Sauver les banques, oui.Les usines? on verra

4 12 2012

**La France a volé au secours de ses banques, mais peut-elle éviter la disparition d’un site industriel ?

Quand l’Etat francais veut sauver des usines : ce qui marche et ne marche pas

La nationalisation du site sidérurgique de Florange, en Moselle, est-elle toujours envisagée ? Partielle ? Temporaire ? Possible ? Surtout, serait-ce vraiment une première ?

L’Etat peut effectivement sauver des banques – il l’a prouvé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, et en France. Mais a-t-il déjà réussi à maintenir des usines en vie ? Oui, souvent même, mais à certaines conditions. Nous avons passé en revue les techniques qui marchent, et celles qui mènent dans le mur.

1-Mettre un coup de pression sur les dirigeants : trop aléatoire

La technique du coup de pression peut marcher. Mais cela reste rare, et impossible à généraliser. Les deux derniers gouvernements ont, par exemple, réussi à :

exiger, entre les deux tours de la présidentielle, que la SNCF abandonne d’importantes créances à l’égard de SeaFrance, pour permettre à Eurotunnel d’acheter les navires de la société et à la Scop d’anciens salariés de les exploiter ;

intervenir auprès des principaux clients publics de Neo Security pour qu’ils maintiennent leur confiance à leur prestataire en dépôt de bilan et permettre au repreneur, Fiducial, de conserver plus de salariés que prévu ;

négocier avec Sanofi pour que le laboratoire réduise la voilure de son plan social. 900 postes sont malgré tout supprimés en France

appeler LVMH au secours de Lejaby, début 2012.

La victoire risque d’être de courte durée, voire en trompe-l’œil. Chez Lejaby, par exemple, seules les 93 salariées d’Yssingeaux ont été repêchées. Lésées de leurs différentes indemnités et primes de licenciement, celles de Bellegarde sont toujours une trentaine à se mobiliser pour obtenir gain de cause et faire respecter des engagements de l’Etat.

2- Conseiller, accompagner, écouter : ça ne suffit pas

L’échec est assuré quand l’Etat se contente de conseiller, accompagner, écouter, sans débourser un euro. Les deux derniers gouvernements ont par exemple voulu :

« faciliter les offres de reprise et lever les obstacles administratifs » pour Pétroplus, se félicitait Arnaud Montebourg dans un communiqué de presse ;

« examiner les modalités d’une entrée au capital » pour Technicolor, expliquait Eric Besson, alors ministre de l’Industrie ;

missionner un conseiller chez Freescale à Toulouse.

Les trois entreprises ont fermé. Et Pétrolus voit défiler les repreneurs plus ou moins crédibles.

Pour Jean-Louis Levet, économiste, c’est l’une des conditions nécessaires à la réussite d’une intervention de l’Etat : il faut y mettre le prix.

3-Apporter une aide financière massive : ça marche

Le spécialiste des questions industrielles cite trois cas de figure en France, trois dossiers symboliques d’une intervention de l’Etat réussie.

Renault, tout d’abord, qui se trouvait au bord du dépôt de bilan au début des années 80 :

« Deux possibilités s’offraient à l’Etat : laisser couler en cédant la place à l’industrie automobile japonaise, ou relancer l’industrie automobile française. L’Etat a choisi la seconde option.

Une mission a été montée pour comprendre ce qui n’allait pas. Et, là, on a découvert que l’entreprise mettait huit ans à faire une voiture que les Japonais fabriquaient en quatre ans, qu’il y avait beaucoup de problèmes de qualité, à cause – entre autres – d’une multitude d’échelons hiérarchiques.

L’Etat a réinjecté de l’argent en demandant au nouveau patron, Georges Besse, de remédier à ces problèmes. Tandis que le Fonds national pour l’emploi (FNE) a permis à des salariés de partir en préretraite. »

Même schéma chez Air France, au bord du dépôt de bilan dans les années 90. L’intervention se joue cette fois aussi au niveau européen. Jacques Delors parvient à convaincre la Commission européenne qu’il faut laisser l’Etat sauver la compagnie aérienne française.

