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26.Un homme,une oeuvre,une histoire

**Ali Merad (1930-2017). professeur émérite, islamologue,

pionnier du dialogue islamo-chrétien

La revanche d’un penseur contrarié

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le 08.06.17 | el watan

La revanche d’un penseur contrarié

«La difficulté n’est pas de monter, mais en montant de rester soi.» (Michelet)

*****La vérité et le volume de ses travaux resteront sans conteste son testament et sa fierté tant ils ont irradié les bibliothèques et les universités. Ali Merad avait plusieurs cordes à son arc. Ce bilingue racé, issu de la médersa, s’est cependant particulièrement illustré dans un domaine qu’il maîtrise au mieux et pour lequel il s’est dépensé sans compter.

Sortir l’islam des sentiers battus, l’expurger des interruptions rétrogrades à travers une pensée réformiste contemporaine adaptée à la réalité et à notre temps en se référant à l’imam Ben Badis qui, selon lui, incarne l’authenticité et l’universalité de la mission de l’islam mieux que personne, en rassemblant tant d’énergies, tant d’espoirs en évoluant et en s’adaptant avec la crise moderne. Mieux encore, Merad prit des initiatives hardies en essayant de promouvoir des actions communes entre les principales religions monothéistes, en suscitant notamment un dialogue interreligieux.

Sa proximité avec son condisciple Ahmed Taleb Ibrahimi fut une aubaine pour notre chercheur et islamologue. Cela lui a permis d’approcher le père de son ami, l’illustre Si El Bachir, patron des Oulémas qui ne pouvait mieux tomber pour l’éclairer sur le rôle des réformistes algériens, sujet autour duquel Merad développera une singulière et enrichissante thèse.

En plus, le vénérable Cheikh El Bachir a mis à la disposition du jeune universitaire sa riche documentation. Sans doute la création du journal Le jeune musulman, en 1952, par les Oulémas, scella davantage cette union et raffermit les liens puisque Merad y collabora passionnément sous le pseudonyme de Abou Djamil Taha et de Mohamed Arab en diffusant les idées réformatrices prônées par Ibrahimi, Ben Badis et leurs amis.
 

Un vulgarisateur de la connaissance sur l’islam

L’historien et islamologue Sadek Sellam écrit avec pertinence : «Nul doute que l’œuvre d’Ali Merad intéressera ceux qui accordent plus d’importance à la qualité de la réflexion plutôt qu’au taux d’occupation de l’espace médiatique. Bourdieu a déclaré un jour qu’il juge de la valeur d’un chercheur selon sa capacité à décliner les invitations des médias. Cela s’applique merveilleusement à Merad qui en envisageant les problèmes sur la longue durée et en allant au fond des choses a abouti à des conclusions que méditeront ceux qui ne veulent pas se contenter de surfer sur les vagues médiatiques. Le legs intellectuel de Merad est désormais incontournable. Au moment des contacts secrets entres les émissaires de de Gaulle et diplomates du GPRA, suivis de pré-négociations qui aboutiront aux pourparlers d’Evian (mai 1961), Merad est pressenti pour participer au projet de séparation du Sahara du reste de l’Algérie.

Ce projet tenait à cœur à Michel Debré qui comptait sur des notables comme Hamza Boubakeur, ou le colonel Ahmed Merad, un cousin éloigné d’Ali, devenu sénateur. Le jeune enseignant-chercheur décline l’offre qui contrariait ses sympathies pour ses amis indépendantistes de la mouvance des Oulémas ou passés dans les ministères du GPRA via l’UGEMA(…) Toujours disponible, Merad fut sollicité à nouveau en 1998 quand l’entourage de Chevènement préparait l’Ecole des hautes études sur l’islam que le grand islamologue avait proposée comme troisième option dans son rapport à l’Elysée en 1989 et que réclamait Arkoun à chaque occasion (manquée).

Le conseiller spécial du ministre l’invite dans un grand restaurant parisien où, après avoir commandé les plats, Merad demande qui sera associé à ce projet. Le conseiller cite le nom d’un islamo-politiste surmédiatisé dont chacune des interventions télévisées avait le don d’indisposer au plus haut point Merad, lequel réagit aussitôt : ‘‘Vous venez de me couper l’appétit.’’ Le professeur lyonnais se lève, appelle le serveur pour décommander et rentre pour de bon dans sa province… Au milieu des années 1990, des décideurs algériens songèrent à nommer Merad à la mosquée de Paris. Mais il déclina l’offre par fidélité à son refus des dirigismes religieux, que ce soit par des civils ou des militaires, par des Français ou des Algériens.»

Sadek Sellam évoque aussi les conditions dans lesquelles Merad a quitté son pays au début des années soixante-dix.
«J’ai mis mes livres dans le coffre de ma 4cv pour gagner la France par le Maroc et l’Espagne», m’a dit Merad lors d’une conversation dans la salle des catalogues des sous-sols de l’ancienne Bibliothèque nationale.

Voici le témoignage émouvant d’un de ses anciens élèves, Mustapha Benmami : «Ali Merad a été notre professeur d’arabe au lycée de Ben Aknoun, à la Faculté des Lettres d’Alger (il n’y en avait qu’une, elle brillait de mille feux, considérée comme la seconde après la Sorbonne) où je préparais mon diplôme d’Arabe et plus tard à la ‘‘Tha3alibiya’’ de Sidi Abderrahmane où une pléiade de professeurs étaient affectés pour préparer la première promotion des maîtres d’arabe.

