36.Engrenages

*LE SUD DE LA TUNISIE FACE À AL QAÎDA ET LA CRISE LIBYENNE

Ces foyers de tension qui menacent l’Algérie

Ces foyers de tension qui menacent l’Algérie

Le mal était déjà fait et des affrontements directs entre terroristes et forces de sécurité tunisiennes ont occasionné la mort d’un colonel et de quatre soldats.

Le sud de la Tunisie sort de sa léthargie et connaît un réveil douloureux dans un contexte marqué par un vide institutionnel et une menace sécuritaire sérieuse. A en croire des sources tubnisiennes bien informées, Al Qaîda au Maghreb a procédé à des recrutements et aurait déjà installé ses tentacules dans cette région déshéritée et abandonnée aux potentats locaux. Selon les mêmes sources, la nébuleuse terroriste dispose là d´un terrain fertile pour ses desseins criminels. Frontières mal protégées et crise alimentaire accentuée par les retombées de la guerre en Libye, tous les ingrédients sont réunis pour assurer aux terroristes un climat favorable.
Chômage, oisiveté, absence totale de perspectives sont le quotidien d´une région dominée par le secteur minier. Un secteur, hélas, pris en otage par les milieux affairistes tunisois. Face à l´injustice et à la corruption qui se pratiquent à ciel ouvert, les jeunes sans emploi se sont dirigés vers les réseaux de trafic comme unique solution pour la survie. Le sud de la Tunisie, nous confient les mêmes source, est d´ailleurs devenu une zone de transit pour les éléments d´Al Qaîda au Maghreb. Il est utile de rappeler dans ce sens, que deux terroristes libyens ont été abattus il y a quelques jours entre Sétif et Bordj Bou Arréridj en Algérie. Exsangue économiquement, le Sud tunisien risque de constituer un souci sécuritaire majeur devant l´ampleur du vide laissé par l´Etat et la détermination d´Al Qaîda à tirer avantage de cette situation.
A vrai dire, ce n´est pas uniquement la Tunisie qui est visée, mais l´ensemble des pays du Maghreb.
Depuis la poudrière libyenne jusqu´aux confins de l´Atlantique en Mauritanie, tout indique qu´une «main» invisible est en train de mélanger les cartes dans le but d´introduire la confusion et le sentiment d´insécurité dans les esprits. Depuis plusieurs semaines, la ville de Ouargla est secouée par des agitations sociales.
Malgré l´ouverture des portes du dialogue, la tension persiste encore et laisse filtrer quelques indices sur des implications malveillantes qui enlèvent toute spontanéité à un mouvement de jeunes par ailleurs, légitime mais soutenu par des partis aux desseins inavoués.
Les risques de voir la nébuleuse prendre pied là où la
misère est présente n´est pas à écarter. L´objectif assigné aux hordes criminelles est de maintenir la pression tout en multipliant les diversions. Avec la bande du Sahel qui est déjà une cible d´Al Qaîda au Maghreb, les régions sud constituent un territoire stratégique. La Libye est en guerre, l´Algérie mobilise le maximum de moyens afin de se prémunir contre toute mauvaise surprise.
Il reste la Tunisie comme le maillon faible de la chaîne. Alors qu´elle peine à affronter les débordements du conflit libyen, la Tunisie fait face désormais à la menace terroriste. Le pays ne cesse de cumuler des annonces alarmantes sur les arrestations de membres d´Al Qaîda au Maghreb et parfois, il s´agit même d´accrochages opposant les services de sécurité tunisiens aux éléments de la nébuleuse.
Le militant tunisien des droits de l´homme, Khemaes Ksila, avait déclaré, quatre mois après la fuite de Ben Ali, que «la situation instable en Tunisie peut être un terrain propice pour les activités de groupes terroristes, Al Qaîda ou autres». Et d´ajouter: «Il faut que le peuple et toutes les forces politiques qui veulent réussir cette phase transitoire se donnent la main pour barrer la route à tous les groupes terroristes voulant déstabiliser le pays». Le mal était déjà fait et des affrontements directs entre terroristes et forces de sécurité tunisiennes ont occasionné la mort d´un colonel et de quatre soldats.
C´est l´inquiétude totale qui s´est installée depuis. Le sud de la Tunisie est considéré comme un milieu fragilisé, dont usent la nébuleuse et même les clans mafieux qui s´adonnent à tout genre de trafics et de contrebande. Ce n´est certainement pas dans ce contexte qu´il sera facile aux acteurs politiques de mener une transition démocratique sereine et sans problème. (L’Expression-18.06.2011.)

**Sud-est algérien

9 000 Libyens franchissent la frontière

 L’Algérie n’échappe plus à l’exode massif de la population libyenne vers les pays voisins. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), pas moins de 9000 Libyens se sont réfugiés au Sud algérien.

 Le HCR n’a cependant pas fourni plus de détails sur l’endroit où se trouvent ces réfugiés ni sur leur situation. L’Algérie a déjà accueilli, au début du conflit en février dernier, des réfugiés venus de Libye. Essentiellement des étrangers travaillant dans le secteur pétrolier qui n’ont pas tardé à rejoindre leurs pays. Le représentant du HCR en Algérie avait annoncé, à l’époque, une première aide au profit de ces réfugiés sur le sol algérien, sans pour autant donner leur nombre. Cette aide de 100 000 dollars, étalée sur une période de trois mois, devait servir à faire fonctionner les centres d’accueil et de transit installés depuis le 24 février par le gouvernement algérien dans les villes d’Ilizi, Djanet, Debdeb et In Amenas, frontalières avec la Libye.

Dans une déclaration reprise par El Khabar, Mustapha Benbada, ministre du Commerce, a indiqué jeudi que les commerçants libyens s’approvisionnent «normalement» en produits alimentaires à Debdeb et Ghadamès. Le ministre a toutefois souligné que l’Algérie n’a exporté aucun produit alimentaire ni médicament vers la Libye. L’Algérie possède 982 km de frontières avec la Libye. Situées au Sud-Est, ces frontières sont difficiles d’accès, ce qui complique la venue des réfugiés vers l’Algérie. Au total, 320 000 personnes ont fui les combats intenses qui se poursuivent entre les forces loyales à Mouammar El Gueddafi et les insurgés appuyés par des raids aériens de l’OTAN.
La plupart d’entre eux se sont rendus en Tunisie (frontière ouest) et en Egypte (frontière est). Quelque 6000 Libyens ont également trouvé refuge au Niger, qui partage une frontière de 354 km avec la Libye, affirme le HCR, qui cite également le Soudan comme pays d’accueil de réfugiés libyens. (El Watan-18.06.2011.)

*Danger sur In Amenas….retombées de la crise libyenne. 

L’algérie a placé ses forces de sécurité en état d’alerte rouge.

