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13.Islam, la voie médiane

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LA RAISON

Amie ou ennemie de la religion ?

Par : Razika Adnani (*)

 La religion appartient au domaine du cœur, affirment les croyants des trois religions monothéistes. Saisir la vérité divine, selon eux, ne dépend ni de la raison ni de l’intelligence mais de la profondeur du sentiment.
Blaise Pascal ne vit comme clé d’entrée dans le religieux que le renoncement volontaire à la raison : “c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison”, dit-il. Abou Hamed El-Ghazali considère que ce n’est pas par la raison que les humains accèdent à la vérité divine mais par un rayonnement profond.  
Doit-on pour autant chasser la raison de notre pensée ?
La pensée musulmane a connu un courant rationaliste qui a puisé sa légitimité dans de nombreux textes coraniques interprétés comme des recommandations pour inciter à la réflexion et au raisonnement. Toutefois, la difficulté de la pensée à démontrer par les règles du raisonnement logique, les vérités du monde du divin a engendré des divergences dans les opinions et des débats parfois audacieux. La réaction des religieux a été radicale : les musulmans doivent s’éloigner des démonstrations logiques  pour avoir une foi solide exempte de doute. Les querelles philosophiques et théologiques entre le courant rationnel et le courant anti-rationnel se sont soldées par le triomphe de ce dernier. Les littéralistes, pour qui le sens apparent des textes est le sens divin authentique et incontestable, ont donné leur verdict : tout raisonnement qui va à l’encontre du sens apparent des textes est réfuté.  Ainsi, une rupture épistémologique entre la raison et la religion, incarnée par la position d’El-Ghazali, a été opérée par des musulmans dans le but, en général bien intentionné, de préserver la religion. Une question mérite cependant d’être posée : quelles répercussions peut avoir cette rupture sur la pensée des musulmans et sur l’islam lui-même?  Il faut préciser que l’islam est d’abord une foi “iman”; ensuite vient la pratique “amal” qui n’est que l’ensemble des actes et des comportements à travers lesquels le croyant ou la croyante exprime sa foi. Les règles juridiques qui règlementent cette pratique sont appelés, dans la pensée musulmane, “charia”. La foi consiste à croire absolument aux principes fondateurs de l’islam :
- l’existence de Dieu parfait et absolu, unique dans sa perfection, dans son absoluité.
- la prophétie de Mohamed, son dernier messager, qui scelle la révélation.
- la sacralité du livre Saint, le Coran.
Si l’un de ces principes, socle de l’islam, vient à manquer, il ne peut y avoir d’islam en tant que religion.  C’est pour cette raison que le rapport des musulmans avec la charia et tout le cheminement de leur pensée ne doivent en aucun cas se contredire avec la foi. La cohérence entre la foi et sa pratique est donc impérative, car elle est une exigence de la foi elle-même. Autrement, la pratique ne serait rien qu’une exigence sociale.
La cohérence entre les différentes propositions d’un raisonnement est l’œuvre de la raison. Par son exigence d’enchainements logiques et son principe de non-contradiction, elle veille à ce que la pensée qui juge vraie(ou fausse) une idée ne se contredise pas tout au long de son raisonnement et de sa réflexion avec elle-même. Une pensée se contredit avec elle-même lorsqu’elle juge vraie (ou fausse) une idée et juge vraie (ou fausse), dans les mêmes conditions, son contraire.  Le rôle de la raison est donc très important dans la religion. La cohérence qu’elle exige de la pensée veille à l’harmonie indispensable entre ses deux parties : la foi et la charia. Elle protège la foi de tout outrepassement de la part de l’humain qui, sous l’influence d’exigences politico-sociales, a tendance souvent à oublier sa foi. Elle protège la charia de la contradiction avec la réalité et avec la foi. La rupture entre la religion et la raison témoigne de la renonciation à ce gardien bienveillant de la foi, base de la religion.  Par conséquent, si la foi appartient au domaine du cœur, la charia, elle, ne peut se passer de la raison. Grâce à ses règles de cohérence, les musulmans qui ont cru que Dieu est parfait ne peuvent jamais lui attribuer une quelconque imperfection et l’injustice est une imperfection. Grâce à son principe de non-contradiction, les musulmans qui ont cru que Dieu seul a le savoir parfait et absolu, ne peuvent jamais juger parfaite ou absolue la connaissance religieuse ou juridique de n’importe quel être humain, ils ne considèrent jamais aucun humain capable d’accéder au savoir absolu du divin. Pour la simple raison qu’en le faisant, ils se contrediraient avec leur foi et la raison n’aime pas les contradictions.  En conclusion, si le respect et la préservation de la religion commencent par la non-contradiction du comportement des musulmans avec les principes de la foi, ne faut-il pas concilier la religion et la raison au lieu de les séparer ? Les défis qui interpellent les musulmans aujourd’hui ne les obligent-ils pas à mettre fin à cette hostilité vis-à-vis de la raison afin de pouvoir repenser leur attitude face à la religion et par conséquent leur avenir ? (Liberté-22.08.2011.)