En 2004, enfin, l’Etat français prend 21,36% du capital d’Alstom, dans le cadre d’une aide de 2,8 milliards d’euros (à peine plus que pour Renault et Air France). Bruxelles dicte ses conditions : Alstom doit céder des actifs. Le groupe vend ses chantiers navals, son activité turbines industrielles et sa division transmission et distribution d’énergie, rappelle L’Usine Nouvelle. Dès 2006, l’Etat cède ses parts à Bouygues, pour une plus-value de 1,26 milliard d’euros

4- Soutenir un secteur entier : oui

La France n’est pas la seule à soutenir aussi massivement ses industries, prévient Jean-Louis Levet :

« Aux Etats-Unis, on fait ça en permanence pour des secteurs entiers, à coup de subventions et de protectionnisme. Ça a été l’acier dans les années 80, l’automobile durant cette même période, et plus récemment depuis la crise, ou encore les ports et les produits agricoles. »

Quand des Länder n’hésitent pas à entrer dans le capital de grosses entreprises de taille intermédiaire en Allemagne.

5-Prévoir un plan de développement de long terme : efficace

En France, Renault, Air France et Alstom sont devenus, à la suite de leur sauvetage par l’Etat, des géants de leur secteur. Pour l’expert, ces trois situations démontrent la nécessité de réunir trois conditions pour que l’intervention porte ses fruits. Il faut :

prévoir un plan de développement de l’entreprise sur cinq ou dix ans, et ne pas se contenter de mesures ponctuelles ;

changer le patron à la tête de l’entreprise, ou s’appuyer sur un nouvel arrivant ;

exiger le remboursement de la somme investie.

6-Licencier ? Pas forcément

Faut-il que l’entreprise licencie massivement, comme l’a fait Georges Besse chez Renault par exemple ? Ce n’est pas automatique pour l’économiste :

« Le sureffectif est la conséquence, pas la cause, du manque d’innovation, d’adaptation, d’évolution de l’entreprise : elle innove peu, elle a de moins en moins de clients, de moins en moins de chiffre d’affaires, et elle se retrouve à compter trop de salariés. »

Les licenciements peuvent cependant être nécessités par le plan de développement, reconnaît Jean-Louis Levet :

« Ce ne sont pas des licenciements secs, il y a des cellules de reconversion. Le problème, c’est que ces entreprises, qui ont peu innové, ont aussi, du coup, peu formé leurs salariés, et qu’il est souvent difficile pour eux de trouver du travail. En moyenne, un sur deux en retrouve. »

7-Anticiper les transitions technologiques : encore mieux

Mieux vaut que l’Etat anticipe, donc, pour soutenir les entreprises en difficulté. Des entreprises à ne pas confondre avec les « canards boiteux », qui existent finalement peu, constate Jean-Louis Levet :

« Un canard boiteux, c’est une entreprise qui n’a ni compétences, ni marché, ce n’est pas une entreprise en difficulté. Et on parle souvent de vieilles industries à laisser mourir, et de nouvelles industries à soutenir.

Mais on peut être vieux dans les nanotechnologies s’il n’y a pas de marché… Et il n’y a pas de vieilles industries, au sens d’industries dépassées. Il y a des ruptures technologiques, et il faut accompagner les entreprises pour qu’elles les dépassent.

C’est le cas de Florange. Le marché existe toujours, même si, conjoncturellement, il va mal : on aura besoin d’acier après la crise comme avant. Simplement, Florange vit une rupture technologique. Elle peut se convertir, par exemple, avec le projet Ulcos, qui prévoit de réduire d’au moins 50% les émissions de gaz carbonique lors de la fabrication d’acier, de devenir le pilote industriel de la sidérurgie de demain. L’entreprise fait un pari, et il est normal que l’Etat s’intéresse à elle. »

Pour l’économiste, finalement, il relève du rôle de l’Etat :

de stimuler l’innovation dans les industries dites matures : « Dans l’industrie automobile, par exemple, on réfléchit maintenant en termes de mobilité, de ville de demain, d’architecture. Les comportements évoluent aussi : notre souci ne sera bientôt plus d’acheter une voiture mais de savoir quelle voiture utiliser à quel moment. On n’achètera plus un bien, mais un usage. » Les entreprises vont devoir prendre des risques pour envisager cette rupture technologique et sociale, et l’Etat doit les y aider ;

d’accompagner les entreprises quand elles rencontrent des ruptures dans leur trésorerie : « car toute entreprise, dans sa vie, a des difficultés ». *Rue89-Éco. 04/12/2012

Sauver les banques, oui.Les usines? on verra dans eco-finances 100-300x225

** La désindustrialisation de la France

Les 95.000 emplois détruits dans l’industrie en France depuis 2009, se répartissent de manière très inégale sur le territoire.

carte-desindustrialisation-de-la-france banques dans société

*Source : cabinet Trendeo, capture Le Monde.