La menace terroriste au sud du pays inquiète , et les forces de l’ANP sont en alerte rouge. Selon des sources sécuritaires très au fait de la situation à la frontière algéro-libyenne, les installations pétrolières au niveau d’In Amenas courent de graves risques de sabotages qui seraient menés par des éléments hostiles à l’Algérie. «Nous détenons ces informations de nos éléments sur le terrain et des citoyens touareg des régions frontalières», indiquent nos sources qui ne cachent pas leur inquiétude.
La situation est d’autant plus préoccupante que des quantités d’armes, des fusils-mitrailleurs, des explosifs et des missiles circulent en toute liberté à moins de deux cents kilomètres des villes de Djanet, d’Illizi et surtout de In Amenas, le second poumon pétrolier de l’Algérie. C’est justement cette région stratégique et hautement sensible qui est visée par le complot qui se trame depuis plusieurs mois. «C’est une réalité qu’on doit saisir dans toute sa dimension», soulignent nos sources avertissant que «l’heure est grave». C’est dans ce contexte d‘extrême gravité qu’il a été décidé, dernièrement, de renforcer les capacités défensives algériennes par l’implantation d’unités militaires supplémentaires au niveau de la frontière Sud et des zones pétrolières. L’aggravation de la situation en Libye et l’ampleur des opérations militaires déployées à travers plusieurs régions libyennes, surtout après l’intervention de l’Otan et de certaines monarchies du Golfe, n’ont pas tardé à avoir des répercussions régionales englobant notamment l’Algérie qui partage avec la Jamahiriya plus de 900 km de frontière.
Le chef de la diplomatie a réaffirmé, il y a deux jours, que la crise libyenne aura des conséquences des plus fâcheuses. «(…) aujourd’hui, nous avons presque la certitude que ce qui se passe en Libye peut avoir des conséquences fâcheuses sur la sous-région, pas seulement pour l’Algérie mais également pour les autres pays voisins», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci.
Revenant sur ce sujet dimanche dernier, devant les chefs des missions diplomatiques et les représentants des organisations internationales accréditées à Alger à la résidence El Mithak, M.Medelci souligne que l’Algérie rejette toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures des Etats et respecte la décision de chaque peuple découlant de sa souveraineté nationale ainsi que de son droit légitime à l’autodétermination.
Face à ce danger grandissant à nos frontières Sud, le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales a déclaré que «l’Armée algérienne a pris toutes les dispositions nécessaires pour empêcher toute transaction d’armes sur le territoire algérien» ajoutant: «Nous avons récemment assisté à des tentatives d’infiltration par des personnes peu recommandables».
L’ANP a éliminé dernièrement au moins quatre terroristes qui tentaient de franchir la frontière algéro-libyenne, de même qu’elle a fait avorter deux transactions d’armes. Cependant, «la dissémination de quantités importantes d’armes» inquiète au plus haut point les autorités algérienne.
Les craintes de l’Algérie vont au-delà de la circulation des armes et des infiltrations terroristes. Des sources sécuritaires n’écartent pas le recrutement de jeunes Touareg pour faire passer des armes depuis les dépôts des forces armées libyennes.
A peine sorti d’une effroyable guerre contre le terrorisme, l’Etat algérien s’est retrouvé dans l’obligation de revoir entièrement sa stratégie sécuritaire (défensive) dans le but de faire face à un nouveau défi provenant d’un territoire devenu un champ de bataille et où circulent des armes de toutes sortes.
La situation en Libye est devenue incontrôlable et au-delà des déclarations émanant des membres du Conseil de transition libyen, cela pourrait inciter des groupes affiliés à Al Qaîda et des réseaux mafieux à «profiter» de cette aubaine pour se renforcer logistiquement.
Lorsque Medelci affirme que «la solution doit être politique et qu’elle ne peut venir que des Libyens eux-mêmes», il ne fait qu’exprimer une position défendue par l’Algérie et portée par l’Union africaine. Mais les chefs de la rébellion libyenne continuent de s’acharner contre l’Algérie.
Un certain Mustapha Abdeljalil, ancien ministre de la Justice d’El Gueddafi vient de réitérer les accusations formulées contre l’Algérie par le CNT libyen, alors qu’il était en visite au Koweït. Il s’agit clairement de «manoeuvres dilatoires basées sur des agendas qui n’ont rien à voir avec la crise libyenne».
Le CNT libyen en veut à l’Algérie parce qu’elle a été un des rares pays arabes à refuser de recevoir ses émissaires. Mais il ne peut en aucun cas lui faire porter ses déboires militaires. Alain Juppé a été rappelé par Sarkozy afin de remettre sur pied une diplomatie française «cassée» par les «affaires», que les responsables algériens lui rappellent diplomatiquement.(L’Expression-26.04.2011.)

 

 

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*Faits et méfaits du «droit d’ingérence»

par Djamel LABIDI

36.Engrenages spacer

Après la Libye, la France intervient en Côte d’Ivoire. On pourrait tout autant dire qu’avant la Libye, la France était intervenue en Côte d’Ivoire, tant l’ingérence et l’intervention militaire de la France ont été chroniques dans ce pays depuis son indépendance. En 2004, les troupes françaises avaient ouvert le feu sur la foule à Abidjan, faisant 90 morts et 2000 blessés.

Les deux interventions militaires, en Libye et Côte d’Ivoire, ont des points communs. Tout d’abord la recherche de la couverture du Conseil de Sécurité de l’ONU pour légaliser une ingérence flagrante dans les affaires d’un autre Etat. Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, les forces de l’ONU n’ont été, d’évidence, qu’un paravent à l’intervention des forces françaises. Pour la Libye, on sait comment la résolution 1973 a été manipulée et violée, sans qu’une réelle opposition à cela puisse s’imposer au sein du Conseil de sécurité

LE CONSEIL DE L’INSECURITE

Du fait de la répétition de ces pratiques, le Conseil de sécurité apparaît aujourd’hui comme l’organe d’une sorte de dictature mondiale à travers une alliance des principales puissances militaires occidentales, USA, Angleterre, France. Ces trois puissances sont, en général partantes pour toutes les interventions militaires.

La Chine et la Russie, en pleine transition industrielle, n’ont d’évidence pas les moyens actuellement de s’opposer à cette domination. Elles réservent apparemment l’utilisation de leur droit de veto aux situations où leurs intérêts vitaux sont directement touchés, ce qu’évite d’ailleurs de faire les puissances occidentales.

Il s’agit d’une dictature, car la «Communauté internationale» à laquelle on se réfère, et qui est supposée fournir la justification morale à ces interventions, n’a jamais été aussi absente et silencieuse au sein de l’ONU. L’Assemblée générale de l’ONU, qui en est l’expression, ne joue plus le rôle de relai de l’opinion mondiale, qu’elle remplissait auparavant, quand elle avait par exemples condamné l’apartheid ou défini le sionisme comme une forme de racisme. Le rôle du Secrétaire général de l’ONU semble, lui aussi, se réduire de plus en plus à celui d’un employé docile et effacé du Conseil de Sécurité, qui sert par sa présence d’alibi dans les conférences internationales, et qui n’ose même pas s’inquiéter de la bonne application et du respect des résolutions du Conseil de Sécurité.

Le Tribunal pénal international (TPI), conçu au départ comme un des instruments de la démocratie internationale, est peu à peu détourné, instrumentalisé au service d’une dictature internationale, selon le «deux poids, deux mesures». Les dirigeants occidentaux et pro-occidentaux y bénéficient de l’immunité. Les morts civils des bombardements des forces militaires occidentales, sont des «bavures «ou des «dommages collatéraux», tandis que ceux causés par l’adversaire, ou attribués à lui, sont des «crimes contre l’humanité». Pour la Libye et la Côte d’Ivoire, il est intéressant de voir comment la menace du TPI est brandie ou retirée selon l’objectif, qu’on veuille écraser et humilier un dirigeant, ou lui laisser entrevoir une porte de sortie.

INGERENCE ET GUERRES CIVILES

Un autre point commun à la situation en Libye et en Côte d’Ivoire, est que l’intervention militaire étrangère y déclenche ou y nourrit une guerre civile. Celle-ci, comme son nom l’indique, est la plus coûteuse en vies civiles, alors que l’objectif proclamé au départ de l’intervention est de protéger les populations. En Libye, comme en Côte d’ivoire, les interventions se sont vite transformées en ingérence caractérisée au profit toujours d’un camp, celui jugé pro-occidental par rapport à l’autre. L’ingérence fausse le jeu des rapports de force internes à une société et rend toujours plus difficile la recherche du compromis et le dialogue entre les forces nationales d’un pays.

En Libye, c’est une insurrection, déclenchée dans des conditions obscures, qui a fourni le prétexte à l’intervention puis carrément à l’ingérence. Du coup, les véritables données sur la situation en Libye, s’en sont trouvés brouillées et l’intervention du peuple libyen paralysé. Celui ci apparaît d’ailleurs étrangement absent et silencieux comme s’il était seulement l’enjeu passif des combats. Chaque camp peut alors revendiquer le soutien du peuple sans que rien ne permette de contrôler la véracité de ce qui est proclamé. Que l’intervention ait eu pour objectif de déclencher un affrontement interne, ou qu’il en soit la conséquence, le résultat est le même: la guerre civile est installée et elle nourrit à son tour l’ingérence, dans une situation où on ne peut plus alors distinguer les effets des causes. C’était déjà la situation en Irak et en Afghanistan, cela risque de devenir celle de la Libye et de la Côte d’Ivoire. La haine diffusée dans la société par la guerre civile rend alors le pays qui en est victime fragile et vulnérable pour longtemps.

En Côte d’Ivoire, c’est le non respect du résultat des élections présidentielles qui a été la raison proclamée de l’ingérence. Mais là, c’est l’ingérence qui a précédé l’intervention militaire violente actuelle, bien que la présence de troupes officiellement sous le contrôle de l’ONU (mais dont l’action dépend en réalité opérationnellement de celle des troupes françaises) soit plus ancienne. C’est donc déjà la preuve que l’ingérence peut aggraver les problèmes jusqu’à provoquer et justifier à la fois une intervention militaire. Un engrenage s’installe alors où l’intervention a alimenté la guerre civile en Côte d’Ivoire, alors, qu’à l’origine, elle était supposée vouloir l’empêcher.

Pour le résultat des élections, dans les deux cas, que ce soit celui du comptage de la Commission de (l’ONU) en faveur de Ouattara ou celui du Conseil constitutionnel ivoirien en faveur de Gbagbo, le nombre de voix était proche et indiquait une population électorale répartie en deux camps d’une importance à peu près égale. Dans de telles conditions, la pression faite par la France sur Ouattara pour qu’il agisse militairement, puis l’intervention militaire française en sa faveur ne peuvent que pousser à la guerre civile, être un drame pour la société Ivoirienne, et fausser les équilibres en son sein, tels qu’ils ont été révélés par les élections. Il faut rapprocher cette fébrilité et cette impatience du Gouvernement français à intervenir, de l’attitude et de la patience de l’Union africaine à rechercher une solution pacifique.