R. A.
*Ecrivain et philosophe                 

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Le relativisme en religion

Pourquoi est-il contesté ?

Par : Razika Adnani (*)

 Le caractère relatif de l’interprétation des versets coraniques et par conséquent, des lois juridiques extraites de ces versets commence à germer chez bon nombre d’intellectuels musulmans.  Avides de changement et désireux d’un islam compatible avec leur système de valeurs sociales et morales, ils trouvent dans le relativisme un moyen de sortir de l’immobilisme des lois juridiques qui règlementent les sociétés musulmanes.
Cependant, le relativisme en religion n’est pas regardé d’un œil approbateur dans le milieu des religieux conservateurs. Selon eux, le relativisme est la multiplicité de la vérité qui pousse à douter d’elle. C’est l’âme qui erre et qui ne sait plus où se poser, alors que les musulmans ont besoin d’avoir une foi inébranlable. Ils ont besoin de certitudes dans la véracité, le bien-fondé, la justesse et la bienfaisance des lois juridiques pour les pratiquer avec dévouement et témoigner ainsi de leur appartenance à l’islam. Le doute est absence de croyance. Quand il s’installe dans les esprits, il pousse à la rébellion et la désobéissance. Il suscite ainsi la peur de voir les musulmans s’éloigner peu à peu de leur religion et de voir un jour leur comportement perdre le lien avec l’islam et la société musulmane que le prophète (sssl) a voulue et construite.
Cette peur a d’ailleurs été ressentie très tôt dans l’histoire de l’islam, dés le lendemain de la mort du prophète (sssl), quand certaines tribus ont refusé de se soumettre aux lois de la charia notamment pour le paiement de l’impôt “zakat”.
Convaincus qu’ils étaient de l’importance de la charia dans l’accomplissement de la religion musulmane, les savants devaient  trouver une solution pour protéger la charia et éviter sa transgression. Il était nécessaire pour eux qu’elle ait une valeur sacrée aux yeux des musulmans pour qu’elle se dresse en rempart devant toute tentative de désobéissance de leur part. Ainsi la règle fut : celui qui croit en Dieu et son prophète (sssl) doit se soumettre aux lois de la charia sans discussion ni questionnement. 
Toutefois, cette solution très logique en son apparence pose une problématique essentielle. Les lois juridiques que nous connaissons et appliquons ne sont que le résultat de notre compréhension des textes. Par conséquent, elles ne peuvent être les lois divines en elles mêmes. Les musulmans qui ne se soumettent qu’à Dieu, ne peuvent se soumettre à la compréhension et l’explication humaines, même s’ils leur témoignent le respect le plus profond. 
Cette problématique n’échappe pas aux penseurs musulmans. Si l’école littéraliste a vu le jour c’est dans le but de la résoudre. Selon les littéralistes, la clarté des versets explicites, n’appelle pour leur connaissance aucune part de la pensée humaine au delà du rôle de transmission “naql”. Ainsi l’explication par le sens apparent est la méthode qui permet de refléter les lois sacrées telles qu’elles sont dans les textes. Par conséquent, les lois de la charia sont les lois sacrées de Dieu. Néanmoins, selon la  définition des littéralistes, le mot “explication” “Tafsir” vient du verbe expliquer “fassara” qui veut dire ressortir et dévoiler (le sens). Ce qui suggère que le sens n’est pas tout à fait apparent. Par conséquent, le commentateur ne peut se contenter de transmettre le sens des textes mais doit l’explorer. Il use donc de l’effort de sa pensée pour comprendre les textes et les expliquer. La pensée est de part son essence, un élément actif dans l’explication ou l’interprétation des idées et des textes. L’idée qui rentre dans la pensée ne ressort jamais  telle qu’elle est rentrée. Le commentateur, selon Ali Harb, n’utilise pas les mêmes mots et les mêmes phrases que le texte original mais ses propres mots et ses propres phrases. Ce qui est suffisant pour reconnaître que le commentaire “tafsir” ne peut nullement être le texte original intégral. Les preuves en sont les divergences voire les désaccords entre les exégètes et le fossé qui se creuse entre la compréhension des textes par les nouvelles  générations et celle des générations précédentes. Ceci nous amène à dire que les lois juridiques, qui sont le résultat de l’interprétation humaine des textes, ne peuvent être que relatives.
Il faut préciser par contre, que le relativisme en religion n’est pas celui du doute absolu qui nie la vérité, ni celui du subjectivisme qui prétend qu’à chacun sa vérité, auquel il est  souvent assimilé. C’est un relativisme scientifique. Sa caractéristique est de croire à la vérité. Sa condition est que la vérité soit fondée et construite sur les bases de la méthode scientifique et que les portes de la recherche restent ouvertes pour plus de vérité. Ainsi et seulement ainsi, le relativisme permet la réalisation du dynamisme de l’islam, son mouvement pour cheminer vers son accomplissement. N’est-ce pas par ce dynamisme que les savants expliquent comment certains versets furent remplacés par d’autres quand la mentalité des gens eut changé ou fut plus apte à comprendre et assimiler de nouvelles lois ? N’est- ce pas une reconnaissance de leur part que l’islam va vers son accomplissement lorsqu’ils expliquent avec beaucoup d’habilité pourquoi le Coran n’a pas aboli d’esclavage mais a laissé aux musulmans le soin de la faire ? (Liberté-15.08.2011.)
R. A.
Djall  Eddine Essaouti. El Itquane fi ouloum el-Quor’ane. page 545.  Edition Dar El-fikr