Ses cours étaient lumineux, il nous a fait aimer cette langue, avec son histoire, sa poésie, sa littérature et tous ses écrivains. J’ai suivi en plus des cours particuliers, chez lui, en compagnie d’un camarade de lycée, à la Cité Universitaire de Ben Aknoun qu’on appelait CUBA où il résidait. Il était encore célibataire et préparait son agrégation d’arabe. Il l’obtint brillamment et devint le plus jeune agrégé d’arabe algérien dans la spécialité.

Son agrégation en poche, il est nommé à la Faculté des Lettres et devient titulaire d’une chaire, en compagnie de M. Hadj Saddok, Perez et bien d’autres encore. Vexé, il largue les amarres. A l’indépendance, il est victime d’une mesure vexatoire qui le poussa à quitter l’Algérie : le ministre de l’Education de l’époque, A. Benhamida, ancien élève du lycée ‘‘franco-musulman’’ de Ben Aknoun (qui deviendra le lycée Amara Rachid) trouva l’occasion de ‘‘punir’’ cet universitaire qui a passé son agrégation pendant la grève illimitée des étudiants décrétée par  l’UGEMA, c’est-à-dire le FLN. Il le ‘‘dégomma’’ de la Faculté des Lettres en l’affectant au lycée Pasteur juste à côté.

Pour mémoire, ce même ministre ‘‘s’illustra’’ de la même manière en refusant de recevoir M. Hadj Saddok, professeur d’arabe à la Sorbonne qui venait de Paris se mettre au service de l’Algérie indépendante, son pays. Il n’en fallait pas plus à Ali Merad pour comprendre que l’Algérie ne voulait pas de lui. La France fut heureuse de récupérer cet universitaire de grande valeur. Il fut nommé à l’Institut des Etudes islamiques de Lyon jusqu’à sa mort. Dans sa thèse sur ‘‘Le réformisme musulman en Algérie’’ que j’ai lue pour préparer mes examens à l’époque, il adresse ses remerciements à Ahmed Taleb El Ibrahimi, ex-ministre de l’Education nationale, pour avoir mis à sa disposition des documents précieux sur les Oulémas algériens qui eurent à leur tête son défunt père, Bachir El Ibrahimi», témoigne Benmami avec estime et reconnaissance.

«J’ai eu Ali Merad comme professeur d’arabe en 6e au lycée franco-musulman de Ben Aknoun, se souvient Kamel Bouchama. Il venait tout juste d’être nommé à Alger, après avoir décroché brillamment son agrégation à La Sorbonne. Elégant dans ses tenues, subtil dans son verbe, d’où transcendait une agréable personnalité, il faisait bon usage de la métrique dans son langage en classe tous les jours, non sans vouloir nous astreindre à bien apprendre et à parler convenablement la langue d’El Moutanabi. Avec lui, nous étions petits et il nous semblait comme un géant.

En effet, avec le recul du temps, je peux dire, mes camarades de classe aussi, que Cheikh Merad était fait de la bonne semence pour faire du bon grain. Mais voilà qu’en 1962 le destin a voulu qu’il ait des anicroches avec les tenants du système éducatif d’alors. Cela ne l’a pas aidé ni même encouragé à demeurer au sein de son monde qui ne le respectait pas, qui ne le respectait plus. Il y avait, paraît-il, derrière ce reproche à son encontre, la grève de 1956 qu’il n’aurait pas suivie parce qu’il passait, au cours de ce mois de mai, son agrégation à La Sorbonne. D’ailleurs, Belaïd Abdeslam le dit franchement dans une interview réalisée au mois d’octobre 2007» conclut Kamel Bouchama.

Un autre ancien élève, Rachid Djenane, aujourd’hui avocat, nous livre ce souvenir : «Il était en charge de nous enseigner la traduction durant l’année 1957/1958. Nous étions en classe de 4e au lycée franco-musulman de Ben Aknoun. Le 18 juin 1958, nous nous trouvions en classe lorsque le censeur du lycée se présenta et lui demanda de sortir, lui remettant une copie de l’appel du 18 juin 1940 du général de gaulle pour nous en faire lecture. En rentrant, M. Merad nous informa de la demande du censeur et nous dit dans un arabe châtié : ‘‘Faites comme si je l’avais lu’’. Un des élèves se leva du fond de la classe et dit au professeur : ‘‘Nous allons le traduire’’. La réponse du Pr ne se fit pas attendre en ces termes : ‘‘Ya si koceyeir, si nous avons décidé de ne pas le lire a fortiori il est hors de question de le traduire.» Voici rapporté un souvenir de cet illustre enseignant qui, en 1962, se vit notifier sa mutation, à l’issue de l’indépendance nationale, de l’université d’Alger qu’il avait rejoint entre-temps vers le lycée Okba, offre qu’il déclina bien évidemment pour rejoindre la chaire d’arabe proposée par l’Université de Lyon.