L’AVEU

C’est prendre les gens pour des imbéciles que d’ affirmer, comme le fait le ministre des affaires étrangère français, Alain Juppé, que c’est Ouattara qui est allé à l’assaut de la résidence de Gbagbo ou que c’est l’ONU qui a réquisitionné l’intervention des troupes françaises. Il est en effet clair que sans la présence des troupes françaises Ouattara ne serait d’aucune efficacité militaire, ni ne penserait probablement même à agir militairement. De leur côté, les troupes de l’ONU apparaissent peu motivées pour agir, preuve en est d’ailleurs l’intervention française. On retrouve à peu près la même situation en Libye ou l’action de l’insurrection se révèle de plus en plus être totalement dépendante de l’intervention étrangère.

Dans les deux cas, en Libye, comme en Côte d’Ivoire, les forces étrangères, et leurs alliés locaux, reprochent aux troupes d’El Gueddafi comme à celle de Gbagbo «d’utiliser les populations civiles comme bouclier humains». On fait appel ainsi à des valeurs chevaleresques contre un adversaire qu’on attaque sans risques, du haut du ciel, par hélicoptère en Côte d’ivoire, et par avions de chasse et missiles en Libye, et qu’on préférerait évidemment avoir à sa merci, en rase campagne. Les medias, désormais simples instruments de propagande, matraquent de tels arguments. Elles oublient un simple détail, c’est qu’El Gueddafi et Gbagbo sont eux dans leur pays, quoi qu’on puisse penser d’eux. Comment peut-on s’arroger le droit d’occuper le pays des autres. Et pourquoi ce droit est-il celui de certains pays, toujours les mêmes…

En tout cas, face à l’intervention étrangère, Gbagbo comme El Gueddafi, auront réussi à donner à leur action le sens d’un acte de résistance nationale. Les deux hommes, dans des contextes différents, font preuve d’une fierté et d’un courage physique qui deviennent eux mêmes un élément du rapport de forces et qui ne semblent pas avoir été prévus par les forces d’intervention. Les déclarations du ministre des affaires étrangères français exigeant de Laurent Gbagbo l’humiliation de signer un document reconnaissant la victoire de Ouattara, et déclarant le 7 mars qu’il ne tardera pas dans quelques heures à se rendre, trahissent des relents de mépris colonial et éclaircissent, mieux que toute analyse, l’esprit réel et les buts cachés de l’intervention. La France a voulu essayer de sauver les apparences en déclarant qu’elle n’interviendrait pas dans l’assaut final contre Gbagbo. Il a bien fallu qu’elle le fasse, révélant du même coup qu’Ouattara n’était rien sans elle. L’insistance des autorités françaises à dire qu’elles n’ont pas procédé, elles, à l’arrestation de Gbagbo, est significative. Elle trahit la crainte d’une réaction de l’opinion ivoirienne. C’est donc l’aveu même du caractère immoral de l’intervention militaire.

Laurent Gbagbo, par sa résistance acharnée et têtue, malgré l’énorme déséquilibre du rapport de forces militaires, aura eu un mérite: celui de mettre à nu à la fois les véritables objectifs de l’ingérence et ses conséquences prévisibles sur l’indépendance de son pays. Du même coup, cette résistance entre dans l’Histoire de la Côte d’Ivoire. La victoire française n’aura rien réglé. C’est une victoire à la Pyrrhus. Elle n’aura d’autre résultat que de ternir l’image de la France en Côte d’Ivoire et en Afrique et d’unifier toujours plus les Ivoiriens dans leur longue lutte nationale. Elle rendra très difficile à l’ex Directeur général adjoint du FMI, Mr Ouattara la gestion du pays, faute d’autorité morale. Elle risque alors, comme pour certains de ces prédécesseurs de la «Franceafrique», de le pousser, quels que soient ses intentions, vers une dictature. Tout sera alors à refaire.

AU NOM DE LA DEMOCRATIE

Le troisième point, et non le moindre, commun aux interventions en Côte d’Ivoire et en Libye, est qu’elles se font au nom de la démocratie. En Libye, c’est l’absence de démocratie, en Côte d’Ivoire c’est le non respect du résultat du suffrage populaire, qui en ont été les justifications. Démocratie que de crimes, on commet en ton nom…

On pourrait penser que c’est un progrès si l’ingérence se réclame désormais de la défense de la démocratie. Certes, dans un certains sens, et c’est déjà le signe d’un changement d’époque. En effet, les interventions militaires se faisaient naguère pour sauver des régimes dictatoriaux et corrompus en Afrique. Par exemple, les interventions françaises au Gabon en 1964, au Zaïre, pour sauver le dictateur Mobutu en 1978 et 1996, au Tchad en 1983, au Rwanda en 1994. Mais à y regarder de prés, on peut se demander si ce n’est pas seulement une opération visant à mieux vendre le même produit. Ouattara est désormais pour toujours un président installé par l’étranger, et qui plus est par l’ancienne (et toujours présente) puissance coloniale. Les insurgés libyens ne pourront jamais légitimer leur recours à l’étranger par l’objectif atteint du renversement ou de l’éviction de El Gueddafi, au cas où cela se fait. On ne fait pas faire sa révolution par les autres. Dans les deux cas, ceux qui auront eu recours à de tels moyens, n’auront donné au mieux à eux et à leurs peuples que de nouveaux maitres.

Ceci rappelle l’illusion, au début du 20eme siècle, d’une certaine bourgeoisie éclairée arabe au Moyen Orient, fascinée par l’Occident, qui croyait que celui ci allait la libérer de la domination turque et lui apporter la démocratie. On sait ce qu’il en advint. De même, aujourd’hui, aussi bien au Machrek qu’au Maghreb, qu’en Afrique, ceux qui attendent de l’intervention militaire occidentale, qu’elle leur apporte la démocratie, ressemblent comme une goutte d’eau, par une sorte de filiation historique, à ceux qui attendaient du colonialisme la modernité et la civilisation. On ne peut dominer une société sans avoir des relais en son sein. Ceux qui avaient servi de relai au colonialisme y voyaient des aspects positifs, leur descendance, génétique ou spirituelle, voient aujourd’hui dans l’ingérence étrangère des aspects positifs pour la démocratie.

Au fond, l’Histoire se répète toujours et en même temps ne se répète jamais, car on retrouve à chaque fois les mêmes questions mais dans un contexte toujours différent. Les rapports entre la question de la démocratie et la question nationale ont toujours été étroits En 1789, en France, l’idée de la démocratie a été inséparable de celle de la nation. De même, pour la naissance de la nation américaine. En Algérie, pendant longtemps le mouvement national a cru qu’il pourrait obtenir l’indépendance pacifiquement, par la démocratie. C’est en fait, la France qui a créé, en Algérie, la méthode de manipulation du résultat des urnes, avec ce qu’on a appelé les élections à la Naegelen (socialiste français, gouverneur de l’Algérie de 1948 à 1951, resté célèbre pour son organisation de la fraude électorale massive). Peu après éclatait la révolution armée et la démocratie a été sacrifiée aux nécessités de la libération nationale. C’est peut être là l’une des raisons de la sous-estimation de la démocratie au profit du nationalisme longtemps après l’indépendance.

L’Histoire donc se répète dans le sens ou aujourd’hui l’ingérence étrangère, loin de faciliter la transition démocratique au contraire la bloque, en obligeant les peuples agressés à mobiliser leurs forces pour obtenir ou défendre en priorité leur indépendance. Peut être est ce là le but des ingérences et des interventions militaires, celui d’empêcher une véritable démocratie.

On en vient ainsi à une question particulièrement intéressante, qui mériterait réflexion. Comment s’est diffusée la démocratie dans les nations européennes. Pourquoi les nations européennes, à part la tentative d’exporter la révolution française par Napoléon qui s’est soldé par un désastre, n’ont-elles jamais connu depuis de situation où une force étrangère vient régler par les armes un conflit concernant l’application des règles de la démocratie. Pourtant ces conflits sont inhérents à la vie démocratique. Il n’y a pas si longtemps, par exemple, lors de sa première élection, le président Gorges. W. Bush a, c’est connu, été «très mal» élu. Pourtant tout le monde aux Etats unis a accepté la décision de la Cour suprême. La cohésion nationale a été jugée par tous plus importante que le différend autour du résultat des élections. Pourquoi la décision de la Cour constitutionnelle, en faveur de Gbagbo en Côte d’Ivoire n’aurait-elle pas du avoir la même autorité. Certes, on peut douter, et à raison, de son impartialité. Mais Gbagbo, de son côté, pouvait estimer lui aussi à juste titre, que la présence des forces françaises faussait le résultat des élections et que l’ONU et la France était à la fois juges et parties.

