulation médiatique.

Au risque de délégitimer l’opposition libyenne, la France a cherché à se refaire une virginité politique. Au risque de replacer le peuple libyen sous la tutelle de pays occidentaux qui se sont forts peu préoccupés de sa liberté, elle a fait du théâtre libyen une kermesse, distribuant des satisfactions d’amour propre aux principautés pétrolières en compensation de gracieusetés dont elle a bénéficié de sa part.

Sous son parrainage, l’aviation d’Abou Dhabi a procédé en Libye à des exercices délocalisés en contrepartie des facilités militaires qu’elle a offertes à la France par l’octroi d’une base aéronavale, face à l’Iran.

Le Qatar, lui, a payé le prix fort sa participation au châtiment de la Libye. Son association à ces manœuvres parait destinée à lui donner satisfaction, au titre de remboursement symbolique de la rançon qu’il a payé, pour le compte de la France, pour la libération des infirmières bulgares, en lui offrant l’occasion de venger le directeur du service photo de la chaine transfrontière «Al Jazira» tué lors d’une embuscade … L’émirat a pris en charge, parallèlement, la commercialisation du pétrole libyen produit dans les zones sous contrôle de l’opposition anti Kadhafi, soit une production de l’ordre de 100 000 à 130 000 barils de pétrole. Une aubaine pour les compagnies de navigation, les compagnies d’assurance et les marchands d’armes.

En s’engageant indirectement à trouver des ressources financières à l’effort de guerre inter libyen, le Qatar confirme sa vocation de base régionale de l’armée américaine, de banque de réserve occidentale, puisqu’il apporte sa caution à une opération occidentale, en soutenant de surcroît partiellement son effort de guerre.

La participation dans un exercice aérien sans risques militaires majeurs, de l’avion de combat français «Rafale», à la commercialisation problématique, cache mal, sous couvert d’arguments humanitaires, des considérations mercantiles, tout comme le vœu secret nourri de céder au Qatar, le coffre fort de la France, des vieux chars Leclerc français recyclés, invendables sur le marché international.

Aucune intervention occidentale à l’encontre du Monde arabe, même la plus louable, n’est jamais totalement innocente, tant perdurent les effets corrosifs des actions passées et vivace le souvenir de leurs méfaits. Et l’intervention en Libye n’échappe pas à la règle en ce qu’elle ne cible qu’un régime républicain, à l’exclusion de toute monarchie, les exonérant de leurs turpitudes et de l’impérieuse nécessité de changement.

Nul n’a été dupe de ces manigances et simagrées à connotation électoraliste, où beaucoup en France, face à tant de stigmatisations gratuites, envisagent de faire appliquer à Nicolas Sarkozy le mot d’ordre de la rue arabe «Erhal, Erhal Sarkozy, dégage Sarkozy», à l’occasion des prochaines élections présidentielles de 2012. (Mondialisation.ca-25.04.2011.)

 

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8 réponses à “L’agression contre la Libye.3”

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