S’inspirant de la démarche fraternelle de rapprochement des religions de Merad, les deux Lyonnais, Kamel Kabtane et Christian Delorme, tracent, ici le portrait de celui qui a été leur ami : «Le Pr Ali Merad, qui vient de rendre son dernier souffle à l’âge de 87 ans, était peu connu du grand public et largement ignoré aussi des musulmans. Cet universitaire à la retraite, installé de longue date avec son épouse sur les hauteurs de Lyon, était pourtant une des grandes figures de l’islamologie et un pionnier du dialogue islamo-chrétien. Avec lui disparaît un érudit remarquable qui faisait honneur autant à l’Algérie, sa patrie d’origine, qu’à la France et à toute la communauté universitaire internationale.»

Un pionnier du dialogue interreligieux

La grande œuvre d’Ali Merad, celle qui restera dans l’Histoire et demeurera longtemps encore d’un intérêt indispensable, est son travail sur «Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940», un essai d’histoire religieuse et sociale  qui a fait l’objet de sa thèse de doctorat d’Etat, et spécialement l’attention qu’il a portée à la principale figure de l’Association des oulémas musulmans algériens, Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), à qui il a consacré une thèse complémentaire sous le titre «Ibn Badis, commentateur du Coran».

Les deux thèses ont été publiées et constituent sur cette période-clé de l’histoire de l’islam d’Algérie des sources incontournables. Parmi les autres publications du Pr Merad, se distinguent également trois volumes de la célèbre collection «Que sais-je ?» des Presses universitaires de France (PUF) : L’islam contemporain (1987), L’Exégèse coranique (1998) et La Tradition musulmane (2001), qui tous se sont vendus à des milliers d’exemplaires. Son dernier livre, paru aux éditions Desclée de Brouwer en 2008, avait pour sujet Le califat : une autorité pour l’islam ? L’érudit avait le souci de vulgariser la connaissance sur l’islam afin qu’elle soit accessible au plus grand nombre et il sut être, en cela, un excellent pédagogue.

Ayant été dès sa jeunesse au contact de chrétiens respectueux des musulmans et pour lesquels il éprouvait de l’amitié, Ali Merad a été toute sa vie attaché au dialogue interreligieux dont il aura été un des pionniers. Ainsi, dès 1953, il écrit, à Alger, un article intitulé «Jésus et nous». En 1972, il participe à un livre écrit à trois voix, avec l’intellectuel juif Armand Abecassis et avec l’ecclésiastique catholique Daniel Pezeril, intitulé N’avons-nous pas le même Père ? publié aux Editions (lyonnaises) du Chalet. Un autre de ses élèves croit avoir entendu cette sentence de son professeur lorsque il a défendu sa liberté d’esprit devant ses supérieurs. «Nos efforts qui convergent vers la connaissance et le savoir visent à améliorer la condition des hommes.

Ce que nous avons fait est appréciable malgré vos postures misérables. Nous serons encore là, quand vous vous ne serez plus sur votre éphémère piedestal. Oui, le temps qui passe est joyeux quand on choisit de toujours apprendre.» Ali a été inhumé vendredi 26 mai après la prière du vendredi à Lyon. C’est à Dieu que nous appartenons et c’est vers Lui que nous retournons.» 
 

**PARCOURS :

Né en 1930 à Laghouat, sur les bords du Sahara algérien, le petit Ali a connu dans cette cité une double scolarité : celle de l’école coranique et celle de la République coloniale. Il en a conservé un grand attachement au Coran (qu’il connaissait par cœur) et un goût de l’étude qu’il a eu la chance de pouvoir développer. Etudiant à Alger, il est habité de convictions nationalistes, mais il aime, également, l’héritage culturel français. Comme son compatriote et ami le Pr Mohammed Arkoun (1928-2010), il est d’ailleurs amené à poursuivre ses études en France du fait de ses grandes qualités intellectuelles.

 *Hamid Tahri -  08.06.17 | el watan

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*Hommage à Mohammed Arkoun

par Ursula Gunther*

26.Un homme,une oeuvre,une histoire spacer

Mohammed Arkoun, passeur entre les cultures, pionnier d’une islamologie contemporaine critique et de lectures nouvelles de l’Islam a tiré sa révérence dans la nuit du 14 au 15 septembre 2010 à Paris. Un personnage clef d’une conscience islamique contemporaine, a quitté la scène. Avec lui, une voix importante s’éteint.

 Une voix, qui invitait ses interlocuteurs de toutes confessions, à changer de perspective, les confrontant avec leur propre impensé, avec le domaine de l’ombre, leur posant des questions tues depuis longtemps.

 Mohammed Arkoun était né en février 1928 à Taourirt-Mimoun, en Grande Kabylie, dans une modeste famille. Il apprit très jeune et douloureusement, qu’en tant que berbère dans une Algérie colonisée, il était marginalisé de deux manières puisqu´il ne parlait – dans un premier temps –, ni la langue du colonisateur ni celle du Coran. Grâce au soutien d´un oncle, il put faire ses études secondaires en Oranie, puis poursuivre des études de littérature arabe à l´université d´Alger. Elles furent complétées par celle du droit, de la philosophie et de la géographie. Agrégé en langue et littérature arabes à la Sorbonne, il consacrera sa thèse à Miskawayh, pour démontrer l’existence d’un humanisme arabe jusque-là nié par l´Occident.