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L’ALCHIMIE DE L’AMOUR CHEZ IBN ARABI

L’Homme universel… un avatar de l’Absolu

Par : Sara Kharfi

“Toute la pensée akbarienne est située entre le oui et le non”, a estimé Zaïm Khenchelaoui, docteur d’État en anthropologie des religions, au début de la rencontre-débat, qu’il a animée, avant-hier soir à l’espace Mille et Une News, portant sur l’Alchimie de l’amour chez Ibn Arabi.

Ibn Arabi –qui a largement influencé la pensée d’un autre très grand mystique : l’émir Abdelkader- se place entre l’âme et l’esprit, le cœur et la raison, Dieu et la science. Les contours de la pensée d’El Cheikh Al-Akbar (comme on le surnomme), se dessinent entre ces deux concepts que sont le oui et le non, dans la mesure où l’Islam -et même l’univers- est bâti sur des antagonismes, la chose et son contraire, l’affirmation et la négation (le bien et le mal, l’angélique et le démoniaque, le paradis et l’enfer…). L’homme qui est à la fois l’ange et le démon, porte en lui également le sirat el moustaqim, le barzakh, une dualité qui serait le fondement même de la foi. Mais qu’est-ce que l’alchimie dans le soufisme ? L’alchimie chez les soufis est un exercice de mutation, de transformation intérieure. C’est une quête initiatique et spirituelle qui permet à l’homme de se débarrasser de son ego, de transcender son enveloppe charnelle, de devenir “l’ombre de l’Absolu”, de n’être qu’un infime point dans le grand dessin de l’Univers ; de devenir un Homo universalis (l’homme universel ou l’homme cosmique) qui ne fait qu’un avec la nature. L’homme devient ainsi la pierre philosophale parce qu’il est “un trésor caché”. Zaïm Khenchelaoui a entamé, son propos, avec une halte biographique de Mohyiddîn Abu Bakr Mohammad Ibn Alî Ibn Arabî Al-Hatimî, et les différentes étapes de son initiation, lui qui est considéré comme “le plus grand mystique de tous les temps”, avant d’affirmer : “L’alchimie est le fondement même de l’école akbarienne. C’est l’étude des mécanismes de transformation chez l’être humain qui est le dépositaire de ‘el Amana el Ilahiyya’”. Après des années d’errance et d’abstinence, Ibn Arabi s’établit à Damas, et découvre l’amour des femmes qui “le rapproche davantage de Dieu”. Dans sa communication, M. Khenchelaoui expliquera, en s’appuyant sur l’ouvrage Tourkman el Achouaq(l’interprétation des passions), que les femmes inspiraient de la répulsion à Ibn Arabi, avant qu’il ne tombe amoureux de Nidham. Ibn Arabi dira plus tard dans un de ses textes que “Celui qui aime les femmes de la façon dont Mohammed aime les femmes, aime Dieu”. Les mystères de l’amour inspirés -en grande partie- par l’amour d’une femme qui devient toutes les femmes, sont répartis chez El Cheikh Al-Akbar en trois catégories ou formes. C’est un processus qui travaille à rapprocher davantage l’homme de son Créateur et qui participe activement à sa transformation, sachant que “l’univers devient