Que ce soit sous la forme du soutien apporté aux régimes antidémocratiques et corrompus, ou de l’intervention militaire au nom de la démocratie, l’ingérence occidentale peut être légitimement soupçonnée de viser depuis toujours les mêmes buts, puisqu’ elle aboutit au même résultat: celui de paralyser les capacités internes de chaque société à régler ses conflits et donc de les exacerber suivant le vieux principe de «diviser pour régner».

A la fin des années 1980, en même temps que basculait le rapport de forces dans le monde au profit des principales puissances occidentales, le «droit d’ingérence» a été brandi comme un devoir des nations les plus fortes. Atténué au départ par le mot «humanitaire», il a fini par produire «des bombardements humanitaires». Qualifié au départ de «devoir d’ingérence», il est devenu peu à peu, par glissement successifs, un «droit d’ingérence» tout court avec comme mission nouvelle d’exporter la démocratie. Le bilan de ce droit d’ingérence est très lourd en termes de souffrances pour les peuples et de tensions internationales. Les faits sont là: il n’a été qu’un instrument pour servir des desseins de domination. Il n’a nulle part aidé à la démocratie, aussi bien au niveau des rapports internationaux qu’au niveau national. (Quotidien d’Oran-14.04.2011.)

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L’Afrique n’est pas encore indépendante

par Ahmed CHENIKI

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L’Afrique ne semble pas avoir pris le départ. Elle végète dans ses contradictions, ses conflits internes et ses guerres sans fin, à l’exemple de l’intervention éthiopienne en Somalie, de la tragédie congolaise, burundaise et rwandaise, du dernier épisode ivoirien et de différents conflits interethniques.

Que de tragédies connaît depuis les «indépendances» ce continent tant convoité, restant encore la chasse gardée des puissances coloniales, provoquant des guerres civiles sans fin dans un continent trop marqué par des indépendances trop formelles. Dans le conflit opposant Ouattara et Gbagbo, la France a pris fait et cause pour l’ancien Premier ministre de Houphouët-Boigny, prétextant une sorte d’intervention ayant pour objectif «la protection des populations», devenue, avec l’instrumentation du système des nations unies, les différents groupes des droits de l’homme et les médias, une véritable machine de guerre, engendrant des massacres sans fin. La dictature de la «communauté internationale» fait le reste. Des centaines de morts ponctuent, chaque fois, des interventions militaires répétitives et compliquent davantage les conflits. L’arrestation par les troupes françaises de Gbagbo et l’assassinat de son ministre de l’intérieur posent sérieusement problème, comme d’ailleurs les violences qui ont accompagné cette opération ayant conduit à l’arrestation de Gbagbo et sa femme agressée, au même titre que d’autres proches du président ivoirien, sans que les organisations des droits de l’homme ne s’en émeuvent. Il y eut déjà les précédents du couple Ceausescu, de Noriega, de Saddam Hussein et de ses deux fils qui ont été exposés aux caméras alors que ce type de choses ne devrait pas être autorisé. Les Africains commencent ainsi à penser que le retour à la colonisation directe n’est pas à exclure dans le contexte actuel de dérèglement des relations internationales, compte-tenu de l’absence d’un contre-pouvoir à une «communauté internationale» incarnée par l’ «Occident». La démocratie, comme le soutenait l’ancien président français, Georges Pompidou, est ainsi menacée par la présence de relents fascistes. Les conditions de l’arrestation de Gbabgo et l’épisode ivoirien donnent à lire des pratiques trop peu démocratiques. La loi de la jungle exclut toute attitude démocratique et légitime tous les excès.

L’épisode électoral ivoirien de ces derniers temps met en lumière la fragilité des expériences démocratiques en Afrique Noire et révèle les pesanteurs ethnocentriques, les relents xénophobes marquant le territoire politique et le déficit d’indépendances des territoires africains. Les choses ne sont pas simples. Ainsi, la parenthèse sénégalaise qui a vu le longiligne Abdou Diouf, prendre gentiment la porte de sortie sans grand bruit et en félicitant, à contrecœur évidemment le vainqueur, est tout simplement singulière dans un continent où les espaces claniques et ethniques déterminent toutes les fantaisies politiques.

Mais ce qui se passe en Côte d’Ivoire, un pays longtemps dirigé par Félix Houphouët Boigny qui a même eu le culot de déplacer la capitale du pays dans son village, Yamassoukro, est symptomatique de la réalité des pouvoirs militaires et civils d’après les «indépendances», des jeux politiques malsains et de la grande implication des Français dans la gestion des affaires de leurs colonies. Le passage de la colonisation aux indépendances en 1960 après le fameux référendum de 1958 a succédé à l’élimination des partis patriotiques dont les dirigeants avaient été forcés à l’exil. Quand le général Robert Guei a renversé l’ancien président de l’Assemblée Nationale de Houphouet-Boigny, tous les opposants l’avaient soutenu, lui qui avait une revanche à prendre sur les civils, d’autant plus qu’il avait été révoqué en janvier 1997 par Henri Konan Bédié, alors président de la république, de son poste de chef d’état-major de l’armée pour avoir refusé d’intervenir pour arrêter le «boycottage actif» des élections présidentielles d’octobre 1995, décidé par les partis d’opposition, notamment des chefs charismatiques connus comme l’ancien Premier ministre, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, secrétaire du Front Populaire Ivoirien, proche des socialistes français qui ont tout fait tout pour qu’il accède à la magistrature suprême.

Aujourd’hui, ce qui se passe en Côte d’Ivoire où la fièvre xénophobe, avec l’intronisation d’Alassane Ouattara dans des conditions équivoques, risquerait d’atteindre des degrés inimaginables, n’est qu’un éternel recommencement d’une Afrique qui a été mal décolonisée. Robert Guei, en bon militaire africain, ne peut facilement abandonner les délices du fauteuil présidentiel à cet ancien opposant, Laurent Gbagbo, patron du Front Populaire Ivoirien, membre de l’Internationale socialiste qui a remporté cette élection après avoir, comme le sénégalais Abdoulaye Wade, longtemps attendu son tour. Certes, le général Guei a tout essayé pour remporter cette élection, tout d’abord en éliminant deux adversaires sérieux de la course, Ouattara et Bédié, en confectionnant un code électoral sur mesure, comme d’ailleurs Bédié et en cherchant ensuite à faire pression sur les électeurs qui ne se sont pas déplacés massivement. Frantz Fanon qui a eu le temps d’observer le processus de décolonisation de 1960 en Afrique ne se faisait nullement d’illusions sur l’Afrique des indépendances de pays traversés par une certaine malédiction et une corruption généralisée encouragée par les anciens collaborateurs de la colonisation métamorphosés en dirigeants de l’Afrique «indépendante». Il écrivait déjà dans «Les damnés de la terre» ces propos prophétiques: «Disons-le, nous croyons que l’effort colossal auquel sont conviés les peuples sous-développés ne donnera pas les résultats escomptés». Paroles, certes, prémonitoires, mais résultats d’une fine analyse de la situation des mouvements de décolonisation en Afrique, en passant par une violente critique de la négritude et de l’Europe.

Mais quels que soient les événements, les derniers changements opérés en Afrique sous la pression des transformations internationales, des organisations financières internationales (FMI et Banque Mondiale) et de certains pays occidentaux, enclins aujourd’hui à exiger un certain «vernis» démocratique, les choses sérieuses, trop têtues, ne semblent pas évoluer dans le bon sens. Jusqu’à présent, les anciennes puissances coloniales font et défont les politiques africaines. Tout le monde connaît l’extraordinaire influence d’une société française, Elf, dans le fonctionnement des «institutions» de ces pays. Combien de coups d’Etat avaient été fomentés à partir de Paris, de Bruxelles et de Londres ? Aujourd’hui, les révélations se font trop insistantes. On sait, par exemple, que c’est le gouvernement belge qui a été à l’origine de l’assassinat de Patrice Lumumba, ancien Premier ministre du Congo, remplacé par Mobutu qui, était devenu non fréquentable pour les chancelleries occidentales, décidant enfin de mettre un terme à son règne. Les tensions interethniques sont souvent encouragées dans des périodes de crise et de conflits par les capitales européennes qui défendent tout simplement leurs intérêts au détriment d’une Afrique qui n’est jamais partie, contrairement à ce titre d’un ouvrage de René Dumont, «l’Afrique Noire est mal partie», écrit vers le début des années soixante.