 Ainsi et après avoir étudié la période classique, il concentra ses recherches à l’Islam contemporain.

 Professeur d’histoire des idées arabes à Paris Vincennes, il sera nommé, en 1980, directeur du département d’arabe et d’histoire des idées islamiques à Sorbonne Nouvelle. Dans le même temps, il dirigea la revue Arabica, dont il élargit le champ et la notoriété.

 Nommé professeur émérite en 1993, il poursuivit avec dynamisme ses enseignements en tant que professeur invité dans les universités européennes et américaines. Il parcourut également d´autres régions du monde, allant jusqu´en Indonésie pour y animer des conférences très attendues. Parfait polyglotte, il assurait ses conférences indifféremment en anglais, en arabe ou en français. A relever également son engagement pour l’Institut des études ismaïliennes de Londres en tant qu’enseignant et membre du conseil de surveillance.

 Mohammed Arkoun dont l´œuvre a été distinguée par quantité de Prix, aspirait à repenser l’Islam en tant que système culturel et religieux. Cette critique de la raison islamique s’effectue, de son point de vue, par des changements radicaux de perspective. Il exigeait également la pluralité du sens, même si cela entraîne la fin de clarté et de l´unité.

 Pour lui, les changements de perspective ne pouvaient être introduits qu´en appliquant à l’islamologie les sciences sociales et humaines de même que leurs méthodes qu´il complétait et élargissait par ses propres concepts. Avec cette approche, il quitte le ghetto méthodologique de l’islamologie et développe des contre stratégies. Ce qui ne rencontre pas forcément l´adhésion des islamologues «traditionnels». Il s’agit, par exemple, de son exigence d’une islamologie appliquée ou du concept théorique du fait islamique et coranique et celui des sociétés du Livre/livre, de l’impensé et de l’impensable.

 Cela a eu une influence considérable sur son approche du Coran et de ses lectures. Il a vite appliqué l’analyse de l’imaginaire développée par l’École des Annales à des sociétés musulmanes et à la pensée islamique.

 La pensée de Arkoun et les concepts créés et travaillés pendant sa vie de chercheur sont complexes. On peut les décrire à l’aide de la métaphore d’un rhizome ou du motif des étoiles infinies des faïences maures: un enchevêtrement d’aspects bifurquant, dont on peut difficilement cerner l’origine et qui se ramifient davantage tout en créant de nouvelles conjonctions. C’est surtout le rhizome qui correspond au changement de paradigme qui était considéré comme urgent par Arkoun: une approche globale remplace le regard dualiste, la pluralité remplace les éléments détachés. Le tout s’accomplit seulement dans une pluralité de sens et en plusieurs couches.

 Mohammed Arkoun n’était pas seulement un intellectuel perspicace et un humaniste de profonde conviction. Doté d´un sens de l’humour très subtil, il était aussi un conférencier passionné et charismatique et un enseignant engagé. Il se sentait «proche de tout ce qui était capable d’ouvrir des nouvelles routes à l’intelligence» et se considérait comme «un intellectuel révolté». Les mondes musulman et occidental ont perdu en cet éclaireur non seulement un homme de principes, mais aussi une irremplaçable voix qui leur traçait le chemin à parcourir pour se comprendre et se compléter au lieu de s´affronter. Homme de dialogue aux idées fécondes, son action, sa pensée, ne furent malheureusement pas toujours appréciées à leur juste dimension dans le monde musulman et particulièrement dans son propre pays, ce qu´il regrettait secrètement. Il faudra également encore beaucoup de temps, y compris aux islamologues et orientalistes occidentaux pour prendre la mesure de son apport et cesser de voir en lui l´iconoclaste qui entreprit de remettre en cause leurs visions étroites et leur monopole. Il me confiait un jour: «Je suis un allumeur de brasiers» et c´est bien vrai que l´islamologie s´éclairera longtemps encore des feux de la réflexion qu´il aura, ici et là, nourrie de sa fertile pensée.

* Islamologue allemande, le Dr Ursula Gunther est spécialiste de la pensée de Mohammed Arkoun. Elle a consacré de nombreuses recherches à son œuvre. (Quotidien d’Oran-19.09.2010.) 

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Sid Ali Abdelhamid. 96 ans, ancien membre du BP du PPA/MTLD, doyen du mouvement national

Et si le PPA n’avait pas existé ?

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le 09.03.17 | el watan

Toujours égal à lui-même. Disponible et avenant. Il a gardé l’humilité de ses origines modestes et la fertilité d’une mémoire prodigieuse. Animé du sentiment nationaliste très jeune, dès le milieu des années 1930, Sid Ali ne tardera pas à se frotter à la politique dont il mesurera les subtilités et les turpitudes au PPA, dont il deviendra l’un des piliers.

Il en connaîtra tous les arcanes, les inquiétudes, mais aussi toutes les luttes terminées hélas en queue de poisson, à cause notamment de l’entêtement de son chef, Messali, aveuglé par son ego et le zaïmisme. Sid Ali a été arrêté le 8 avril 1950 après le démantèlement de l’OS. La veille, il s’était réuni avec Krim et Ouamrane. Il subit les tortures à la villa Mahieddine, avant d’être transféré à la prison de Tizi Ouzou, puis à celle de Barberousse.