le reflet, le miroir de Dieu”. Dans l’ordre d’Ibn Arabi, “l’amour divin ne s’applique qu’à Dieu. Nous aimons Dieu à la manière dont les humains s’aiment eux-mêmes. Un amour narcissique car l’amoureux n’aime personne sinon sa personne”. Par extension, et surtout par interprétation, Dieu a créé l’univers (le macrocosme) a sa propre image, mais si “la nature est Dieu, Dieu n’est pas la nature”, pour El Cheikh Al Akbar. Car le réel perceptible est un point infime ; c’est “Dieu qui s’irradie pour ses créatures à travers ses créatures”. Il apparaît donc évident que la quête de Dieu passe par l’expérience, notamment celle physique entre deux êtres. Pour Ibn Arabi, l’acte sexuel dont l’accomplissement (l’orgasme), est une forme de communion avec l’Univers.

La brûlante actualité
de la pensée d’El Cheikh Al-Akbar
Durant le débat avec le public, la problématique de l’instrumentalisation du soufisme et ce que cela engendre comme processus de répulsion, a été soulevée. M. Khenchelaoui qui a évacué avec intelligence cette interrogation a tout de même concédé que : “C’est peut-être les zaouïas qui manipulent le pouvoir. Et les enveloppes que reçoivent les zaouïas sont en quelque sorte leur argent car plusieurs édifices sont des ‘Awqaf Zaouia’ notamment la RTA, le ministère des Affaires étrangères, l’hôtel Aletti…”. Par ailleurs, la pensée édifiante d’Ibn Arabi est très prisée dans le monde occidental. M. Khenchelaoui explique cela par le fait que “le problème de toutes les religions et de toutes les idéologies est qu’elles produisent un discours sur un niveau superficiel, littéral, ce qui ne convainc plus personne”. Paradoxalement, le soufisme est quasiment impopulaire dans le monde musulman, car noyé dans des débats d’arrière-garde et longtemps combattu par les salafistes, mais pas uniquement. Le soufisme a de tout temps représenté un danger pour les gouvernants, qui travestissent les belles idées que véhicule l’Islam, en le politisant, et en s’en servant comme un instrument d’oppression et d’avilissement des peuples. Pour Zaïm Khenchelaoui, “on est aujourd’hui dans une consommation de la religion, avec des cannibales de la religion. Il n’y a plus d’énergie”. Dans un contexte de guerre des religions et de choc des civilisations (des concepts approximatifs qu’on reproduit faute de mieux !), la pensée d’Ibn Arabi, de l’émir Abdelkader (dont le tasawouf est toujours occulté), de Jalal Eddine Ar-Rumî, et bien d’autres encore, sont plus que jamais d’actualité, d’autant que l’arabo-musulman a été diabolisé.
La voix d’Ibn Arabi -surnommé également le “sceau de la sainteté”- est à peine audible aujourd’hui, pourtant elle est largement moderne et pourrait aider à mieux appréhender un quotidien marqué par tant d’incohérence. L’homme du XXIe traverse une grave crise mystique, et intérieure, et pourtant la réponse est juste devant ses yeux. Il voit…mais le fait-il avec clairvoyance ? (Liberté-15.08.2011.)