Une légère virée dans l’Histoire récente de cette région de l’Afrique nous renseignerait sur les échecs des derniers changements «démocratiques» dictés par un mythique désir d’imiter le modèle occidental. Ce mimétisme aberrant traverse les élites africaines qui, souvent, ont subi les pires brimades de dictateurs installés à la tête de ces pays après les fausses indépendances octroyées après la mascarade du référendum de 1958 mise en scène par Charles De Gaulle qui voulait lier éternellement l’Afrique à la France. Seule la Guinée de Sékou Touré avait refusé ce statut d’assisté permanent. Les territoires d’outre-mer (T.O.M), issus de la Constitution de 1946 étaient pourvus d’assemblées territoriales marquées par l’existence d’un double collège où, paradoxalement, les Africains étaient minoritaires. C’est d’ailleurs dans ce vivier que vont être recrutés les nouveaux dirigeants africains qui vont sévir dans leurs pays en emprisonnant et en liquidant les opposants, en instituant le système du parti unique et en verrouillant toute possibilité d’expression, avec le soutien de la puissance coloniale. Ainsi, allaient se mettre en œuvre deux groupes de pays, l’un emprunta un jargon «socialiste» (Mali, Guinée, Bénin, Congo, Madagascar…) et l’autre un vocabulaire «libéral» (Sénégal, Cameroun, Cote d’Ivoire…). Mais il reste qu’ici et là, aucune ouverture démocratique n’était permise. Ce qui ne dérangeait nullement l’ «Occident», sourd aux nombreux appels de certains intellectuels africains peu enclins à collaborer avec des dictateurs qui n’arrêtaient pas de stigmatiser les pouvoirs en place trop corrompus et incompétents. Mais les affaires sont les affaires.

Ni Senghor, Ahidjo ou Houphouët-Boigny ne pouvaient tolérer une quelconque contestation. L’exil devenait l’espace privilégié de certaines élites qui se mettaient, à partir de l’étranger, à vilipender les dirigeants et le néo-colonialisme et à dénoncer le parti unique et la corruption. Ainsi, de nombreux écrivains comme Sembene Ousmane, Mongo Béti, Sony Labou Tansi, Ahmadou Kourouma et bien d’autres se retrouvèrent installés en France.

Déjà dès les indépendances de 1960, les dés étaient jetés. Les anciennes puissances coloniales ne pouvaient accepter l’instauration de régimes démocratiques risquant de constituer de sérieux dangers pour leurs intérêts. Que ce soit dans les pays anglophones ou francophones, la réalité était presque la même. Au Nigéria, au Ghana ou au Kenya ou dans les autres pays francophones, les choses étaient relativement similaires. Certes, quelques dirigeants comme Nkrumah, Kenyatta, Lumumba ou Modibo Keita, développaient un projet national ou une perspective africaine, mais ils furent vite chassés du pouvoir. Les expériences démocratiques n’ont, jusqu’à présent, pas permis l’émergence d’un sentiment national qui mettrait fin aux solidarités claniques et aux très forts liens ethniques. La communauté ethnique tient le haut du pavé.

Ces dernières années, les anciennes puissances coloniales ont senti la nécessité d’imposer un certain vernis démocratique à des dictatures qui commençaient à être trop impopulaires. C’est ainsi que fut décidée la mise à la retraite de Mobutu, devenu trop gênant. La revendication démocratique se faisait trop pressante dans un continent où plus d’une vingtaine de régimes sont issus de coups d’Etats militaires. Le texte du sommet réuni à Alger, il y a quelques années, où il était question de ne plus tolérer les coups d’Etat ne semble pas opératoire dans des territoires où l’armée, souvent marquée par des lézardes ethniques, est maîtresse du terrain. Aujourd’hui, la fiction démocratique devient une véritable mode qui, parfois, emporte sur sa lancée quelques dirigeants peu présentables.

Ce sont les problèmes économiques et sociaux et les conditions du FMI et de la Banque Mondiale qui ont poussé de nombreux pays africains, trop pauvres à emprunter les sentiers de la gestion «démocratique», mais souvent les expériences tentées jusqu’à présent, ont lamentablement échoué. Les exemples de Côte d’Ivoire, du Niger, du Mali et du Nigéria par exemple sont frappants. Ces pays lourdement endettés ont engagé de très importantes opérations de privatisation. C’est ainsi que la Côte d’Ivoire qui a une dette extérieure de plus de 24 milliards de dollars a privatisé plus de 90% de ses entreprises publiques. Ce territoire se trouve aujourd’hui piégé par la chute des cours du café et du cacao, les deux richesses de ce pays détenues en grande partie par la famille Houphouët-Boigny. La Côte d’Ivoire qui produit 40% de la production mondiale est le premier fournisseur de cacao. France Télécom détient 51% du marché des télécommunications dans ce pays. Les autres pays d’Afrique ne sont pas aussi riches que la Côte d’Ivoire.

Cette volonté de mettre en œuvre un édifice démocratique a permis l’organisation de conférences nationales où participaient partis, syndicats et associations. Ce sont de véritables états généraux du pays. Plusieurs pays africains ont connu cette expérience entamée par le Bénin : Congo, Gabon, Comores, Togo, Mali, Niger…Ces conférences qui sonnent le glas du parti unique, disparu à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique et des inextricables problèmes économiques, ont favorisé la création d’une multitude de micro-partis qui sont souvent l’expression de groupes ethniques et claniques, l’installation de régimes parlementaires traversés par les solidarités ethniques et l’engendrement simultané de la république, certes, quelque peu singulière. Le parlement devient le lieu où se cristallisent les conflits et les places communautaires dans un continent où le sentiment national est encore prisonnier des liens ethniques. La projection sur un espace parcellisé, rural d’un modèle européen désormais unique espace de légitimation des pouvoirs en place n’a pas mis fin à cette mentalité putschiste et absolutiste caractérisant le pouvoir en Afrique. Quand Bédié a pris le pouvoir après le décès de Houphouët Boigny en 1993, il a tout simplement confectionné des lois sur mesure pour barrer la route à des adversaires sérieux comme Ouattara ou en emprisonnant des leaders d’opposition qui comptent comme Laurent Gbagbo.

Dans tout ce continent, se pose le problème de la constitution de partis sérieux, chose impossible dans des pays où le sentiment groupal exclut les données sociales et convoque l’appartenance familiale ou clanique, marquée par une mentalité rurale des plus rétrogrades. C’est pour cette raison que trop souvent, les partis sont dépourvus de programmes politiques et idéologiques cohérents et clairs. Les conflits communautaires désagrègent l’appareil d’Etat et rendent toute gestion démocratique sérieuse peu probable. Le président fonctionne tout simplement comme un chef de clan. C’est ce qui renforce et aggrave le sentiment xénophobe des populations africaines frappées par la famine, l’analphabétisme, les guerres civiles, les épidémies et la misère. Ainsi, ces populations, souvent analphabètes, observent impuissantes, des expériences «démocratiques» se mettre en place, imposées par les Européens et les Américains qui conditionnent l’octroi de toute aide financière à la mise en place d’institutions «démocratiques». Cette aide va souvent dans des caisses personnelles dans des territoires dont une partie est souvent contrôlée par le banditisme et le gang. Des constitutions pluralistes arriveront-elles à résoudre les vrais problèmes de l’Afrique qui sont essentiellement économiques ? Pour le moment, les choses ne semblent pas évoluer positivement. Certes, le système du parti unique a disparu, mais il n’a pas encore réglé la question des programmes et des projets de société, trop souvent réduits à la lecture redondante de préceptes moraux : intégrité, transparence…

Mais cette poussée «démocratique», malgré ses trop nombreuses limites, a permis l’émergence d’une presse relativement libre, mais souvent aux prises avec de très sérieux problèmes économiques et financiers freinant toute ambition. Des journalistes sont toujours emprisonnés dans des pays africains. Mais, les journalistes découvrent enfin après de longues années de plomb la libre expression. Ce qui se passe actuellement dans de nombreux pays d’Afrique n’est nullement surprenant. Mais il reste que tous ces pays sont extrêmement fragiles, menacés par le spectre de la guerre civile et par leurs relations incestueuses avec l’ancien occupant, obsessionnellement présent.  (Quotidien d’Oran-14.04.2011.)

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*Vive tension sociale au Maroc…et appel à un « changement urgent »

Outre l’appel, sur Facebook, à une grande marche pour le 20 février prochain, suivi par celui de l’association Justice et Bienfaisance, pour un “changement urgent”, le Maroc a été secoué, hier, par une grève des personnels des différents départements ministériels, des collectivités locales et autres établissements publics. Des avertissements à accélérer les réformes promises.