En 1953, «une délégation composée de Lahouel, Dahlab, Souyah et moi-même est partie voir Messali pour le ramener à la raison, en vain, se souvient-il. En fait, le zaïm avait demandé davantage de pouvoirs. La crise déclenchée début 1954 a été marquée par un travail fractionnel de sa part, alors que nous œuvrions pour l’unité et l’action».

Sid Ali a été arrêté le 22 décembre 1954 et libéré en mars 1955. De nouveau arrêté le 26 mars 1955 avec l’équipe de l’UGTA pour une longue traversée dans les camps de Bossuet, Berrouaghia, les prisons d’Arcole, Douéra, Paul Cazelles, Saint-Leu, avant d’être libéré fin octobre 1960.

En 1962, «on a cessé toute activité politique au FLN parce qu’on était du groupe de Benkhedda, Kiouane et Saâd Dahlab.»
Cette année-là, Sid Ali se retire complètement de la politique. Il reste une référence en matière d’histoire du mouvement national.
Sid Ali Abdelhamid est né en 1921 à La Casbah d’Alger. Il coule actuellement une retraite paisible entouré des siens. Que Dieu prête vie à notre doyen.

- Ce samedi 11 mars 2017, le PPA aurait fêté ses 80 ans. Pouvez-vous nous en résumer la trajectoire ?

Le PPA a été créé le 11 mars 1937, suite à la dissolution par l’administration française de l’Etoile nord-africaine, qui commençait à gêner par ses activités politiques. Messali et des compagnons, Radjef et Abdallah Filali, entre autres, ont créé le nouveau parti dénommé Parti du peuple algérien et non populaire comme certains continuent de l’appeler, entretenant la confusion avec son homonyme français de l’époque créé une année avant à Saint-Denis, devenu un parti extrémiste fondé par d’anciens communistes.

En le dénommant PPA, ses initiateurs ont sans doute voulu rassembler toutes les couches sociales algériennes, bien que l’essence du parti était ouvrière. Le congrès constitutif s’est déroulé à Nanterre à l’issue duquel Messali Hadj a été élu président. Ses revendications étaient un Parlement algérien élu au suffrage universel, l’abrogation du code de l’indigénat, ainsi que toutes les lois d’exception et l’indépendance de l’Algérie.

- Comment en êtes-vous arrivé à intégrer ce parti ?

J’étais déjà sympathisant dès sa création, lorsque j’étais jeune télégraphiste à la poste de Nelson, à Bab El Oued. Je portais les télégrammes aux dirigeants du parti, comme Lahouel Hocine. C’est comme cela que j’ai pu connaître physiquement les responsables dont l’aura et la réputation auprès des masses étaient incroyables.

J’ai assisté à un meeting de Messali au cinéma Le Musset, à Belcourt. J’ai pris part aussi à une réunion tenue par Kehal Arezki dans un local de la marine. Par la suite, je portais régulièrement des télégrammes de solidarité de la part des sections à Messali, qui était emprisonné à Barberousse, puis transféré à la prison militaire en sous-sol à Bab El Oued (actuelle DGSN) entre 1939 et 1941. Par la suite, Messali a été transféré à Lambese.

- Les nostalgiques continuent à chérir leur parti. D’autres l’ont mis sous l’éteignoir en raison de l’attitude controversée, en fin de parcours, de son leader, Messali…

Pour moi, le PPA est l’émanation du peuple, dont le souhait intime et profond était l’indépendance de l’Algérie. De par son activité, à sa tête Messali, le parti, en arrivant à maturité, malgré les divergences qui l’ont miné, a une part importante dans le déclenchement de la lutte.
Maintenant, glorifier ou minimiser le rôle des uns et des autres me paraît futile, dès lors que c’est l’histoire qui jugera le comportement des hommes.

Ce sont les enfants du PPA qui ont été à l’origine de la déflagration du 1er Novembre. Pour la petite histoire, en 1997, lors d’une conférence sur le mouvement national organisée au musée du Moudjahid par son directeur Bitam Mustapha, une question a été posée par Tahar Zbiri, ancien militant du PPA, sur la position de Messali vis-à-vis de la lutte.

Je lui ai répondu qu’en tant que membre du comité central, je ne pouvais pas me fendre d’un jugement quelconque, c’est du ressort exclusif de l’Histoire et des historiens, seuls en mesure d’analyser objectivement et scientifiquement cette période troublée. Après l’indépendance, la question du rôle de Messali a été largement débattue et chacun a pu avoir une idée précise sur son rôle du début jusqu’à la fin. Ce que je peux dire aussi, c’est que dans le journal La Nation algérienne, organe du parti, paru au moment de la crise à l’automne 1954, un éditorial préconisait une direction collégiale du parti. Ce que Messali n’avait pas accepté et a farouchement refusé.

- Beaucoup n’ont retenu du PPA que la crise qui l’a secoué au crépuscule de son existence…

Lorsqu’il y a eu la crise, Lahouel Hocine avait fait venir Boudiaf qui était responsable du parti en France. Une réunion a eu lieu au domicile de Lahouel, 11, rue Marengo (Arbadji actuellement). On était 3 : Boudiaf, Lahouel et moi-même. Après discussions, on a décidé d’inclure Dakhli Mohamed dit Bachir pour une autre réunion constitutive au Nadi Rached, 2 place Rabbin Bloch (Djamaâ Lihoud). J’étais secrétaire général du Nadi et cofondateur de l’association.