Son code couleur indique en rouge les départements où le plus d’emplois industriels ont été détruits. Le vert est utilisé pour ceux où le solde d’emplois créés est positif.

La répartition globale de la désindustrialisation suit une ligne sud-est / nord-ouest. Même si on trouve beaucoup de rouge sur la façade est, où sont concentrées la plupart des vieilles industries, deux blocs se détachent : l’Alsace-Lorraine et le bassin parisien.

Une carte en relative corrélation avec celle du FN lors des dernières cantonales, que nous avions dressée à l’époque sur le blog des Artisans-Politologues.

****************************************

Les pôles de compétitivité français sont nombreux et pas assez innovants

La 11e journée des pôles de compétitivité réunit mardi le gouvernement et les représentants des 71 pôles de compétitivité français.

Un mois après la remise du rapport Gallois, c’est un huis clos qui se tenait, mardi 4 décembre, à Bercy entre le gouvernement et les représentants des pôles de compétitivité, à l’occasion de la 11e journée dédiée à ces écosystèmes, à laquelle participe notamment le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.

Déclinaison française des « clusters » américains, ils ont été créés en 2004 dans le but de soutenir la croissance française, et regroupent géographiquement entreprises, universités et instituts de recherche soutenus par l’Etat. L’idée était alors de rompre définitivement avec les grands programmes industriels d’après-guerre, définis et pilotés par l’Etat, qui se contentaient d’imiter des « business models » – notamment américains – pour rattraper leur retard.

Huit ans après, dans un contexte économique de forte concurrence, l’Institut de l’entreprise, une association réunissant des dirigeants d’entreprises françaises et étrangères, dresse dans un rapport un bilan critique de ces pôles, qui ont reçu environ 4,5 milliards d’euros de financements publics entre 2005 et 2011. L’Institut a calculé que ces pôles ne produisaient que 1,5 % des brevets français, ne représentaient que 4,5 % des dépenses de recherche et développement et ne créaient que 5 % des entreprises dites « innovantes ». Résultat, seul un projet sur quatre débouche sur une innovation en tant que telle, déplore le rapport.

« SAUPOUDRAGE » ET « DISPERSION »

Afin de renforcer l’efficacité du dispositif, le centre de réflexion propose tout d’abord de réduire le nombre des pôles à environ 10 ou 15 (contre 71 à l’heure actuelle), pour se concentrer sur les secteurs à fort potentiels et éviter ainsi le « saupoudrage » et la « dispersion excessive » du financement public (62 des 71 pôles se partagent 50 % du financement). A titre de comparaison, l’Allemagne ne compte que 15 « Spitzenclusters » et le Royaume-Uni 7 « Technology and Innovation Centers« .

Par ailleurs, sur les 85 technologies d’avenir identifiées par le ministère de l’industrie dans divers domaines comme le transport, l’énergie ou l’environnement, l’institut estime que seules 13 d’entre elles sont « correctement couvertes » par les pôles de compétitivité, parmi lesquelles les technologies des réseaux sans fil, les moteurs électriques et la robotique.

La deuxième proposition de l’Institut de l’entreprise vise à renforcer la capacité des pôles à accompagner l’objet jusqu’à sa mise sur le marché. C’est en effet à la fin de la chaîne de production que la France pêche, notamment parce que la recherche et développement se fait surtout en « amont ». Ainsi, seules 23 % des entreprises françaises ont recours à ce que l’institut nomme « l’innovation non technologique », c’est-à-dire le marketing, le design, les techniques de commercialisation, contre 47 % en Allemagne.

Lire la tribune :  La France ne gagnera la bataille de la compétitivité que par la qualité

C’est sur ce dernier point qu’une meilleure implication des grandes entreprises – troisième proposition de l’institut – pourrait être la plus pertinente, notamment via le transfert de compétences. Les grandes entreprises n’ont bénéficié qu’à hauteur de 10 % environ de la politique économique des pôles, alors qu’elles représentent 62 % de la recherche et développement française et 53 % des exportations du pays.