Pour protester contre la dégradation du pouvoir d’achat, l’échec du dialogue social depuis 2008 et les tergiversations du gouvernement dans l’application de ses engagements relatifs à la suppression des échelles de un à quatre, les personnels de différents départements ministériels, les collectivités locales et les établissements publics marocains soumis au statut de la Fonction publique, ont observé, hier, une grève qui a été suivie d’un sit-in devant le siège du ministère de la Modernisation des secteurs publics. C’est à l’appel de l’Union syndicale des fonctionnaires, affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT) que cette action a été décidée. Elle revendique notamment une augmentation générale des salaires, la suppression des échelles de 1 à 4 dans les collectivités locales et les établissements publics et une promotion exceptionnelle des fonctionnaires depuis 2003. Elle réclame aussi le respect des libertés syndicales.
Pour rappel, les fonctionnaires des collectivités locales marocaines avaient observé, fin janvier, une grève de 24 heures en signe de rejet d’une décision unilatérale prise par le ministère de tutelle de promulguer des décrets relatifs aux statuts spéciaux  pour certaines catégories de fonctionnaires. Dans cette ambiance de protestation sociale, le mouvement islamiste Justice et bienfaisance, considéré comme l’un des plus importants du Maroc, avait appelé lundi à un “changement démocratique urgent” et à “l’établissement de mécanismes mettant fin à l’autocratie”. Cet appel intervient après celui du “mouvement du 20 février, le peuple veut le changement” et du “Mouvement de liberté et démocratie maintenant”, ainsi que d’autres groupes qui opèrent de façon similaire à ceux des internautes tunisiens et égyptiens avec les conséquences que tout un chacun connaît. “Nous appelons tous les Marocains à manifester le 20 février pour la dignité du peuple et pour des réformes démocratiques”, indique la “plate-forme” de ce groupe créé sur Facebook.
Quant au texte publié par l’association Justice et Bienfaisance, sur son site internet, il “salue les manifestations en Tunisie et en Égypte” et appelle “à un changement fondamental démocratique urgent (…) afin d’instaurer une véritable séparation des pouvoirs”. “Des millions de Marocains souffrent de la pauvreté et du manque. Il est injuste que la richesse du pays soit accaparée par une minorité”, souligne le mouvement. “Nous demandons aux autorités de mettre un terme à la “benalisation” que connaît le Maroc et à crédibiliser les institutions constitutionnelles”, précise encore Justice et Bienfaisance.
Dans le même ordre d’idées, le commissaire européen chargé de l’Élargissement, Stefan Füle, a estimé que le Maroc doit veiller à ce que les bénéfices du développement économique “soient partagés par tout le peuple marocain”, en évoquant les “leçons” des événements de Tunisie et d’Égypte. Soulignant que sa visite au Maroc intervenait quelques semaines après la révolte tunisienne qui a chassé l’ex-président Ben Ali et tourné l’attention sur la région du Maghreb, Füle a souhaité que les autorités marocaines “avancent davantage” sur la voie des réformes qu’elles ont engagées. Il a notamment cité les domaines de “l’éradication de la pauvreté, du développement social (…) des réformes démocratiques, de la liberté d’expression et de la réforme de la justice”, lors d’un point de presse commun avec le chef de la diplomatie marocaine Taieb Fassi Fihri.
Évoquant les “leçons à tirer” de ce qui vient de se passer en Tunisie, M. Füle a souligné que le “développement ne devrait jamais sous-estimer les aspirations légitimes des jeunes à accéder au travail et à la liberté d’expression”. Il a aussi insisté sur l’importance d’éviter un écart trop important entre développement économique et développement humain et social. Le commissaire européen a indiqué avoir souligné, lors de ses entretiens à Rabat, “l’importance de veiller à ce que les bénéfices du processus de réforme soient partagés par tout le peuple marocain”. (Liberté-10.02.2011.)

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*Sur une initiative citoyenne au Maroc

Appel à une marche le 20 février

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Imitant les activistes du Mouvement du 6 avril en Egypte, des jeunes Marocains appellent, sur le réseau social facebook, à une manifestation le 20 février pour arracher «une large réforme politique» dans le royaume. Il s’agit d’une manifestation «pour la dignité du peuple et des réformes démocratiques».

Le groupe, qui dit compter 3400 inscrits, aspire à une réforme de la Constitution, à la démission du gouvernement actuel et à la dissolution du Parlement. En réaction à cette initiative, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri, a déclaré jeudi que les autorités marocaines demeurent sereines concernant cette marche. Car le Maroc, poursuit-il, «s’est engagé il y a longtemps dans un processus irréversible de  démocratie et de d’élargissement des libertés publiques». Ainsi, «que les citoyens puissent s’exprimer librement ne nous trouble nullement». M. Naciri relève cependant que ces manifestations ne doivent pas porter atteinte aux intérêts nationaux et aux valeurs constitutionnelles.

Le même jour, un groupe de chômeurs diplômés a, dans un point de presse, rappelé au gouvernement sa promesse de trouver de l’emploi pour 1888 prétendants de cette catégorie. Pour acheter la paix sociale, le gouvernement marocain a décidé, le 25 janvier dernier, de maintenir les subventions sur les prix des produits alimentaires de base, même s’il s’expose à des risques de déséquilibre dans les finances publiques en cas d’augmentation vertigineuse de ces denrées sur les marchés mondiaux. «Les prix des denrées  subventionnées que sont les carburants, le gaz, la farine, le sucre», entre autres, «enregistrent de fortes hausses sur les marchés internationaux et cela pèse lourdement sur le Fonds de compensation financé par l’argent des contribuables», a déclaré le porte-parole du gouvernement à l’issue du Conseil des ministres. Et le ministre de poursuivre : «Cela  a été très coûteux l’an dernier et nous craignons que dans les conditions actuelles, le coût soit élevé pour le Maroc.» Cependant, assure le même responsable, «nous préserverons à tout prix le pouvoir d’achat des citoyens».Le même responsable ajoute que 10% du budget alloué aux investissements cette année seront «réorientés vers la subvention des produits de base».

En d’autres termes, le Fonds de compensation sera doté de 2,03 milliards de dollars pour l’année en cours. Et pour cette même année, le budget des dépenses publiques sera réduit de 10%. Cependant, le prix est-il suffisant pour acheter la paix ? Dans un entretien accordé le 31 janvier dernier au journal espagnol El Pais, le prince marocain Moulay Hicham relève que si le mouvement de contestation qui a soufflé sur la Tunisie et l’Egypte n’a pas encore touché son pays, «il ne faut pas se leurrer sur ce fait : pratiquement tous les systèmes autoritaires vont être atteints par la vague de contestation et le Maroc n’y fera probablement pas exception. Reste à savoir si cela se traduira par une contestation purement sociale ou par une revendication politique au sein des formations politiques en place, celles-ci étant enhardies par les récents événements». Pour le prince alaouite, il est nécessaire de «procéder à l’ouverture bien avant que la vague de contestation ne déferle, plutôt qu’après». Dans le cas contraire, «la crise rendra beaucoup  plus malaisé le changement politique. C’est loin d’être un pari gagné car la dynamique de libéralisation politique lancée depuis la fin des années 1990 s’est largement essoufflée. De ce fait, redynamiser la scène politique marocaine dans ce contexte régional sans tomber dans la radicalisation sera un défi majeur».

Le prince Moulay Hicham observe que «le fossé entre les classes sociales sape la légitimité politique et économique. Les diverses formes de clientélisme dans l’appareil d’Etat mettent en péril sa survie. Enfin, si la majorité des acteurs politiques reconnaissent la monarchie, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils sont mécontents de la vaste concentration du pouvoir dans l’Exécutif». Notons que quatre tentatives d’immolation ont eu lieu au Maroc depuis le 17 décembre 2010, qui marque le début de la révolte tunisienne qui a causé la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali. (El Watan-06.02.2011.)

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 **Maroc: «Nous assistons à une « benalisation » du régime» monarchique…derrière une «Impression de démocratie»

 *Le roi concentre tous les pouvoir..et l’essentiel des richesses du pays* «La famille royale joue les premiers rôles sur la scène économique» *  » La moitié des Marocains sont analphabètes. Il leur est difficile de se forger une opinion politique.»Le Maroc se distingue des autres pays du Maghreb par son régime monarchique. Le roi, qui a aussi le titre de «commandeur des croyants» depuis 1962, concentre l’essentiel du pouvoir.Après l’absolutisme de Hassan II,le règne de Mohammed VI a été marqué par la libéralisation politique et le volontarisme économique. La presse, pluraliste, bénéficie de la liberté d’expression à condition de ne pas franchir trois lignes rouges connues de tous, mais assez vagues: le roi, la religion et l’intégrité territoriale (en référence au contentieux sahraouie).Depuis deux ans, de l’avis de nombreux observateurs indépendants, la situation de la liberté d’expression régresse: procès multiples, asphyxie financière des titres les plus irrévérencieux, saisies de journaux, peines de prison ferme pour les blogueurs les plus critiques.«Impression de démocratie»«Nous assistons à une « benalisation » du régime», constate un journaliste influent de Rabat. Et si les projets de développement –infrastructures de transports, logements, assainissement– fleurissent grâce à une forte croissance, les inégalités restent criantes.Le PIB par habitant se classe au 117e rang mondial, selon le FMI. Loin derrière la Tunisie (82e), l’Algérie (97e) et l’Egypte (103e). Et la holding royale SNI, présente entre autres dans l’agroalimentaire, la distribution ou l’énergie a un chiffre d’affaires qui correspondrait à 5% du PIB.«La famille royale joue les premiers rôles sur la scène économique», note l’hebdomadaire TelQuel, qui fait lui aussi le parallèle avec le régime de Ben Ali. Concentration des richesses et du pouvoir, un cocktail explosif? «La différence avec la Tunisie, c’est que, eux, sont instruits, nuance Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains. La moitié des Marocains sont analphabètes. Il leur est difficile de se forger une opinion politique.»