Pourquoi ce lieu  ? Il y avait une pièce occupée par Bencheikh El Hocine Abdelhakim, ancien militant et dont l’épouse connaissait nos activités. C’était donc rassurant pour une raison de sécurité. On s’est concertés, chacun a donné son avis et après discussions, on a conclu à la création du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action. Pour nous, c’était un moyen de ressouder les rangs, renouer avec l’unité et enclencher l’action. Les cadres du parti étaient pour le comité central et la base pour Messali. A ce moment-là, le comité s’est élargi avec Bouchedouba Ramdane et Dakhli Mohamed.

Cela s’est passé le 23 mars 1953. Les deux arrivants étaient moins visibles, donc moins exposés à la surveillance policière et ils pouvaient nous suppléer Lahouel et moi lorsque le parti en a décidé ainsi. Boudiaf a appelé Didouche Mourad et Mostefa Benboulaïd, éléments de l’OS qui avaient échappé à l’arrestation. Auparavant, Boudiaf, Lahouel, Dakhli et moi-même avions décidé de recréer le journal Le Patriote.

Le premier stencil avait été tapé par Boudiaf Mohamed en personne dans le local des Scouts musulmans algériens à la Pêcherie après avoir récupéré les clefs chez Louanchi Salah, responsable des scouts, sans qu’il sache pourquoi nous étions dans ses bureaux. Par la suite, lorsque les représentants du comité central, Dakhli et Bouchedouba, ont constaté que Boudiaf et ses amis voulaient accélérer le mouvement insurrectionnel. Il y a eu une rupture, car ces derniers et le comité central d’une manière générale avaient considéré que c’était prématuré et que les moyens n’étaient pas encore disponibles pour l’action.

- Selon vous, le rôle historique du PPA a tendance à être occulté. Pourquoi ?

Au déclenchement de la Révolution, le 1er Novembre 1954, des militants issus du PPA étaient les principaux animateurs du Front de libération nationale. Par la suite, d’autres personnes de différentes obédiences ont rejoint la lutte de libération, dont certains à titre individuel. Malgré cela, le parti avait consacré une somme de 1 million de francs à Boudiaf pour les besoins de son action. Entre-temps, le parti avait délégué M’hammed Yazid et Hocine Lahouel au Caire pour s’enquérir des moyens que l’Egypte allait mettre à la disposition du parti. Leur arrivée au Caire a coïncidé avec la veille du déclenchement.

- L’histoire est parfois écorchée, voire agressée, comme on l’a constaté dernièrement avec la petite fille du Bachagha Bengana, qui a glorifié dans un livre son aïeul sanguinaire. Quel sentiment vous inspire cet épisode ?

Du dégoût. Bengana a fait beaucoup de mal aux Algériens par son comportement et son action contre les populations de la région de Biskra. Il a rejoint les Montagnac, Saint-Arnaud, Pellissier de triste mémoire, qui ont massacré, enfumé des populations entières. Il n’y a pas que Bengana. D’autres Algériens étaient membres de l’Assemblée algérienne, désignés par l’administration française, dont ils étaient des supplétifs qui ont fait aussi du tort à leurs compatriotes, mais personne n’en a parlé.

- En tant que Casbadji, que vous inspirent les réhabilitations récurrentes, mais sans résultat probant de la vieille citadelle ?

Il y a eu un grand retard pour réhabiliter les constructions de La Casbah, dont certaines tombent en ruine. Nous avions, en tant que comité de défense de La Casbah déjà en 1971, avec Ali Haroun, Keddache et d’autres, soulevé le problème d’une manière précise, mais rien n’a été fait. Maintenant, on en reparle. Souhaitons que cela se fasse sérieusement. Trop d’argent a pourtant été dépensé, surtout depuis le classement du site au patrimoine mondial, mais aucun compte n’a été rendu ni aucun résultat significatif n’a été enregistré.
 *Hamid Tahri -  09.03.17 | el watan

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**Parution.    « Demain se lèvera le jour « 

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Extraits de l’avant-propos du livre testament de Ferhat Abbas

«Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie.» (Ferhat Abbas)

J’ai vécu un demi-siècle sous le régime colonial. J’en ai subi les contrecoups autant si, non plus que mes autres compatriotes. Je n’appartiens pas à la chevalerie arabe, ni à la noblesse maraboutique, pas même à la  «bourgeoisie» (…)
L’Europe a colonisé les autres continents au nom de la loi  de la jungle et de ses intérêts. Le plus fort a asservi le plus faible. Elle a détruit des civilisations dignes de ce nom et réduit à néant des peuples (…)