La faible participation du privé est également patente en ce qui concerne le financement des structures : alors que les projets des pôles sont financés de manière équitable par le public et le privé, leurs structures administratives sont financées à 30 % seulement par le privé (contre 50 % par exemple en Allemagne). Pour l’institut, l’avenir des pôles de compétitivité et leur capacité à générer un « retour sur investissement » dépend de celle de l’Etat à mieux y intégrer les grandes entreprises, qui disposent de « compétences clés (…) à même de renforcer la productivité de l’ensemble de leurs partenaires ». *Le Monde.fr -04.12.2012.

********************************************


Actions

Informations



8 réponses à “Sauver les banques, oui.Les usines? on verra”

  1. 5 12 2012
    backlink tool (16:07:12) :

    Hurrah, that’s what I was exploring for, what a data! existing here at this weblog, thanks admin of this website.

    Répondre

  2. 7 12 2012
    North Face Diez Jacket (09:36:10) :

    Very good article, from which we can learn a lot of things, here also can be learned more from http://www.cheapthenorthfaceclearance.com/ welcome to North Face Diez Jacket to feedback!

    Répondre

  3. 7 12 2012
    UGG Australia Bailey Bow (09:36:33) :

    Read this article I benefit a lot from UGG Australia Bailey Bow, so happy to have the opportunity and the author on the ideological in-depth exchange of views UGG Australia Classic Tall Dylyn, I hope UGG Australia Sparkles I Do can visit my website http://www.forcheapuggboots.com/ugg-australia-bailey-bow-c-78.html

    Répondre

  4. 7 12 2012
    North Face Outlet (09:36:53) :

    I think you write this article is accord with the actual, thanks for the tip, also my site: http://www.northfaceoutletsale2013.com/ welcome to North Face Outlet to feedback!

    Répondre

  5. 7 12 2012
    UGG Bailey Bow (09:37:25) :

    So happy to have the opportunity UGG Sparkles I Do and the author on the ideological in-depth exchange of views UGG Bailey Bow, I hope you can visit my website UGG Bailey I Do,via read this article I benefit a lot from http://www.womenscheapuggboots.com/ugg-bailey-bow-c-79.html

    Répondre

  6. 21 12 2012
    bloons tower defense 5 (21:49:57) :

    Hi, I like your theme, could you please tell me the name of this theme? Thanks!
    bloons tower defense 5 http://bloonstowerdefense5.tumblr.com/

    Répondre

  7. 10 08 2014
    camisetas de futbol baratas contrareembolso (09:19:06) :

    Does your blog have a contact page? I’m having a tough time locating it but, I’d like to send you an e-mail. I’ve got some recommendations for your blog you might be interested in hearing. Either way, great website and I look forward to seeing it improve over time.
    camisetas de futbol baratas contrareembolso http://www.lavau.eu/intranet/html/camisetas-de-futbol-baratas-tailandia.html

    Répondre

  8. 7 07 2015
    Laetitia (16:46:33) :

    Hi, my name is Laetitia and I am the marketing manager at CorpSEO marketing. I was just looking at your ElAyam.5 » Sauver les banques, oui.Les usines? on verra website and see that your website has the potential to become very popular. I just want to tell you, In case you didn’t already know… There is a website service which already has more than 16 million users, and the majority of the users are interested in topics like yours. By getting your website on this network you have a chance to get your site more popular than you can imagine. It is free to sign up and you can read more about it here: http://www.urlator.co/w7uk – Now, let me ask you… Do you need your website to be successful to maintain your way of life? Do you need targeted visitors who are interested in the services and products you offer? Are looking for exposure, to increase sales, and to quickly develop awareness for your website? If your answer is YES, you can achieve these things only if you get your website on the service I am talking about. This traffic service advertises you to thousands, while also giving you a chance to test the network before paying anything. All the popular sites are using this network to boost their readership and ad revenue! Why aren’t you? And what is better than traffic? It’s recurring traffic! That’s how running a successful site works… Here’s to your success! Read more here: http://cabkit.in/e13f

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




humain, trop humain! |
ACTUBUZZ BY GBA |
Quoi de neuf Cerise? |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ActuBlog etc...
| Badro
| ENTV, une Pose Café