Et, poursuit-elle, «la société civile marocaine, riche de 80.000 associations (dont une centaine sont interdites)…. Cela donne une impression de démocratie.» (20Minutes:07.02.2011.) 

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**Changement dans le monde arabe et au Maghreb

La grande hantise de Washington

 L’Administration américaine ne cache pas sa crainte de voir les groupes terroristes mettre à profit le vent de contestation qui souffle depuis plusieurs semaines sur le monde arabe pour se redéployer.

«Nous sommes préoccupés par les événements qui ont lieu dans la région, car ceux-ci pourraient ouvrir la voie aux terroristes», a révélé hier Daniel Benjamin, coordonnateur de la lutte antiterroriste au département d’Etat, lors d’une conférence de presse animée à l’ambassade américaine à Alger au terme des travaux de la première réunion du groupe de contact bilatéral de coopération algéro-américaine de la lutte contre le terrorisme et les questions de sécurité connexes.
Le diplomate américain, qui effectue sa seconde visite en Algérie en moins d’une année, a confié, en outre, que le département d’Etat travaille actuellement avec ses partenaires – parmi lesquels figure l’Algérie – «pour s’assurer que les terroristes ne vont justement pas profiter des changements qui se font dans la région». «Nous rappelons notre détermination à empêcher les terroristes de profiter de la situation», a indiqué M. Benjamin, assurant néanmoins que «pour le moment il n’y a pas de changement notable dans la situation sécuritaire dans la région». «La situation nous préoccupe très fortement. Afin d’éviter que l’instabilité n’augmente dans la région et que les groupes terroristes ne l’exploitent, nous pensons qu’il faut rester vigilants. Mais pour le moment, je tiens à préciser que nous n’avons pas vu d’accroissement de l’activité terroriste dans la région et au Sahel. Ceci dit, je vous ferai remarquer que nous sommes à la veille d’une nouvelle période. Nous allons donc voir comment cela va évoluer», a ajouté le coordonnateur de la lutte antiterroriste au département d’Etat américain.

Le risque de voir les groupes terroristes opérant au Sahel tenter d’accaparer des armes abandonnées par l’armée libyenne est-il fondé ?  Pour le diplomate américain, c’est une éventualité à ne pas exclure. Pour lui, elle est même très probable. Il a d’ailleurs indiqué que cette question a fait l’objet de discussions avec le partenaire algérien et qu’elle préoccupe son gouvernement au plus haut point, surtout que les échos qui proviennent de Libye sont très alarmants. Pour ne pas donner le sentiment que les Etats-Unis s’intéressent uniquement aux aspects sécuritaires des révolutions menées par la jeunesse arabe, le conférencier s’est empressé de dire qu’il était important aussi que les regards de la communauté internationale se braquent sur le peuple libyen et  ses aspirations.

Dans la foulée, Daniel Benjamin a exigé que le guide libyen, qui a perdu toute légitimité, parte.  Dans ses efforts qui consistent à faire échec aux terroristes d’AQMI et aux autres groupes radicaux en Afrique du Nord, Washington voit en l’Algérie un allié sûr et précieux. Surtout en ces moments de profonds bouleversements. Lors de sa conférence de presse, M. Benjamin n’a d’ailleurs pas tari d’éloges à l’égard de ces «collègues algériens qui sont de grands professionnels» et de «l’Algérie qui est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme dans la région». Et eu égard à l’incertitude qui plane justement sur toute la région, l’Administration américaine apparaît presque soulagée que l’Algérie n’ait pas vécu un scénario similaire à celui vécu par la Tunisie et l’Egypte. Et tout porte à croire que Washington fait actuellement tout ce qui est en son pouvoir pour que cela se ne produise pas. La raison ? L’entrée de l’Algérie dans une nouvelle période d’instabilité pourrait représenter une menace pour la région et le sud de l’Europe.

Une menace qui risque de ne pas être évidente à gérer. Surtout dans le contexte actuel où, selon Donald Benjamin, «le fléau du terrorisme continue à tuer des innocents et reste par conséquent à éradiquer». Les Etats-Unis d’Amérique seraient-ils prêts à sacrifier les libertés démocratiques en Algérie sur l’autel de la lutte mondiale contre le terrorisme et la stabilité régionale ? Dans le cas de l’Algérie, ils souhaiteraient en tout cas que le changement se fasse de manière «pacifique» et qu’un «dialogue constructif» s’instaure. «L’Algérie a fait de grands efforts pour rétablir la sécurité et la paix dans la région. Le pays n’est plus ce qu’il était il y a 15 ans», a indiqué Daniel Benjamin, ajoutant néanmoins que «c’est aux Algériens de déterminer l’avenir de l’Algérie et que les efforts accomplis ouvrent de nouvelles possibilités pour plus de développement économique et social.» (El Watan-05.03.2011.)

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*de l’Atlantique au Golfe, les peuples arabes réclament le changement

«Par le peuple et pour le peuple»
 

Le changement! Nous y voilà, de l’Atlantique au Golfe, les peuples arabes réclament le changement, une mutation qui ne vient pas et n’est, en fait, jamais venue. A peine esquissé, au début des années 2000, le projet de l’ancien président américain, George W.Bush, qui lança l’idée du «Grand Moyen-Orient» – prévoyant de vastes réformes dans le Monde arabe – fut rapidement neutralisé par les dirigeants arabes s’en tenant plus que jamais au quant-à-soi. Avec les effervescences qui touchent aujourd’hui le Monde arabe, alors que les peuples contestent uniment les autocraties qui les gouvernent sans partage, l’idée même des «réformes», proposée donc en 2003 par le président américain, est aujourd’hui dépassée, battue en brèche par des exigences populaires autrement plus essentielles, plus proches des préoccupations des peuples arabes et surtout plus en prise avec leur réalité quotidienne. Si l’objectif du «GMO», mode américain, était de mieux contrôler les mondes arabe et musulman en instaurant une façade démocratique (en effet, G.W.Bush englobait dans cet ensemble le Maghreb, le Moyen-Orient et les pays musulmans d’Asie), les peuples arabes – qui ont renversé Ben Ali en Tunisie, menacent d’en faire de même pour Moubarak en Egypte et d’autres potentats arabes – ont une autre vision moins sophistiquée et plus objective: rendre le pouvoir au peuple souverain. Tout, en fait tient dans cet axiome de «pouvoir au peuple souverain» lequel peuple délègue ce pouvoir à un représentant dûment élu, pouvant, à tout moment, être révoqué. Ce schéma est théorique car la réalité est autre. «Par le peuple et pour le peuple» est ainsi inscrit au fronton des institutions de la République (en Algérie, du moins) mais dans les faits, rien de plus inexact dès lors que le peuple n’a pas droit de regard sur l’action de ceux qu’il est censé avoir élu, qui se comportent en oligarques. Cela n’est guère propre à l’Algérie et l’on retrouve, dans le Monde arabe, cette norme qui fait des républiques et monarchies arabes des oligarchies dont est exclu le premier concerné: le peuple. Or, voici que ce dernier se réveille et réclame son bien, «le pouvoir souverain» confisqué par des classes restreintes et privilégiées. Aussi, la question du changement n’est plus un simple effet d’annonce mais constitue une revendication légitime aujourd’hui prise en charge par le peuple qui causa la chute de Ben Ali et met en difficulté Moubarak (l’Egypte entre dans sa quinzième journée de contestation). Or, il y a un véritable fossé entre ce qu’exigent les peuples arabes et ce que les régimes arabes sont prêts à céder. La résistance de Moubarak, malgré son «lâchage» par ses alliés occidentaux, en dit long sur ce que ces «hommes forts» sont disposés à concéder à leurs peuples. La contestation qui fait tache d’huile touche l’ensemble des pays arabes où leurs dirigeants sont plus que jamais sur la défensive. Reste toutefois la question de savoir jusqu’où les souverains et chefs d’Etat arabes sont prêts à aller et quelles seront les portées et dimensions réelles des réformes qu’ils se disent disposés à engager? Toucheront-elles aux domaines dit de souveraineté (libertés collectives et individuelles, démocratie, gouvernance, droits de l’homme), lesquels induisent autant un blocage dans l’émancipation des pays arabes, qu’ils freinent une véritable coopération inter-arabe. Or, pour réformer les pays arabes, il faudrait d’un côté, aller vers des monarchies constitutionnelles, ce qui implique pour les monarques l’abandon d’une part, sinon la totalité, de leurs pouvoirs au profit de gouvernements élus, le roi devenant le symbole de l’unité de la nation, de l’autre, l’avènement dans les Républiques arabes de pouvoirs et de gouvernements démocratiques, dont la légitimité est fondée sur l’alternance au pouvoir. Les pouvoirs en place sont-il disposés ou aptes à un tel saut qualitatif? Permettez-nous d’en douter. (L(Expression-08.02.2011.) 