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*Algérie: la communauté médiane

**Journées nationales du Coran ..(21.02.2011.) 

L’Algérie a, depuis des siècles, été une Terre de l’ijtihâd et du savoir théologique.

A l’occasion des Journées nationales du Coran qui se tiennent depuis le 21 février, organisées par le ministère des Affaires religieuses, à Dar El Imam à Alger, d’éminents savants se sont réunis pour bien montrer que l’apport de l’Algérie à la civilisation musulmane est original, précieux et indéniable. L’Algérie a, depuis des siècles, été une Terre de l’ijtihad et du savoir théologique. L’acte d’interpréter a dominé l’histoire de la culture.

Une source d’inspiration
Interpréter c’est exister, rechercher l’équilibre, assumer le devenir. L’être humain est requis selon le Coran d’assumer ses responsabilités. Le corpus, Mashaf, est ouvert, susceptible d’un nombre illimité d’interprétations, tout en ayant une ligne dominante pour l’essentiel. Il tient compte des aspects individuels et communautaires. Le texte lui-même agrée et appelle la lecture interprétative individuelle et collective, en fonction de la marche du temps et de la pluralité des cultures.
Les prédicats et axiomes théologiques de base, comme l’unicité de Dieu, le privilège octroyé à l’être humain par la raison, comme lieutenant de Dieu sur terre et les cinq piliers de l’Islam, la shahada, la profession de foi, la salat, la prière canonique, la zakat, l’aumône obligatoire, le siyyam, le jeûne durant le mois de Ramadhan, le Hadj, le pèlerinage et d’autres normes sont la base référentielle.
La liberté de l’homme et la prééminence de la vie humaine permettent d’envisager des compréhensions, des exceptions et une exégèse adaptée à l’évolution sociale. A travers l’histoire, les interprétations correspondaient aux attentes de leurs auteurs, à leurs valeurs culturelles et à leurs conditions historiques. Elles n’ont pas donné un sens unique, même si une ligne consensuelle et classique dominait.
Les interprétations du Coran à travers quinze siècles d’histoire dans la plupart des exégèses reflètent les préoccupations concrètes des musulmans, même si celles des trois premiers siècles restent influentes. L’exemple des premiers temps islamiques, avec des nuances selon les époques et les pays, est une source d’inspiration, même si le fidéisme guette parfois cette approche.
Pour la plupart des thèmes et questions, le Coran facilite la prise en compte de la variété des situations et permet, exige de discerner, de s’adapter et d’évoluer. Ses prescriptions favorisent les conditions du vivre-ensemble, du changement et des métamorphoses et soutiennent l’humain pour distinguer le licite de l’illicite et surtout d’assumer la maitrise des aspects ambigus. Car le bien et le mal, le licite et l’illicite sont patents, et la tâche est de discerner. Mais plus difficile est de trancher dans l’ambiguïté, l’incertain, le «muschtabeh»: «C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre, avec des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets ambiguës. Qui porte au coeur la déviance s’attache à l’ambigu, alors que Dieu seul a la science de le déchiffrer, et que ceux de science bien assise se bornent à dire: «Nous y croyons: tout cela vient de notre Seigneur!» Mais, ne réfléchissent que ceux doués d’intelligence» (III, 7).
C’est à chacun d’entendre, de lire et recevoir ce qui est clair et dont l’expression est effective et aussi ce qui est ambigu, pour assumer la part de l’improbable, de l’évolution et de la compréhension. Il s’agit de tenir compte du contexte, des rapports entre les différentes dimensions et parties du texte et de la visée réelle du discours. Tel est l’effort d’interprétation, ijtihâd.