En Algérie, cette colonisation a été diabolique. Nous avons été piégés au nom de je ne sais quelle annexion qui ne s’est réellement jamais réalisée ni dans les faits ni dans les esprits. Contrairement à ce qui s’est passé en Tunisie et au Maroc, la bourgeoisie française nous a privés de notre personnalité et de notre âme et ainsi nous neutralisa (…) L’Algérie devint la propriété du dernier venu qui nous appliqua l’administration directe, la politique du peuplement européen et sa prépondérance  sur «l’indigène». Pour rendre la tâche plus aisée, on a fait mentir nos manuels scolaires. Des écrivains et des journalistes accréditèrent la thèse d’une Algérie, en 1830, musulmane, anarchique, pauvre, inorganisée et vacante. Pourtant, les officiers français qui ont chevauché tout le long du pays, notamment Saint-Arnaud, attestent du contraire. Le racisme des Français d’Algérie n’était pas identique à celui de l’Afrique du Sud. Ce que les colons n’ont jamais admis est le fait que nous revendiquions pour échapper aux lois d’exception et nous élever à leur niveau. Cette revendication les rendait haineux et méchants, car ils avaient conservé de l’Arabe une peur viscérale venue du Moyen -Âge, peur attisée par la crainte de nous voir bénéficier des mêmes droits qu’eux. (…) «Je ne pouvais quitter ce monde sans évoquer une fois de plus le régime colonial. Si j’ai pris en exemple ma tribu et ma famille, c’est parce que ce qui nous est arrivé a été le sort de tous. Installé pharmacien à Sétif, la population de cette région me fit confiance et fit de moi un élu de la région, conseiller général, conseiller municipal, délégué financier, député, conseiller à l’Assemblée algérienne. A ces différents titres, j’ai parcouru l’Algérie.

Partout, j’ai retrouvé la même exploitation de notre peuple, les injustices qui l’avaient frappé, la misère dans laquelle il se débattait (…) J’ai vécu des années dans cette atmosphère. Elle créa entre les paysans et moi des liens indescriptibles. Vingt ans après l’indépendance, les mêmes visites se poursuivent presque au même rythme qu’autrefois. Je ne suis plus qu’un vieillard malade, mais ils continuent à venir me voirs. «Avez-vous besoin de quelque chose ?» «Non, nous venons prendre de tes nouvelles et te voir nous aide à supporter les nouvelles injustices !» (…) En juillet 1962, l’indépendance acquise, nous nous sommes comportés comme un peuple sous-développé et primitif. Nous nous sommes disputés les places et nous avons tourné le dos aux valeurs et aux vertus qui nous ont conduits à la victoire. J’ai vu nos mœurs dégénérer en traumatisant l’Algérie musulmane comme elle ne l’avait été durant la guerre. Notre République algérienne a été affublée d’un appendice, celui de «démocratie populaire», ce qui veut dire en clair qu’elle n’est ni démocratique ni populaire. Nous subîmes deux dictatures, celle de Ben Bella, puis peu après celle de Boumediène. Ben Bella prit pour modèle de chef d’Etat Fidel Castro, son régime totalitaire, son pouvoir personnel et son idéologie communiste. L’Algérie ne s’est pas reconnue et sombra dans l’inquiétude et le désordre, les passe-droits, le système D, l’arrivisme et les fortunes mal acquises (…) Boumediène eut le temps de dépecer ce qui restait de l’Algérie musulmane. Il ruina l’agriculture en contraignant les paysans à abandonner leurs terres par une «Révolution agraire» mal initiée, les attirant en ville à la recherche de leur pain grâce au mirage d’une industrie «industrialisante». Le commerce devint la proie de quelques-uns, proches du régime.

Tout ce qui a motivé notre insurrection a été saboté : le respect des droits de l’homme, celui des libertés individuelles et de la dignité du citoyen, le retour du fellah à la terre, le respect de la propriété privée. Nous nous sommes installés dans le provisoire et la médiocrité et avons cessé de travailler. Dans leur majorité, les Algériens ont confondu l’indépendance et Etat-providence. Tout un chacun se mit à attendre les pétro-dollars. Or, voici qu’apparaît aux portes même d’Alger le terrorisme politique, qui n’hésite pas à tuer, à frapper des innocents et à engager notre pays dans une voie semblable à celle du malheureux Liban (…) Nous avons pris un retard mortel. Arriverons-nous en bonne santé à la fin de ce siècle ? Ne confondons pas démocratie, liberté avec intolérance et désordre public. Il est temps qu’un pouvoir fort et juste en même temps s’arme de bonnes lois, mobilise à nouveau le pays et nous contraigne à balayer devant nos portes.
Que nous réserve l’an 2000 ? Où va notre civilisation ? Gardons-nous d’émettre la moindre opinion. L’avenir appartient à Dieu et à ceux qui le feront. Peut-être le lecteur permettra-t-il à mon âge d’exprimer un souhait : celui de voir les générations de demain vivre de leur travail, s’entourer de bien-être et vivre en paix. (El Watan-28.11.2010.)  

**Mme Leïla Benamar Benmansour(*)

«Une voix à écouter »

(…) Ce n’est pas pour rien que tout un chacun le qualifiait de visionnaire, et ce n’est pas pour rien que son nom est à ce jour synonyme du savoir, connu et reconnu au-delà des frontières algériennes.