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*Alors que le pouvoir multiplie «concessions» et manœuvres

Les Egyptiens résolus à faire partir le «Pharaon»

La révolution de la dignité du peuple égyptien contre le président Hosni Moubarak, 82 ans, et son régime entame aujourd’hui son treizième jour sans que la mobilisation ne baisse d’intensité. «Le pharaon du Caire» s’accroche mordicus au pouvoir en misant sur le temps et l’usure de la rue, mais la résistance et la détermination des Egyptiens semblent impossibles à annihiler. L’emblématique place Tahrir, cœur battant de la révolte, lui envoie le même message depuis le début des événements : «Dégage, go out».Des centaines de milliers de personnes entonnent l’hymne national à l’unisson, Biladi, comme pour montrer tout un peuple – musulmans, chrétiens, laïcs, libéraux et Frères musulmans – uni contre l’arbitraire du système Moubarak, signifiant ainsi que le pays appartient au peuple et non pas à une caste.
Par ailleurs, un groupe d’intellectuels – dont l’écrivain Alaa Al Aswany et Fahmi Howydi, Hamdi Kendil… – a signé un texte appelant le président «à quitter le pouvoir et constituer un gouvernement d’union nationale après dissolution de toutes les institutions élues sous le régime de Moubarak».
Acculé par une importante mobilisation, Moubarak, au lieu de quitter le pouvoir, a renvoyé le bureau exécutif du parti au pouvoir, le Parti national démocrate (PND), dont fait partie son fils Gamal. Le site du quotidien cairote Dostor a rapporté que même Moubarak a démissionné de son poste de président du parti. Dans la journée d’hier, l’armée, qui n’a pas encore tranché en faveur d’une partie contre l’autre, a dépêché le chef de la Région centrale de l’armée à la place Tahrir pour appeler les manifestants «à rentrer chez eux», mais son appel a essuyé un échec. «Nous n’allons pas partir d’ici, c’est au régime et à Moubarak de partir», a répondu une foule compacte. L’opposant George Ishak a pris la parole après l’intervention du général, pour insister : «Tant que Moubarak est toujours en place, nous n’allons pas quitter la place Tahrir.»Si sur le terrain, les manifestants maintiennent magistralement la pression contre Moubarak, des tractations et des manœuvres semblent s’accélérer au sein du régime. Selon le penseur arabe Azmi Bechara, «le vice-président Omar Souleïmane est en train de manœuvrer pour fragiliser Hosni Moubarak en éliminant ses appuis au sein de l’appareil policier et politique». «Il y a risque de voir le pouvoir se déplacer du clan Moubarak vers les tenants de services secrets et là réside la crainte de voler au peuple sa révolution», a ajouté M. Bechara. Ainsi, en multipliant les concessions sur la forme sans aller au fond du problème, on montre l’image d’un pouvoir «qui se disloque face à une pression populaire grandissante», a estimé l’opposant Mohamed El Baradei. En début de soirée, des blindés de l’armée ont pris position aux abords de place Tahrir dans une tentative de la libérer, mais c’étaitt sans compter sur la coopération des blocs de manifestants qui se dressaient devant  les blindés de l’armée les empêchant d’avancer.Le risque d’affrontement n’est pas envisageable, selon des témoignages.
En somme, les Egyptiens, qui se sont élevés en masse contre le régime Moubarak depuis le 25 janvier dernier, entament une autre semaine de lutte, la décrétant «semaine de résistance». Il est attendu que les chrétiens coptes, qui se sont joints en masse à «la révolution de la dignité», organisent la messe de dimanche sur la place Tahrir, sous la protection des musulmans alors que les deux plus grandes institutions religieuses du pays, Al Azhar et l’église orthodoxe, demeurent fidèles au régime. (El Watan-06.02.2011.)

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*Guernica

Les dates sont des productions intellectuelles de l’esprit humain faites pour fertiliser la mémoire. Se souvenir, c’est apprendre et c’est comprendre surtout les faits historiques pour mieux gérer le présent et l’avenir. Il y a des journées qui sont ainsi marquées du sceau fatidique de l’Histoire pour un peuple déterminé et certaines le sont pour deux peuples que la géographie et l’histoire ont unis pour le meilleur et pour le pire. C’est ainsi que le 8 février est une journée que deux peuples frères peuvent célébrer ensemble dans la solennité du recueillement, à la mémoire des victimes innocentes fauchées par l’aveugle barbarie d’une guerre coloniale anachronique. Et l’Histoire, implacable, montre que la France est toujours en retard d’une guerre.
L’Algérie peut s’enorgueillir d’avoir toujours eu un appui solidaire de la part du peuple et du gouvernement tunisiens tout au long de son histoire et ne rencontrera pas les mêmes déboires qu’avec son voisin et frère de l’Ouest: il faut se souvenir qu’en berbère le nom de Bocchus est devenu synonyme de traître comme celui de Judas dans la tradition chrétienne. Ne remontons pas à l’Antiquité pour qualifier l’attitude des uns et des autres dans la lutte des peuples du Maghreb pour leur survie: les complots avec l’impérialisme occidental ont toujours été la pierre angulaire de la diplomatie chérifienne. Mais heureusement que ce n’est pas le cas avec la Tunisie, et, Sakiet Sidi Youssef est là pour nous le rappeler. Le nom de ce petit village de la frontière sonne comme celui de Guernica ou d’Oradour-sur-Glane. Il a montré le vrai visage du colonialisme français et a servi de ciment à deux peuples. Revenons à 1958: alors que la Guerre d’Algérie fait rage, l’armée française subit régulièrement des attaques de l’ALN.
Le 2 janvier se produit un accrochage à la frontière lors duquel les Algériens réussissent à capturer quatre soldats français et à les ramener dans la région du Kef. Le gouvernement français charge le général Buchalet de porter un message au président Bourguiba dans le but de relancer les négociations franco-tunisiennes et de rappeler au président tunisien ses obligations de neutralité. Bourguiba refuse de recevoir l’émissaire et menace d’internationaliser le conflit. Le 11 janvier 1958, les moudjahidine attaquent en territoire algérien une patrouille française de cinquante soldats (quatorze soldats français tués, deux blessés et quatre faits prisonniers). Le 8 février, l’armée française indique qu’un avion de guerre français, touché par un tir de mitrailleuse postée à Sakiet Sidi Youssef, a dû se poser en catastrophe à Tébessa. En représailles, le général Jouhaud, futur comploteur contre De Gaulle, commandant de la 5e Région aérienne, planifie un raid aérien sur Sakiet Sidi Youssef et le soumet à sa hiérarchie qui obtient l’accord oral du ministre de la Défense. Jacques Chaban-Delmas, autorise l’utilisation de bombardiers lourds.
L’opération implique 25 avions: onze bombardiers A-26, six chasseurs bombardiers Corsair et huit chasseurs Mistral. Vers 10h50, un marché où se pressent des paysans est mitraillé par les avions en rase-mottes. Par la suite, trois vagues de bombardiers A-26 pilonnent la localité jusque vers midi; les Corsair neutralisent les installations antiaériennes et les A-26 détruisent une mine de plomb désaffectée soupçonnée de servir de camp à l’ALN.
Alors que la Croix-Rouge était dans le voisinage du village durant l’attaque, pour assister des réfugiés, le commandement militaire est prêt à prendre des risques: deux de ses véhicules sont ainsi détruits, ainsi que l’école du village remplie d’enfants en cette matinée.
Le bilan varie entre 72 et 75 morts et 148 blessés, dont une douzaine d’élèves d’une école primaire et des réfugiés algériens regroupés par une mission de la Croix-Rouge.
En représailles, la Tunisie expulse cinq consuls français qui exercent dans les principales villes du pays, organise le blocus des casernes françaises et met sur pied une visite organisée du village pour la presse internationale. Le conflit purement français devient ainsi international puisque la Tunisie porte plainte auprès de l’ONU. Le Conseil de sécurité décide alors une mission de bons offices anglo-américaine. Les communistes votent également la censure. Cette crise ouvre ainsi la voie au retour du général de Gaulle au pouvoir et impose, le 17 juin, un accord entre les deux pays stipulant «l’évacuation de toutes les troupes françaises du territoire tunisien, à l’exception de Bizerte» dont la crise éclatera quelques mois après.
Le 8 février 1962, une manifestation pacifique dirigée par le PCF, sera durement réprimée par le sinistre Papon: c’est Bertrand Delanoë, pied-noir tunisien, qui apposera le 8 février 2007 la plaque à la mémoire des 9 morts et de la centaine de blessés du métro Charonne. (L’Expression-08.02.2011.) 

 

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4 réponses à “36.Engrenages”

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