L’ijtihâd est au coeur de la pensée islamique en Algérie
Depuis trois siècles environ, les sociétés musulmanes troublées, paralysées par des problèmes internes de développement et par la trajectoire problématique de l’Occident qui se mondialise ont des difficultés à interpréter, à se mettre en mouvement. La compréhension du Coran est au centre des enjeux. Si on veut comprendre la singularité de la révélation coranique, il faut entendre que la Parole de Dieu révélée dans le Coran est directe et se veut pédagogie. La Parole coranique assume une médiation, elle traduit la vie que l’on doit interpréter et honorer. Toute vérité, y compris La Vérité révélée, est compréhensible dans une trame où se nouent et se tissent le clair et le moins clair, l’évident et l’ambigu, entre les lignes aussi. Vérité que l’on ne peut pas assener d’un bloc, mais la signifier progressivement, vingt-trois ans pour le Coran.
En sachant que les religions sont déformées à la fois par un esprit anti-spirituel et la mauvaise compréhension du Message par des adeptes inauthentiques et inattentifs. Il ne s’agit pas pour le Coran d’imposer une nouvelle religion, refuge, mais de rappeler le vrai, ce qui est requis et visé par l’Infini, et cela est défini comme «la religion du Vrai».
L’ijtihâd est au coeur de la pensée islamique en Algérie. Il s’agit de s’ouvrir et de vérifier que l’Islam peut conserver la même et invariable aptitude à responsabiliser, humaniser et innover. Il est primordial d’adapter l’ijtihad aux circonstances liées à la vie moderne. Pour ce faire, nous devons préciser le sens de l’ijtihâd contemporain. Non pas celui qui s’accommode de l’époque, ou qui se plie aux exigences du matérialisme, et en vient à reconsidérer sa tradition pour l’appliquer coûte que coûte à la réalité variable, mais celui qui respecte l’esprit de la loi. Selon l’Islam, il faut discerner les aspects positifs des aspects négatifs de chaque temps et réinventer une culture vivante et humaine. Il ne fait aucun doute que les hommes ne doivent pas s’aligner servilement sur leur époque, ni lui tourner le dos.
Force est de souligner que l’ijtihâd auquel tout être raisonnable aspire n’est pas celui qui cherche à tourner le dos à son époque, ou au contraire à tout prix vouloir se conformer à son époque. Il y a du clair et de l’obscur dans toute époque. Nous entendons plutôt par ijtihad celui qui se veut créatif, fidèle et novateur en même temps. Ni fermeture, ni dilution. Un moujtahid est un rénovateur, un porte-parole savant des intérêts de son peuple et qui veille à la préservation scrupuleuse de ses racines, de ses intérêts et aspirations, et qui répond aux besoins culturels des gens, en leur balisant la voie vers l’avenir, une vie ouverte, équilibrée, responsable et digne. Pour l’Islam, contrairement aux discours des extrémistes, c’est non seulement possible, mais vital.
L’exégèse admise est fondée sur une connaissance suffisante des règles scientifiques, linguistiques, éthiques et fondamentales du savoir et des valeurs propres. Toute interprétation, sans laxisme, doit faciliter et non compliquer. Elle ne contredit pas une raison saine, ni bafoue une science certaine fermement établie, tout en faisant les efforts possibles de recherche et de réflexion, poussant à l’extrême la déconstruction, la recherche de la vérité et de l’opinion juste et le détachement de soi des passions et des préférences non étayées par des arguments.
Le savant, l’intellectuel, doit s’appuyer sur la raison pour chercher l’intérêt général et ce, pour que nous puissions critiquer et cerner notre époque, comprendre les problèmes et les questions qui y font jour et prendre conscience de ses risques et exigences. Cette démarche permet de nous pencher sur les nouveaux contextes pour les soumettre à l’analyse avec un esprit ouvert et perspicace. L’Islam invite à la réflexion et représente une version vigilante de l’humain qui a fait ses preuves. Reste à sortir des instrumentalisations et superficialités.
L’ijtihâd, mot générique, désigne donc le principe de réflexion libre et responsable exigé par l’Islam aux intellectuels compétents afin qu’ils participent au travail de rénovation et d’invention de nouveaux concepts et de nouvelles pratiques, et d’interprétation du noble discours coranique et de la Sunna prophétique éclairante. Cet aspect fait de l’ijtihâd une possibilité ouverte à toute évolution et adaptée aux intérêts des individus et des sociétés, s’accommodant de tous les temps et de tous les lieux.
Le Maghreb en général et l’Algérie en particulier ont toujours, à travers les âges, favorisé et accueilli des savants de rite malékite qui ont jeté les bases de l’Ijtihad et de la pensée islamique du juste milieu, rempart contre la pensée extrémiste et le discours fanatique. En ouvrant les portes au véritable Ijtihad qui s’appuie sur la raison et la logique, l’Algérie a été un carrefour de la sagesse et des civilisations. Elle s’est forgé une culture de la modération et un climat social où la vie des citoyens articule authenticité et modernité, sans déséquilibre, ni fermeture.
L’ijtihâd, ou tajdid, est cet acte du renouveau qui distingue entre les opportunités et les menaces, entre ce qui fait obstacle et ce qui permet le progrès. Il faut non seulement assumer les changements mais les susciter pour maîtriser l’époque, dans l’intérêt général de la société, afin de préserver son équilibre et sa stabilité et renforcer son attachement au sens de l’ouvert et de la civilisation.
L’ijtihad est efficace, utile et agissant sur la vie de la société islamique, s’il est pratiqué dans le respect des visées générales du Coran, qui prend en compte l’humanité et le respect de la dignité humaine. Un livre qui apporte des réponses à toutes les interrogations fondamentales. C’est cela ce qui est valable en tout temps et en tout lieu. Car l’Islam est venu édifier la communauté médiane, de juste milieu, équilibrer, en vue d’humaniser, de libérer et non point asservir l’humain, ou le déshumaniser.