Cette plume qui se révéla dés 1919, alors que Ferhat Abbas est étudiant en pharmacie, âgé à peine de 20 ans, découvrant l’injustice vécue par son peuple et qu’il s’engagea à dénoncer et à combattre (…)
Un jeune homme exceptionnel, en effet, qui fut président de l’association des étudiants d’Afrique du Nord, portant la toque d’Astrakan symbole de son identité musulmane et clin d’œil à celui qu’il a toujours admiré, Kemal Atatürk qui construisit la grande Turquie moderne. Car ce jeune étudiant avait les yeux rivés vers ce grand pays dont il rêvait pour son peuple le même destin : la démocratie. (…)
1938 est  une date clé dans l’itinéraire politique de Ferhat Abbas, qui d’une part crée son premier parti politique l’Union populaire algérienne (UPA), et d’autre part, et c’est le plus important, il signe sa rupture avec l’élite politique française d’Algérie. Désormais, l’homme cherche le moyen de libérer son peuple du joug colonial, en d’autres termes l’indépendance du pays pure et simple (…)

Ce sont les événements douloureux du 8 Mai 1945 et ses milliers de morts indigènes qui sonnèrent le glas de l’idéal d’égalité. Ferhat Abbas, qui reculait l’échéance du bain de sang, ne pouvait se relever indemne en voyant son peuple mourir un jour de fête, celui de la fin de la guerre mondiale, et celle du nazisme. La flamme nationaliste qui vivait en son cœur depuis ses années étudiant, n’a fait que se raviver et déterminer l’homme que désormais la lutte armée était inévitable.  De plus, accusé à tort par l’administration coloniale d’avoir provoqué ces évènements, Ferhat Abbas subira lui-même l’arbitraire par 11 mois de prison, mis en sûreté, prêt à être exécuté. Mais il a été prouvé que ses mains étaient nettes de sang. (…) Le 1er novembre 1954 ne le surprit pas, comme il le dit lui-même, tant il était préparé à l’éventualité de la lutte armée, dans le cas où la France refuserait l’autonomie. Il dissout sans regret son parti l’UDMA et adhère et rejoint le Front de libération nationale (FLN) sans hésitation. Au congrès de la Soummam le 20 août 1956, il est désigné pour siéger au Conseil National de la révolution algérienne (CNRA).

En 1957 il est membre du Comité de coordination et d’Exécution (CEE). A la même époque, il parcourt le monde pour expliquer les raisons de la guerre d’Algérie. En 1958, troisième date-clé de l’itinéraire politique de Ferhat Abbas, il est élu à l’unanimité par les hommes de novembre, président du Gouvernement Provisoire de la République algérienne (GPRA). Le CNRA le maintient à ce poste jusqu’en août 1961. A l’indépendance du pays en 1962, ses collègues l’ont porté à la présidence de l’Assemblée nationale constituante. Un itinéraire politique des plus glorieux au service de sa patrie mené d’arrache pied et avec abnégation de 1920 à 1962. En 1963, il démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale, refusant de soutenir l’atteinte à la démocratie (…) Cette contestation des plus légitimes lui valut la prison dans le Sud algérien et la résidence surveillée, sous le règne des deux hommes précités, passeport et biens confisqués (…) Privé de sa liberté durant près de vingt ans, l’homme illustre reprend sa plume et se remet à écrire. Cette écriture, comme dit plus haut, qui était l’essence même de sa vie. Après avoir donné à son peuple Le jeune Algérien en 1931 et La nuit coloniale en 1962,  Il publie vers la fin de sa vie trois ouvrages  qui auront un succès considérable, Autopsie d’une guerre (1980), Le Jeune Algérien (édition 1981) et L’indépendance confisquée (1984). A la mort de Houari Boumediene, la résidence surveillée est levée et Ferhat Abbas retrouve la liberté. Il est alors âgé de 80 ans (…)

Ferhat Abbas ne pourra jouir longtemps du bonheur d’une vie libre. Bien malade, conséquence des terribles épreuves qui lui ont été infligées, il quitta ce monde le 24 décembre 1985, entouré des siens à son domicile, à Kouba, sur les hauteurs Alger.
Mais l’homme illustre pouvait-il partir, nous quitter, sans nous laisser un dernier message ? Assurément non, la preuve en est. Dans cet ouvrage exceptionnel, publié à titre posthume et laissé pour la postérité, l’homme politique algérien rappelle à ses compatriotes que «le présent ne saurait impunément ignorer le passé».Cet ouvrage qu’il appelle cahier et qui se veut un programme politique pour l’Algérie de demain, est destiné, dit-il, à son fils, aux jeunes de la nouvelle génération, de la post- indépendance, aux hommes et aux femmes de son pays, «avec l’espoir qu’un jour une Assemblée nationale constituante, librement élue par le peuple pourra l’examiner, le critiquer et peut-être en retenir quelque chose…» (…) Ce livre publié à titre posthume, dernier message de l’homme illustre à son peuple avant le dernier voyage, et qui se voulait, un adieu aux Algériens, et à ses amis du Maghreb et de France, rend, au contraire, Ferhat Abbas, plus présent que jamais dans son pays, près de ce peuple qu’il avait en idéal. Et sa pensée clairvoyante, une voix à écouter et à méditer avec le plus grand respect, non seulement pour la génération actuelle, mais aussi pour toutes celles à venir. (El Watan-28.11.2010.)
- Extraits de la préface signée par Leïla Benamar Benmansour
(*)Auteure de Ferhat Abbas, l’injustice
(Alger-Livres éditions 2010)

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4 réponses à “26.Un homme,une oeuvre,une histoire”

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