Tlemcen, capitale du monde islamique
L’Algérie est une des sociétés la plus proche du concept de juste milieu et de la culture de la dignité. C’est porté par l’Islam que l’Emir Abdelkader durant dix-sept ans et le peuple sous la bannière du FLN en Novembre 1954 durant huit ans prirent les armes pour chasser l’envahisseur. Durant le temps des épreuves, avec une foi inébranlable le peuple édifia mosquées et zaouïas pour la diffusion des valeurs d’identité et de dignité face aux tentatives d’aliénation et de dépersonnalisation, tenant en échec le régime colonial.
Aujourd’hui, l’Algérie célèbre avec une fierté légitime, Tlemcen, capitale du monde islamique 2011, la mecque des ouléma des quatre coins du monde. Tlemcen a illuminé le Monde musulman et la Méditerranée par son sens élevé de la civilisation. Avec Grenade et d’autres capitales islamiques du temps de l’âge d’or, elle représente le raffinement de la culture authentique. La figure emblématique de cette citadelle de la culture et de la spiritualité, le saint patron de Tlemcen, Sidi Abu Madyane est le maitre spirituel du plus haut degré.
Il concentrait la plupart des chaînes initiatiques des Sidiqines, issues de l’Ecole de Baghdad, d’Al Jillani et guide spirituel d’Abdeslam Ibn Machich Alami lui même maître du vénérable Abu el Hassan Schadhily.
Cheikh el Akbar, Ibn Arabi, à juste titre, a appelé Abou Madyane: «Le cheikh des chouyoukh», Le maître des maîtres. Son sens de l’interprétation est resté inégalé. Il enseigna aussi à Béjaïa, peuplée d’arabo-berbères et d’andalous, autre centre de rayonnement du soufisme et des savoirs scientifiques autour de la Méditerranée. L’Algérie de Abou Madyane à l’Emir Abdelkader, jusqu’à nos jours, est un trésor de la pensée universelle qu’il faut redécouvrir. (L’Expression-23.02.2011.)

Mustapha CHÉRIF

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8 réponses à “13.Islam, la voie médiane”

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